Haute Cour constitutionnelle (Madagascar)

Haute Cour constitutionnelle
Fitsarana Avo momba ny Lalàmpanorenana (mg)
Image illustrative de l’article Haute Cour constitutionnelle (Madagascar)
Siège de la Haute Cour constitutionnelle à Antananarivo.
Sigle HCC
Juridiction Drapeau de Madagascar Madagascar
Type Cour constitutionnelle
Langue Malgache
Création 31 décembre 1975
Siège Palais d'État d'Ambohidahy
Composition 9 Hauts Conseillers
Nommé par
Président
Nom Florent Rakotoarisoa
Depuis 8 avril 2021
Voir aussi
Site officiel hcc.gov.mg

La Haute Cour constitutionnelle (HCC) (en malgache : Fitsarana avo momba ny Lalàmpanorenana) est l'une des cinq institutions malgaches en vertu de l'article 40 de la Constitution de la Quatrième République de Madagascar[1].

Elle se prononce notamment sur la conformité à la Constitution des lois, des traités et des règlements intérieurs des assemblées parlementaires. Elle veille à la régularité des élections nationales et des référendums[2].

Historique

Première République

Sous la première République, la Constitution du confiait la fonction de juridiction constitutionnelle au Conseil Supérieur des Institutions, composé de cinq membres et chargé du contrôle de conformité à la Constitution de l'ensemble de l'ordonnancement juridique interne[1].

Deuxième République

La Constitution du instituant la République démocratique malgache a créé la Haute Cour Constitutionnelle parmi les institutions de l'État, élargissant ses compétences aux conflits de compétences entre institutions[1].

Troisième République

Durant la transition politique de 1991, la Convention du suspendit certaines institutions mais maintint la Haute Cour Constitutionnelle comme garante des principes généraux du droit, portant temporairement ses membres à onze[3].

La Constitution du tenta d'intégrer la Cour Constitutionnelle dans une nouvelle structure judiciaire, mais cette réforme ne fut jamais mise en œuvre. Cependant, la révision constitutionnelle du réaffirma la Haute Cour Constitutionnelle comme institution à part entière de l'État, lui confiant de nouvelles attributions liées à la décentralisation.

Quatrième République

À la suite des événements de 2009, la constitution de la troisième République est suspendue et toutes les institutions sont dissoutes par Andry Rajoelina, se proclamant chef d'État. En , il signe un accord politique avec 178 partis, bien que sans l'approbation des mouvances des anciens chefs d'État. Un projet de Constitution, rapidement rédigé, a été soumis à référendum le , avec des résultats validés par la Haute Cour constitutionnelle le et une promulgation le [4]. Cette nouvelle Constitution très proche de celle de la IIIe République, modifiée en 2007, confère les mêmes attribution à la juridiction constitutionnelle.

Le , à la suite du coup d'État en marge des manifestations en opposition au régime, le colonel Michaël Randrianirina annonce la dissolution de la Haute Cour constitutionnelle ainsi que la suspension de la constitution[5],[6],[7]. Après une décision de cette dernière de la destitution d'Andry Rajoelina, Randrianirina décide de revenir sur sa décision et de se conformer à la loi ainsi qu'à la juridiction constitutionnelle[8].

Composition

La Haute Cour Constitutionnelle comprend neuf Hauts Conseillers nommés pour un mandat de sept ans non renouvelable, garantissant ainsi leur indépendance. Le mode de désignation reflète une répartition équilibrée entre les différentes institutions de l'État : trois membres sont nommés par le Président de la République, deux sont élus par l'Assemblée Nationale, deux par le Sénat et deux par le Conseil Supérieur de la Magistrature. Le président de l'institution est élu par ses pairs parmi les membres de la Cour, et l'ensemble des nominations est formellement constaté par décret présidentiel[1].

Les Hauts Conseillers ne peuvent cumuler leurs fonctions avec un mandat gouvernemental, parlementaire ou tout mandat public électif. Toute activité professionnelle rémunérée est interdite, à l'exception notable de l'enseignement. De même, toute appartenance à un parti politique ou à un syndicat se révèle incompatible avec leur fonction, renforçant ainsi leur impartialité et leur indépendance dans l'exercice de leurs missions.

