Histoire de Mme de la Pommeraye

Histoire de Madame de la Pommeraye
Début de l’histoire de Madame de la Pommeraye dans l’édition originale de 1796.
Format
Récit enchâssé (d)
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Langue
Auteur
Genre
Date de parution
Pays

Histoire de Mme de la Pommeraye est un récit enchâssé par Denis Diderot dans son roman Jacques le Fataliste et son maître.

Publication

Le conte de Mme de la Pommeraye n’est parvenu à la connaissance du public qu’en 1785, après la mort de Diderot. Comme nombre des œuvres à avoir suivi l’emprisonnement à Vincennes de leur auteur, ce texte a été réservé à la postérité, afin de ne pas le compromettre[1]. Il n’a été initialement connu que du petit nombre d’abonnés à la Correspondance littéraire, où elle a paru en 15 livraisons de 1778 à 1780[2].

Quand Schiller, frappé de la « kühne Neuheit dieser Intrigue, die unverkennbare Wahrheit der Schilderung, die schmucklose Eleganz der Beschreibung » (« nouveauté audacieuse de cette intrigue, la vérité indubitable de la description, l'élégance sans fioritures de la description » en allemand), l’a traduit dans le premier numéro de sa nouvelle revue, Die Rheinische Thalia, après y avoir eu accès dans l’exemplaire de la Correspondance littéraire du baron de Dalberg[4].

En 1792, Paul-Jean-Baptiste Doray de Langrais la retraduit en français sous le titre d’Exemple singulier de la vengeance d’une femme[5]. Le public n’aura accès au texte original du récit que onze ans plus tard, lorsque le roman complet sera publié, chez Buisson, en 1796[6].

Résumé

Jacques et son maître sont en voyage et s’arrêtent en chemin à l’auberge du Grand Cerf. Le lendemain de leur arrivée, le temps est exécrable et les deux personnages se voient dans l’obligation de rester à l’auberge. Ils rencontrent alors l’hôtesse du Grand Cerf, qui leur raconte l’histoire du marquis des Arcis qui séjourne à l’auberge.

Dans sa jeunesse, le marquis des Arcis s’éprend de Mme de La Pommeraye. Celle-ci repousse pendant plusieurs mois ses avances avant de lui céder. L’idylle ne dure qu’un temps car le marquis finit par se lasser d'elle et lui montre de moins en moins d’attention. Mme de La Pommeraye, fière et « vindicative », prépare alors une vengeance terrible : elle fait passer une belle jeune fille, Mlle d’Aisnon, tombée dans la pauvreté et prostituée par sa mère, pour une dévote auprès du marquis. Comme elle l’avait prévu, le marquis tombe éperdument amoureux de la charmante Mlle d’Aisnon. Il finit par l'épouser, sans rien connaitre de son passé. C’est alors que Mme de La Pommeraye lui révèle que sa femme avait été une courtisane, pensant le couvrir d’infamie. Mais le marquis, amoureux, pardonne, contre toute attente, à sa femme sa vie passée et sa dissimulation et ils vécurent ensemble la passion la plus vraie.

