Histoire des îles Pitcairn

L'histoire des îles Pitcairn débute à la Préhistoire, lors du peuplement des îles par des Polynésiens. Interrompu au XVIe siècle, le peuplement de l'île ne recommence qu'à la fin du XVIIIe siècle, lorsque les mutins de la Bounty débarquent et s'installent sur les îles.

Contexte géographique

Les îles Pitcairn forment un petit archipel dans l'océan Pacifique, à l'est de la Polynésie. Seules Pitcairn (4,5 km2) et Henderson (37,2 km2) sont habitables. Ces îles, situées à 400 km à l'est des îles Gambier et 1 700 km à l'ouest de l'île de Pâques, sont parmi les plus isolées au monde[1],[2].

Premier peuplement polynésien

Hypothèses sur l'origine des premiers habitants

L'histoire ancienne de l'archipel n'est pas entièrement connue, en particulier l'origine exacte des premiers habitants, mais les nombreux vestiges de style polynésien laissent penser qu'ils venaient d'îles assez proches[3]. Il est possible que les premiers habitants se soient installés il y a au moins 1 000 ans depuis l'actuelle Polynésie française via les îles Gambier[2]. Ce premier peuplement connu dure quelques centaines d'années. Les habitants vivent d'échanges avec les îles Gambier puis désertent les Pitcairn vers le XIVe siècle, au moment où les Gambier connaissent un effondrement sociétal[2]. Les habitants des Pitcairn ont pu migrer vers l'île de Pâques, à environ 1 700 km de là. De tels voyages sont possibles avec les techniques de navigation polynésiennes d'alors, comme l'ont montré des expériences d'archéologie expérimentale[2].

Traces dans la tradition orale

Bien qu'on ne puisse pas connaître précisément l'origine des premiers habitants des Pitcairn, ils pourraient être originaires de Mangareva, d'après des textes anciens qui évoquent un chef colonisant une île nommée Mataki-te-rangi ou Mata-ki-te-ragi[4]. La tradition orale des îles Gambier récoltée par Honoré Laval, un missionnaire français présent en Polynésie à la fin du XIXe siècle, évoque la colonisation de cette île[5]. Un chef de Mangareva, Taratahi, aurait été forcé à l'exil dans une période troublée et se serait installé à Mata-ki-te-ragi, où il aurait fait planter des arbres à pains. Des habitants de l'île se seraient révoltés contre lui, sans que le texte précise s'il s'agit d'un peuple déjà présent sur l'île à l'arrivée de Taratahi, ou d'habitants l'ayant suivi depuis Mangareva[5]. Après sa mort, plusieurs conflits auraient eu lieu entre différents chefs, dont Ragahenua, venu de Mangareva avec 500 guerriers pour prendre possession de l'île[6]. Mis à part ces événements, il n'y a pas d'autres mentions connues de Mata-ki-te-ragi dans la tradition orale de Mangareva[6].

L'identification de l'île dont parle cette légende fait débat. Pour certains historiens, il s'agit de l'île de Pâques plutôt que de Pitcairn[6]. Néanmoins, plusieurs éléments semblent démontrer qu'il s'agit bien de Pitcairn : la légende parle d'une île où il est difficile d'accoster, suffisamment proche des Gambier pour la rejoindre sans avoir besoin de prendre des vivres, et avec de nombreux arbres à pains. Ces éléments ne concordent pas avec l'île de Pâques[6].

Vestiges archéologiques

Des vestiges de cet ancien peuplement polynésien sont découverts à la fin du XVIIIe siècle par les premiers Européens qui s'installent sur l'île Pitcairn. Ils trouvent des statues de pierre représentant des divinités, des animaux ou des êtres humains, des tombes et des squelettes, des restes de fours creusés, des herminettes, des gouges et d'autres outils[3]. Les statues de divinités sont détruites par les Européens, qui les jettent dans la mer depuis des falaises, mais certaines figures gravées dans la roche sont encore visibles aujourd'hui[3]. Plus tard, des recherches archéologiques révèlent des lots d'objets funéraires, comme des perles et des outils en pierre[4]. De nombreuses herminettes sont trouvées. Elles sont toutes fabriquées dans la pierre locale, mais certaines ressemblent à d'autres trouvées à Hawaï et aux Samoa[4]. D'après les découvertes archéologiques, il est possible que des peuples de différentes origines aient vécu sur l'île à différentes périodes. Étant donné la distance relativement faible avec d'autres îles, Pitcairn aurait pu être un point de passage ou d'escale pour les navigateurs polynésiens[4].

