Henri Micard

Henri Micard
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Conseiller municipal d'Épineux-le-Seguin
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Espérantiste (à partir de ), enseignant
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Henri Lucien Micard, né le à Paris 5e et décédé le à Épineux-le-Seguin (Mayenne), est un instituteur français du XXe siècle, engagé dans l'éducation populaire, la pédagogie Freinet, le syndicalisme et l'espéranto. C'est une figure marquante de l'enseignement public, du syndicalisme et du militantisme socialiste en Mayenne. Militant espérantiste convaincu, il a également joué un rôle fondamental dans la création du château de Grésillon, centre culturel espérantiste français.

Biographie

Jeunesse

Henri Micard naît à Paris 5e le [1],[2].

Henri Micard est le fils d'un maréchal forgeron devenu assistant laborantin à l'Institut Pasteur, et d'une femme de ménage-cuisinière (initialement enregistrée comme couturière)[3]. Ses parents, qui - travaillant tous deux - pouvaient difficilement s'en occuper, l'envoient très tôt à la campagne. Il est élevé par ses grands-parents maternels près de La Flèche (Sarthe)[3]. Quand il est âgé de 3 ans, ses parents quittent Paris pour venir s'installer en Sarthe. On attribue un poste à son père dans un laboratoire contrôlant la qualité de l'eau d'un nouvel aqueduc reliant un cours d'eau de l'Eure-et-Loir à Paris[3].

Après avoir obtenu son certificat d'études en 1908, il est victime d'un accident de chasse qui l'immobilise plusieurs années[3],[4]. Malgré ses souffrances, il reprend ses études, aidé de sa cousine Marie-Thérèse. Il prépare seul et obtient son brevet élémentaire à 17 ans, puis son brevet supérieur à 19 ans[3]. Sa carrière d'ingénieur n'est plus envisageable, il décide de se tourner vers l'enseignement.

Parcours professionnel

En 1918, il est nommé instituteur à Broglie (Eure). L'année suivante, le , il épouse Marie-Thérèse Levrard, sa cousine, également institutrice, à Noyen-sur-Sarthe[3]. En , le couple obtient un poste double à Cormeilles (Eure). Une maladie l'oblige à cesser son travail au printemps 1921[3]. Après sa guérison, il est nommé secrétaire de mairie à La Haye-Aubrée[3]. C'est dans cette commune que naît leur fille, Josette. En 1926, la famille s'installe à Épineux-le-Seguin en Mayenne.

Pendant sa carrière, Henri Micard est également secrétaire de mairie, créateur et animateur de foyers ruraux. Dans l'esprit de l'éducation populaire, en compagnie de sa femme, il montait des pièces de théâtre avec les jeunes ou les moins jeunes, organise des séances de cinéma dans sa classe, et grâce à de multiples activités, réussit à financer des voyages collectifs (peu de jeunes ruraux à cette époque avaient la chance de découvrir la mer)[3]. Le couple consacre la quasi-totalité de ses loisirs à ces activités, prenant peu de repos.

Engagement syndical et politique

Syndicalisme enseignant

Dès son arrivée en Mayenne, Henri Micard s'engage activement dans le syndicalisme enseignant[3]. Le , il adhère au Syndicat des membres de l'enseignement laïque, affilié à la CGTU. Il intègre le conseil syndical en et devient secrétaire de rédaction du bulletin mensuel L'Émancipation en , mandat renouvelé en [3]. Henri Micard est membre du mouvement « Freinet » (Institut Coopératif de l'École Moderne).

À cette époque, il se montre très critique envers le Syndicat national des instituteurs, lui reprochant son manque d'action vigoureuse. Il milite pour l'unité syndicale et la création d'un comité d'action intersyndical[3].

Le , il est poursuivi avec Paul Gaumer en correctionnelle pour avoir publié un catéchisme rectifié satirique dans L'Émancipation, mais il est relaxé. Ce catéchisme rectifié brocardait l’Église et la religion[5].

En 1933, il propose des solutions pour résoudre les difficultés financières de la revue L'École Émancipée, suggérant l'abonnement obligatoire pour les adhérents[3].

Réunification syndicale

Il quitte le conseil syndical en mais reste impliqué dans les débats entre les ex-unitaires et les ex-confédérés dans le cadre du processus de réunification syndicale de 1935 (fusion de la CGT et de la CGTU)[3]. Malgré des positions fluctuantes concernant le droit d'organiser des tendances, il participe activement aux discussions. Lors de l'assemblée générale de fusion le , il est initialement désigné pour faire partie de la liste des élus unitaires mais n'est finalement pas retenu[3].

Une décision d'ouvrir une école géminée à Épineux-le-Seguin, où Henri Micard et sa femme enseignent, provoque un conflit avec le curé du village et l'évêché, qui infligent un interdit religieux à la commune en 1937[3]. Le conflit se résout par un nouveau vote du conseil municipal rétablissant des écoles séparées.

