Handicap en Corée du Nord
Il est difficile de trouver des informations fiables sur le handicap en Corée du Nord, comme sur les autres conditions sociales du pays[1]. En 2016, la Corée du Nord était signataire de la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées[2].
Histoire
Sous Kim Il-sung, les anciens combattants handicapés bénéficiaient d'un statut social élevé. Une usine destinée à employer des soldats handicapés a été créée en 1970[3]. La vie des autres personnes handicapées sous Kim Il-sung était « triste, voire horrible », selon le spécialiste de la Corée du Nord, Fyodor Tertitskiy[4]. En 1998, l'Association coréenne de soutien aux personnes handicapées a été créée, rebaptisée par la suite Fédération coréenne pour la protection des personnes handicapées, afin de représenter les droits et les intérêts des personnes handicapées avec le soutien du ministère de la Santé publique[5].
Conventions relatives aux droits des personnes handicapées
En tant qu’État partie au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC), à la Convention relative aux droits de l’enfant (CDE) et à la Convention relative aux droits des personnes handicapées (CDPH), la Corée du Nord a l’obligation internationale de ne pas discriminer sa population en raison de son handicap (entre autres). Aux termes de l’article 2 de la CDE, « les États parties respectent et garantissent les droits proclamés dans la présente Convention à chaque enfant relevant de leur juridiction, sans discrimination aucune, quels que soient sa race, sa couleur, son sexe, sa langue, sa religion, ses opinions politiques ou autres, son origine nationale, ethnique ou sociale, sa fortune, son handicap, sa naissance ou toute autre situation »[6].
La Corée du Nord a ratifié la CDPH en [7].
En , le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits des personnes handicapées a effectué une première visite officielle de huit jours en Corée du Nord[8]. Lors d'une conférence de presse à l'issue de sa visite, la rapporteuse, Catalina Devandas Aguilar, a appelé à une plus grande attention portée aux personnes handicapées dans le pays[9].
Services sociaux aux personnes handicapées
L'organisation caritative Handicap International indique qu'elle intervient en Corée du Nord depuis 1999, en collaboration avec la Fédération coréenne pour la protection des personnes handicapées, notamment en soutenant des centres orthopédiques prenant en charge des milliers de personnes handicapées[10]. Le Comité international de la Croix-Rouge a rapporté en 2006 avoir contribué à la mise en place d'un centre de réadaptation pour personnes handicapées à Pyongyang[11], et avoir apporté son soutien à des programmes de réadaptation jusqu'en 2017[12]. La Campagne internationale pour l'interdiction des mines antipersonnel indique que la Corée du Nord « dispose d'un système complet d'assistance aux personnes handicapées ; toutefois, ce système est limité par la situation économique générale du pays[13]. »
Cependant, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l'homme en République populaire démocratique de Corée, Marzuki Darusman, a déclaré ce qui suit dans son rapport présenté à la vingt-deuxième session du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies :
Dès 2003, la Commission des droits de l'homme a exprimé sa profonde préoccupation face aux « mauvais traitements et à la discrimination dont sont victimes les enfants handicapés ». Depuis 2006, l'Assemblée générale dénonce régulièrement « les rapports faisant état de violations persistantes des droits de l'homme et des libertés fondamentales des personnes handicapées, notamment le recours à des camps collectifs et à des mesures coercitives qui portent atteinte au droit des personnes handicapées de décider librement et de manière responsable du nombre et de l'espacement de leurs enfants. » En 2006, le Rapporteur spécial constatait que « à ce jour, les personnes handicapées sont éloignées de la capitale et, en particulier, celles souffrant de troubles mentaux sont détenues dans des zones ou des camps appelés « Pavillon 49 », où les conditions de vie sont dures et inhumaines »[14].
La Corée du Nord a adopté une loi en 2003 visant à promouvoir l’égalité d’accès des personnes handicapées aux services publics[5] et a affirmé, dans son deuxième rapport sur le respect du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, que ses citoyens handicapés étaient protégés. La Corée du Nord a adhéré à ce pacte le . Cependant, cette loi n’a pas été appliquée et des réfugiés nord-coréens au Sud témoignent que les personnes handicapées font l’objet de graves discriminations, à l’exception des soldats blessés qui affirment que leurs blessures sont le résultat de l’agression américaine pendant la guerre de Corée[15].
En 2008, les Nations Unies ont indiqué que le gouvernement « commençait à envisager des mesures d’aide sociale pour les personnes handicapées »[16]. Le recensement de la population de 2008, réalisé avec l'aide du Fonds des Nations Unies pour la population, a révélé que 8,16 % de la population souffrait d'un handicap : 2,4 % de déficience visuelle, 1,7 % de déficience auditive, 2,5 % de handicap moteur et 1,5 % de troubles mentaux[5].
