Guerre des Bananes

Guerre des Bananes
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De gauche à droite : Nid de mitrailleuse · Soldats sur le terrain · Troupes à Tegucigalpa · Troupes de Vicente Carrasco · Accueil du colonel Fierro à l’aéroport de Toncontín · Pilotes avant un bombardement
Informations générales
Date 21 avril 1898 – 1 août 1934
(36 ans, 3 mois, 1 semaine et 4 jours)
Lieu Amérique du Sud
Amérique centrale
Casus belli Protéger les intérêts des États-Unis en Amérique Centrale
Issue Départ des troupes américaines dans plusieurs pays des Caraïbes et d'Amérique centrale entre les années 1920 et 1930.
Belligérants
Drapeau des États-Unis États-Unis

Soutiens :

Séparatistes porto-ricains
République de Cuba
Libéraux honduriens
Libéraux nicaraguayens
Sandinistes
Drapeau du Mexique Mexique
Rebelles haïtiens
Drapeau de la République dominicaine République dominicaine
Commandants
Drapeau des États-Unis Theodore Roosevelt
Drapeau des États-Unis William Howard Taft
Drapeau des États-Unis Woodrow Wilson
Drapeau des États-Unis Nelson Miles
Drapeau des États-Unis Charles Edward Magoon
Drapeau des États-Unis William Henry Hudson Southerland (en)
Drapeau des États-Unis Smedley Butler
Drapeau des États-Unis Frank Friday Fletcher
Drapeau des États-Unis William Banks Caperton (en)
Drapeau des États-Unis John H. Russell, Jr.
Drapeau des États-Unis Harry Shepard Knapp (en)
Francisco Bertrand Barahona
Tiburcio Carías Andino
Adolfo Díaz
Emiliano Chamorro Vargas
Philippe Sudre Dartiguenave
Louis Borno
José de Diego
Máximo Gómez
Tomás Estrada Palma
Rafael López Gutiérrez
Drapeau du Nicaragua Benjamín Zeledón (en)
Drapeau du Nicaragua Luis Mena
Augusto Sandino
Drapeau du Mexique Gustavo Maass (es)
Drapeau du Mexique Manuel Azueta (es)
Rosalvo Bobo
Charlemagne Péralte
Benoît Batraville
Drapeau de la République dominicaine Carlos Morales Languasco (en)
Drapeau de la République dominicaine Juan Isidro Jiminez
Drapeau de la République dominicaine Desiderio Arias (es)

Batailles

m Guerre des Bananes :

  • Cuba (1898–1922)
  • Campagne de Cuba
  • Deuxième occupation de Cuba (en)
  • Rébellion noire (en)
  • Troisième occupation de Cuba (en)
  • Porto Rico (1898)
  • Campagne de Porto Rico (en)
  • Honduras (1903–1925)
  • Occupation américaine du Honduras
  • Nicaragua (1912–1933)

Occupation américaine du Nicaragua

  • Mexique (1914)
  • Haïti (1915–1934)

Occupation d'Haïti par les États-Unis

  • (Fort Dipitie (en)
  • Fort Rivière (en)
  • Port au Prince (1re) (en)
  • Port au Prince (2e) (en))
  • République dominicaine (1916–1924)

Première occupation de la République dominicaine par les États-Unis

La guerre des Bananes désigne une série d'interventions des armées des États-Unis en Amérique centrale et dans les Caraïbes entre la fin de la guerre hispano-américaine de 1898 et le début de la politique de bon voisinage en 1934-1935. Ces conflits provoquèrent un engagement à Cuba, au Mexique, à Panama, dans la zone du canal de Panamá, en Haïti (1915-1935), en République dominicaine (1916-1924) et au Nicaragua (1912-1925 et 1926-1933).

Les causes de ce conflit sont variées, mais en grande partie de nature économique. La dénomination du conflit provient de la connexion entre les interventions militaires des États-Unis et la préservation de leurs intérêts commerciaux.

Parmi les plus importantes sociétés implantées dans la zone, la United Fruit Company a des intérêts financiers significatifs dans la production de bananes, de tabac, de canne à sucre et d'autres productions courantes dans les Caraïbes, en Amérique centrale et en Amérique du Sud.

