Gustav Conrau

| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Nationalité |
Prussienne |
| Activité |
Marchand, explorateur, collecteur scientifique, collecteur de plantes, collecteur d'objets ethnographiques |
| A travaillé pour |
|---|
Gustav Conrau, né le dans la province de Saxe et mort en à Fontem, dans l'ancienne colonie allemande du Kamerun, est un marchand, explorateur, agent colonial, collecteur scientifique et récolteur de plantes allemand.
Actif au Cameroun allemand à la fin du XIXe siècle, il est notamment connu pour ses relevés cartographiques dans l'arrière-pays du Kamerun et pour la constitution d'une importante collection d'objets bangwa, aujourd'hui conservés en partie au musée ethnologique de Berlin. Plusieurs objets collectés par Conrau sont liés à l'histoire de l'art africain traditionnel, notamment des sculptures attribuées à Ateu Atsa.
Biographie
Activités au Kamerun

Gustav Conrau arrive au Kamerun vers 1890. Il travaille comme agent de la firme Jantzen & Thormählen, l'une des maisons de commerce allemandes actives dans la colonie, notamment dans le commerce du caoutchouc, de l'ivoire et de l'huile de palme.
Il explore l'arrière-pays dans le nord-ouest du Kamerun. En 1891, il participe à la Kamerun-Hinterland-Handels-Expedition organisée par Jantzen & Thormählen, qui relie Mundame à Bali[1]. Il effectue également des relevés cartographiques dans cette région[2].
Il travaille aussi pour le compte du musée ethnologique de Berlin, auquel il transmet des objets, des informations ethnographiques et des spécimens collectés dans les régions qu'il parcourt[3].
Relations avec les Bangwa
En 1898, Gustav Conrau entre en contact avec la région bangwa, dans l'actuel sud-ouest du Cameroun. Il se rend notamment à Fontem, capitale du royaume de Lebang, dirigé par le chef Fontem Asonganyi.
Conrau recherche alors du caoutchouc, de l'ivoire, des objets d'art et de la main-d'œuvre pour les plantations allemandes situées sur la côte. Selon plusieurs récits historiques, il obtient des travailleurs en prétendant avoir besoin de porteurs. L'année suivante, voulant réitérer cette opération, il est accusé de trafic d'indigènes et retenu prisonnier par le jeune chef Fontem Asonganyi[4].
En , après une tentative d'évasion manquée, Gustav Conrau se suicide à Fontem. Sa mort entraîne ensuite une expédition punitive allemande contre la région, marquée par l'incendie du palais de Fontem Asonganyi et l'exil du chef.

