Homme de Yunxian

Homme de Yunxian
Image illustrative de l’article Homme de Yunxian
Le crâne Yunxian 2
(musée provincial du Hubei)
Coordonnées 32° 49′ 05″ nord, 110° 35′ 05″ est
Pays Drapeau de la République populaire de Chine Chine
Province Hubei
Xian Yun
Vallée Han
Daté de 1,77 million d'années
Période géologique Calabrien
Époque géologique Paléolithique inférieur
Découvert le 1989
Découvreur(s) Tianyuan Li
Particularités 3 crânes
Identifié à Homo sp.
Géolocalisation sur la carte : Chine
(Voir situation sur carte : Chine)
Homme de Yunxian
Géolocalisation sur la carte : Hubei
(Voir situation sur carte : Hubei)
Homme de Yunxian

L’Homme de Yunxian (chinois : 郧县人 ; pinyin : Yúnxiàn rén) est le nom donné à trois crânes fossiles du genre Homo découverts sur le site de Xuetangliangzi (chinois : 学堂梁子遗址 ; pinyin : Xuétángliángzǐ Yízhǐ), dans le district de Yunyang, dans la province du Hubei, en Chine. Ils ont été datés en 2026 de 1,77 million d'années. Leur attribution taxonomique précise reste âprement discutée.

Le crâne Yunxian 1 (musée provincial du Hubei)

Situation

Le site de Xuetangliangzi se trouve au bord de la rivière Quyuan (chinois : 曲远河 ; pinyin : Qūyuǎn Hé), à quelques centaines de mètres de son confluent avec la rivière Han, et à environ 10 km au sud de la ville de Qingqu. Il a donc aussi été appelé « site de la rivière Quyuan »[1],[2].

Historique

Deux crânes humains fossiles ont été successivement découverts par Tianyuan Li en 1989 et 1990. Ils sont écrasés et déformés, mais relativement complets. Ils ont reçu les numéros de collection EV 9001 et EV 9002 et sont couramment appelés « Yunxian 1 » et « Yunxian 2 ».

En , le site de Xuetangliangzi a été classé sur la liste des Sites historiques et culturels majeurs protégés au niveau national, dans le cadre de la cinquième série d’ajouts à la liste.

En 2005, une équipe franco-chinoise (Vialet et al. 2005) a tenté une première reconstitution virtuelle de la forme originelle de Yunxian 2, en essayant d'effacer la déformation du crâne[3]. Cette étude a été approfondie et élargie par la même équipe en 2010[4].

Fin 2022, un troisième crâne, situé à 35 mètres du site de découverte des deux premiers, a été mis au jour et désigné « Yunxian 3 ». Il est nettement moins déformé que les deux premiers[5].

En 2025, une équipe chinoise (Feng et al. 2025) a effectué une nouvelle reconstitution virtuelle de la forme originelle de Yunxian 2[6].

Le site a été fouillé par des équipes de l’Institut des objets culturels et de l’archéologie de la province du Hubei, du Musée régional de Yunyang (aujourd’hui Musée de la ville de Shiyan) et du Musée du district de Yun.

Description

Les deux premiers crânes sont quasiment complets, toutefois sans leur mandibule, mais ils ont été fortement déformés par la pression exercée par les sédiments accumulés au-dessus d'eux pendant près d'un million d'années.

Vialet et al. 2005 et 2010 ont effectué une première reconstitution virtuelle de la forme initiale de Yunxian 2, le mieux conservé des deux crânes, notamment par des rétablissements de symétrie et par l'application de proportions tirées de crânes fossiles déjà connus[3],[4],[7].

Le volume endocrânien de Yunxian 2 a été estimé à 1 050 cm3, ce qui est comparable aux fossiles africains et européens de la même époque, ainsi qu'aux fossiles asiatiques légèrement plus tardifs[7].

Les deux crânes présentent des caractères archaïques plésiomorphes[7] :

  • une forme basse et allongée ;
  • un os frontal fuyant ;
  • un os temporal bas et allongé.

Ils présentent cependant également des caractères dérivés qui leur sont propres (autapomorphies), et qui les distinguent des Homo erectus chinois tels que l'Homme de Pékin ou l'Homme de Nankin[7] :

  • un processus mastoïde développé ;
  • des crêtes mastoïdienne, sus-mastoïdienne, et un torus angularis peu marqués.