Les États-Unis ont également des intérêts politiques et veulent maintenir leur sphère d'influence sur le continent américain ainsi que le contrôle du canal de Panama dont ils terminent la construction en 1914 et qui est important pour le commerce mondial et la projection d’une puissance navale.

Un des faits les plus marquants de ces conflits fut l’occupation américaine de Veracruz pendant plus de six mois en 1914, en rétorsion à l’incident de Tampico du , qui implique la brève arrestation de marins américains par des soldats du régime du président mexicain Victoriano Huerta. L’incident survint dans une période où les relations diplomatiques avec les États-Unis étaient mauvaises, à cause de la Révolution mexicaine, alors en cours.

En réaction à l’affaire de Tampico, le président américain Woodrow Wilson ordonna à la Navy d’occuper Veracruz. Huerta fut renversé et un régime plus favorable aux États-Unis fut mis en place. Mais l’incident dégrada les relations entre les États-Unis et le Mexique pour de nombreuses années.

Contexte

La politique étrangère des États-Unis est restée fidèle au testament de George Washington et à la doctrine Monroe. Les Américains tout absorbés par la conquête de l'Ouest et leur développement industriel ne se sont pas dotés des atouts des grandes puissances. Pierre Mélandri[1] établit un lien entre le début des ambitions internationales des États-Unis, la prise de conscience de leur suprématie industrielle ainsi que la fin de la frontière[2] en 1890. En 1880, il n'y a presque pas de flotte militaire et commerciale, les effectifs de l'armée sont très réduits[3]. Dans les années 1880, le gouvernement fédéral commence à développer la marine militaire, elle passe du 12e rang mondial en 1883 au 3e en 1906. Il s'assure aussi de bases à Pearl Harbor et dans les Samoa. L'acceptation facile de l'annexion de Hawaii par le Sénat en 1898 montre que les esprits sont mûrs pour l'aventure expansionniste. Désireux de détourner la colère populaire due à la crise économique, les responsables politiques entretiennent auprès de l'opinion publique une grande susceptibilité nationaliste avec l'aide de deux journaux à grand tirage, The World et The Journal.

Avec le traité de Paris, l'Espagne reconnaissait l'indépendance de Cuba, tout en cédant les Philippines, Porto Rico et Guam aux États-Unis, en échange d'un versement de vingt millions de dollars américains[4], tout ceci marquant le début de l'expansion outre-mer des États-Unis.

La guerre de 1898 a constitué incontestablement un tournant dans l’histoire américaine. Les États-Unis prenaient place dans le cercle étroit des grandes puissances coloniales de la planète. Le , le Washington Post publiait un éditorial resté célèbre : « Une prise de conscience nouvelle semble entrer en nous — un sentiment de force accompagné d’un nouvel appétit, le vif désir de montrer notre force […] Ambition, intérêt, soif de conquêtes territoriales, fierté, pur plaisir de se battre, quelque nom qu’on lui donne, nous sommes animés d’une sensation nouvelle. Nous voilà confrontés à une étrange destinée. Le goût de l’Empire est sur nos lèvres, semblable au goût du sang dans la jungle »[5].

Désormais, les Américains ne désiraient plus se contenter de ne s’occuper que de leurs affaires intérieures. Les États-Unis avaient établi leur suprématie sur les Caraïbes et étendu leur influence jusqu'aux rivages de l’Asie. Ils étaient devenus une puissance mondiale par la manifestation de leur force et celle-ci allait dorénavant affecter la politique internationale de toutes les grandes puissances. L'historien Howard Zinn écrit : « Désormais, le goût de l'empire possédait aussi bien les politiciens que les milieux d'affaires à travers tout le pays. Le racisme, le paternalisme, et les questions de profit se mêlaient aux discours sur la destinée de la civilisation »[6].

En Espagne, la défaite (le « désastre de 98 ») ébranle profondément l'opinion et déclenche un sentiment de frustration et de pessimisme généralisé dans la société[7]. La débâcle donne lieu à l'émergence du régénérationnisme, courant idéologique hétérogène qui mène une réflexion sur la nation espagnole et essaie de remédier à la décadence de l'Espagne[8].

Histoire

Campagne de Porto Rico (1898)

Le général américain Nelson Miles à la tête de ses troupes à Porto Rico.

