Gumersind Gomila

Gumersind Gomila
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Gumersind Gomila en 1957.
Nom de naissance Gumersind Gomila i Guasteví
Naissance
Port Mahon, Minorque (Espagne)
Décès
Perpignan (France)
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture catalan
Genres
poésie, céramique

Œuvres principales

  • La sorra calenta
  • Llucifer. Llegenda íntima
  • El vent fútil
  • Els ocells morts

Gumersind Gomila i Guasteví, né à Port Mahon (Minorque, Baléares) le et mort à Perpignan (Pyrénées-Orientales) le [1], est un poète et plasticien minorquin d'expression catalane et occitane.

Biographie

Cadet d'une famille de quatre enfants, Gumersind Gomila Guasteví naît à Mahon le . Son père, cordonnier, a l'habitude d'emmener ses enfants dessiner et herboriser en campagne et sur la côte. Gumersind apprend à lire tard dans l'ombre de sa sœur Antònia, précoce institutrice, avec qui il vivra dans une proximité fusionnelle jusqu'au décès de celle-ci[2].

Artiste autodidacte, Gumersind s’engage dans l'art du dessin et de l'aquarelle auprès du Senyor Pax. Une première étape survient avec l'exposition conjointe du frère et de la sœur en à l'Ateneo científico y literario de Mahon. La mort subite du père de Gumersind brise toutefois ce qui aurait pu être la carrière d'un peintre local. Il quitte définitivement Mahon avec sa mère, puis s’installe a Perpignan, ou sa sœur est Antònia, mariée à leur cousin germain, (Francesc Guasteví Sans) habite. Le jeune couple a fait l'acquisition d'un café sur la place Arago qu'Antònia choisit de baptiser « Le Continental ». La naissance d'une première fille, Marguerite, et la mort du père de Gumersind le pousse à s'installer définitivement dans la capitale du Roussillon[2].

Sans formation, étranger en un temps peu propice à l'accueil, Gumersind trouve un emploi alimentaire chez le géomètre Noy auprès duquel il s'ennuie beaucoup. Il met à profit son temps libre pour nouer des contacts avec les milieux nord-catalans et occitans, refusant l'esprit de chapelle qui les déchire sous couvert d'antagonismes politiques. Ces années 1930 voient la publication de ses premières poésies et d'articles culturels dans des revues locales. Adhérent au Félibrisme dès 1930, « Collaborateur-fondateur » de la revue nord-catalane, Nostra Terra en 1936, il rejoint la même année la « Société Agricole Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales », dont il devient le Secrétaire et reçoit la Rose d'Argent aux Jeux Floraux de Perpignan pour un poème dédié à Collioure, qui sera au cœur de son premier recueil de poésies, La sorra calenta (Le sable chaud) publié sous les auspices de la Société d'études occitanes à Toulouse en 1943.

Les années 1940 et 1950 sont celles des voyages en terre occitane dont il tirera une petite odyssée, Llucifer. Llegenda íntima (Lucifer, une légende intime), qui traite de son activisme culturel et journalistique ainsi que de son affirmation comme plasticien, peintre et surtout céramiste. Il travaille alors aux ateliers Sant Vicenstenus ou il entra après avoir quitté le bureau du géomètre Noy.

Il signe des articles et des critiques d'art sous le pseudonyme de Jean Alban[3].

Dans les années 1960, Gumersind Gomila est un poète reconnu, membre ou président du jury des grands prix poétiques de la langue catalane. Devenu chef d'atelier à Sant Vicenç, il bénéficie d'une relative aisance économique qui lui permet de publier à compte d'auteur, coup sur coup Llucifer. Llegenda íntima (Lucifer, une légende intime), en 1966, El vent fútil (Le vent futile) et la deuxième édition de La sorra calenta, en 1967, et Els ocells morts (Les oiseaux morts), en 1969.

Gumersind Gomila est hospitalisé à la clinique Saint-Pierre de Perpignan pour une opération bénigne de la prostate et y décède le . Il faudra attendre 1984 pour qu’un volume intitulé Gumersind Gomila, poeta soit publié en son hommage. Le centenaire de sa naissance (2005) fut honoré par trois colloques : à Mahon, sa ville de naissance, Perpignan, sa ville d'adoption, et Barcelone[2].

Œuvre poétique

La deuxième de couverture de Llucifer que, conformément à son habitude, le poète avait lui-même rédigée, dit : "Gumersind Gomila pinta i escriu per a ell sol." (Gumersind Gomila peint et écrit pour lui seul). C’est avec difficulté que l'on accède aux deux-cents poèmes (réunis en quatre volumes) publiés sous l'Occupation dans des conditions difficiles de production et de diffusion. Le premier recueil, La sorra calenta (Le sable chaud), est déjà un manifeste de la poésie gomilienne : un catalan littéraire, marqué d’emprunts lexicaux aux dialectes minorquin et roussillonnais, et la syntaxe classique de la poésie.

Publié en 1966 à Barcelone mais conçu plus de vingt ans plus tôt à l'occasion de voyages en terre occitane, Llucifer. Llegenda íntima (Lucifer, une légende intime) regroupe cent quinze poèmes, soit la moitié de la poésie gomilienne. Placée sous l'égide du philosophe Alain, dont une citation non attestée et peut-être même fantaisiste, ouvre le volume, il s'agit d'une ode à l'Occitanie formée de trois chants, fermés par une épitaphe. Le Chant I a pour scène l'Auvergne. Le Chant II regroupe plus de la moitié des poèmes en six ensembles qu'il situe en Provence. Le Chant III mène les pas du poète en Guyenne Atlantique.

