Heinrich von Plauen

Heinrich von Plauen
Illustration.
Statue de Heinrich von Plauen devant l'ancien hôtel de ville de Plauen
Titre
27e grand maître de l'ordre Teutonique

(3 ans)
Prédécesseur Ulrich von Jungingen
Successeur Michael Küchmeister von Sternberg
Biographie
Date de naissance vers 1370
Date de décès
Lieu de décès château de Lochstädt

Image illustrative de l’article Heinrich von Plauen

Heinrich von Plauen, ou Henri de Plauen, né en 1370 et mort en 1429 au château de Lochstädt, près de Königsberg, est un chevalier teutonique. C'est le 27e grand maître de l'ordre Teutonique de 1410 à . Il descend de la famille des seigneurs de Plauen de la branche aînée, celle des Mühltroff.

Biographie

Heinrich von Plauen naît dans le Vogtland, entre la Thuringe et la Saxe. Il est d'abord chevalier invité en 1390, puis prononce ses vœux et est adoubé en 1391. Il sert dans la commanderie de Dantzig (actuelle Gdańsk) de 1399 à 1402, puis dirige la commanderie de Nessau (actuelle Nieszawa) de 1402 à 1407 et de celle de Schwetz (actuelle Świecie) de 1407 à 1410.

Heinrich von Plauen ne prend pas part à la désastreuse bataille de Tannenberg du , mais lorsqu'il apprend la nouvelle de la défaite, il rassemble immédiatement 3 000 hommes pour défendre la forteresse de Marienbourg, alors capitale de l'État teutonique, contre les forces polono-lituaniennes. Il est désigné vice-grand maître de l'Ordre par les chevaliers atterrés par la défaite et revenus de Tannenberg à Marienbourg, en attendant l'élection dans les formes du successeur d'Ulrich von Jungingen[1]. Il écrit aussi au Saint-Empire romain germanique pour demander des subsides, que l'empereur Sigismond de Luxembourg lui envoie d'Allemagne et de Hongrie. Von Plauen arrive à temps à Marienbourg : le siège de Marienbourg (en) débute le et se termine le . Bien que les évêques de Sambie et de Culm (actuelle Chełmno), lassés par la guerre, se rallient au nouveau maître polonais Ladislas II Jagellon, celui-ci, surpris de la résistance des chevaliers allemands et de leurs troupes, n'est pas préparé pour un siège aussi long. Après l'envoi de renforts d'autres places fortes de Prusse, ainsi que de la province de Livonie et même de la province teutonique d'Allemagne, Heinrich von Plauen parvient à chasser le roi polonais et à reprendre ses forteresses perdues à la fin du mois de septembre, alors que les troupes du grand-duc lituanien Vytautas (ou Vitold le Grand) sont décimées par la dysenterie.

Le chapitre général (capitulum) réuni à Marienbourg choisit à l'unanimité Heinrich von Plauen comme nouveau grand maître en . Il est préféré à d'autres candidats, comme le commandeur d'Elbing (actuelle Elbląg), Werner von Tettingen, qui menait les démarches diplomatiques de l'Ordre et avait participé à la bataille de Tannenberg.

Heinrich von Plauen doit prioritairement restaurer ou rebâtir les forteresses de l'Ordre, recruter de nouveaux chevaliers et défendre la réputation de l'Ordre en Europe, qui jouissait avant la défaite d'un grand prestige auprès de la chevalerie médiévale de l'époque.

Grand maître

Heinrich von Plauen s'efforce d'abord de conclure la paix avec les Polonais. Celle-ci, arbitrée par des représentants du Saint-Siège, est signée le par le traité de Thorn, grâce auquel il obtient pour l'Ordre des positions favorables en gardant ses forteresses, mais en laissant la Samogitie faiblement christianisée au grand-duc de Lituanie Vytautas. Cette province doit revenir à l'Ordre, selon les termes du traité, après la mort du grand-duc et du roi[2]. Les frontières des possessions teutoniques doivent être délimitées par une commission d'arbitrage sous l'égide du roi de Bohême. Quant au royaume de Pologne, il reçoit le pays de Dobrzyń et reprend la Couïavie, mais cède la Pomérélie (l'arrière-pays de Dantzig) et le Culmerland (pays de Chełmno). Toutefois, aussitôt après le traité, le roi de Pologne réclame à l'Ordre une rançon de six millions de gros de Prague (50 000 florins d'or) en quatre versements pour ses propres prisonniers de guerre et en réparation des dommages de guerre. Désireux de préserver la paix, Heinrich von Plauen accepte.

Le nouveau grand maître convoque donc en février les délégués des villes de Prusse à Osterode (actuelle Ostróda) pour le paiement des sommes, en proposant une collecte supplémentaire de 1,75 % du trésor des villes. Toutes les villes acceptent, à l'exception de Dantzig. Une seconde assemblée se tient donc à Elbing afin de prendre une décision unanime, mais Thorn (actuelle Toruń) se rallie à la position de Dantzig et refuse la taxe. Thorn se ravise finalement, mais Dantzig résiste. Elle est soumise à un blocus jusqu'au , date à laquelle elle se rallie à la majorité.