Arrivée des Européens

Premières mentions

Pedro Fernández de Quirós aperçoit l'île Henderson probablement peu de temps après son abandon par les Polynésiens.

En 1606, Pedro Fernández de Quirós, explorateur portugais au service de l'Espagne, repère sans doute Ducie et Henderson et les nomme Puesta Luna et San Juan Baptista[7],[8]. Henderson ayant probablement été occupée par des Polynésiens jusqu'au XVIe siècle, Quirós atteint l'île peu de temps après son abandon[8].

L'Anglais Philip Carteret, capitaine du HMS Swallow, aperçoit Pitcairn en juillet 1767. Il écrit dans son journal de bord[3] :

« we discovered land to the northward of us. Upon approaching it the next day (Friday, 3 July), it appeared like a great rock rising from the sea… and it having been discovered by a young gentleman, son of Major Pitcairn of the Marines, we called it Pitcairn’s Island »

« nous avons découvert une terre au nord de nous. En l'approchant le lendemain (vendredi 3 juillet), elle nous est apparue comme une grande roche s'élevant de la mer… comme elle a été découverte par un jeune homme, fils du Major John Pitcairn des Marines, nous l'avons appelée Île de Pitcairn »

Le navire ne peut pas accoster à cause de la mer agitée et le capitaine calcule mal la position de l'île, la décalant de 188 miles nautiques à l'ouest. Le rapport de Carteret n'intéresse personne à l'exception du capitaine James Cook[3].

Les mutins de la Bounty

Vingt ans plus tard, les premiers Européens, les révoltés de la Bounty, y débarquent, dans des conditions qui ont donné lieu à des récits et à des films largement popularisés.

L'histoire commence en , quand le navire anglais Bounty fait escale pendant cinq mois à Tahiti. L'équipage, charmé par la beauté des paysages et par l'accueil des Tahitiens, n'accepte de quitter les lieux qu'à regret.

La baie de Bounty Bay, où le Bounty a été brûlé après le débarquement des mutins.

Une fois en mer, excédés par la brutalité du capitaine William Bligh, une partie des marins, menés par le second Fletcher Christian, se mutine le . Après avoir abandonné en mer le capitaine Bligh et 18 hommes qui lui étaient fidèles, les mutinés décident d'abord de s'installer sur l'île de Tubuai, c'est un échec. La Bounty, commandée par Fletcher Christian, retourne alors s'approvisionner à Tahiti. Quelques hommes sont débarqués et l'équipage, réduit à huit marins, est rejoint par 18 Polynésiens, dont 12 femmes et quelques enfants.

Les mutins, recherchés par la Royal Navy, mettent alors le cap sur l'île de Pitcairn où ils arrivent en janvier 1790. Le navire est alors démembré et brûlé dans la baie de Bounty Bay pour éviter toute tentative de retour. Encore aujourd'hui, les insulaires célèbrent chaque année cet acte symbolique en incendiant une effigie du bateau.

L'installation sur l'île provoque des tensions, les marins ayant tendance à considérer les Polynésiens comme leurs serviteurs. En 1794, les Polynésiens se soulèvent et plusieurs Anglais, dont Fletcher Christian, sont assassinés. Les veuves des marins tués se révoltent alors et exécutent les survivants. Finalement, il ne restera plus qu'un seul Anglais, John Adams, qui régna sur une famille composée de neuf femmes et de vingt-trois enfants.

Nouvelle découverte

John Adams, seul rescapé anglais des massacres sur l'île.

C'est en 1808 qu'est révélée l'existence de la population de Pitcairn, lorsque le baleinier américain Topaz fait escale sur l'île pour s'approvisionner en eau. Adams meurt vingt ans plus tard à l'âge de 65 ans.

Même si la langue usuelle était le pitcairnais, une langue créole dérivée de l'anglais et mêlée de tahitien, Adams s'attachait à enseigner l'anglais aux enfants en s'appuyant sur une Bible récupérée dans les débris de la Bounty. Les missionnaires britanniques, arrivés à la fin du XIXe siècle, ont tenté de rétablir l'usage de l'anglais dans l'île. Le pitcairnais est toujours enseigné, en même temps que l'anglais, dans la seule école de l'île.

