Grand Palais (Charleroi)

Grand Palais
Vue du Grand Palais depuis le terril des Piges (2023)
Présentation
Type
Style
Moderniste
Architecte
Joseph André (1953)
AJDVIV & AgwA (2024)
Ingénieur
Léon-Marcel Chapaux (1953)
Bureau Greisch (2024)
Construction
1953
Rénovation
2019-2024
Commanditaire
Ville de Charleroi
Propriétaire
Localisation
Adresse
Avenue de l'Europe, 21
6000 Charleroi, Hainaut
 Belgique
Accès et transport
Métro
Autobus
41, 43, 83
Coordonnées
50° 24′ 47″ N, 4° 26′ 23″ E
Carte

Le Grand Palais, anciennement nommé Palais des Expositions est un centre de congrès et d'exposition située dans la Ville-Haute à Charleroi (Belgique). Il a été construit en 1953 par l'architecte Joseph André et l'ingénieur Léon-Marcel Chapaux[1]. Le bâtiment a été rénové dans le cadre du fond européen FEDER par l'association des bureaux d'architecture AJDVIV et AgwA et a reçu le Prix de l'Union européenne pour l'architecture contemporaine Mies van der Rohe 2026[2],[3].

Histoire

Plaque commémorative à la mémoire des bourgmestres Joseph Tirou et Octave Pinkers

Le projet est né de la volonté du bourgmestre Joseph Tirou, dans l'objectif d'embellir et de valoriser la ville[1]. L'étude d'un projet de Palais pour un montant de 70 000 000 de francs a été décidée le . En , l'estimation s'élève à 231 500 000 francs. Le gros œuvre a été inauguré le , et la première Exposition internationale a eu lieu en . Il s'agissait d'une exposition technique et industrielle à laquelle ont participé 515 entreprises belges et 456 étrangères. Le mois suivant se déroule le premier salon des Arts ménagers[4] qui deviendra, au fil du temps, l'événement phare du palais[5].

En commémoration de la mort du bourgmestre Octave Pinkers survenu le , le conseil communal a décidé le de nommer le Palais et ses jardins Palais et Square Gérard-Octave Pinkers[4].

Pavillon côté nord, infrastructures de Géode.

La programmation du site a changé au fil du temps. Autrefois, le sous-sol était occupé par une piste de bowling. Dans les niveaux inférieurs l'espace était divisé entre les pompiers de la ville de Charleroi, des terrains de tennis et les installations techniques. En 2005, la société Géode a été installée dans un pavillon au nord[1].

En , une nouvelle phase historique s'ouvre avec le début des travaux de transformation profonde du site. Financé par les fonds européens FEDER, ce chantier d'envergure vise à adapter l'œuvre de Joseph André aux exigences contemporaines. Les interventions structurelles et architecturales se concluent à la fin de l'année 2023, permettant l'inauguration des nouveaux espaces au début de l'année 2024[6].

Architecture

Le projet proposé par l'architecte Joseph André est celui d'un grand complexe d'environ 55 000 m2 répartis sur trois niveaux. La topographie n'est pas des plus faciles. La nature précaire du sol, où il y avait un terrils, s'étend sur une longueur de 500 m avec une différence de hauteur de 25 m. Le talent de l'architecte est immédiatement évident dans sa capacité à donner une impression de légèreté et d'élégance sans révéler la grande quantité de matériaux utilisés pour la construction[7]. L'ensemble architectural se caractérise par la matérialité du béton, de l'acier et du verre[1].

Le niveau principal est accessible depuis une colonnade monumentale qui mène le visiteur au hall d'honneur. Deux coupoles de brique de verre couvrent cette zone d'accueil. Cette zone comprend également des escaliers, des ascenseurs, un restaurant de 700 m2 et les sanitaires. De là, est possible d'accéder aux différentes halles d'exposition. La plus grande est située à l'étage supérieur et a une hauteur de plafond de 12 m. Ces caractéristiques permettent une utilisation flexible de l'espace, grâce à sa structure surdimensionnée. Le deuxième hall est situé au sud et se caractérise par un espace libre de toute structure d'une largeur de 60 m pour un total de 6 400 m2. Une structure en shed, typique des bâtiments industriels, garantit une luminosité homogène. Le troisième hall est situé à un niveau intermédiaire au sud. C'est un hall de 5 400 m2, caractérisé par de grandes ouvertures qui s'ouvrent vers la zone industrielle. Le reste du niveau est divisé en trois petites salles. Il y a également une salle de conférence, une salle de réception accessible depuis le parking situé au nord[1].

Décorations

Joseph André prévoit de caractériser les entrées du bâtiment avec des décorations. Des bas-reliefs inspirés de l'iconographie des métiers d'art sont réalisés par André Hupet et Lucien Guyaux. Dans l'angle sud-est se trouve une statue de bronze le maître d'œuvre réalisée par Alphonse Darville[1].