Séparation dans des camps
Depuis le régime de Kim Il-sung, les personnes handicapées, à l'exception des anciens combattants, sont déplacées vers des lieux éloignés des villes[4].
Au cours des années 2000, il a été rapporté que des personnes handicapées en Corée du Nord étaient enfermées dans des camps et soumises à des conditions de vie « dures et inhumaines »[17].
Le rapporteur spécial sur les droits de l'homme a indiqué en 2006 que les Nord-Coréens handicapés étaient exclus de Pyongyang, la capitale, et détenus dans des camps où ils étaient catégorisés selon leur handicap. Des transfuges ont signalé l'existence de « camps collectifs pour nains », dont les détenus n'avaient pas le droit d'avoir des enfants[18].
Sports paralympiques
La Corée du Nord a fait ses débuts aux Jeux paralympiques d'été de 2012 à Londres, en envoyant un seul représentant (Rim Ju-song, amputé du bras et de la jambe gauches) en natation[19]. Yahoo! News a rapporté en 2012 l'existence d'un centre culturel paralympique à Pyongyang[20]. Le pays a envoyé deux athlètes d'athlétisme aux Jeux paralympiques d'été de 2016 à Rio de Janeiro[21].
Vie des personnes sourdes
Comme indiqué précédemment, il est difficile de trouver des informations sur la vie des personnes sourdes en Corée du Nord. La culture coréenne a tendance à mépriser les personnes handicapées. Souvent, le handicap est perçu comme une conséquence de péchés commis dans une vie antérieure. De ce fait, « les membres de la famille considèrent le handicap comme préjudiciable à leur statut social et tentent de dissimuler la personne handicapée »[22]. Cette attitude envers la surdité est très répandue en Corée du Nord. On le constate par le faible nombre de signalements concernant les enfants sourds au sein des familles nord-coréennes. Diagnostiquer les troubles auditifs chez les enfants d'âge préscolaire est très difficile, car les parents hésitent à les faire tester. De plus, seulement 2 % des enfants sourds nord-coréens sont scolarisés dans un établissement spécialisé, contre 10 à 12 % en moyenne dans les autres pays en développement[23]. Il existe également une culture familiale qui pousse les familles à « cacher » leurs enfants handicapés au regard du public, si bien que les informations disponibles peuvent être inexactes pour tous les résidents sourds. Par crainte de révéler leur handicap, les citoyens nord-coréens sourds ou malentendants bénéficient de très peu d'éducation sur les troubles auditifs. Souvent, les parents choisissent de garder leur enfant sourd à la maison plutôt que de l'envoyer dans un internat. Cela complique l'accès à une éducation de qualité et l'intégration sociale des enfants sourds[24].
Pour les familles qui révèlent la surdité de leur enfant, il existe de nombreuses écoles spécialisées en Corée du Nord. Ces écoles ont commencé à se créer dans les années 1940 et, en 1995, on en comptait huit[25]. Elles dispensent un enseignement en langue des signes coréenne, reconnue comme langue officielle par le gouvernement coréen en 2003. Ces écoles proposent un cursus de dix ans seulement et préparent leurs élèves à des métiers très spécifiques, comme coiffeur ou couturière. En raison du manque de formations professionnelles diversifiées, l'insertion professionnelle des personnes sourdes est difficile.
En 2003, un Allemand nommé Robert Grund s'est rendu en Corée du Nord en tant que représentant de la Fédération mondiale des sourds. Ses objectifs en arrivant en Corée du Nord étaient d'autonomiser davantage de personnes sourdes, de créer plus d'écoles pour sourds et de former plus d'interprètes à la langue des signes coréenne. Grund est notamment connu pour avoir créé le premier jardin d'enfants pour sourds à Pyongyang. Son slogan, « Rien sur nous sans nous », signifie que les citoyens sourds de Corée du Nord méritent d'être consultés sur les politiques relatives aux personnes handicapées[26].
En 2014, la Corée du Nord a présenté sa première équipe de football entièrement composée de joueurs sourds. Ils ont disputé leur premier match à l'étranger en Australie. Les joueurs, âgés de 15 à 25 ans, communiquent avec leur entraîneur en langue des signes et à l'aide de drapeaux. Cette initiative suscite de nombreuses controverses : est-ce un signe que la Corée du Nord traite bien ses citoyens sourds ? Cette équipe de football pourrait être une stratégie pour donner l'illusion d'un bon traitement des personnes sourdes à l'étranger[27].
