Gottlieb Siegfried Bayer
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(à 44 ans) Saint-Pétersbourg |
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Gottlieb Siegfried Bayer |
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Gottlieb Siegfried Bayer (ou Theophilus Sigefridus Bayerus) est un linguiste et historien prussien, né à Königsberg (duché de Prusse) en 1694 et mort à Saint-Pétersbourg en 1738.
Biographie
Au Collegium Fridericianum puis à l'Université de Königsberg en Prusse, où sa famille d'origine bavaroise s'est établie, Gottlieb Siegfried Bayer étudie les langues anciennes et orientales, entre autres l'hébreu et le chinois. A Berlin et à Halle, il approfondit ses connaissances en fréquentant des philologues orientalistes tels que Mathurin Veyssière de la Croze, réfugié huguenot, et Johann Heinrich Michaelis[1]. En 1718, il est nommé conservateur de la bibliothèque de Königsberg avant d'être invité en 1726 à rejoindre l'Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg, fondée par Pierre le Grand. Le tsar, en effet, face aux monarchies occidentales, souhaite changer l'image d'une Russie arriérée et donner à sa jeune académie le prestige des grandes institutions de Paris et de Berlin. A Saint-Pétersbourg, Gottlieb Bayer est professeur d'antiquités classiques et de langues orientales; dans ce contexte, il s'attache aussi à éclairer l'histoire du peuple russe à ses débuts, encore mal connue, faute de sources locales. Il reste en poste sous les règnes de Catherine I, Pierre III et Anna Ivanovna. Il meurt en Russie en 1738.
Travaux philologiques
Les Commentaires (Commentarii) de G.S. Bayer, édités entre 1728 et 1750 et présents dans les volumes I à XI de la revue de l'Academia Scientiarum Imperialis Petropolitana, donnent une idée de l'activité du chercheur. Des exemplaires de ces volumes, aujourd'hui numérisés, sont conservés à la Natural History Museum Library de Londres. G.S. Bayer y écrit dans la section Histoire, au même titre que d'autres scientifiques venus d'Allemagne, de France et de Suisse, physiciens, botanistes, astronomes ou mathématiciens comme Leonard Euler.
Les Commentaires, écrits en latin, n'ont fait l'objet que de trois traductions récentes en français[2],[3],[4]; s'ils ont été traduits en russe au temps de leur publication, ils sont restés peu connus en France. Ils témoignent pourtant des avancées de la recherche historique au début du XVIIIe siècle, à ceci près que la discipline dont Bayer a la charge au sein de la jeune académie pétrovienne confond encore l'histoire avec la philologie, la confrontation et l'examen critique des textes du passé étant la base de la démarche du savant. Bayer est en effet d'abord un linguiste : il consacre par exemple un de ses Commentaires à la description d'un dialecte asiatique, le tangout, proche du tibétain[5]. Il publie plusieurs travaux de sinologie, entre autres le Museum Sinicum, essai sur les caractères et la syntaxe du chinois, édité en 1730[6].
G.S. Bayer cherche à s'approcher de la vérité historique en s'appuyant sur des sources fiables, non déformées. Il s'agit d'abord, pour ce parfait connaisseur du grec ancien, de rendre accessibles, dans l'esprit des Aufklärer, les textes de l'Antiquité restitués sous leur forme la plus authentique, débarrassés des additions et remaniements intempestifs survenus dans leur transmission. Le savant dispose à Saint-Pétersbourg d'une riche bibliothèque dotée d'un fonds impérial et augmentée d'ouvrages occidentaux ; il y consulte des compilations byzantines comme celle de Constantin VII Porphyrogénète mais aussi des éditions récentes et amendées du patrimoine classique, imprimées aux XVIIe et XVIIIe siècles à Oxford, Leyde ou Amsterdam[7].
A côté de ce large corpus de références où figurent au premier plan les géographes grecs, souvent cités et traduits en latin dans les Commentaires, G.S. Bayer, désireux d'éclairer l'histoire des peuples d'Europe orientale et septentrionale, puise à des sources plus modernes telles que des annales médiévales[8] ou des travaux d'érudits polonais, scandinaves, néerlandais, allemands, écrits après la Renaissance[9] et riches de notations toponymiques, ethnographiques et chorographiques.
Conforté par cette large documentation, le savant s'intéresse d'abord aux anciens nomades de la steppe bordant la mer Noire, moins connus que les Grecs des cités mais abondamment évoqués dans les textes classiques ; dans un Commentaire publié tardivement[10], il étudie les relations culturelles entre Grecs et Scythes du Ve siècle avant J.C. au nord du Pont-Euxin, approfondissant une thématique très tôt abordée : les espaces septentrionaux et leurs peuplements. Dès 1726 en effet, dans le volume I de la revue de l'Académie, G.S. Bayer fait un compte rendu précis du livre V des Histoires d'Hérodote ; à partir des données fournies par l'historien grec, il cartographie l'ancienne Scythie dans ses contours européens (entre Carpates et Oural) en insistant sur son réseau hydrographique[11] ; ce faisant il offre à ses lecteurs russes et aux descendants de Pierre le Grand une description géographique précise des marges de l'Empire, appelées au XVIIIe siècle Galicie-Volhynie, Moldavie, Tatarie : un éclairage à visée purement encyclopédique mais propre à servir, par la suite, les projets d'expansion de Catherine II.