En , le bâtiment fait l'objet d'une intervention artistique dans le cadre de la biennale d'art urbain Asphalte. L'artiste américain Steven Power a créé le fresque bisou m'chou sur le côté ouest du complexe, et Maya Hayuk (en) l'arc-en-ciel psychédélique sur la façade nord vers le parking. Les deux interventions sont clairement visible depuis le petit-ring et la ligne 140 du chemin de fer[8],[9]. Ces deux travaux seront intégrés au nouveau projet de rénovation présenté en 2016[10].

Le projet de transformation (2015-2024)

En 2015, dans le cadre des réalisations de Charleroi District Créatif (plan FEDER 2013-2020), la rénovation du Palais des Expositions est lancée avec l'ambition de transformer le site en un moteur de développement durable pour la région wallonne[11]. Pour ce faire, la Ville de Charleroi et la cellule Charleroi Bouwmeester organisent un concours international remporté par l'association des bureaux AJDVIV (architecten jan de vylder inge vinck) et AgwA, en collaboration avec le paysagiste Denis Dujardin[12]. L'équipe baptise le projet du nom de dossier Chapex, contraction de Charleroi et Palais des Expositions, une appellation devenue depuis l'identité de référence de cette reconversion architecturale.

Stratégie architecturale et post-croissance

Face à un budget restreint d'environ 450 €/m2, la réponse architecturale a opéré un véritable changement de paradigme : le budget initial ne représentait qu'un tiers d'un budget normal pour une telle rénovation[13]. Cette opération de conception s'inscrit dans une réflexion sur la « post-croissance », où le geste architectural consiste à apprendre à « composer avec les externalités », les résidus, les contraintes et les éléments imprévus du site, plutôt que de chercher à les effacer par une construction neuve[14]. Le projet est ainsi considéré comme un manifeste du « continuer à construire », où les architectes ont courageusement remis en question les termes du concours initial[15]. Au lieu de la démolition totale de la partie centrale initialement demandée, les concepteurs ont proposé de conserver la structure de Joseph André, la jugeant déjà très contemporaine[13], et de la transformer en un espace extérieur couvert agissant comme un trait d'union entre la périphérie et le centre-ville.

Les travaux de démolition d'une partie du Palais ont commencé en septembre 2019, nécessitant un budget d'environ 36 millions d'euros[16]. Alors que la structure originale couvrait plus de 60 000 m2, la surface opérationnelle a été ramenée à environ 40.000 m². Le projet se concentre sur la création d'un grand vide dans la nef centrale, réduisant l'enveloppe thermique à 25 000 m2 pour tendre vers un concept « zéro énergie » pour les espaces ouverts[12], avec une approche qui privilégie une économie de moyens[17].

Un bâtiment évolutif et ingénierie

Le bureau Greisch est responsable de l'ingénierie (stabilité, techniques spéciales et PEB), accordant une attention particulière à la performance énergétique et à la préservation des façades historiques en béton[18]. L'une des volontés du projet est de laisser « les portes ouvertes » aux usages futurs. Harold Fallon (AgwA) résume cette philosophie par la formule : « On a fini, maintenant on continue »[15].

Au cours de la réalisation, le programme du centre de congrès a été intégré au site en 2019. Initialement prévu dans un bâtiment séparé, il est désormais situé dans le bloc nord sous la forme d'un volume noir modernisé, placé à un niveau intermédiaire pour optimiser sa dépense énergétique[12].

Mobilité et paysage

Le travail paysager, confié au paysagiste Denis Dujardin[12], transforme l'ancien hall de logistique en un "jardin central" monumental servant de zone de promenade et de réception[19]. Ce lieu est conçu comme un espace climatique où les piliers de béton d'origine ont été restaurés dans leurs couleurs d'époque, servant de réminiscence aux usages passés du site[12].

Un parking silo de 700 places est intégré dans le bloc sud; bien que ce choix souligne les besoins automobiles persistants, sa structure est pensée pour être réemployable à l'avenir[15]. Enfin, pour améliorer l'accès depuis le petit-ring, une nouvelle bretelle routière relie la rue de l'Ancre et le parking nord via un rond-point[20].