Collection de statues
Gustav Conrau est particulièrement connu pour la collection d'objets bangwa qu'il rassemble à la fin des années 1890. Une partie importante de cette collection est envoyée au musée ethnologique de Berlin.
Parmi les objets collectés figurent des statues royales, des figures rituelles, des bâtons de société et des objets liés aux rites politiques et spirituels des chefferies bangwa. Certaines de ces œuvres sont ensuite devenues des pièces majeures de l'histoire de l'art africain.
Une des pièces les plus célèbres associées à la collection Conrau est la « Reine bangwa », acquise par le musée Dapper à Paris après avoir appartenu à la collection Helena Rubinstein[6][7].
D'autres sculptures bangwa collectées par Conrau sont attribuées au sculpteur Ateu Atsa, artiste bangwa actif dans la seconde moitié du XIXe siècle. C'est notamment le cas de la statue du roi Fosia, conservée au musée ethnologique de Berlin, et de plusieurs figures commémoratives royales liées aux rites de la société Lefem[8].
Les collections formées par Conrau sont aujourd'hui étudiées dans le cadre des recherches sur les provenances coloniales et sur la restitution des biens culturels africains. Les conditions d'acquisition de certains objets, notamment dans le contexte de l'expansion coloniale allemande, font l'objet de débats historiques et éthiques[9].
Herbier
Gustav Conrau collecte également des spécimens botaniques dans l'ouest du Cameroun. Son herbier est conservé au Jardin botanique et musée botanique de Berlin-Dahlem.
Ces collectes sont réalisées dans le contexte de l'expansion des sciences naturelles européennes dans les colonies africaines. Plusieurs spécimens envoyés par Conrau sont ensuite décrits par des botanistes allemands et intégrés dans les collections scientifiques de Berlin.
Éponymie
Les noms scientifiques de plusieurs espèces ou variétés de plantes collectées dans l'ouest du Cameroun lui rendent hommage, notamment Agelaea conraui, Allophylus conraui, Ardisia conraui, Baphia leptostemma var. conraui, Ficus conraui, Millettia conraui et Salacia conrauii[10].
Dans le règne animal, le genre d'amphibiens Conraua, dans la famille des Conrauidae, est également nommé en son honneur[11].
L'espèce de geckos Lygodactylus conraui porte aussi son nom[12].
Postérité
Gustav Conrau occupe une place ambivalente dans l'histoire des collections africaines en Europe. Dans les sources européennes anciennes, il est souvent présenté comme explorateur, commerçant et collecteur scientifique. Les approches plus récentes insistent davantage sur son rôle d'agent colonial et sur le contexte de contrainte, d'extraction de ressources et de domination politique dans lequel ses collectes ont été réalisées.
Les objets bangwa collectés par Conrau, en particulier la « Reine bangwa » et les figures attribuées à Ateu Atsa, restent au centre des débats contemporains sur la provenance, la circulation et la restitution des biens culturels africains issus de contextes coloniaux.
Notes et références
- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Gustav Conrau » (voir la liste des auteurs).
- ↑ Michael Mbapndah Ndobegang et Fiona Bowie, « Azi since Conrau : Anthropological and historical perspectives », dans Ian Fowler et Verkijika G. Fanso, Encounter, Transformation and Identity: Peoples of the Western Cameroon Borderlands, 1891-2000, Oxford, New York, Berghahn Books, coll. « Cameroon Studies », no 8, 2009, p. 93-109.
- ↑ Richard Kiepert, « Weg der Kamerun-Hinterland-Handels-Expedition Jantzen & Thormählen von Mundame bis Bali », sur Bibliothèques municipales de Chambéry, (consulté le )
- ↑ Richard Tsogang Fossi, « Chronologie et acteurs de l'expropriation des biens culturels camerounais », dans Atlas de l'absence. Le patrimoine culturel du Cameroun en Allemagne, Berlin, 2023, p. 63-98.
- ↑ Anthony Ndi, Southern West Cameroon Revisited, t. 2, 2014, p. 49.
- ↑ (de) Hans-Joachim Koloss (dir.), « Männliche Figur mit Zwillingen », in Afrika. Kunst und Kultur. Meisterwerke afrikanischer Kunst. Museum für Völkerkunde Berlin, Prestel, München, London, New York, 1999, p. 211 (ISBN 9783791321806)
- ↑ Sabine Gignoux, « L'Afrique esthétique du musée Dapper », La Croix, .
- ↑ « Art premier à prix royal », Le Figaro, .
- ↑ Hans-Joachim Koloss (dir.), « Männliche Figur mit Zwillingen », dans Afrika. Kunst und Kultur. Meisterwerke afrikanischer Kunst. Museum für Völkerkunde Berlin, Prestel, Munich, Londres, New York, 1999, p. 211.
- ↑ (en) Evelien Campfens, « The Bangwa Queen: Artifact or Heritage? », International Journal of Cultural Property, vol. 26, no 1, , p. 75-110 (DOI 10.1017/S0940739119000067)
- ↑ (en) « Conrau, Gustav (-1899) », sur JSTOR Global Plants (consulté le )
- ↑ Malcolm Peaker, « The Eponym Dictionary of Amphibians: Where’s Conrau? », Zoology Jottings, .
- ↑ Bo Beolens, Michael Watkins et Michael Grayson, The Eponym Dictionary of Reptiles, Johns Hopkins University Press, 2011.
Voir aussi
Articles connexes
- Kamerun
- Bangwa (peuple)
- Fontem
- Ateu Atsa
- Art africain traditionnel
- Musée ethnologique de Berlin
- Restitution des biens culturels
Bibliographie
- René Letouzey, Les botanistes au Cameroun, Paris, Muséum national d'histoire naturelle, Laboratoire de phanérogamie, , p. 18
- (en) Michael Mbapndah Ndobegang et Fiona Bowie, Azi since Conrau : Anthropological and historical perspectives, Berghahn Books, , p. 93-109
- (en) P. S. Nzefeh, « Gustav Conrau and Fontem Asonganyi, 1898-1903 », Paideuma, vol. 33, , p. 371-379
- (de) Andreas Schlothauer, « Die Kamerun-Sammlungen von Gustav Conrau im ethnologischen Museum Berlin », Kunst & Kontext, vol. 9, , p. 20-31 (lire en ligne)
- (en) Bettina von Lintig, « On the Bangwa Collection formed by Gustav Conrau », Tribal Art, no 86, , p. 94-113
- (en) Evelien Campfens, « The Bangwa Queen: Artifact or Heritage? », International Journal of Cultural Property, vol. 26, no 1, , p. 75-110 (DOI 10.1017/S0940739119000067)
- Richard Tsogang Fossi, « Chronologie et acteurs de l'expropriation des biens culturels camerounais », dans Atlas de l'absence. Le patrimoine culturel du Cameroun en Allemagne, Berlin, 2023, p. 63-98.
- (en) « Conrau, Gustav (-1899) », Global Plants, sur JSTOR, (consulté le ).
- (en) « It’s Time For Africa’s Stolen Artefacts To Come Home », sur African Globe, (consulté le ).
- (en) Vincent Lockhart, « Notes on Gustav Conrau and the German Occupation », Colonial period : German occupation, sur lebialem.info, (consulté le ).
Liens externes
- Archives conservées par : Museum für Naturkunde Berlin, archives (MfN, HBSB, ZM S II Conrau, G)
- Ressource relative à la recherche :
- Notice dans un dictionnaire ou une encyclopédie généraliste :
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