Instituteur en Mayenne

Le , il est candidat socialiste SFIO au conseil d'arrondissement dans le Canton de Meslay-du-Maine, obtenant 14% des suffrages[3]. Après la fusion syndicale, Henri Micard est élu à la commission administrative de la section départementale du Syndicat national des instituteurs en . Il évolue politiquement, se rapprochant du bureau national du Syndicat national des instituteurs en 1938 et entrant en conflit avec la majorité départementale à tendance École émancipée, conduite par René Sauleau[3]. Ces tensions conduisent à la démission de plusieurs membres du bureau en , dont Marcel Fautrad[6]. Henri Micard est élu secrétaire-adjoint de la section[3].

En , Henri Micard et son épouse signent l'appel à la grève du , qui se solde par un échec et des sanctions pour les grévistes mayennais. Il milite pour la solidarité envers les sanctionnés[3].

Réélu à la commission administrative pour 1939, il devient secrétaire adjoint chargé de l'éducation sociale. Délégué de la Fédération générale des fonctionnaires, il représente la Mayenne au congrès national de la Fédération générale des fonctionnaires en . Il adopte des positions anti munichoises, défendant la motion Léon Blum contre la motion Paul Faure au 36e congrès national de la SFIO[3].

Seconde Guerre mondiale et après-guerre

Non mobilisé, Henri Micard devient secrétaire adjoint du bureau provisoire de la section départementale du Syndicat national des instituteurs en , puis succède à Auguste Beuneux au secrétariat de section en [3]. En , Henri Micard et sa femme sont sanctionnés pour activités extrascolaires illicites et déplacés d'office à Chantrigné.

Menacé de révocation par le Régime de Vichy[7], il préfère prendre sa retraite anticipée pour raisons médicales. Il s'installe à Nantes avec sa famille, puis retourne à Épineux-le-Seguin après des bombardements[3].

En 1945, il demande sa réintégration dans l'enseignement et crée un foyer rural à Épineux en 1947, devenant membre du bureau de la Fédération nationale des foyers ruraux[3].

Sur le plan politique, il continue de s'engager. Il écrit à Daniel Mayer en pour défendre les principes laïques. Il participe au congrès de la Fédération SFIO de la Mayenne en et est le seul élu de la liste de la démocratie socialiste présentée dans le canton de Meslay-du-Maine lors des élections au Conseil de la République en [3].

Retour au syndicalisme et la scission de la CGT

Henri Micard est largement réélu au conseil syndical en . Lors de la scission CGT/CGT-FO de 1947., il est confronté au dilemme de l'orientation syndicale[3]. Il estime qu'une adhésion du SNI à la seule CGT ou à la seule CGT-FO entraînerait des départs massifs. Il condamne les dirigeants de Force Ouvrière pour leur atteinte à l'unité et plaide pour l'autonomie, qu'il considère comme une solution provisoire dans l'intérêt de l'école et pour sauver l'unité des enseignants. Il est favorable à la position du département de l'Yonne, qui préconise l'autonomie avec la possibilité pour chacun de choisir sa confédération[3].

Malgré une sympathie croissante pour le Parti communiste français et la CGT, il est désavoué par la majorité départementale qui opte massivement pour l'autonomie. Il continue cependant de militer avec Joseph Cozic et Hervé Le Naour pour la tendance cégétiste[3] au sein du Syndicat national des instituteurs. Réélu largement au conseil syndical en , il refuse de voter le rapport moral national en 1949, reprochant au bureau national son manque d'action pour ressouder l'unité ouvrière. Sa motion critique n'obtient que 18 voix[3].

Il est réélu au conseil syndical en 1950, 1952 et 1954[3]. Il ne se représente pas en 1956 mais revient pour participer à la commission d'action laïque après les élections de 1959. Il prend sa retraite de l'enseignement 7 ans avant 1959 et est nommé délégué cantonal de l'Éducation nationale[3]. Henri Micard est élu conseiller municipal d'Épineux-le-Seguin en 1958. En 1964, il adhère au Parti socialiste unifié (PSU) avec son épouse.

Engagement espérantiste et dernières années

Outre son engagement syndical et politique, Henri Micard est un franc-maçon (Grand Orient de France) et un espérantiste fervent[3].

Espéranto

Dès 1921, ayant découvert l'espéranto, il se met à apprendre la langue à Sablé-sur-Sarthe[8]. En 1922 il devient secrétaire de l’association alors créée GEE (Grupo de Esperantistaj Edukistoj, Groupe des Éducateurs Espérantistes)[8].

Et en 1934 il participe à « l'école d'été » organisée par Honoré Bourguignon en Bretagne. Il crée une école à Sablé-sur-Sarthe en 1934 et, en 1945, L'École libératrice signale la reprise des activités du groupe des espérantistes de l'enseignement, dont il est le secrétaire général, puis le président en 1950[3]. Après une interruption due à la Seconde Guerre mondiale, les « écoles d'été » reprennent, mais il devient malaisé de trouver un nouveau lieu de rencontre chaque année[3]. C'est la raison qui décide Henri Micard à rechercher un lieu pérenne qui soit le foyer culturel des enseignants espérantistes. Dans ce but, il lance la création d'une association, qui prend une existence légale le [9].