Prix et reconnaissances

Expositions

Notes et références

  1. Strauven, Le Maire et Dailly 2017, p. 132-133.
  2. Jawad Mesrouri, « Le Grand Palais de Charleroi décroche la ' Palme d’or ' de l’architecture européenne - RTBF Actus », sur RTBF (consulté le )
  3. (en) Arquitectura Viva, « Mies van der Rohe Award 2026 », sur Arquitectura Viva (consulté le )
  4. Mac Kay 1996.
  5. Anthony Cujas, « Le Salon des Arts Ménagers fait son grand retour à Charleroi en 2025 », sur www.telesambre.be, (consulté le )
  6. « Le Palais des Expositions de Charleroi (Chapex) est prêt pour sa nouvelle vie », sur RTBF Info, (consulté le )
  7. Espace Environnement 1990, p. 27.
  8. DH Les Sports+, « Un bisou à 50 000 euros », sur www.dhnet.be, (consulté le )
  9. « "Asphalte", la biennale d'art urbain qui va transformer Charleroi », sur RTBF Info, (consulté le ).
  10. « « Bisous M’chou » survivra aux travaux du Palais des Expos », sur sudinfo.be, (consulté le ).
  11. Eleanor Beaumont, « Breaking convention », The Architectural Review, février 2024, p. 54-62
  12. Hülya Ertas, As found, VAI, 2023, p. 46-56
  13. [vidéo] « WBArchitectures présente... Chapex - AgwA & architecten Jan de Vylder Inge Vinck » (consulté le )
  14. (en) Marie Pirard, « Living with externalities. The refurbishment of Charleroi’s Palais des Expositions in a post-growth context », Tour d’Horizon, Bruxelles, Practices in Research Journal, no 02,‎ , p. 27-47 (ISSN 2736-3996, lire en ligne [PDF])
  15. Jenny Keller, « Die Unvollendete », Werk, bauen + wohnen, Zurich, octobre 2023, p. 6-13
  16. « Charleroi : le chantier du Palais des Expositions a commencé par une première phase de démolition », sur RTBF Info, (consulté le )
  17. Eline Dehullu, « Moins pour plus », vol. 292 : A+, Bruxelles, octobre-novembre 2021, p. 48-53
  18. (fr-BE) « Bureau Greisch - Rénovation du Palais des expositions à Charleroi », sur Bureau Greisch (consulté le )
  19. « Charleroi: découvrez le renouveau du Palais des Expositions ! », sur www.telesambre.be (consulté le )
  20. « Une nouvelle bretelle d'accès sur le R9 pour le Palais des Expos », sur www.dhnet.be, (consulté le )
  21. « CHAPEX – Brussels Architecture Prize 2025 », Brussels Architecture Prize (consulté le )
  22. (en) Christophe Van Gerrewey, « Grand Palais in Charleroi, Belgium, by AgwA and AJDVIV », sur The Architectural Review, (consulté le )
  23. « Le Grand Palais de Charleroi : AgwA distingué par le prix AR New into Old 2025 | Wallonie-Bruxelles Architectures », sur wbarchitectures.be (consulté le )
  24. « AgwA & AJDVIV : finaliste Prix européen de l’Espace public urbain 2024 | Wallonie-Bruxelles Architectures », sur wbarchitectures.be (consulté le )
  25. « Le projet de rénovation du Grand Palais à Charleroi, finaliste du Prix européen de l’Espace public urbain 2024, devancé par un concurrent polonais », sur sudinfo.be, (consulté le )

Voir aussi

Bibliographie

  • Cécile Vandernoot, Renversement salvateur, vol. 271 : A+, Bruxelles, Lisa De Visscher, , p. 44-47
  • (en) Eleanor Beaumont, Breaking convention, The Architectural Review, , p. 54-62
  • Eline Dehullu (photogr. Filip Dujardin), Moins pour plus, vol. 292 : A+, Bruxelles, Lisa De Visscher, , p. 48-53
  • Espace Environnement, …À Charleroi, Joseph André, Charleroi, Paul Warin, éditeur, , 63 p., p. 27-31
  • (fr + en) Georgios Maïllis (dir.) et al., Ville de Charleroi, Charleroi Métropole : Un schéma stratégique, , 4e éd. (1re éd. 2015), 297 p. (ISBN 978-2-9601783-1-9, lire en ligne [PDF])
  • (en) Hülya Ertas, As found, VAI, , 174 p. (ISBN 9789492567321), p. 46-56
  • (de) Jenny Keller, Die Unvollendete, Werk, bauen + wohnen, Zürich, , p. 6-13
  • Iwan Strauven (dir.), Judith Le Maire (dir.) et Marie-Noëlle Dailly (dir. et photogr.), 1881-2017 Charleroi métropole, Bruxelles, Mardaga et Cellule architecture de la Fédération Wallonie-Bruxelles, coll. « Guide d'architecture moderne et contemporaine » (no 4), , 367 p. (ISBN 978-2-8047-0367-7), p. 132-133
  • Philippe Mac Kay (photogr. Marianne Bruneau et Denis Gauvain), Charleroi d'hier et d'aujourd'hui : Rue par rue, Charleroi, Michel Fromont, coll. « Un dossier de La Nouvelle Gazette »,

Articles connexes

Liens externes

  • icône décorative Portail de l’architecture et de l’urbanisme
  • icône décorative Portail de Charleroi