Allégations d'infanticide de bébés présentant des malformations congénitales
En 2006, la Catholic News Agency[28] et le Times ont rapporté qu'un médecin nord-coréen ayant fait défection, Ri Kwang-chol, avait affirmé que les bébés nés avec des malformations physiques étaient rapidement mis à mort et enterrés[29]. Cette affirmation a été contestée dans un article du Diplomat[30].
Notes et références
- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Disability in North Korea » (voir la liste des auteurs).
- ↑ Anete Bandone (2012). Policy Briefing - Human Rights in North Korea (PDF) (rapport). Département des politiques, Direction générale des politiques extérieures - Union européenne.
- ↑ (en-US) Hamish Macdonald, « North Korea to ratify disability convention: state media | NK News », sur NK News - North Korea News, (consulté le )
- ↑ "Kim Jong Un Visits Rangnang Disabled Soldiers' Essential Plastic Goods Factory". Rodong Sinmun. 10 mai 2017.
- (en-US) J. H. Ahn, « North Korea and the Olympic Games | NK News », sur NK News - North Korea News, (consulté le )
- Katharina Walter H. Shorenstein Asia-Pacific Research Center, People with disabilities in a changing North Korea, APARC, coll. « Shorenstein APARC Working Papers », (ISBN 978-1-931368-37-7)
- ↑ (en) « Convention on the Rights of the Child », sur OHCHR (consulté le )
- ↑ (en) « North Korea opens door a crack to welcome U.N. disability expert », Reuters, (lire en ligne)
- ↑ (en) « UN disability rights expert announces first visit to North Korea », sur OHCHR (consulté le )
- ↑ (en) « UN official calls for more work with disabled in North Korea », NY Daily News, (lire en ligne)
- ↑ (en-GB) Handicap International UK, « Handicap International UK | Asia | North Korea » [archive du ], sur www.handicap-international.org.uk (consulté le )
- ↑ (en) « North Korea: ICRC inaugurates a second physical rehabilitation centre »,
- ↑ THE ICRC IN THE DPRK - 2017 (rapport). Comité International de la Croix Rouge. 2018.
- ↑ (en) « Landmine and Cluster Munition Monitor » [archive du ], sur www.the-monitor.org (consulté le )
- ↑ A/HRC/22/57, Report of the Special Rapporteur on the situation of human rights in the Democratic People's Republic of Korea, Marzuki Darusman, 26, para. 72.
- ↑ David Hawk (2012). Marked for Life: Songbun, North Korea's Social Classification System. Committee for Human Rights in North Korea, p. 83, (ISBN 978-0985648008).
- ↑ « UNHCR Web Archive », sur webarchive.archive.unhcr.org (consulté le )
- ↑ (en) « North Korea locks up disabled in 'subhuman' gulags, says UN », The Daily Telegraph, (lire en ligne)
- ↑ (en) New York, « UN slams Korean 'disabled camps' », sur The Age, (consulté le )
- ↑ (en) « Swimmer set to be first North Korean competitor at the Paralympic », sur The Independent, (consulté le )
- ↑ (en) « Taedonggong Cultural Center for the Disabled »
- ↑ (en) « North Korean Athletes Arrive in Rio for Summer Paralympics | Be Korea-savvy », sur koreabizwire.com, (consulté le )
- ↑ (en) Shin Jeong Kim et Kyung Ah Kang, « Meaning of life for adolescents with a physical disability in Korea », Journal of Advanced Nursing, vol. 43, no 2, , p. 145–155 (ISSN 0309-2402 et 1365-2648, DOI 10.1046/j.1365-2648.2003.02689_1.x, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en-US) « North Korean deaf to get kindergarten school in Pyongyang thanks to German non-profit TOGETHER-Hamhung - CBS News », sur www.cbsnews.com, (consulté le )
- ↑ (en-GB) Rory MacLean, « A day in the life of a deaf school girl in North Korea », The Guardian, (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) « Deaf advances in North Korea », British Deaf News, (lire en ligne)
- ↑ (en) « Being strong together – A deaf German in North Korea », sur www.rehacare.com (consulté le )
- ↑ (en) « North Korean deaf football team helps Republic's image with Australian match », ABC News, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) « Doctor says disabled newborns are killed in North Korea », sur Catholic News Agency (consulté le )
- ↑ (en-GB) Michael Sheridan, Far East Correspondent, « Nation under a nuclear cloud », sur www.thetimes.com, (consulté le )
- ↑ (en-US) « North Korea: Defectors and Their Skeptics », sur thediplomat.com (consulté le )
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