Heinrich von Plauen s'efforce de vaincre la résistance de notables des villes du Culmerland regroupés dans l'union du Lézard (Eidechsenbund) et favorables au rattachement à la Pologne. Il met au jour un projet de renversement du pouvoir échafaudé par le commandeur de Rehden, Georg von Wirsberg, et fait emprisonner le chevalier Nicolaus von Renys (1360-1411), l'un des fondateurs de l'union du Lézard, pour avoir aidé secrètement les Polonais. Celui-ci est décapité à Graudenz (actuelle Grudziądz) après un rapide procès.

Les deux premiers versements de la rançon sont effectués à temps, mais Heinrich von Plauen demande l'aide de l'empereur Sigismond du Saint-Empire pour le troisième. L'empereur propose d'organiser une médiation à Breslau (actuelle Wrocław) en . Finalement, il décide en que les termes de la paix de Thorn sont équitables, mais que la Pologne doit diminuer le montant des rançons réclamées à l'Ordre pour la libération de ses prisonniers et comme paiement des dommages de guerre. Cependant, à la surprise générale, le grand maître verse les sommes subsistantes en . Quant à la frontière de la Samogitie, une seconde commission se réunit et décide en que la frontière doit passer sur le Niémen et que la rive droite, dont la ville de Memel (actuelle Klaipėda), appartient au grand-duc de Lituanie.

Heinrich von Plauen décide tout de même, fort de l'appui implicite de l'empereur, de déclarer la guerre au roi de Pologne, mais les finances de l'Ordre sont en mauvais état et les mercenaires doivent être payés. Il rassemble malgré tout près de 6 000 hommes à l'été 1413, près de la frontière de Poméranie, et près de 30 000 hommes dans la région de Dobrzyń et en Mazovie. Ces derniers sont commandés par le frère chevalier Michael Küchmeister von Sternberg (1470-1523), grand maréchal de l'Ordre (et donc commandeur de Königsberg). La période choisie semble propice, car le grand-duc Vytautas est occupé par une guerre contre la principauté de Novgorod. Küchmeister von Sternberg attaque par le nord de la Pologne, d'où le roi était absent, mais bat en retraite au bout de seize jours. Les chevaliers ne percent pas non plus en Poméranie. Les armées de l'Ordre retournent au point de départ.

Déposition

Michael Küchmeister von Sternberg obtient donc la déposition du grand maître von Plauen, le , et est nommé à sa place par le chapitre en (un grand maître intérimaire ayant été nommé dans l'intervalle en la personne d'Hermann Gans, le grand hospitalier qui demeure à Elbing). Il ouvre des négociations de paix avec la Pologne et la Lituanie. Le déclin de l'Ordre commence. Le chapitre général approuve cette stratégie de paix.

En réalité, Heinrich von Plauen a été aussi déposé pour des raisons religieuses. L'Église d'Allemagne est minée par les nouvelles idées de John Wyclif et par l'hérésie hussite. Le neveu du grand maître, Wilhelm von Katzenelnbogen, est, dans une certaine mesure, favorable à ces nouvelles idées et, pire, le grand maître Heinrich von Plauen semble favorable au mariage des religieux, c'est-à-dire, de fait, à la fin des vœux religieux. Le peuple bas-allemand est majoritairement acquis à ces idées, mais le peuple haut-allemand leur est résolument hostile[3], ainsi que la majorité des chevaliers teutoniques. Ceux-ci se tournent vers le pape pour dénoncer l'hérésie du grand maître, qui est donc cité à comparaître devant le chapitre général. Comme il ne répond pas à trois convocations successives, il est donc destitué, selon la règle. Le chapitre général charge le frère le plus vénérable, Otto von Bernstein, de se saisir de lui et de le conduire aux arrêts au château de Tapiau. Il est officiellement déposé le .

Heinrich von Plauen est alors nommé commandeur de la petite commanderie d'Engelsbourg. Cette nomination est en réalité un emprisonnement, comme le confirme son successeur von Sternberg : celui-ci ne lui pardonne pas sa défaite et entend maintenir la foi et les règles catholiques de l'Ordre teutonique. De 1414 à 1422, Von Plauen est détenu à Dantzig et au château de Brandenburg en compagnie de son frère, ancien commandeur de Dantzig, sous accusation de complot. Le nouveau commandeur de Dantzig, Rudolf von Eilenstein, est cependant favorable aux idées hussites (pourtant condamnées par le concile de Constance de 1416), tandis qu'un frère prêtre de l'Ordre, André Pfaffendorf, prêche publiquement les thèses hussites en la paroisse Saint-Jean de Thorn — ce qui suscite des troubles à Dantzig, le petit peuple étant encore majoritairement favorables à Rome.

L'Ordre teutonique, qui aurait dû se consolider face aux périls extérieurs, est donc miné de l'intérieur.

Ce n'est que le successeur de von Sternberg, le grand maître Paul von Rusdorf, qui fait libérer Heinrich von Plauen et le nomme Pfleger (ou proviseur) du château de Lochstädt, au bord de la lagune de la Vistule. Il y passe les dernières années de sa vie et y meurt en 1429.

Heinrich von Plauen est enterré en la chapelle Sainte-Anne de la forteresse de Marienbourg, où sa pierre tombale est encore visible aujourd'hui.

Notes et références

  1. Henry Bogdan, op. cit., p. 164
  2. Ce dernier convertit les derniers païens de Samogitie par l'épée en 1413.
  3. Henry Bogdan, op. cit., p. 168

Bibliographie

  • Henry Bogdan, Les chevaliers teutoniques, Paris, Perrin, 2002

Liens externes

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