Hiroshima (livre)

Hiroshima (livre)
Auteur John Hersey
Pays États-Unis
Version originale
Langue Anglais
Titre Hiroshima
Lieu de parution New York
Date de parution 1946
Nombre de pages 160
ISBN 978-0679721031

Hiroshima est un livre de l'auteur américain John Hersey publié en 1946. Il décrit la vie de six survivants du bombardement atomique sur Hiroshima. Celui-ci est considéré comme l'un des premiers exemples de nouveau journalisme, où le style narratif de la fiction est adapté au reportage[1].

L'article est d'abord publié dans le New Yorker, qui prévoyait de le diffuser en quatre numéros, mais qui a finalement consacré l'intégralité de son édition du à ce seul article[2]. Moins de deux mois plus tard, l'article est publié sous forme de livre par Alfred A. Knopf et s'est depuis vendu à plus de trois millions d'exemplaires[1],[3].

Roger Angell, essayiste au New Yorker, commente à ce sujet en 1995 : « ce récit est devenu partie intégrante de notre réflexion incessante sur les guerres mondiales et l'holocauste nucléaire »[1].

Contexte

Hiroshima en ruines, octobre 1945, deux mois après l'explosion de la bombe atomique.

Avant d'écrire Hiroshima, Jonn Hersey a été correspondant de guerre sur le terrain, notamment pour les magazines Life et The Nan. Il couvre le Pacifique et suit par exemple le lieutenant John F. Kennedy aux îles Salomon. Un des premiers journalistes occidentaux à voir les ruines d'Hiroshima après le bombardement, il est chargé par le New Yorker d'écrire des articles sur l'impact de l'explosion nucléaire à partir de témoignages, un sujet quasiment inexploré par les journalistes[4]. Il interviewe de nombreux témoins avant de concentrer son article sur six d'entre eux en particulier.

Publication dans le New Yorker

L'article de John Hersey paraît dans le numéro du . En bas de page, la rédaction ajoute une brève note : « À nos lecteurs. Cette semaine, le New Yorker consacre l'intégralité de son espace éditorial à un article sur la quasi-destruction d'une ville par une seule bombe atomique et sur le sort de ses habitants. Le magazine le fait avec la conviction que peu d'entre nous ont encore saisi la puissance destructrice, pour le moins inimaginable, de cette arme, et que chacun gagnerait à prendre le temps de réfléchir aux terribles conséquences de son utilisation. La Rédaction[5]. »

L'article présente une description détaillée des effets de la bombe, ce qui fait sensation : l'édition du journal est épuisée en quelques heures[4]. Avec un style clair et concis, l'auteur décrit les conséquences physiques de l'explosion atomique : des personnes aux yeux fondus, d'autres vaporisées, ne laissant que leurs ombres gravées sur les murs.

Diffusions ultérieures

Le réseau ABC Radio interrompt sa programmation habituelle pour diffuser une lecture intégrale du texte, dans le cadre de quatre émissions d'une demi-heure. De nombreuses stations de radio à l'étranger font de même, notamment la BBC en Grande-Bretagne, où le rationnement du papier empêche sa publication. Hersey refuse toutefois toute modification du texte lors de ces lectures[3].

Publié un peu plus d'un an après le largage de la bombe atomique sur Hiroshima, ce livre offre au public américain une interprétation différente de la réaction des Japonais par rapport à ce qui avait été présenté jusqu'alors dans les médias.

L'article est publié la même année par l'éditeur Alfred A. Knopf sous forme de livre[6]. Il est cité comme l'un des premiers du nouveau journalisme, par sa fusion d'éléments du reportage avec le rythme et des procédés du roman.

Résumé

Le récit commence le matin du , jour du largage de la bombe atomique sur Hiroshima. L'incipit est :

« À exactement huit heures quinze du matin, le 6 août 1945, heure japonaise, au moment où la bombe atomique a éclaté au-dessus d’Hiroshima, Mademoiselle Toshiko Sasaki, employée au service du personnel de l’usine East Asia Tin Works, venait de s’asseoir à son poste dans le bureau de l’usine et tournait la tête pour parler à la jeune fille assise au bureau voisin. »

— Hiroshima, John Hersey, 1946[7]

Hersey présente les récits de six personnages : deux médecins, un pasteur protestant, une couturière veuve, une jeune ouvrière et un prêtre catholique allemand. A mesure que le récit décrit leurs matins précédant le bombardement, leurs histoires s'entrecroisent, chacun partageant des expériences similaires. Les chapitres couvrent une période allant du matin du bombardement jusqu'à un an plus tard pour chaque témoin. Un chapitre supplémentaire, traitant des conséquences quarante ans après le bombardement, est ajouté dans les éditions ultérieures.

