Guy Pallavicini
Guy ou Guido Pallavicini, appelé Marchesopoulo par ses sujets grecs[1], est le premier marquis de Bodonitza dans la Grèce franque de 1204 à sa mort, survenue en 1237 ou peu après. Il compte parmi les plus importants seigneurs francs de Grèce et joue un rôle majeur dans l’éphémère royaume de Thessalonique : en 1208-1209, il soutient la révolte lombarde contre le roi Démétrios de Montferrat, mais en 1221 il est bailli du royaume et se voit chargé de défendre la ville contre le souverain du despotat d'Épire, Théodore Ier Ange Doukas Comnène. Privé du soutien de l’Empire latin et alors que la croisade projetée pour secourir la ville est retardée, il capitule en décembre 1224. L’arrivée tardive de cette croisade contribue toutefois à sauver son propre fief de la conquête épirote, ce qui lui permet bientôt d’y revenir ; il meurt en 1237 ou peu après.
Biographie
Guido est issu d’une illustre famille de Lombardie, dans le nord de l’Italie, qui domine une série de fiefs situés entre Parme, Plaisance et Crémone[2]. En 1203, Guy se joint à la quatrième croisade ; selon William Miller, il le fait « parce que, dans son pays, n’importe quel homme du commun pouvait le traduire en justice »[3].
Débuts

À l’automne 1204, après le sac de Constantinople par les croisés et le partage de l’Empire byzantin entre les chefs de la croisade, il accompagne Boniface de Montferrat lorsque celui-ci part vers l’ouest pour établir son royaume de Thessalonique. Au cours de la marche de Boniface vers le sud de la Grèce, Guy reçoit la garde du passage stratégique des Thermopyles. Il établit son siège dans la localité voisine de Bodonitza (l’actuelle Mendenitsa) et y fait ériger un château sur les ruines d’une ancienne acropole, probablement celle de Pharygai, qui domine largement la plaine côtière autour du golfe Maliaque[3]. Les limites exactes du marquisat demeurent inconnues, mais il s’étend entre les frontières septentrionales du duché d'Athènes et la ville de Zetouni (l’actuelle Lamia), dont Guy possède une partie[3]. La Chronique de Morée rapporte que Boniface transfère rapidement la suzeraineté de Bodonitza au prince d’Achaïe, Guillaume Ier de Champlitte ; toutefois, le témoignage de Marino Sanudo Torsello, selon lequel ce transfert n’intervient que sous Geoffroi II de Villehardouin, paraît plus vraisemblable[1]. D’après la Chronique, Guy prend part au long siège de l’Acrocorinthe, tenu par le seigneur grec Léon Sgouros[4].
Boniface de Montferrat est tué en combattant les Bulgares en 1207, laissant pour successeur son fils en bas âge Démétrios. Guy et son frère, peut-être nommé Rubino, deviennent alors l’un des chefs de la révolte lombarde contre Démétrios et sa mère Marguerite de Hongrie. Les barons lombards soutiennent le demi-frère aîné de Démétrios, Guillaume VI de Montferrat, mais se heurtent à l’opposition de l’empereur latin Henri de Hainaut. Henri parvient à les déjouer et couronne Démétrios roi en janvier 1208, mais les barons soulèvent alors l’ensemble du royaume. Henri marche vers le sud et vainc successivement les opposants ; il traite toutefois avec modération ceux qu’il capture et leur laisse leurs fiefs. Guy est l’un des derniers à résister : il se réfugie dans la Cadmée de Thèbes, plutôt que de se soumettre au jugement impérial lors du premier parlement de Ravennika. L’empereur Henri doit commencer les préparatifs du siège de la Cadmée avant que les barons lombards n’acceptent de se rendre. Une nouvelle fois, ils conservent leurs fiefs, mais désormais comme vassaux impériaux[4],[5],[6].
Comme la plupart des seigneurs latins de Grèce, Guy entretient des rapports difficiles avec l’Église dans ses domaines : bien qu’il cède Zetouni aux Templiers, il confisque des biens relevant de l’évêché de Thermopyles et néglige le paiement de la dîme à l’Église. Bien qu’il n’assiste très probablement pas au deuxième parlement de Ravennika en 1210, il ratifie le concordat destiné à régler les différends entre l’Église et les seigneurs latins[4],[7].
Chute du royaume de Thessalonique
Bien que réprimée, la révolte lombarde ébranle les fondements de la domination latine en Thessalie et en Macédoine. Beaucoup de barons lombards restent irréconciliés avec le roi Démétrios et quittent la Grèce pour l’Italie dans les années suivantes[8]. Le royaume de Thessalonique commence ainsi à se désagréger rapidement sous les coups de la principauté grecque d’Épire. Le souverain épirote Michel Ier Doukas Comnène, puis son frère et successeur Théodore Ier Ange Doukas Comnène, conquièrent l’essentiel de la Thessalie et de la Macédoine ; en 1221-1222, Thessalonique se trouve ainsi encerclée de toutes parts par des territoires épirotes et coupée à la fois de l’Empire latin à l’est et des États francs du sud de la Grèce[9],[10]. Dans l’espoir d’obtenir de l’aide en Occident, le roi Démétrios part pour l’Italie durant l’hiver 1221-1222, et Guy est nommé régent (bailli) auprès de la reine Marguerite et de Démétrios[11]. À ce titre, il ratifie un nouvel accord reconnaissant les droits de propriété de l’Église[4].