Composition actuelle

Composition depuis le 8 avril 2021[9]
Noms Fonction
Florent Rakotoarisoa Président
William Noelson Haut Conseiller – Doyen
Germaine Bakoly Ratovonelinjafy Razanoarisoa Haut Conseiller
Vololoniriana Christiane Rakotobe Andriamarojasoa Haut Conseiller
Antonia Rakotoniaina Raverohanitrambolaniony Haut Conseiller
Fidèle Mbalo Ranaivo Haut Conseiller
Georges Merlin Rasolo Nandrasana Haut Conseiller
Rondro Lucette Razanadrainiarison Rahelimanantsoa Haut Conseiller
Rojoniaina Andriamaholy Ranaivoson Haut Conseiller

Compétences

Salle d'audience de la Haute Cour constitutionnelle à Ambohidahy, Antananarivo.

La Haute Cour Constitutionnelle exerce des attributions fondamentales de contrôle de constitutionnalité. Elle statue sur la conformité à la Constitution des traités internationaux, des lois ordinaires, des lois organiques, des ordonnances et des conventions internationales. Le contrôle est obligatoire pour les lois organiques et les ordonnances avant leur promulgation, ainsi que pour les règlements intérieurs des assemblées parlementaires avant leur mise en application. Pour les lois ordinaires, le contrôle peut être déclenché avant promulgation par le Président de la République, un quart des membres d'une assemblée parlementaire, ou les organes des collectivités territoriales décentralisées[3].

La juridiction constitutionnelle dispose également de compétences contentieuses importantes. Elle connaît du contentieux des opérations de référendum et des élections présidentielles et législatives. Elle peut être saisie pour contrôler la constitutionnalité de tout texte à valeur législative ou réglementaire par les chefs d'institution ou un quart des parlementaires. Elle statue sur les exceptions d'inconstitutionnalité soulevées devant toute juridiction et sur les questions portant atteinte aux droits fondamentaux. Elle peut être consultée par tout chef d'institution pour donner son avis sur la constitutionnalité d'un projet d'acte ou sur l'interprétation d'une disposition constitutionnelle. Enfin, elle constate la vacance de la présidence de la République en cas de déchéance du président prononcée par la Haute Cour de Justice.

Procédure

Le droit de saisine de la Haute Cour Constitutionnelle est accordé au Président de la République, à tout chef d'institution, à un quart des membres composant l'une des assemblées parlementaires, ainsi qu'aux organes des collectivités territoriales. Les juridictions ordinaires peuvent également la saisir dans le cadre d'une exception d'inconstitutionnalité ou de violations des droits fondamentaux[3].

Les arrêts et décisions de la Haute Cour Constitutionnelle sont obligatoirement motivés et ne sont susceptibles d'aucun recours, ce qui leur confère un caractère définitif. Ils s'imposent à tous les pouvoirs publics ainsi qu'aux autorités administratives et juridictionnelles, assurant ainsi l'effectivité de la suprématie constitutionnelle. Outre ses décisions juridictionnelles, la Cour émet également des avis consultatifs qui, bien que non obligatoires, bénéficient d'une haute valeur juridique et d'une grande autorité morale dans l'ordre juridique malgache[3].

Critiques

La Haute Cour constitutionnelle est reconnue comme une nécessité pour mieux garantir l'existence de l'État de droit à Madagascar. Cependant, elle est critiquée par certains constitutionnalistes, particulièrement dans le cadre du contrôle de constitutionnalité des lois qu'elle est chargée d'effectuer. En , Raymond Ranjeva, ancien juge à la Cour internationale de justice, avait dénoncé le manque d'impartialité des Hauts Conseillers ainsi que de l'omission de l'application stricte de la constitution par ces derniers[10].

Notes et références

  1. « CJCA » (consulté le )
  2. « Les compétences » (consulté le )
  3. « Manuel » (consulté le )
  4. « Constitution de la quatrième république » [PDF], sur www.hcc.gov.mg, Haute Cour Constitutionnelle de Madagascar, (consulté le ).
  5. « Military colonel announces that the armed forces are taking control in Madagascar », sur The Atlanta Journal-Constitution (consulté le )
  6. « L'armée prend le pouvoir à Madagascar », sur watson.ch (consulté le )
  7. « Military has taken control of Madagascar, colonel who led mutiny says », sur Global News (consulté le )
  8. Mandimbisoa R, « Les militaires se conforment à la décision de la HCC », sur Madagascar-Tribune.com, (consulté le )
  9. « Les membres actuels » (consulté le )
  10. Rédaction Midi Madagasikara, « Pr Raymond Ranjeva : « La HCC n’applique pas à la lettre la Constitution » », sur Midi Madagasikara, (consulté le )

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

  • icône décorative Portail du droit
  • icône décorative Portail de Madagascar