Goélette du Saint-Laurent

La goélette du Saint-Laurent est un bâtiment de bois à voile avec un gréement de type goélette, qui a vécu de nombreuses transformations, dont la motorisation, au cours d'une période d'environ un siècle avant de disparaitre complètement du paysage du fleuve Saint-Laurent vers 1978. Utilisée essentiellement pour effectuer du cabotage sur le Saint-Laurent, la goélette du Saint-Laurent sert au transport des denrées essentielles pour les petits villages riverains. Comme ces villages ont été créés souvent pour répondre à des besoins reliés à l'exploitation des forêts, la même goélette transporte au retour les produits de cette exploitation sous forme de bois de construction et de bois de pulpe. Cependant, la présence des glaces de décembre à avril sur le Saint-Laurent oblige l'arrêt complet de ce type de navigation. De plus, le chemin de fer et surtout la modernisation du réseau routier a entrainé lentement mais sûrement le ralentissement puis l'arrêt du cabotage sur le Saint-Laurent si bien qu'en 1977, les goélettes qui restent effectuent leurs derniers voyages commerciaux. Entre 1935 et 1960, les goélettes du Saint-Laurent connaissent un âge d'or grâce à l'industrialisation de la Côte-Nord, à la construction des premiers grands barrages d'Hydro-Québec et au développement de l'industrie des pâtes et papiers.
Description et historique
À partir du modèle de goélette servant au transport maritime qu'on retrouve alors couramment en Nouvelle-Écosse et à Terre-Neuve, les marins et charpentiers de marine du Saint-Laurent commencent à modifier le bâtiment vers la fin du XIXe siècle, principalement en raison du problème causé par la marée. Avec une amplitude pouvant atteindre plus de 6 mètres à Québec, les goélettes hauturières à quille ont besoin d'un quai pour conserver un semblant d'équilibre à la marée basse. Or, souvent, les quais font cruellement défaut en aval de Québec. Afin de permettre une tenue stable à l'échouage, les charpentiers québécois choisissent de modifier la goélette en sacrifiant la quille et d'en faire un bateau à fond plat. Toujours équipée d'un gréement à voile typique constitué de deux mâts, le mât avant étant au début un peu plus court que le mât arrière, sa voilure est composée de deux grandes voiles auriques facile à manier pour un équipage réduit[1]. Les marins poursuivent les modifications pour s'adapter aux qualités ainsi modifiées de leurs goélettes. Le mât avant devient plus imposant. Mais la goélette avec son fond plat perd certaines qualités dont la vitesse. L'apparition du moteur à essence a permis de motoriser en premier la chaloupe de la goélette qui peut alors remorquer cette dernière vers le quai ou une baie protégée. La propulsion à vapeur, puis à essence gagnent en puissance, certains commencent à installer dans la coque des moteurs à deux cylindres et parfois une machine à vapeur, chassant l'équipage de la chambre qui est sous le pont principal. Le moteur à essence est rapidement remplacé par le moteur diesel. Les charpentiers commencent à aménager d'abord une chambre basse sur le pont, puis, le moteur gagnant en fiabilité, on décide de retirer le mât arrière et de surélever la chambre qui protègent ainsi les couchettes et la cuisine. Les capitaines choisissent alors de se protéger eux aussi, et l'endroit le plus logique est de faire comme sur les cargos à vapeur et de bâtir une timonerie au-dessus de la chambre.

Le mât avant perd rapidement ses dernières voiles pour devenir un mât de charge. Les dernières modifications se résument au cours des années 1940 avec l'aménagement d'un gaillard avant, protégeant la cargaison des paquets de mer et offrant du coup des logements supplémentaires. La goélette à moteur n'a qu'un seul pont, et la cale unique est accessible par deux écoutilles. Finalement, au cours des années 1950, les charpentiers de marine aménagent un véritable château arrière, à même les formes de la coque. C'est dans le comté de Charlevoix qu'il s'est bâti le plus de goélettes du Saint-Laurent. À Saint-Joseph-de-la-Rive, près de soixante goélettes ont été construites entre 1860 et 1930[2]. La population des régions de l'Île d'Orléans, de la rive Sud du fleuve, du Saguenay et de l'estuaire profitent également des forêts voisines pour bâtir ces goélettes que certains surnomment des « voitures d'eau ».
La dernière goélette du Saint-Laurent, baptisée Jean-Richard, est construite à Petite-Rivière-Saint-François en 1959 par le maître charpentier Phillipe Lavoie. Sa construction est immortalisée par le cinéaste Pierre Perrault, de l'Office national du film du Canada, dans le film Le Jean-Richard[3]. Pierre Perreault traite de la disparition des goélettes dans un autre film intitulé Les Voitures d'eau[4].