En 1898, se produit la guerre hispano-américaine dont les enjeux sont encore l'objet de débats historiques. L'île est alors conquise par les États-Unis. L'année suivante, le traité de Paris signé entre les États-Unis et l'Espagne est ratifié par le sénat américain après un débat houleux. En échange de 20 millions de dollars, l'Espagne cède ses dernières possessions d'Amérique latine - Cuba et Porto Rico -, ainsi que les Philippines.

En 1900, le Congrès américain promulgua la loi organique (PL56-191) instaurant un gouvernement populaire restreint à Porto Rico. En 1901, le Congrès des États-Unis, influencé par la Cour suprême des États-Unis, décidenqu'aux fins de la clause d'uniformité de la Constitution, Porto Rico appartenait aux États-Unis, mais n'en était pas considéré comme faisant partie des États-Unis[9].

Interventions à Cuba (1898-1922)

Une série de rébellions entre 1868 et 1898, dirigées par le général Máximo Gómez, n'a pas réussi à mettre fin à la domination espagnole et a coûté la vie à 49 000 guérilleros cubains et 126 000 soldats espagnols[10]. Une intervention militaire en faveur des insurgés, est lancée le par le président William McKinley, contre le gouvernement espagnol. La reddition de l'armée espagnole est rapide. La guerre hispano-américaine entraîne le retrait de l'Espagne de l'île en 1898 et, après trois ans et demi de régime militaire des États-Unis, Cuba obtient son indépendance[11],[12].

Le traité de Paris du , met fin au conflit, et marque la fin de l'occupation espagnole. Un gouvernement militaire d'occupation est alors mis en place par les États-Unis le jusqu'en 1902[13].

Maximo Gómez (assis au centre) avec son état major.

Le , les forces armées des États-Unis évacuent pour l'essentiel le territoire cubain et la république de Cuba est officiellement créée. Pour la première fois de leur histoire, l’indépendance des Cubains est reconnue formellement, mais aux termes de l'amendement Platt, du sénateur américain Orville H. Platt (en), les États-Unis conservent des bases navales — Guantánamo et Bahía Honda — et sont garants de la constitution, avec le droit d’intervenir dans les affaires du pays en cas d'effondrement constitutionnel.

En 1906, le premier président de Cuba Tomás Estrada Palma souhaita se représenter bien que la constitution n'ait pas prévu explicitement ce cas. Une vive contestation de l'opposition s'ensuivit. La démocratie cubaine est encore balbutiante. À la demande des dirigeants cubains, quatre interventions militaires américaines auront lieu en 1906, 1909, 1917 et 1919. Ces interventions répondent à de réelles crises constitutionnelles cubaines.

Les Américains se retirent de l’île, mais leurs investissements y restent considérables, et le commerce de Cuba est largement tourné vers les États-Unis avec des exportations de canne à sucre et des importations industrielles. L'amendement Platt complète ce dispositif jusqu'en 1933. L'influence des États-Unis restera forte jusqu'en 1959.

Occupation du Honduras (1903-1925)

En 1896, le président du Honduras, Miguel Rafael Dávila, et le président du Nicaragua, José Santos Zelaya, proclament avec la Grande république d'Amérique centrale, censée aboutir à une union des États de la région et repousser les projets expansionnistes des États-Unis. Ces derniers réagissent en soutenant financièrement les conservateurs de Manuel Bonilla. Dans un contexte de détérioration des relations commerciales, des mercenaires américains organisent un raid contre le port d'Acajutla ; Davila les repousse et traite les prisonniers en « flibustiers ». Les États-Unis suscitent alors de nouveau Manuel Bonilla contre lui. Le vaisseau de guerre USS Tacoma, dans les eaux du Honduras, prête un appui opportun à Bonilla pour renverser le gouvernement. Le président qui émerge après cette crise, Francisco Bertrand Barahona, constitue un gouvernement très favorable aux intérêts des États-Unis. Les importations en provenance des États-Unis peuvent ainsi doubler entre 1910 et 1913[14].

Durant cette période, plusieurs compagnies américaines dominent le secteur clé de l'exportation de bananes du pays, ainsi que les terres et les chemins de fer associés, ce qui conduit à l'envoi de troupes américaines en 1903, 1907, 1911, 1912, 1919, 1924 et 1925.