Bayer aborde ensuite le Haut Moyen-Age en étudiant l'impact des invasions normandes du VIIIe siècle dans la partie orientale du vieux continent . En 1735, la revue de l'Académie publie le Commentaire De Varagis où Bayer réfléchit au rôle des Varègues ou Normands (Normani) dans la constitution de l'état kiévien, suscitant par là même une controverse et un clivage, chez les écrivains russes des siècles à venir, entre Normanistes et Antinormanistes[12].
Plus tard en 1741, la revue de l'Académie publie le Commentaire Origines Russicae[13], où le philologue démêle l'origine du mot « Russe » qui, dit-il, s'applique aux Slaves orientaux « dispersés » (tel est pour lui le sens du mot) parmi les populations baltes et finnoises au VIe siècle. Dans ce même texte, l'auteur fait l'inventaire des différentes ethnies ayant successivement occupé, depuis la fin de l'Antiquité, l'Europe septentrionale (entre mer Baltique et mer Noire) et tente de gommer les erreurs longtemps propagées à propos de ces colonisateurs, pour la plupart venus d'Asie, à l'exception des Goths.
Héritier de la tradition humaniste, Bayer voit dans la linguistique le vecteur permettant de dissiper les zones d'ombre masquant l'histoire des peuples. Il trace une méthode qui sera poursuivie par ses successeurs à l'Académie, Gerhard Friedrich Müller[14] et surtout August Ludwig Schlözer[15], traducteur en allemand de la Chronique de Nestor, texte dévoilant le Moyen Age russe. G.S. Bayer, privé en son temps des ressources de l'archéologie (les premières explorations en Sibérie datent de 1733), n'est pas en mesure d'étudier des vestiges matériels de grande ampleur et, tributaire d'une tradition essentiellement livresque, il commet parfois des erreurs dans ses affirmations. On peut toutefois le considérer comme un pionnier dans une discipline qui requiert rigueur et objectivité et qui trouve sa place dès 1726 dans un département scientifique.
Formé à la culture luthérienne, le Prussien G.S. Bayer aura aidé les Russes à reconstituer leur propre histoire, restée assez nébuleuse jusqu'au siècle des Lumières.
Œuvres
- Auszug der älteren Staatsgeschichte, 1728, Saint-Pétersbourg
- Museum sinicum, Saint-Pétersbourg, 1730
- Historia osrhoena et edessena nummis illustrata, 1734
- Histoire d'Azov, des origines à 1711, Saint-Pétersbourg, 1737
- Historia regni Graecorum Bactriani, 1738
Commentarii
- De origine et priscis sedibus Scytharum, volume I, 1726
- De Scythiae situ, qualis fuit sub aetate Herodoti, volume I, 1726
- De muro Caucaseo, volume I, 1726
- De Cimeriis, volume II, 1729
- Chronologia Scythica vetus, volume III, 1732
- Memoriae Scythicae ad Alexandrinum Magnum, volume III, 1732
- De Varagis, volume IV, 1735
- Elementa litteraturae brahmanicae, tangutae, mungalicae, volume IV, 1735
- Conversiones rerum Scytharum temporibus mithridatis Magni et paulo post Mithridatem, volume V, 1738
- De Russorum prima expeditione Constantinopolitana, volume VI, 1738
- De Venedis et Eridano fluvio, VII, 1740
- Origines Russicae, volume VIII, 1741.