Beaucoup de Pitcairnais portent encore aujourd'hui les noms de Christian et d'Adams.

Annexion par le Royaume-Uni

Pitcairn a été annexée par le Royaume-Uni en 1838.

Dans les années 1850, la population estimant être en surnombre (193 habitants) demande l'aide du Royaume-Uni, qui leur propose l'Île Norfolk, île déserte au nord de la Nouvelle-Zélande : une partie de la population s'y établit, constituant l'essentiel de la population actuelle. Quelques habitants continuèrent de quitter Pitcairn pour s'établir à Tahiti ou sur l'île Norfolk, mais plusieurs d'entre eux revinrent dans l'île.

En 1853, on recensait 170 descendants des révoltés de la Bounty. Quelques colons britanniques sont venus s'ajouter à la communauté pitcairnaise, puis des voyageurs de toutes sortes ont progressivement visité l'île.

En 1881, le HMS Thetis visite Pitcairn avec une cargaison de ravitaillement (notamment en produits de construction) et trouve la population florissante et heureuse, avec 96 habitants[9].

En 1909, les îles Ducie et Oeno sont annexées par la Grande-Bretagne, qui fonde l'unité administrative Pitcairn Group of Islands. Le pic de population est atteint en 1937 avec 233 habitants, amorçant ensuite une décrue du fait de l'émigration vers la Nouvelle-Zélande et l'Australie[10].

L'île passe en 1952 sous l'administration des îles Fidji puis, en 1970, sous l'autorité d'un gouverneur désigné par le Haut-Commandement de Nouvelle-Zélande. L'île a conservé la répartition des terres établie par Fletcher Christian en 1790 et une partie des lois instituées par John Adams.

Affaire des Îles Pitcairn

Dans les années 2000, Pitcairn est revenue sous les feux de l'actualité à l'occasion d'un procès pour abus sexuels concernant une partie des 50 habitants de l'île. Dans ce cadre, la souveraineté britannique a fait l'objet d'une remise en cause, les avocats de certains prévenus affirmant que les mutinés de la Bounty, dont descend l’actuelle population, auraient répudié leur citoyenneté britannique en incendiant le navire en 1790. Cet argument n'a pas été considéré comme légalement valable.

Notes et références

  1. Molle et Hermann 2018, p. 67.
  2. Ben Reiss, « Spotlight On: Pitcairn Islands », sur National Collection of Aerial Photography, (consulté le ).
  3. « History of Pitcairn Island », sur Pitcairn Islands Study Center (consulté le ).
  4. Herbert Ford, « Pre-Mutineer History », sur Pitcairn Islands Study Center (consulté le ).
  5. Molle et Hermann 2018, p. 69.
  6. Molle et Hermann 2018, p. 70.
  7. Pedro Fernandez de Quiros (Trad. Annie Baert), Histoire de la découverte des régions australes, L'Harmattan, p. 208-209
  8. (es) « Contextualising the Bounty in Pacific Maritime Culture », dans Sylvie Largeaud-Ortega, The Bounty from the Beach: Cross-Cultural and Cross-Disciplinary Essays, ANU Press, (lire en ligne), p. 27.
  9. « Visit To Pitcairn Island » (OCR text), The Cornishman,‎ , p. 6 (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  10. « The People of Pitcairn Island » [archive du ], sur www.immigration.gov.pn (consulté le )

Bibliographie

  • Guillaume Molle et Aymeric Hermann, « Pitcairn before the Mutineers: Revisiting the Isolation of a Polynesian Island », dans Sylvie Largeaud-Ortega, The Bounty from the beach: cross-cultural and cross-disciplinary essays, ANU Press, (ISBN 978-1-76046244-4, lire en ligne Accès libre), p. 67-93.
  • Kathy Marks, Trouble in Paradise. Uncovering the Dark Secrets of Britain's Most Remote Island, Harper Perennial, 2008.
  • Kathy Marks, Lost Paradise. From Mutiny on the Bounty to a Modern-Day Legacy of Sexual Mayhem, the Dark Secrets of Pitcairn Island Revealed, Free Press, 2009.
  • Olivier Goujon, Pitcairn, les révoltés du Bounty vont disparaître, Max Millo, 2021.

Voir aussi

Articles connexes

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