Occupation du Nicaragua (1912-1933)

En 1909, les États-Unis offrent un appui politique aux forces rebelles menées par les conservateurs contre le président Zelaya. Les raisons d'un tel soutien de la part des États-Unis sont des divergences sur la proposition de canal de Nicaragua, le risque que la politique du Nicaragua déstabilise la région, la tentative de Zelaya de réglementer l'accès des étrangers aux ressources naturelles. Le , des navires de guerre de l'United States Navy sont envoyés dans la région des insurgés. Les États-Unis justifient l'intervention par la nécessité de protéger les vies et les biens de leurs concitoyens. Zelaya doit démissionner le .

Pas moins de quatre présidents à la solde des États-Unis se succèdent en un an. Finalement, les États-Unis accèdent à la demande du président Adolfo Díaz (1875-1964) et envoient leurs troupes dans le pays en 1912 pour rétablir l'ordre. Les marines américains restent au Nicaragua jusqu'en 1933 (entre 1912 et 1925, puis après une interruption de 9 mois, entre 1926 et 1933) réprimant les soulèvements qui visent la libération du pays.

En 1914, le traité Bryan-Chamorro est signé entre le Nicaragua et les États-Unis. Ces derniers obtiennent la concession de construire un futur canal en échange de trois millions de dollars. Bien que le canal de Panama ait été construit dès 1903, la région continue d'être d'un intérêt stratégique et ce traité vise aussi bien à écarter d'autres intérêts étrangers. Ils obtiennent aussi le droit d'établir une base militaire dans le golfe de Fonseca pour une période de 99 ans et la cession pour la même durée des îles du Maïs au large des Caraïbes.

Des Marines américains brandissent le drapeau capturé d'Augusto César Sandino au Nicaragua en 1932.

Après le premier retrait des U. S. Marines, un autre conflit violent a lieu entre libéraux et conservateurs en 1926 connu comme le nom de guerre constitutionnaliste, d'où le retour des U. S. Marines qui imposent le pacte de Espino Negro (en), lequel s'appuie sur un gouvernement de coalition. Le général Augusto César Sandino n'adhère pas à cet accord et mène une guérilla contre le pouvoir établi. Il déclare : « Si 100 hommes aiment le Nicaragua comme je l’aime, le Nicaragua sera libre ! »

Les Américains finissent par quitter le pays en 1933 du fait de la guérilla de Sandino, mais aussi de la Grande Dépression, après avoir créé la Garde nationale (Guardia Nacional), formation à la fois militaire et policière conçue pour protéger les intérêts américains, confiée à un ami proche Anastasio Somoza García. Sandino, satisfait d'avoir obtenu le départ des Américains, accepte de négocier avec le nouveau président Sacasa, mais exige la dissolution de la Garde nationale qu'il juge inconstitutionnelle. Il est alors assassiné par des officiers de celle-ci le .

Intervention au Mexique (1914)

Après la décade tragique le général Victoriano Huerta, qui s'est emparé du pouvoir, soutenu par une partie de la bourgeoisie porfiriste, une partie du Clergé et des investisseurs tant étrangers que mexicains, doit faire face à l'opposition déterminée du gouvernement des États-Unis, Woodrow Wilson qui refuse de reconnaître son gouvernement, plutôt favorable aux intérêts européens, notamment britanniques et allemands, bloquant les livraisons d'armes et de matériel lui étant destinés, (voir : incident de Tampico et l'occupation américaine de Veracruz) et à l'intérieur, celle des anciens partisans de Madero, de Venustiano Carranza gouverneur de l’État de Coahuila, Pancho Villa, qui a repris les armes dans l'État de Chihuahua et Emiliano Zapata, qui ne s'est jamais soumis, au Morelos.

Après plusieurs défaites de l'armée fédérale au printemps 1914, Huerta qui entre-temps menace les États-Unis d'armer les noirs du Sud et d'envoyer l'armée mexicaine sur Washington et de planter le drapeau du Mexique sur le Capitole, quitte le pays au mois de juillet. Des fractures apparaissent rapidement entre les différentes factions révolutionnaires, carrancistes, villistes et zapatistes[15],[16],[17].

