Guilde (écologie)

En écologie, une guilde ou guilde écologique (GE) est un ensemble d'espèces appartenant à un même groupe taxonomique ou fonctionnel qui exploitent une ressource commune de la même manière en même temps, donc partageant la même niche écologique[1].

Origine du concept

En 1967, Richard B. Root (en) est l'auteur d'une étude[2] qui est à l'origine du développement du concept de « guilde » en écologie[3]. Des utilisations antérieures du terme ont été relevées dans la littérature par Simberloff et Dayan, comme la traduction par « guild » en anglais du mot allemand « Genossenschaften » utilisé par Schimper en 1898[4] pour faire référence à des groupes de plantes dépendant les unes des autres pour leur survie. Une autre utilisation précoce du terme « guild » (par Clements en 1905[5]), s’inspirant des « Artengenossenschaften » de Drude, désignait un groupe d’espèces ayant migré d’une zone à une autre, acception utilisée plus récemment aussi par Wilson[6]. Comme Root considérait le terme « guild » comme « le plus évocateur et le plus concis pour désigner des groupes d’espèces présentant des modes d’exploitation similaires », et que les usages antérieurs ne semblaient pas s’être imposés, il l’a adopté pour ses propres travaux et son usage s'est répandu ensuite[3].

Éléments de définition

On peut parler de guildes d'insectes, d'oiseaux (exemple : guilde d'oiseaux insectivores en forêt tropicale[7], de reptiles[8], plus rarement de mammifères (rongeurs ou chauves-souris dans une forêt par exemple[9]).

Le terme guilde a d'abord été appliqué aux animaux (oiseaux, insectes), mais il est désormais aussi utilisé en microbiologie pour décrire des groupes fonctionnels de bactéries, archées ou champignons partageant une niche métabolique.

Guildes trophiques

Un des principaux usages du concept de guilde concerne les réseaux écologiques et plus particulièrement les réseaux trophiques, qui peuvent être définis comme des réseaux d'interactions entre consommateurs et ressources au sein d'assemblages d'organismes. À partir de là, du point de vue trophique, les espèces biologiques peuvent être regroupées au sein de guildes trophiques, qui sont des regroupements d'espèces ayant les mêmes proies et les mêmes prédateurs. En intégrant à la fois les relations avec les proies et les prédateurs, cette définition dépasse la notion classique de niveaux trophiques, qui ne prend en compte que l’acquisition des ressources. Mais comme le régime alimentaire, et la susceptibilité à la prédation d'une espèce peuvent grandement changer avec l'âge, une même espèce peut ainsi appartenir à différentes guildes à différentes étapes de sa croissance ontogénique[10].

Les guildes trophiques peuvent être définies de manière large ou détaillée. Une guilde regroupe souvent des sous-ensembles spécialisés : par exemple, au sein des espèces brouteuses, certaines privilégient les végétaux grossiers et abondants, tandis que d’autres ciblent des plantes basses et plus délicates. Chacun de ces regroupements peut, selon le contexte, être analysé comme une guilde distincte, et se subdiviser à nouveau en fonction de critères plus fins. Certains spécialistes comparent d’ailleurs cette organisation à un modèle fractal, où chaque niveau de détail révèle de nouvelles structures fonctionnelles[11].

Classification

Elles sont classées en fonction de :

  • la manière dont elles acquièrent leurs nutriments ;
  • leur état de mobilité ;
  • leurs aliments.

Le nombre de guildes qui occupent un écosystème est l'un des indicateurs de sa richesse écologique, en termes de diversité biologique.

Notes et références

  1. Lexique thématique à l'usage des techniciens en écologie. Carrère, P. et Bloor, J.M.G. (INRA - EFPA – Unité de Recherche sur l’Ecosystème Prairial ; 234 av. du Brezet F-63100 Clermont-Ferrand), 2009, 7 pages.
  2. (en) Richard B. Root, « The Niche Exploitation Pattern of the Blue-Gray Gnatcatcher », Ecological Monographs, vol. 37, no 4,‎ , p. 317–350 (ISSN 0012-9615, DOI 10.2307/1942327, JSTOR 1942327)
  3. (en) D. Simberloff et T. Dayan, « The Guild Concept and the Structure of Ecological Communities », Annual Review of Ecology and Systematics, vol. 22,‎ , p. 115-143 (ISSN 0066-4162, DOI 10.1146/annurev.es.22.110191.000555)
  4. (en) Percy Groom (dir.), Isaac Bayley Balfour (dir.), A. F. W. Schimper, Plant-geography upon a physiological basis [« Pflanzen-Geographie auf physiologischer Grundlage »], Oxford, Clarendon Press, , Revised and edited éd., 1024 p. (DOI 10.5962/bhl.title.122577, lire en ligne)
  5. (en) Frederic E. (Frederic Edward) Clements, Research methods in ecology, (lire en ligne)
  6. (en) J. Bastow Wilson, « Relations Between Native and Exotic Plant Guilds in the Upper Clutha, New Zealand », Journal of Ecology, vol. 77, no 1,‎ , p. 223–235 (ISSN 0022-0477, DOI 10.2307/2260926, lire en ligne, consulté le )
  7. JM Thiollay, Diversité spécifique et coexistence en foret tropicale: l'occupation des milieux par une guilde d'oiseaux insectivores en Guyane  ; Revue d'écologie, 1988 (Résumé INIST CNRS)
  8. M Znari, EH El Mouden, H Benfaida, A Boumezzough, Partage des ressources spatiales et trophiques au sein d'un peuplement de lézards insectivores des Jbilets centrales (Maroc Occidental)  ; Revue d'écologie, 2000 (résumé Inist/CNRS)
  9. M Delaval, M Henry, P Charles-Dominique, Interspecific competition and niche partitioning: example of a Neotropical rainforest bat community ; Revue d'écologie, 2005 (résumé avec Inist/CNRS)
  10. (en) Ursula Gaedke, « Ecological Networks », dans Björn H. Junker (dir.), Falk Schreiber (dir.), Analysis of Biological Networks, Wiley Online Library, coll. « Wiley Series on Bioinformatics: Computational Techniques and Engineering », (ISBN 978-0-470-04144-4, lire en ligne), p. 283‑304
  11. (en) Mark E. Ritchie, Scale, Heterogeneity, and the Structure and Diversity of Ecological Communities, Princeton University Press, , 248 p. (ISBN 978-0-691-09070-2, lire en ligne)

Voir aussi

Bibliographie

  • (en) Silvertown J. (2004) Plant coexistence and the niche. Trends Ecol. Evol. 19, 605-611 (texte intégral)

Articles connexes

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