En 2015, il ne reste que la Jean-Yvan et la Saint-André[2] visibles au Musée maritime de Charlevoix et la Mont-Saint-Louis, dans un musée privé de l'Île aux Coudres.
La goélette Saint-André
La goélette Saint-André a été construite à La Malbaie pour le capitaine Fernand Gagnon, de Pointe-au-Pic, issu d'une famille de marins dont le père, Joseph Gagnon, avait fait construire le Charlevoix en 1922 puis la goélette Comté Charlevoix en 1935[2]. La construction de la Saint-André a commencé le près du quai de La Malbaie, sous la direction du maître charpentier Philippe Lavoie de Petite-Rivière-Saint-François, assisté d'une équipe de dix ouvriers dont le capitaine Gagnon et ses deux fils, Claude et Michel. Le navire, long de 30 mètres et large de 8,8 mètres pour un tonnage brut de 222 tonnes, a été lancé le , puis toué jusqu'au chantier maritime de Saint-Laurent, Île d'Orléans, pour l'installation d'un moteur Caterpillar de 355 chevaux-vapeur[5],[2].
La Saint-André a effectué son premier voyage le , transportant 6 500 poches de ciment de Québec vers Forestville, à proximité de Labrieville, où Hydro-Québec construisait un barrage. Le capitaine Gagnon a obtenu un contrat régulier de transport de dynamite pour la compagnie CIL, assurant pendant quinze ans le transport de milliers de caisses entre Beloeil, sur la rivière Richelieu, et la Côte-Nord[2].
Au cours des années 1970, la concurrence du transport routier a forcé la Saint-André à rester le plus souvent à quai. Le navire, encore en bon état et parfaitement représentatif de la tradition des goélettes du Saint-Laurent, a été classé « bien culturel » par le gouvernement du Québec le [5]. En 1998, la goélette entre au Musée maritime de Charlevoix où le public peut la visiter[2].
Chantier maritime de Charlevoix
En 1946, le capitaine J.A.Z. Desgagnés fonde un chantier maritime à Saint-Joseph-de-la-Rive, dans la baie du village, après qu'une grosse tempête d'automne eut causé de graves dommages à plusieurs goélettes hivernées sur la grève. Le , une vingtaine d'actionnaires se portent acquéreurs du terrain et financent la construction d'une cale de halage et d'un quai. Le chantier, situé au 305, rue de l'Église, sert principalement à l'entreposage et à la réparation des goélettes durant l'hiver. Il s'agit du principal lieu de construction de goélettes parmi plus de 150 chantiers semblables recensés au Québec[6],[2].
Au début des années 1970, le capitaine Desgagnés, désormais impliqué dans la gestion de la compagnie Desgagnés Transport, rachète les parts de tous les actionnaires et conserve le lieu. Le chantier devient le Musée maritime de Charlevoix en 1986, administré par la famille Desgagnés. Le site est désigné lieu historique national du Canada le [6]. On peut y visiter la Jean-Yvan, la Saint-André restaurée, le remorqueur Le Félicia, ainsi qu'une ancienne scierie et l'atelier du chantier désaffecté[2].
Notes et références
- ↑ Alain Franck, « La Goélette à voiles du Saint-Laurent », -, , p. 166 (ISBN 2-9800323-0-1)
- Diane Bélanger, « Goélette Saint-André, joyau du Musée maritime de Charlevoix », sur Encyclopédie du patrimoine culturel de l'Amérique française (consulté le )
- ↑ René Bonnière et Pierre Perrault, Le Jean-Richard (Ce film fait partie de la série documentaire intitulée Au pays de Neufve-France), Québec, ONF, , 29 min
- ↑ Pierre Perreault, « Les voitures d'eau », sur ONF.ca, (consulté le )
- « Bateau Le Saint-André », sur Répertoire du patrimoine culturel du Québec (consulté le )
- « Lieu historique national du Canada du Chantier-Maritime-de-Saint-Joseph-de-la-Rive », sur Parcs Canada (consulté le )
Annexes
Articles connexes
- Goélette
- Voie maritime du Saint-Laurent
- Musée maritime de Charlevoix
- Cabotage
- Pierre Perrault
Liens externes
- Les voitures d'eau sur le Saint-Laurent - Photographies
- Goélettes du Québec - Musée virtuel
- Goélette Saint-André, joyau du Musée maritime de Charlevoix, Encyclopédie du patrimoine culturel de l'Amérique française
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