Occupation d'Haïti (1915-1934)

Le , une foule de manifestants se prépare à lyncher le président autoritaire Vilbrun Guillaume Sam (1859-1915) dans la légation de France, à la suite du massacre de 167 prisonniers politiques par ce dernier[18]. Les rebelles « cacos » sont dirigés par Rosalvo Bobo qui se proclame farouchement anti-américain. Le président des États-Unis Woodrow Wilson envoie donc le jour même les Marines à Port-Au-Prince, officiellement pour rétablir l'ordre. Ils débarquent pour occuper le pays et vont y rester pendant presque vingt ans. Les commandos de Marines attaquent le fort Rivière dans lequel se sont retranchés les insurgés cacos[19], hostiles au régime haïtien et à l'intervention américaine. En six semaines, les États-Unis font élire un Président, le président du Sénat Philippe Sudre Dartiguenave et signer un Traité, base légale de l’occupation, par lequel ils prennent le contrôle des douanes et de l’administration. L’administrateur américain a le pouvoir de veto sur toutes les décisions gouvernementales d’Haïti et les officiers des Marines servent dans les provinces. Ainsi, 40 % des recettes de l'État passent sous le contrôle direct des États-Unis. L'armée est dissoute au profit d'une gendarmerie, destinée à maintenir l'ordre intérieur. Les officiers sont américains. Les institutions locales, cependant, continuent à être dirigées par les Haïtiens.

Marines américains patrouillant dans la jungle en 1915 durant la bataille de Fort Dipitie.

En 1917 le président Dartiguenave demande la dissolution de l’Assemblée qui a refusé d’approuver une Constitution inspirée par le secrétaire à la Marine des États-Unis : Franklin Delano Roosevelt. Ceci est fait par la gendarmerie, commandée par le Marine Smedley Butler. En 1918, cette constitution est approuvée par référendum (mais avec 5 % de votants). D’inspiration libérale, elle autorise la propriété foncière aux étrangers, ce qui était interdit depuis l'acte d'indépendance du pays. De grandes compagnies américaines s'installent[20].

La réaction populaire est violente. À la fin de l’année, le pays est en état d’insurrection. Les paysans armés, surnommés « cacos » sont jusqu'à 40 000. Leurs chefs les plus connus sont Charlemagne Péralte (1885-1919) et Benoît Batraville (1877-1920) qui vont jusqu'à attaquer la capitale, Port-au-Prince en . Il faut deux ans aux Marines américains pour mater la révolte au prix de plus de deux mille morts.

Gênés par la brutalité de cette répression devant l'opinion publique et ne bénéficiant plus de la justification de la guerre contre l'Allemagne, les États-Unis envoient en 1921 une commission d'enquête du Sénat. Profitant en 1922 de l’élection d’un autre Président, Louis Borno, les États-Unis s'engagent à fournir à Haïti une aide politique et économique en contrepartie de l’occupation. S'instaure alors ce que l'opposition appela « la dictature bicéphale » entre Borno et le Haut-Commissaire, le général John Russell. La politique douanière est modifiée. Les finances publiques sont assainies et l’endettement réduit. La monnaie nationale, la gourde, est rattachée au dollar, assurant sa stabilité (mais au risque de la surévaluer).

Le drapeau haïtien est hissé à Cap-Haïtien lors d'une cérémonie marquant la fin officielle de 20 ans d'occupation du pays par les États-Unis (août 1934).

L’administration et l’armée sont professionnalisées, et la corruption combattue. La gendarmerie devient une force efficace. L'instruction publique, longtemps négligée, est reprise depuis le primaire et axée sur la formation professionnelle, au détriment des « libéralités » qui ne bénéficient qu'aux classes fortunées. Les infrastructures connaissent un essor sans précédent : ainsi, le téléphone automatique est installé à Port-au-Prince ; les ports sont équipés de quais et de phares ; un service de santé publique est développé, avec hôpitaux et dispensaires de campagne. 1 700 km de routes sont créées et entretenues. La culture du sisal est introduite et les exportations de sucre et de coton se développent.

Toutefois, cette marche forcée vers la modernité se fait aux dépens de la démocratie, le Sénat restant dissout. Borno se fait réélire par un Conseil d'État dont il a choisi les membres.