Les personnages

  • Jacques le Fataliste : il est le valet du maître, avec qui il est en voyage. Jacques est un bavard effréné. Il a été soldat, et admire son ancien capitaine dont il tient une doctrine qu'on appellerait aujourd'hui déterminisme[7] : « Jacques disait que son capitaine disait que tout ce qui nous arrive de bien et de mal est écrit là-haut ».
  • Le maître de Jacques : il ne cesse de regarder sa montre et de prendre du tabac. Il ne peut pas se passer de Jacques. Il aime que l’on lui conte des histoires.
Jacques, son maître et l’hôtesse qui raconte l’histoire de René Lelong.
  • L’hôtesse de l’auberge du grand-cerf : elle est passionnée par le fait de raconter des histoires, qu’elle « raconte beaucoup mieux qu’il ne convient à une femme d’auberge. Elle n’est pas de la première jeunesse ». C’est une femme « grande, replète, ingambe, de bonne mine, pleine d’embonpoint, la bouche un peu grande, de belles dents, des joues larges, des yeux à fleur de tête, le front carré, la plus belle peau, physionomie ouverte, vive et gaie, une « poitrine à s’y rouler pendant deux jours », des bras un peu forts, des mains à peindre ou à modeler ». Elle a été élevée à Saint-Cyr. L’hôtesse du Grand Cerf a eu une vie pleine d’aventures galantes. Elle n’aime « pas autrement » son mari.
  • Mme de La Pommeraye : personnage principal. Elle a sacrifié toute sa vie au marquis. Elle était malheureuse avec son premier mari, puis, devenue veuve, « elle jouissait de la plus haute considération dans le monde, par la pureté de ses mœurs ». En devenant amante du marquis des Arcis après lui avoir résisté longtemps, « elle s’était rabaissée sur la ligne commune ». Durant le récit, le marquis se lasse de Mme de La Pommeraye et celle-ci met en œuvre une vengeance « atroce mais souillée d’aucun intérêt » pour punir le libertin.
  • Le marquis des Arcis : c'est un « homme de plaisir », un « homme d’honneur », « très aimable », « croyant peu à la bonté des femmes »[8]. Le marquis des Arcis est « jeune » au début du récit, a une belle figure, et a des « penchants à la tendresse » mais, se lassant vite de ses amantes, il est considéré comme libertin. Ancien ami du premier mari de Mme de La Pommeraye, il a une liaison avec Mme de La Pommeraye qu’il poursuit jusqu’à ce que celle-ci le « rende heureux ». Se lassant de la marquise, il se remarie avec une courtisane devenue dévote, Mlle Duquênoi.
  • Mlle d’Aisnon : elle est « jeune », « belle » et « bien élevée ». Prostituée par sa mère, Mlle d’Aisnon est dans la nécessité d’accueillir un nouvel amant tous les soirs. Elle devient dévote et change de nom pour devenir Mlle Duquênoi à la demande de Mme de La Pommeraye, qui subvient en échange à ses besoins. Elle se marie au marquis des Arcis à la fin de la nouvelle, et vit avec lui « la passion la plus vraie ».
  • Mme d’Aisnon : C’est la mère de Mlle d’Aisnon. Elle est tombée dans la nécessité de prostituer sa fille. Elle devient dévote avec Mlle d’Aisnon et change son nom en Mme Duquênoi à la demande de Mme de La Pommeraye.

Les lieux

Le récit d’ouverture se situe dans l’auberge du Grand-Cerf, elle-même située à proximité de Paris.

Le récit de Mme de La Pommeraye se situe à proximité de Paris. Elle va à l’« opéra », assiste à des « comédies ». En utilisant les termes « opéra » et « comédies », Mme de La Pommeraye pense aux lieux de l’Opéra et de la Comédie-Française. Elle donne aussi un rendez-vous au marquis et à Mme et Mlle d’Aison au « Jardin du Roi » et ils visitent le « Cabinet du Roi ».

Le marquis se rend, à la fin du récit, à l’hôtel de Hambourg, rue Traversière, pour apprendre le « sale métier » que sa femme exerçait.

Le temps

Le récit d’ouverture avec Jacques, son maître et l’hôtesse, se déroule au XVIIIe siècle, sans information précise sur la date, bien que plusieurs indices amènent à penser qu’il prend place aux alentours de 1765. Jacques et son maître arrivent le soir à l’auberge et le récit de Mme de La Pommeraye leur est conté le lendemain de leur arrivée.

Le récit de Mme de La Pommeraye se déroule quelques années avant le récit d’ouverture, pendant la « jeunesse » du marquis des Arcis, tandis qu’il est « âgé » lorsqu’il séjourne à l’auberge du Grand Cerf. Le mariage entre Mme de La Pommeraye et le marquis dure « quelques années ».

La marquise fait patienter le marquis des Arcis quelques mois avant que celui-ci ne se marie avec Mlle d’Aisnon.

Conditions de rédaction

La visée didactique de cet apologue est caractéristique du siècle des Lumières, mouvement né au XVIIIe siècle d’un désir d’émancipation : il s’agit de donner à l’Homme les moyens de prendre en main son destin individuel ou politique. Les Philosophes des Lumières tels que Diderot ou Voltaire croient en la raison et luttent contre l’ignorance, la superstition et l’abus de l’autorité qu’elle soit politique ou religieuse[9].

