Grande Afrique du Sud
À l'orée du XXᵉ siècle, une faction de personnages politiques éminents, tant sud-africains que britanniques, émit et soutint des velléités expansionnistes visant à l'édification d'une Grande Afrique du Sud. Cette aspiration irrédentiste, bien que circonscrite au seul élément blanc d'ascendance européenne, peut être analysée rétrospectivement comme une forme archaïque ou protohistorique du panafricanisme[1].
Planification théorique

Dès 1895, l’homme d’État Jan Smuts émit à maintes reprises le vœu d’une expansion territoriale de l’Afrique du Sud. Son dessein géopolitique, à l’origine circonscrit au fleuve Zambèze, ambitionnait à terme d’établir la frontière méridionale du pays sur ce cours d’eau, voire de la porter jusqu’à l’équateur[2]. Ce projet annexionniste incluait le Sud-Ouest africain allemand, la Rhodésie du Sud et, pour le moins, la portion australe du Mozambique portugais – notamment le port de Lourenço Marques, sis dans la baie de Delagoa. Il englobait également les territoires sous Haut-Commissariat (Basutoland, Bechuanaland et Eswatini, ce dernier ayant été un protectorat du Transvaal de 1890 à 1899). Pretoria en eût été la capitale géographique[2]. Bien que le Zambèze constituât son objectif initial, Smuts portait un intérêt marqué pour le protectorat d’Afrique orientale et le Tanganyika. Impressionné par l’implantation britannique dans les Hautes Terres dites « Blanches », il envisageait que cette région pût se muer à brève échéance en un « grand État européen ou un système d’États ». Il escomptait ainsi voir se former, à la longue, une « chaîne d’États blancs » qui, de l’Union sud-africaine au Kenya, finirait par ne constituer qu’une seule entité[3]. Smuts était convaincu qu’une telle expansion hisserait l’Afrique du Sud au rang des « plus grands futurs dominions de l’Empire », l’égale de l’Australie et du Canada[3].
Les objectifs expansionnistes de Smuts n'ont reçu qu'un faible soutien de la part des Blancs afrikaners. Les nationalistes afrikaners craignaient que l'incorporation des territoires britanniques proches de l'Afrique du Sud ne donne naissance à un État à majorité noire bien plus importante que celle de l'Union sud-africaine de l'époque[4].
Actualisation
La formation de l’Union sud-africaine, survenue en 1910, fut appréhendée comme le prodrome de la réunion des diverses possessions britanniques situées en Afrique australe[5]. La métropole favorisa primitivement l’accroissement domanial de l’État sud-africain. Toutefois, ni le cabinet de Londres ni les autorités de la colonie ne conjecturaient que la suzeraineté impériale exercée sur la Rhodésie, le Nyassaland et les Territoires du Haut-Commissariat pût constituer un ordonnancement immuable : l’Acte de 1909 afférent à l’Afrique du Sud stipulait l’agrégation ultérieure de la Rhodésie en qualité de cinquième province et édictait les clauses d’une dévolution future des Territoires du Haut-Commissariat[5]. Le Premier ministre Louis Botha s’accordait avec l’opinion de Jan Smuts, considérant que l’adjonction de ces espaces à l’Union ne constituait qu’une échéance inéluctable[6].
Durant la campagne du Sud-Ouest africain (1914-1915), les autorités britanniques acquiescèrent aux visées stratégiques du général Smuts. En 1919, elles cautionnèrent l'attribution à l'Union sud-africaine d'un mandat sur l'ancienne colonie allemande, alors même que Smuts nourrissait le dessein de l'incorporer pleinement à l'Union[7]. Il proposa de dénommer ce territoire « Bothaland », en hommage au Premier ministre Louis Botha[8]. Parallèlement, des ambitions territoriales concernant le Mozambique portugais étaient envisagées à Pretoria. L'éventualité d'une acquisition, approuvée à l'unanimité par le cabinet sud-africain[6], fut considérée avec bienveillance, en dépit de l'appartenance du Portugal à la coalition de l'Entente[8].
Néanmoins, la consultation plébiscitaire de 1922 en Rhodésie méridionale scella le refus de la colonie de s'agréger à l'Union sud-africaine. Cette résolution frappa de caducité le rachat par Pretoria des prérogatives de la British South Africa Company sur le protectorat du Bechuanaland, dont la translation se trouva, par voie de conséquence, entravée. La Rhodésie, faisant office de contre-fort impérial face à l'ascendant des populations boers, prétendait à la dévolution d'une fraction desdites terres ; il seyait dès lors à la puissance mandante de soustraire ce ressort à l'orbite d'influence de l'Union[7]. Les autorités de Londres conçurent en outre un vif dépit à l'endroit de la promulgation, par la législature du Cap, de la Natives Land Act, laquelle instaurait un régime de tenure agraire appelé à devenir l'une des assises de l'Apartheid[9].
La perte de la Rhodésie rendit inexécutables les desseins de Smuts visant à l'expansion méridionale vers le nord, tandis que ses velléités à l'égard du Mozambique se trouvèrent singulièrement compromises[9]. Les élections générales de 1924 en Afrique du Sud scellèrent la fin de son magistère et portèrent au pouvoir James B. Hertzog en qualité de nouveau Premier ministre[10]. Les autorités britanniques, méfiantes à l'endroit de ce dernier – connu pour ses positions anti-impérialistes et son attachement à la cause afrikaner, à l'inverse de l'anglophilie affichée de Smuts – se montrèrent dès lors moins enclines à acquiescer aux prétentions territoriales formulées par le gouvernement sud-africain[10].
Au cours de la période de ségrégation institutionnelle en Afrique du Sud (1948-1994), placée sous la prépotence des populations d'ascendance batave, et singulièrement durant le magistère de Hendrik Verwoerd (exerçant de 1958 à 1966), le dessein d'une agrégation des territoires méridionaux au sein d'un ensemble sous hégémonie blanche fut derechef exhumé. Cette visée ambitionnait l'inféodation du Botswana, du Lesotho et du Swaziland, États qui s'affranchirent de la tutelle du Royaume-Uni entre 1966 et 1968[7].
Voir aussi
Références
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