Les Haïtiens conservent une forte hostilité envers l'occupant américain qui n'hésitait pas à faire usage des armes. En 1929, la crise économique mondiale réduit les exportations agricoles alors que des taxes et normes nouvelles frappent les paysans. Le . Des paysans se rendant à une fête se heurtent à des Marines au lieu-dit de Marchaterre qui les prennent pour des manifestants : des tirs sont effectués sur ces paysans, provoquant plus de dix morts, et de très nombreux blessés[21]. L’opposition se déchaîne. Le président des États-Unis Herbert Hoover propose au Congrès l’envoi d’une commission d’enquête dans le but de se retirer d’Haïti. Elle est dirigée par William Cameron Forbes. En , elle fait élire un président provisoire : Louis Eugène Roy qui organise des élections législatives. En novembre, Sténio Vincent est élu à la Présidence. Les troupes américaines partent le [21].

Occupation de la République dominicaine (1916-1924)

Les Américains débarquent à Saint Domingue le . Avant leur arrivée, Juan Isidro Jimenes (es) démissionne refusant d'être soumis à une puissance étrangère[22]. Le , les marines occupent Monte Cristi et Puerto Plata et après une brève campagne militaire, ils prennent le fort de Saint Domingue début juillet. Le Congrès national élit le docteur Francisco Henríquez y Carvajal (es) au poste de président mais au mois de , après avoir refusé de satisfaire les demandes des États-Unis, Woodrow Wilson annonce la mise en place d'un gouvernement militaire américain imposé avec le contre-amiral Harry Shepard Knapp au poste de gouverneur militaire.  

Le drapeau des États-Unis flottant au-dessus de la Fortaleza Ozama.

Les autorités militaires américaines introduisent certaines des réformes qui avaient été effectuées aux États-Unis durant l'ère progressiste, notamment la réforme de la fiscalité, des finances et de l'administration publique, le développement de l'instruction primaire et la construction d'un réseau routier qui comporte une autoroute entre Santiago et Saint Domingue. Une loi de sédition est instaurée pour incarcérer toute personne critiquant par la parole ou l'écrit l'occupation ou insultant un officier américain[23].

Dans le sud-est, les paysans dépossédés de leurs terres créent des groupuscules armés appelés gavilleros et livrent une guérilla qui durera tout au long de l'occupation. La plupart des combats se déroulent à Hato Mayor et à El Seibo. À certains moments, les marines américains affrontent de huit à douze gavilleros composés chacun de plusieurs centaines de personnes. Les guérilleros bénéficient d'une meilleure connaissance du terrain et du soutien de la population locale obligeant ainsi les marines à faire appel à des méthodes de contre-insurrection de plus en plus violentes. Toutefois, les rivalités entre les différents groupes les ont souvent amenés à se battre les uns contre les autres, voire à coopérer avec les forces d'occupation. De plus, le fossé culturel entre les paysans et les habitants des villes empêchent la guérilla de coopérer avec le mouvement nationaliste de la classe urbaine moyenne.

L'augmentation du nombre des maquisards et l'extension de leurs activités conduisent les États-Unis à dépêcher des renforts. La répression et les campagnes de ratissages ont surtout pour effet d'accentuer la colère de la population. Les atrocités perpétrées par les marines dans ces opérations soulèvent une immense émotion conduisant à un sentiment généralisé « d'hostilité et d'amertume parmi les habitants », doit reconnaitre le diplomate américain Summer Welles[24].

Lors des élections présidentielles de 1920 aux États-Unis, le candidat républicain, Warren Harding, critique l'occupation de la République dominicaine et promet un départ éventuel des États-Unis s'il est élu. Alors que Juan Isidro Jimenes (es) et Horacio Vásquez demandent des concessions aux États-Unis, l'effondrement du cours du sucre discréditent le gouvernement militaire et donne naissance à une nouvelle organisation nationaliste, l'Union nationale dominicaine (Unión Nacional Dominicana (es)) avec le docteur Francisco Henríquez y Carvajal (es) depuis son exil à Santiago de Cuba, Cuba, pays qui exige le retrait immédiat et sans conditions des Américains. Ils font alors alliance avec les nationalistes frustrés de Porto Rico et de Cuba ainsi qu'avec les opposants de l'occupation américaine, en particulier avec The Nation et la Haiti-San Domingo Independence Society.

