Gurkhan
Gurkhan (chinois : 菊兒汗 ; pinyin : ) est un titre mongol signifiant « Souverain universel » et équivalent à peu près au titre khagan. Il est porté par les souverains de la dynastie Liao occidentale au XIIIe siècle, aussi connue sous le nom de Kara-Khitans. Le titre est adopté pour la première fois par Yelü Dashi (empereur Dezong de Liao occidental) en 1132[1],[2]. Il s'établit sur un territoire majoritairement musulman[3].
La légitimité du titre permet au premier Gurkhan, Yelü Dashi, d'étendre son territoire et d'annexer les parties orientales Qarakhanides et des territoires du bassin du tarim. Les conquêtes effectuées positionnent le Gurkhan à la tête d'un territoire multiethnique, possédant une grande variété religieuse (islam, manichéisme, bouddhisme et nestorianisme). La tolérance de Yelu Dashi à l'égard des chrétiens alimente la légende du royaume du prêtre Jean[4].
Le titre dérive probablement du vieux turc kul ou kuz (glorieux ou héroïque) associé au titre Khan afin d'associer les deux principaux éléments culturels des territoires occupés[5].
Ce titre sert à légitimer la dynastie dans un contexte multiculturel et musulman. S'il est considéré dans les sources islamiques comme désignant le « Khan des Khans », il est considéré dans les sources chinoises comme un simple titre de dirigeant des steppes[6]. Le Gurkhan permet aux dynasties locales de perdurer sans imposer de nouvelle organisation politique ou religieuse dans la région[5]. Ainsi, cette dynastie emprunte un titre turco-mongol pour assurer sa légitimité locale tout en étant également désigné empereur de Chine sous le nom de la Dynastie Liao[7].
Au sein de la dynastie Liao, quatre à cinq Gurkhans sont retenus : Yelü Dashi, Yelü Yilie, Yelü Pusuwan, Yelü Zhilugu. Le dernier Gurkhan, Yelu Zhilugu, est destitué en 1211 par Kütchlüg[8]. Cependant, la fin de l'usage du titre de Gurkhan n'est véritablement attesté qu'en 1219, avec l’éviction de Kutchlug qui tente à son tour de s'instaurer en tant que nouveau Gurkhan, après avoir épousé la fille du précédent[9].
Dans l'Empire mongol, c'est également ce titre qu'utilise Djamuqa en 1201 après s'être fait élire lors d'un Qurultay. Il dirige une faction dissidente des clans mongols et s'oppose à Gengis Khan. Cependant, il est défait[10]. Selon l'Histoire secrète des Mongols, ce titre porte la signification de « Souverain universel » et est porté, avant Djamuqa, par Onq Khan, chef des Kéraït. Ce titre de Gurkhan est par la suite rejeté par Gengis Khan, préférant le titre octroyé par ses partisans[11].
Notes et références
- ↑ (en) Michal Biran, The Empire of the Qara Khitai in Eurasian History: Between China and the Islamic World, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-84226-6, lire en ligne), p. 38
- ↑ (en) Anwarul Haque Haqqi, Chingiz Khan: The Life and Legacy of an Empire Builder, Primus Books, (ISBN 978-81-908918-9-9, lire en ligne)
- ↑ E. Van Donzel, « Islamic Desk Reference », sur brill.com (DOI 10.1163/9789004505056_009, consulté le )
- ↑ Filippo Donvito, « The legend of Prester John: A mysterious letter to the Christian West », Medieval Warfare, vol. 3, no 6, , p. 34–37 (ISSN 2211-5129, DOI 10.2307/48578296, lire en ligne, consulté le )
- (en) Anwarul Haque Haqqi, Chingiz Khan: The Life and Legacy of an Empire Builder, Primus Books, (ISBN 978-81-908918-9-9, lire en ligne)
- ↑ Faik Mert Erkan, « The Title of Gurkhan and the Construction of Qara Khitai (Western Liao) Legitimacy (ULUSLARARASI ALTAY TOPLULUKLARI SEMPOZYUMU – XIII Name, Title and Nickname Culture, University of Szeged, Hungary », www.academia.edu, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Ph.d. Dissertation Abstracts », Journal of Song-Yuan Studies, no 31, , p. 363–368 (ISSN 1059-3152, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Anwarul Haque Haqqi, Chingiz Khan: The Life and Legacy of an Empire Builder, Primus Books, (ISBN 978-81-908918-9-9, lire en ligne)
- ↑ Timothy May, « Review of The Empire of the Qara Khitai in Eurasian History: Between China and the Islamic World », International Journal of Middle East Studies, vol. 39, no 3, , p. 488–489 (ISSN 0020-7438, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Arnaud Blin, « Chapitre 5. Gengis Khan : le rêve d’un empire universel », Hors collection, , p. 123–147 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Jack Weatherford, Gengis Khan. Et les dynasties mongoles, Passés Composés, (ISBN 978-2-37933-553-2, lire en ligne)
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