- Geographia Russiae … ex Constantino porphyrogenneta, volume IX
- Geographia Russiae ex scriptoribus septentrionalibus, volumeX, 1744
- De Hyperboreis, volume XI, 1750 (posthume)
Notes et références
- ↑ Isabelle Jouteur et Michel Mervaud, « Les origines de la Russie de Gottlieb Bayer », Slavica Occitania, Toulouse, vol. IX, , p. 12 (ISSN 1245-2491)
- ↑ Isabelle Jouteur et Michel Mervaud, « Les origines de la Russie de Gottlieb Bayer », Slavica Occitania, Toulouse, vol. IX,
- ↑ Sylvie Peyrefiche, De Hyperboreis de Gottlieb Bayer, Chemins de tr@verse, coll. « Chartae neolatinae », , 82 p. (ISBN 978-2-313-00632-0)
- ↑ Sylvie Peyrefiche, G.S. Bayer, la localisation de la Scythie au temps d'Hérodote , Chemins de tr@verse, coll. « Chartae neolatinae », , 98 p. (ISBN 978-2-313-06812-0)
- ↑ (la) G.S. Bayer, « Elementa Brahmanica, Tangutana, Mungalica », Commentarii Academiae Scientiarum Imperialis Petropolitanae, vol. IV,
- ↑ Isabelle Jouteur et Michel Mervaud,, « Les origines de la Russie de Gottlieb Bayer », Slavica Occitania, Toulouse, vol. IX, , p. 14
- ↑ Par exemple le « Périple » de Pseudo-Scylax par David Hœschel, (Augsburg, 1600), le même « Périple de Pseudo-Scylax» par Isaac Voss (Amsterdam, 1639), les éditions successives des « Petits géographes grecs » (Geographicae veteris scriptores Graeci minores) par Henry Dodwell (Oxford 1698) et John Hudson (Oxford 1712)
- ↑ Les Annales de Saint-Bertin (741-882) font état d'une expédition de Varègues faisant route depuis la mer Baltique jusqu'à Constantinople, en passant par le territoire de Louis le Pieux. Bayer cite ce témoignage dans les Commentaires De Varagis et Origines Russicae
- ↑ Par exemple, Tractatus de duabus Sarmatiis Asiana et Europiana (1517) de Maciejz Miechow, recteur de l'Université de Cracovie, Rerum Moscoviticarum Commentarii (1548) de Sigmund von Herberstein, diplomate auprès de Charles Quint, Histoire du Grand Duché de Moscovie (1615) de Perl Erlesund, diplomate suédois, Noord en Ost Tartarye ( Amsterdam 1692) de Nicolaes Witsen.
- ↑ (la) G.S. Bayer, « De Hyperboreis », Commentarii Academiae Scientiarum Imperialis Petropolitanae, vol. XI,
- ↑ (la) G.S. Bayer, « De Scythiae situ, qualis fuit sub aetatem Herodoti », Commentarii Academiae Scientiarum Imperialis Petropolitanae, vol. I,
- ↑ La théorie des Normanistes, qui considéraient les Normands ou Varègues comme les fondateurs du premier état russe, fut réfutée aux XIXe et XXe siècles par les Antinormanistes, en particulier les chercheurs soviétiques qui affirmaient l' autochtonie de la Rus' de Kiev.
- ↑ (la) G.S. Bayer, « Origines Russicae », Commentarii Academiae Scientiarum Imperialis Petropolitanae, vol. VIII,
- ↑ Collègue et successeur de Bayer dans la section Histoire de l'Académie. Auteur d'une Sammlung Russicher Geschichte en plusieurs livres (1732-1764). G.F. Müller participa aux premières explorations scientifiques en Sibérie
- ↑ Von Schlözer (1735-1809) publia une Geschichte von Russland (Göttingen 1769) puis connut la gloire en traduisant en allemand le texte original, établi et annoté, de la « Chronique de Nestor », chronique écrite au XIIe siècle par deux moines de Kiev. Cette édition critique fut publiée en 1802
Voir aussi
Bibliographie
- (de) Carl Gustav Adolf Siegfried (de), « Bayer, Gottlieb Siegfried », dans Allgemeine Deutsche Biographie (ADB), vol. 2, Leipzig, Duncker & Humblot, , p. 187
- (de) Franz Babinger, Gottlieb Siegfried Bayer (1694–1738) : Ein Beitrag zur Geschichte der morgenländischen Studien im 18. Jahrhundert, München, Schön,
- (de) Johann W. Fück, « Bayer, Gottlieb Siegfried », dans Neue Deutsche Biographie (NDB), vol. 1, Berlin, Duncker & Humblot, , p. 678 (original numérisé)
- Georges Güsdorf, L'avènement des sciences humaines au siècle des Lumières, Payot,
- (en) Knud Lundbaek, T.S. Bayer (1694–1738) : Pioneer Sinologist, vol. 54, London/Malmö, Curzon Press, coll. « Scandinavian Institute of Asian Studies Monograph Series », (ISBN 0-7007-0189-3)
- Iaroslav Lebedynsky, Les Scythes, la civilisation des steppes (VII-III avant J.C.), Errance,
- Isabelle Jouteur et Michel Mervaud, « Les origines de la Russie de Gottlieb Bayer », Slavica Occitania, Toulouse, vol. IX,
- Michel Heller, Histoire de la Russie et de son empire, Perrin,
- Sylvie Peyrefiche, De Hyperboreis de Gottlieb Bayer, Chemins de tr@verse, coll. « Chartae neolatinae », , 82 p. (ISBN 978-2-313-00632-0)
- Sylvie Peyrefiche, G.S. Bayer, la localisation de la Scythie au temps d'Hérodote , Chemins de tr@verse, coll. « Chartae neolatinae », , 98 p. (ISBN 978-2-313-06812-0)
Liens externes
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