Hache-monnaie
.jpg)
Les haches-monnaies (en espagnol : tajaderos) sont des objets en bronze découverts aussi bien en Mésoamérique occidentale que dans les Andes septentrionales[1]. S’appuyant sur des analyses ethnohistoriques, archéologiques, chimiques et métallurgiques, les chercheurs Hosler, Heather Lechtman et Holm ont démontré leur utilisation dans ces deux régions (séparées par des milliers de kilomètres) par le biais du commerce[2]. Contrairement aux naipes, objets métalliques en forme de nœud papillon ou de carte, attestés archéologiquement uniquement dans la région côtière nord des Andes, les « haches-monnaies » se retrouvent dans les zones culturelles mésoaméricaines et andines[3]. Plus précisément, il est avancé que ce système monétaire est apparu pour la première fois sur la côte nord du Pérou et de l’Équateur au début du IIe millénaire de notre ère. Dans les deux régions, le bronze était fondu, probablement par des familles, puis martelé pour obtenir des formes fines en forme de hache et conditionné par lots de cinq, généralement vingt. Fréquemment retrouvés dans des sépultures, il est probable qu’outre leur usage économique présumé, ils possédaient également une valeur cérémonielle.
Traditions métallurgiques
.jpg)
Des liens préhistoriques entre la Mésoamérique et les Andes ont été suggérés à plusieurs reprises. Les styles de poterie mésoaméricains et équatoriens anciens présentent des similitudes, tant au niveau des techniques que des motifs[4]. De même, des similitudes ont été relevées dans les premiers styles funéraires (les « tombes à puits ») présents en Équateur et en Mésoamérique occidentale[5]. On a même suggéré que les origines du peuple Purépecha du Michoacán se situent en Amérique du Sud. Cependant, aucune de ces propositions ne fait l'unanimité parmi les spécialistes[6]. L'influence de la métallurgie sud-américaine sur la Mésoamérique est, quant à elle, largement acceptée[7].
La métallurgie sud-américaine se divise en deux traditions : l'une au Pérou, dans le sud de l'Équateur et en Bolivie, qui utilisait le cuivre, l'étain, l'argent, l'or et l'arsenic dans divers alliages à des fins variées ; l'autre en Colombie et dans le sud de l'Amérique centrale, la zone intermédiaire, qui privilégiait l'or et le cuivre à des fins principalement artistiques. La tradition métallurgique de la Mésoamérique occidentale, bien que géographiquement plus proche de la Zone Intermédiaire, est beaucoup plus proche, par sa forme et sa fonction, de celle du sud de l'Équateur. La forme et la méthode de fabrication des anneaux métalliques imbriqués sont identiques dans les deux traditions, et même leur contexte archéologique (placés autour du crâne dans les sépultures) est remarquablement similaire. Hameçons, aiguilles et pinces apparaissent également dans les deux traditions. Cependant, la tradition de la fonte à la cire perdue de la Zone Intermédiaire, qui s'est répandue dans d'autres régions de Mésoamérique, s'est également révélée influente dans le contexte mésoaméricain occidental, notamment pour la fabrication de cloches en alliage cuivre-or[8].
Le commerce précolombien entre l'Équateur et le Mexique
D'après d'anciens récits espagnols, les Équatoriens autochtones utilisaient des radeaux de balsa munis de voiles pour commercer le long de la côte nord des Andes. Le premier roi de Lambayeque, ville où l'on fabriquait des haches-monnaies, serait arrivé en ville par radeau, selon des récits ethnohistoriques. Les Chincha du Pérou et les Manteño d'Équateur, en particulier, sont des candidats plausibles pour expliquer l'origine de nombreux de ces commerçants[8]. De plus, des preuves archéologiques solides attestent du commerce de coquillages de Spondylus, retrouvés entre le golfe de Guayaquil en Équateur et le golfe du Mexique, dans les hautes terres andines, durant la culture Chavín. Par ailleurs, des récits contemporains du fleuve Balsas, dans l'ouest du Mexique, rapportent que les pères et grands-pères des hommes locaux commerçaient avec des marchands naviguant en pirogue, qui séjournaient parfois jusqu'à six mois dans la région. Cependant, il n'existe à ce jour aucune preuve archéologique formelle de la présence d'Équatoriens au Mexique, ni inversement[9].
Ce système commercial était donc ancien ; Dewan et Hosler suggèrent que ces marchands opéraient le long de la côte andine, de la Colombie au nord jusqu’au Chili au sud, dès 100 av. J.-C.[10] À l’aide de modèles mathématiques, ils démontrent qu’il est théoriquement possible que des radeaux de balsa naviguent non seulement le long des côtes, mais aussi en haute mer entre l’Équateur et le Michoacán[4]. Une proposition antérieure de Coe concernant cet itinéraire suggérait une route commerciale plus côtière[11].
Hosler suggère que des marchands d’Amérique du Sud ont introduit les techniques métallurgiques dans l’ouest du Mexique en deux vagues. La première entre environ 800 et 1250 apr. J.-C., et la seconde entre environ 1250 et la conquête espagnole. C’est durant cette seconde période que l’on trouve des monnaies à l’effigie de haches dans l’ouest du Mexique, bien que des formes antérieures aient été découvertes dans des contextes datant d’aussi loin que 800 apr. J.-C. en Équateur[8]. Pourtant, bien que les deux traditions sud-américaines aient été influentes dans l'ouest du Mexique, des traits et des styles idiomatiques sont apparus dans la région, se développant à partir des traditions importées[8].
Notes et références
- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Axe-monies » (voir la liste des auteurs).
- ↑ Smith, M.E. (1993). "Axe-Monies and Their Relatives" by Dorothy Hosler; Heather Lechtman; Olaf Holm. (Review). Ethnohistory, 40(1), p. 148-149.
- ↑ Wurtzburg, S. (1992), "Axe-Monies and Their Relatives" par Dorothy Hosler; Heather Lechtman; Olaf Holm (Review). American Antiquity, 57(2), p. 378.
- ↑ Bruhns, K.O. (1994). Ancient South America. Cambridge University Press: Cambridge, p. 178-179, 297.
- Coe, M.D. (1960). "Archeological Linkages with North and South America at La Victoria, Guatemala". American Anthropologist, New Series, 62(3), p. 363-393.
- ↑ Evans, S.T. (2004). Ancient Mexico and Central America. Thames & Hudson: London, p. 106, 156, 362.
- ↑ Bruhns, K.O. (1994). Ancient South America. Cambridge University Press: Cambridge, p. 367.
- ↑ Malmström, V.H. (1995). "Geographical Origins of the Tarascans". Geographical Review, 85(1).
- Hosler, D. (1988). "Ancient West Mexican Metallurgy: South and Central American Origins and West Mexican Transformations". American Anthropologist, New Series, 90(4), p. 832-855.
- ↑ Bruhns, K.O. (1994). Ancient South America. Cambridge University Press: Cambridge, p. 293, 367.
- ↑ Dewan, L. & Hosler, D. (2008). "Ancient Maritime Trade on Balsa Rafts: An Engineering Analysis". Journal of Anthropological Research, 64(1), p. 19-40.
- ↑ Bruhns, K.O. (1994). Ancient South America. Cambridge University Press: Cambridge, p. 293.
- Portail de l’archéologie
- Portail du Mexique
- Portail de l’Équateur
- Portail du Pérou
- Portail de l’Amérique précolombienne
- Portail de la métallurgie