Décrié par la - rare - critique, El vent fútil (Le vent futile) rassemble, pour l'essentiel, des pièces de jeunesse et recèle quelques petits poèmes tel que « Histoire de mon père à Marseille » (« Auques del meu pare a Marsella »).

L'ouvrage le plus poignant est sans nul doute le dernier publié, Els ocells morts (Les oiseaux morts) qui évoque des scènes de l'enfance sous le prétexte des oiseaux. On en regrette d'autant plus que La mort de cada nit, prête pour l'impression, ait été mise en pièces par Maria, la sœur du poète avec qui il vivait et qui avait perdu la raison.

Œuvre plastique

Fresque en céramique à Sant Vicens

La production artistique de Gumersind Gomila peut se distinguer en deux volets, la création personnelle et le travail au sein de l'atelier Sant Vicens. La première est peu connue, dans l'attente d'un catalogue raisonné que devrait publier prochainement l'Institut Menorquí d'Estudis. Pour l'essentiel, ce sont des dessins - fusain, sanguine, crayons de couleurs, encre de Chine - et des aquarelles sur le mode du croquis ou de la silhouette. Un monde élémentaire naît, commun avec celui de la poésie : amandiers, agaves, tours, côtes, anses et plages. Un monde désert qui contraste avec les silhouettes à l'encre de Chine jamais contextualisées. La maturité vient dans les années quarante avec le choix de la peinture à l'huile d'inspiration fauviste. Collioure en est la muse et la référence absolue. Comme dans l'œuvre crayonnée, l'espace est souvent désert et les fenêtres aveugles. Les bâtiments où s'affirment les toitures de terre cuite tranchent par leur chaleur avec la mer plombée, épaisse, énigmatique.

Dans les années quarante, Gumersind Gomila entre à l'Atelier Sant-Vicens dirigé par les frères Bauby pour y travailler la céramique. Sa maîtrise des rouges éveille l'intérêt de Jean Lurçat[4] dont il devient bien vite l'ami, le céramiste exclusif, en un mot le collaborateur au sens étymologique du terme puisque Lurçat exige que la signature de Gomila figure sur leurs grandes productions communes, dont le panneau de la maison de l'ORTF à Strasbourg. À côté de ces œuvres majeures, Gumersind Gomila réalise des pièces plus humbles (lampes, plats, assiettes, cendriers) sous sa signature ou celle de Jean Lurçat qui entrent pleinement dans la vocation artisanale de Sant Vicens.

Publications

  • Antologia poètica, sélection par P. Gomila et I. Pelegrí, Mahon : IME, Quaderns Xibau de poesia, núm. 12, 2003.
  • Gumersind Gomila, Anthologie poétique (3e édition), Auto-éd., , 176 p. (ISBN 9798665885278, lire en ligne)
  • La sorra calenta, Toulouse : Societat d'Estudis Occitans, 1943, 2e édition augmentée, Barcelone : Barcino, 1967.
  • Llucifer. Llegenda íntima, Barcelone : El Triangle, 1966.
  • El vent fútil, Barcelone : El Triangle, 1967.
  • Els ocells morts, Barcelone : El Triangle, 1967, 2e édition, Mahon : IME, 2005.

Hommages

  • Perpignan a donné le nom de Gumersind Gomila à une de ses rues[5].

Voir aussi

Bibliographie

  • Michel Bourret, « Gumersind Gomila, un poète décalé », Revue d'Études Catalanes, Montpellier, Presses universitaires de Montpellier, nos 8-9,‎ , p. 37-63 (lire en ligne [PDF])
  • Michel Bourret, «L'Occitanie dans les ténèbres de l'Occupation : Llucifer: Llegenda íntima de Gumersind Gomila» in Marie-Jeanne Verny (dir.), Max Rouquette et le renouveau de la poésie occitane : la poésie d’oc dans le concert des écritures poétiques européennes, 1930-1960, Montpellier : PULM, collection « Études occitanes », 2009.
  • Pere Gomila, « El món poètic de Gumersind Gomila » in Gumersind Gomila, Maó – Perpinyà, 1984, p. 88.
  • Joan Triadú et al., Gumersind Gomila, « Retrats 12 », Barcelone, AELC, 2007.
  • Pere Verdaguer, El Rosselló avui, Barcelone: Barcino, 1969.
  • Pere Verdaguer, Poesia rossellonesa del segle XX, Barcelone, Edicions 62, 1976.

Articles connexes

Liens externes

Notes et références

  1. « Gumersind Gomila », sur Associació d'Escriptors en Llengua Catalana (consulté le ).
  2. Michel Bourret, « Gumersind Gomila, un poète décalé », Revue d'Études Catalanes, Montpellier, Presses universitaires de Montpellier, nos 8-9,‎ , p. 37-63 (lire en ligne [PDF])
  3. Jean Alban (pseudonyme de Gumersind Gomila), « La vie artistique : l'exposition de Pierre Garcia », La Tramontane, Perpignan,‎
  4. « L'histoire », sur sant-vicens (consulté le ).
  5. « RUE GUMERSIND GOMILA / Perpignan la Catalane, Perpinyà la Catalana », sur mairie-perpignan.fr (consulté le ).
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