Les six personnes sont :

Il est situé à 3 km du centre de l'explosion. Pasteur de l'église méthodiste d'Hiroshima, il est décrit comme faible mais fougueux, prudent et réfléchi.
  • Mme Hatsuyo Nakamura
Elle est située à 1 km du centre de l'explosion. Veuve d'un tailleur, elle élève seule ses trois enfants. Son mari a été tué à Singapour en 1942.
  • Dr Masakazu Fujii
Il est situé à 1,5 km du centre de l'explosion. Il est décrit comme hédoniste, propriétaire d'un hôpital privé de 30 chambres doté d'équipements modernes.
  • Père Wilhelm Kleinsorge (de) (Makoto Takakura)
Il se trouve à 1,5 km du centre de l'explosion. C'est un prêtre jésuite allemand de 38 ans. Affaibli par son régime alimentaire de guerre, il se sent rejeté par le peuple japonais. Son supérieur au sein de la mission est Hugo Lassalle.
  • Dr Terufumi Sasaki (en)
Il se trouve à 1,5 km du centre de l'explosion. Il travaille comme chirurgien à l'hôpital de la Croix-Rouge. Révolté par la médiocrité des services de santé, il exerce la médecine clandestinement dans des communautés dépourvues de soins de qualité.
  • Mlle Toshiko Sasaki (soeur Dominique Sasaki)
Elle est à 1,5 km du centre de l'explosion. Elle a 20 ans et est fiancée à un soldat, tout en travaillant comme employée de bureau. Elle n'a aucun lien de parenté avec Terufumi Sasaki.

Postérité

John Hersey

La publication de cet article place Hiroshima et la bombe atomique au cœur du débat sur la guerre nucléaire. Dans son ouvrage Hiroshima in History and Memory, Michael J. Hogan écrit qu'Hiroshima a permis de prendre conscience de l'ampleur de l'événement et a ouvert la voie à son analyse[8]. Trois nouvelles questions sont abordées : la force de la science moderne, la bombe et l'avenir des armes nucléaires[8].

Dans son essai « Du péril jaune au désert japonais : Hiroshima de John Hersey », Patrick B. Sharp voit également en Hiroshima un contrepoint aux œuvres de fiction sur le « péril jaune », telles que Flash Gordon et Buck Rogers, « narrées du point de vue d’un citoyen lambda témoin de l’invasion de son pays. Tandis que les narrateurs luttent pour survivre, nous sommes témoins de l’horreur de l’attaque à travers leurs yeux et en venons à détester les extraterrestres ennemis qui ont envahi leur pays avec tant de cruauté et d’injustice »[2].

Des essais publiés sur le site web Red Circle Authors intègrent Hiroshima au cycle de la littérature sur la bombe atomique[9]. Cependant, des anthologies comme Nihon no Genbaku Bungaku ou The Crazy Iris and Other Stories of the Atomic Aftermath se limitent exclusivement à des auteurs japonais. Dans sa nouvelle Fireflies (1953), l'écrivaine Yōko Ōta, figure emblématique de la littérature sur la bombe atomique, fait référence à plusieurs reprises au rapport de Hersey et au docteur Sasaki, qu'elle nomme docteur X dans son récit, « le jeune médecin dont John Hersey avait parlé à Hiroshima ».

En 1999, l'article de John Hersey est classé comme la meilleure œuvre de journalisme américain du XXe siècle par un panel d'experts réunis par le département de journalisme de l'Université de New York.

Le livre a été présenté dans l'émission A Good Read (en) de BBC Radio 4 en [10].

Notes et références

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Hiroshima (book) » (voir la liste des auteurs).
  1. (en) Roger Angell, « From the Archives, "Hersey and History" », The New Yorker,‎ , p. 66.
  2. (en) Patrick B. Sharp, « From Yellow Peril to Japanese Wasteland: John Hersey's 'Hiroshima' », Twentieth Century Literature, vol. 46, no 2000,‎ , p. 434–52 (DOI 10.2307/827841, JSTOR 827841).
  3. Caroline Raphael, « How John Hersey's Hiroshima revealed the horror of the bomb », Magazine, BBC News,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  4. Jon Michaub, « Eighty-Five from the Archive: John Hersey », The New Yorker,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  5. (en) Steve Rothman, « The Publication of "Hiroshima" in the New Yorker », .
  6. (en) Al Silverman, The Time of Their Lives: The Golden Age of Great American Book Publishers, Their Editors and Authors, St. Martin's Press, (ISBN 978-1-4299-8921-3, lire en ligne), p. 329.
  7. David Gates, « An All-American Foreigner », Newsweek,‎ (lire en ligne).
  8. (en) Harvey J. Langholtz, « The Evolving Psychology of Peacekeeping », The Psychology of Peacekeeping,‎ , p. 86 (DOI 10.5040/9798216002796.ch-001, lire en ligne, consulté le )
  9. (en) « The term 'Atomic Bomb Literature' came into wide use in the 1960s », Red Circle Authors, (consulté le ).
  10. (en) « Journalism's Greatest Hits: Two Lists of a Century's Top Stories (Published 1999) », New York Times,‎ (lire en ligne, consulté le ).

Liens externes

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