En octobre, après le fiasco de divers autres projets, il trouve finalement le château de Grésillon et le visite[3]. Surmontant quelques difficultés, l'association réussit à acquérir Grésillon. Au début de l'année 1952, la communauté espérantiste française a sa maison. En 1953, il peut commencer à meubler la bâtisse, et peu à peu, le lieu devient un centre culturel connu et apprécié.

Château de Grésillon

Son œuvre majeure dans le domaine de l'espéranto est la création du château de Grésillon à Baugé (Maine-et-Loire), la maison culturelle des espérantistes français[3]. En 1951, il lance une initiative pour acquérir un lieu permanent pour les stages et congrès espérantistes. Grâce à une collecte de fonds auprès des membres du GEE (Grupo de Esperantistaj Edukistoj, Groupe des Éducateurs Espérantistes), dont il est secrétaire général, le château de Grésillon est acquis en . À partir de ces années-là, les époux Micard consacrent tout leur temps et leurs forces à la vie et au confort de Grésillon. Il y organise des stages de formation et en reste le président jusqu'en 1962[3].

Henri Micard est également rédacteur en chef des revues espérantistes « Les Cahiers de Grésillon » (janvier-) puis « Kulturaj Kajeroj » (-)[3].

Mort

Henri Micard meurt le . À la suite de ce décès, est rapidement publiée une petite brochure Naskiĝo de Esperanto-Domo, Kastelo Grésillon (Naissance d'une Maison de l'Espéranto, le Château de Grésillon). Riche d'une vingtaine de pages, illustrée de photos, cette brochure de Jean-Paul Guillot et Pierre Babin, disponible à l'association a été republiée en sous le titre Vivo de Henri Micard.

Bibliographie

  • Esperanto Centre-Oues : organe mensuel de la Fédération espérantiste du Centre-Ouest : nova ilustrita gazeto de Federacio de la Centr-Okcidenta regiono, 1re année, n° 1 (janv. 1939)-?, Sablé-sur-Sarthe ; Rennes ; Ballée ; Épineux-le-Seguin : [s.n.], 1939-[1940 ?]. Texte en français et en espéranto. - Rédaction Henri Micard ; administratrice Mlle Desnos.
  • Esperanto et culture. Revue mensuelle d'information, de propagande et d'enseignement, publiée sous les auspices du Groupe espérantiste de l'enseignement. Directeur de la publication : H. Micard. [1re année. N° 1, s. d.]. Epineux-le-Séguin, Mayenne : H. Micard (Sablé, impr. d'E. Coconnier). In-8°, 16 p.
  • Les Cahiers de Grésillon : revue espérantiste d'information, de culture et d'amitié internationale, directeur de la publication Henri Micard. N° 1 ()-n° 6 (). Baugé : Maison culturelle espérantiste, 1958. 6 n° in-4. Bimestriel.
  • Kulturaj kajeroj : dumonata informada kaj kultura revuo / direktoro Henri Micard, N° 1 (januaro/februaro 1959)-vol. 43, n° 3/4 (juillet/). Épineux-le-Seguin : Kulturaj kajeroj, 1959-2009. Contient encarté un supplément : La Vie de Grésillon

Notes et références

  1. Archives numérisées de l'état civil de Paris, acte de naissance no 5/2381/1897 (consulté le 3 juillet 2012)
  2. Jacques Cousin et Jacques Omnès, « MICARD Henri [MICARD Lucien, Henri] », Le Maitron, Maitron/Editions de l'Atelier,‎ (lire en ligne Accès libre, consulté le )
  3. notice MICARD Henri [MICARD Lucien, Henri par Jacques Cousin, Jacques Omnès, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 17 juin 2024.]
  4. Au retour d'une partie de chasse, un des compagnons de son père, voulant décharger son fusil, l'atteint d'un coup de feu au genou droit. Après les premiers soins, et une menace d'amputation causée par l'infection de la blessure, la jambe d'Henri est sauvée mais l'adolescent, opéré plusieurs fois, reste handicapé pendant de longs mois.
  5. https://maitron.fr/gaumer-paul-eugene-maurice/, notice GAUMER Paul, Eugène, Maurice par Jacques Omnès, version mise en ligne le 11 juin 2009, dernière modification le 17 juin 2024.
  6. notice FAUTRAD Marcel, Pierre, Émile. Pseudonyme : BARNERY Jacques par Jacques Omnès, Jean Prugnot, version mise en ligne le 2 janvier 2009, dernière modification le 2 janvier 2009.
  7. « Esperanto et théâtre », Ouest-France, édition de Saint-Nazaire,‎ (lire en ligne Accès payant)
  8. Histoire du château de Grésillon des temps anciens jusqu’au XXIe siècle Voir en ligne
  9. copie de l'acte

Liens externes

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