En , l'avocat dominicain, Francisco J. Peynado, se rend à Washington et négocie le Plan Hughes-Peynado (es). Celui-ci stipule la mise en place immédiate d'un gouvernement provisoire dans l'attente des élections, l'approbation des lois promulguées par le gouvernement militaire américain et la continuité du traité de 1907 jusqu'à ce que la dette extérieure de la République dominicaine soit soldée. Le , Juan Bautista Vicini Burgos (es), fils d'un riche immigrant italien planteur de canne à sucre, est nommé président provisoire et ainsi démarre le processus de retrait des États-Unis.

Notes et références

  1. Mélandri 1976.
  2. Rappel : la frontière est un front de colonisation et non une limite entre les États
  3. Mélandri 1976, p. 69.
  4. Jean-Michel Lacroix, op. cit., p. 337-338.
  5. (en) R. Burns, J. Siracusa, J. Flanagan, American Foreign Relations Since Independence, Wesport, Praeger, , 445 p. (ISBN 978-1440800511), p. 107
  6. Howard Zinn, op. cit., p. 359.
  7. (es) Antonio Rivera Blanco, Historia de las derechas en España, Madrid, Catarata, coll. « Mayor », , 850 p. (ISBN 978-84-1352-564-8, EAN 9788413525648), p. 218

    « El aviso que supuso la pérdida de los últimos reductos coloniales y la crisis moral que se abrió en 1898 solo sirvieron para instalar una visión pesimista de la realidad española, muy persistente en el tiempo, pero no para encarar y sacar adelante reformas en profundidad »

  8. (es) De la Granja, Beramendi y Anguera, La España de los nacionalismos y las Autonomias, Editorial Síntesis, S. A., , 464 p. (ISBN 978-8477389187), p.52
  9. (en) « Puerto Rico needs to become an incorporated territory of the United States », sur sanjuandailystar.com, (consulté le ).
  10. (es) « Victimario Histórico Militar », sur remilitari.com (consulté le )
  11. Jack C. Lane, « Instrument for Empire: The American Military Government in Cuba, 1899-1902 », Science & Society, vol. 36, no 3,‎ , p. 314–330 (ISSN 0036-8237, lire en ligne, consulté le )
  12. (en) « The Military Government of Cuba », The ANNALS of the American Academy of Political and Social Science, vol. 21, no 2,‎ , p. 1–30 (ISSN 0002-7162 et 1552-3349, DOI 10.1177/000271620302100201, JSTOR 1009912, lire en ligne, consulté le )
  13. Cuba.
  14. Leslie Manigat, L'Amérique latine au XXe siècle : 1889-1929, Éditions du Seuil, , p. 168-171
  15. Fernando Orozco Linares- Gobernantes de México - page 399 à 408 - Panorama Editorial - México
  16. Henry B.Parkes Histoire du Mexique, Payot - Paris, pages 344 à 356 .
  17. Henry B. Parkes Histoire du Mexique - Payot, Paris, page 355.
  18. Arthus (2017), p. 91.
  19. https://www.haitiinter.com/les-cacos-ces-paysans-resistants/
  20. Robert Cornevin, Haïti, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », , 2e éd., « Le temps des Yankees (1915-1934) », p. 48-51
  21. Robert Cornevin, Haïti, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », , 2e éd., « Le temps des Yankees (1915-1934) », p. 48-51
  22. Bruce Calder, The Impact of Intervention In The Dominican Republic, 1916-1924 (University of Texas Press: Austin, TX 1984) Pg. 8
  23. Leslie Manigat, L’Amérique latine au XXe siècle,1889-1929, , p. 401
  24. Leslie Manigat, L’Amérique latine au XXe siècle,1889-1929, Points, , p. 378-388

Bibliographie

  • (en) Lester D. Langley, The banana wars : United States Intervention in the Caribbean, 1898-1934, Rowman & Littlefield Publishers, , 288 p. (ISBN 978-0-8420-5047-0, lire en ligne)
  • (en) Lester D. Langley, The banana wars : An inner history of American empire, 1900-1934, Lexington, University Press of Kentucky, , 264 p. (ISBN 978-0-8131-1496-5)

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

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