Halogénure d'argent

Un halogénure d'argent est l'un des composés que l'argent forme avec un halogène – le bromure d'argent (AgBr), le chlorure d'argent (AgCl), l'iodure d'argent (AgI), et trois formes de fluorure d'argent. En tant que groupe, ils sont généralement appelés les halogénures d'argent, et notés AgX. Bien que la plupart des halogénures d'argent impliquent des atomes d'argent à l'état d'oxydation +I, on connaît des halogénures d'argent où l'argent se trouve à l'état d'oxydation +II, dont le seul stable est le difluorure d'argent AgF2.
Histoire

Entre 1727 et 1777, les débuts de la chimie photographique se construisent autour de la découverte des réactions du nitrate d'argent à la lumière. En 1727, Johann Heinrich Schultze, chercheur allemand, observe qu'un mélange de craie et de nitrate d'argent exposé à la lumière produit un noircissement. Cette observation capitale suscite l'intérêt du chimiste suédois Carl Wilhelm Scheele, qui, en 1777, identifie le rôle déterminant de la lumière violette et bleue dans cette réaction. Ses expériences menées sur le nitrate d'argent et le chlorure d'argent révèlent que la lumière violette est particulièrement efficace pour provoquer le noircissement. Ces découvertes pionnières établissent les fondations de la photographie moderne en montrant la nécessité de développer des solutions sensibles aux longueurs d'onde bleues et violettes du spectre lumineux.

En 1777, Carl Wilhelm Scheele approfondit ces observations en démontrant que la lumière bleue et violette noircissait davantage les sels de nitrate et de chlorure d'argent que la lumière rouge, établissant ainsi les bases scientifiques de la sensibilité spectrale photographique.
Près d'un demi-siècle plus tard, en 1826, l'ingénieur français Nicéphore Niépce réalise la première photographie permanente. Il recouvre une plaque d'étain de bitume de Judée, une substance noire photosensible, et l'expose dans une chambre noire pour capturer un paysage depuis la fenêtre de sa maison à Saint-Loup-de-Varennes. Après huit heures d'exposition, le bitume exposé à la lumière durcit, tandis que les parties restées à l'ombre demeurent souples. En lavant la plaque à l'aide d'huile de lavande, il élimine le bitume non durci, révélant ainsi une image où les zones claires du paysage sont représentées par le bitume durci.
Parallèlement, William Henry Fox Talbot et Louis Daguerre développent, dans les années 1830-1840, des procédés révolutionnaires d'enregistrement d'images. Bien que la méthode du daguerréotype de Daguerre ait connu un succès initial, elle a progressivement été abandonnée en raison de ses limitations. En revanche, le procédé calotypique inventé par Talbot au début du XIXe siècle demeure à la base des techniques photographiques modernes.
Talbot imbibait du papier d'une solution de chlorure d'argent, créant un support photosensible. Exposé à la lumière à travers un objectif, ce papier enregistrait une image négative : les zones claires du sujet apparaissaient sombres et inversement. L'innovation majeure de Talbot résidait dans l'utilisation de cette image négative pour produire plusieurs copies positives par tirage ultérieur, permettant ainsi la reproduction illimitée d'images, un avantage décisif par rapport à l'unicité du daguerréotype.
William Henry Fox Talbot comprit que le système de reproduction photographique pouvait être grandement amélioré en exploitant le principe du négatif-positif. Il développa le procédé calotypique en utilisant du papier sensibilisé à l'aide d'une solution de nitrate d'argent, puis traité avec une solution d'acide gallique et d'acide acétique (le révélateur gallique). Lors de l'exposition à la lumière à travers un objectif photographique, le papier enregistrait une image négative progressivement visible. Cette image négative présentait l'avantage décisif de pouvoir être reproduite indéfiniment en tirage positif, permettant ainsi l'agrandissement contrôlé des images et la production de multiples copies à partir d'un seul négatif.
Applications
Sensibilité à la lumière
Les halogénures d'argent sont utilisés dans les films et papiers photographiques (argentiques), y compris pour les arts graphiques, où les cristaux d'halogénures d'argent dans une gélatine sont déposés sur un substrat de base, film, verre ou papier (procédé gélatino-argentique). La gélatine est une composante essentielle de l'émulsion, en tant que colloïde aux propriétés physico-chimiques appropriées[1].
Les halogénures d'argent sont aussi utilisés dans les verres minéraux photochromiques.
Références
- ↑ npyskater et fernando_alvarez, « Que sont les cristaux d'halogénure d'argent ? », sur lomography.fr (consulté le )
Liens externes
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