Adaptations au cinéma

Le plus célèbre épisode de Jacques le Fataliste a été une source d'inspiration pour le cinéma[10] :

Notes et références

  1. ↑ (en) Andrew S. Curran, Diderot and the art of thinking freely, New York, Other Press, , 520 p., illustr. ; 24 cm (ISBN 978-1-59051-670-6, OCLC 1032349905, lire en ligne), p. 98-9
  2. ↑ Raymond Trousson, Denis Diderot : ou, Le vrai Prométhée, Paris, Jules Tallandier, , 717 p., in-8º (ISBN 9782847341515, OCLC 1014987204, lire en ligne), p. 582-3.
  3. ↑ (de) Fritz Berresheim, Schiller als Herausgeber der Rheinischen Thalia, Thalia und Neuen Thalia, und seine Mitarbeiter : Einleitung, die Rheinische Thalia, Thalia II-III., Schlesische Friedrich-Wilhelms-Universitat, Breslau, , vii-40 (OCLC 843332771, lire en ligne).
  4. ↑ (en) I. H. Smith, « The Mme De La Pommeraye Tale and Its Commentaries », AUMLA, vol. 17, no 1,‎ , p. 18–30 (ISSN 0001-2793, lire en ligne).
  5. ↑ Denis Diderot (trad. Paul-Jean-Baptiste Doray de Longrais), Exemple singulier de la vengeance d'une femme : conte moral, Londres, s.n., , 99 p., in-12 (OCLC 828824057, lire en ligne sur Gallica).
  6. ↑ Denis Diderot, Jacques le Fataliste et son maître, t. 2, Paris, Français Buisson, , iv-320 p., 2 vol. ; in-8º (OCLC 763789457, lire en ligne sur Gallica).
  7. ↑ Jacques Smietanski, Le Réalisme dans Jacques le Fataliste, A.G. Nizet, , 189 p., in-16 (OCLC 271225, lire en ligne), « Le réalisme dans Jacques le Fatalistelieu=Paris », p. 143.
  8. ↑ Otis Fellows et Jenny Batlay, « Présence de Molière dans Diderot : Tartuffe comme intexte dans Jacques Le Fataliste », Diderot Studies, Paris, no 20,‎ , p. 99-107 (ISSN 0070-4806, lire en ligne, consulté le ).
  9. ↑ Thierry De La Garanderie, Franck Evrard, Claire Marin, Hélène Montagnac, Marie Péan, Jean-François Robinet, Damien Theillier, Culture générale, Paris, Pearson, , 392 p. (ISBN 9782744076688, OCLC 1223069537, lire en ligne), p. 266.
  10. ↑ Paul Norma, Histoire de Madame de la Pommeraye, Paris, Hatier, , 176 p. (ISBN 9782401099982, OCLC 1476641592, lire en ligne), p. 7.
  11. ↑ May Chehab, « Une joyeuse dystaxie programmée : Jacques le Fataliste et son maître », dans Beatrice Barbalato (dir.), Auto/biographie, désordre, entropie, Mnemosyne o la costruzione del senso, Louvain-la-Neuve, PUL-Presses universitaires de Louvain, , 187 p. (ISBN 978-2-87558-826-5, OCLC 1140129781, lire en ligne), chap. 12.
  12. ↑ Patrick Saveau, « L'Épisode de Madame de La Pommeraye et Les Dames du Bois de Boulogne à la lumière de la dialectique du maitre et de l'esclave de Hegel », Les Lettres Romanes, Paris, vol. 49, nos 1-2,‎ , p. 49-55 (ISSN 2295-8991, DOI 10.1484/J.LLR.4.00910, lire en ligne, consulté le ).
  13. ↑ (en) Kate Griffiths et Andrew Watts, The History of French Literature on Film, New York, Bloomsbury, , xiii-311 p. (ISBN 978-1-50131-181-9, OCLC 1196822689, lire en ligne), p. 277-80.
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