Comme bailli, Guy est chargé de défendre Thessalonique contre les Épirotes. Des appels pressants à la croisade sont lancés en Occident, sous la direction de Guillaume VI de Montferrat, mais dans les faits seule une faible avant-garde menée par l’ancien régent, le comte Oberto II de Biandrate, arrive à Thessalonique durant l’été 1222. L’empereur latin Robert de Courtenay promet lui aussi son aide et attaque Serres en avril 1224, mais le siège doit être abandonné à la suite de la défaite désastreuse de l’armée latine principale face à l’empereur de Nicée Jean III Doukas Vatatzès à la bataille de Poimanenon[12]. Privée de soutien, la garnison de Thessalonique capitule en décembre 1224. Théodore traite avec ménagement les Latins qui se rendent et finit par libérer de captivité la plupart d’entre eux, y compris Guy[12].
Ces événements transforment le petit fief de Guy en une véritable marche frontière entre les États latins du sud de la Grèce et les territoires repris par les Grecs au nord. Bodonitza sert depuis longtemps de refuge aux exilés latins, tel l’archevêque latin de Larissa, nommé au siège de Thermopyles ; en 1224, après la chute de Thessalonique, le pape Honorius III presse avec inquiétude les autres souverains latins du sud de la Grèce d’aider à conserver Bodonitza, laissée sans chef en l’absence de Guy. Une certaine aide est effectivement fournie — le seul clergé réunit quelque 1 300 hyperpères — mais Bodonitza est surtout sauvée par la force de ses fortifications et par l’arrivée tardive de la croisade destinée à secourir Thessalonique. Celle-ci ne prend la mer qu’en mars 1225 et débarque en Thessalie à Halmyros. L’armée croisée est toutefois bientôt décimée par la maladie : Guillaume de Montferrat lui-même en meurt, et les restes de l’armée quittent la Grèce. Si elle échoue dans son objectif premier, cette croisade sauve probablement Bodonitza et arrête ainsi l’avance méridionale de Théodore en Grèce-Centrale, laquelle n’a peut-être d’ailleurs jamais constitué son objectif principal[13],[14].
Mort et descendance
Le 2 mai 1237, Guy rédige son testament. La date exacte de sa mort demeure inconnue, mais l’on suppose qu’il meurt peu après ; il est alors l’un des derniers survivants de la quatrième croisade[2],[4]. Il a pour successeur Ubertino, son fils issu de Sibylle de Bourgogne, cousine de Guy Ier de La Roche[15]. Le couple a également deux filles : Mabilia, qui épouse Azzo VII d'Este, marquis de Ferrare, et Isabelle, qui succède à son frère comme marquise, mais meurt sans enfant en 1286, ce qui provoque un conflit entre son mari, non nommé par les sources, et Thomas Pallavicini, qui s’empare du château de Bodonitza et devient le nouveau marquis[16].
Notes et références
- Miller 1908, p. 236.
- Setton 1976, p. 416 (note 63).
- Miller 1908, p. 234.
- Miller 1908, p. 237.
- ↑ Wolff 1969, p. 206–207.
- ↑ Setton 1976, p. 27–29.
- ↑ Setton 1976, p. 40.
- ↑ Setton 1976, p. 29.
- ↑ Fine 1994, p. 67–68, 112–114.
- ↑ Bredenkamp 1996, p. 66–68.
- ↑ Bredenkamp 1996, p. 68, 70.
- Bredenkamp 1996, p. 69–79.
- ↑ Miller 1908, p. 237–238.
- ↑ Bredenkamp 1996, p. 104–105.
- ↑ Miller 1908, p. 238.
- ↑ Miller 1908, p. 238–239.
Sources
- (en) François Bredenkamp, The Byzantine Empire of Thessaloniki (1224–1242), Thessaloniki History Center, (ISBN 9608433177)
- (en) John V.A. Fine, The Late Medieval Balkans: A Critical Survey from the Late Twelfth Century to the Ottoman Conquest, Ann Arbor, Michigan: University of Michigan Press, (ISBN 978-0-472-10079-8)
- (en) William Miller, « The Marquisate of Boudonitza (1204–1414) », Journal of Hellenic Studies, vol. 28, , p. 234-249
- (en) Kenneth Setton, The Papacy and the Levant (1204–1571), Volume I: The Thirteenth and Fourteenth Centuries. Vol. 1, The American Philosophical Society, (ISBN 0-87169-114-0)
- Portail des croisades • Quatrième croisade