Datation

Les deux premiers crânes ont été datés en 2008 de 936 000 ans par la magnétostratigraphie. Selon les auteurs, leur couche stratigraphique correspondrait en effet à l'excursion paléomagnétique de Santa Rosa[2].

Jean-Jacques Bahain et al. ont proposé en 2017 une datation un peu plus ancienne de 1,10 Ma +/- 160 ka sur la base de mesures de résonance paramagnétique électronique (RSE) et de rapports d'isotopes uranium-thorium[8], datation reprise par l'étude Feng et al. 2025[6].

En , Christopher Bae et son équipe ont publié les résultats d'une datation d’enfouissement par nucléide cosmogénique : Ils estiment que les crânes de Yunxian datent de 1,77 Ma +/- 80k ans[9], ce qui en ferait des contemporains des fossiles retrouvés sur le site de Dmanissi, en Georgie.

Attribution

La forte déformation des deux premiers crânes a rendu difficile leur étude morphologique et a compliqué les tentatives d'attribution taxonomique. Le paléoanthropologue britannique Christopher Brian Stringer avait proposé en 2012 d'y voir des représentants de l'espèce Homo heidelbergensis[10], mais cette espèce n'est jugée présente en Eurasie qu'à partir d'environ 700 000 ans. Amélie Vialet a fait valoir en 2016 que les deux crânes ne pouvaient pas être attribués à l'espèce Homo erectus[7]. L'étude Feng et al. 2025 a proposé d'y voir une population ancestrale de l'Homme de Denisova[6], en contradiction avec la phylogénie des espèces humaines du Chibanien établie par la paléogénétique. Cette dernière attribution ne pourrait se concevoir qu'avec une datation nettement plus récente, et reste donc en l'état une vision marginale au sein de la communauté scientifique. Faute de taxon consensuel disponible à une date aussi reculée, les crânes de Yunxian ne peuvent être qualifiés que d'Homo sp. (genre Homo d'espèce indéterminée).

Industrie lithique

De nombreux outils lithiques ont été trouvés sur le site : des galets aménagés, quelques bifaces, des pics, des outils sur éclats.

Cette qualification de bifaces à une date aussi ancienne a été discutée par certains chercheurs. Selon le préhistorien américain Hallam Movius, on ne trouvait traditionnellement pas de bifaces au-delà de la ligne de Movius, définie en 1949 et qui séparait l'Inde de l'Asie orientale. Des bifaces acheuléens ont toutefois été trouvés depuis en Asie orientale, notamment dans le bassin de Bose, en Chine, où ils sont datés de 803 000 ans, mais ils restent rares dans l'ensemble de la région.

Culture et techniques

Une étude a montré que les animaux exploités par l'Homme de Yunxian étaient des animaux apparemment noyés par une crue de la rivière Han, ce qui indique qu'il pratiquait vraisemblablement le charognage[11].

Références

  1. Henry de Lumley, Tianyuan Li et al., « Le site de l'Homme de Yunxian »,
  2. Tianyuan Li et Henry de Lumley, Le site de l'Homme de Yunxian, Paris, CNRS éditions & Éditions Recherche sur les civilisations, (ISBN 978-2-271-06610-7)
  3. Amélie Vialet, Tianyuan Li, Dominique Grimaud-Hervé, Marie-Antoinette de Lumley, M. Liao, X. Feng (2005), Proposition de reconstitution du deuxième crâne d’Homo erectus de Yunxian (Chine), Comptes-Rendus Palevol, vol.4, n° 3, p.265–274, lire en ligne
  4. Amélie Vialet, Guipert, G., He, J., Feng, X., Lu, Z., Wang, Y., Li, T., de Lumley, M.-A. & de Lumley, H. (2010), Homo erectus from the Yunxian and Nankin Chinese sites: Anthropological insights using 3D virtual imaging techniques, Comptes-Rendus Palevol, vol.9, n° 6–7, p.331–339, DOI:10.1016/j.crpv.2010.07.017
  5. (en) Dyani Lewis, « Ancient skull uncovered in China could be million-year-old Homo erectus », Nature, vol. 612, no 7939,‎ , p. 200–201 (DOI 10.1038/d41586-022-04142-0, lire en ligne)
  6. (en) Xiaobo Feng, Qiyu Yin, Feng Gao, Dan Lu, Qin Fang, Yilu Feng, Xuchu Huang, Chen Tan, Hanwen Zhou, Qiang Li, Chi Zhang, Chris Stringer et Xijun Ni, « The phylogenetic position of the Yunxian cranium elucidates the origin of Homo longi and the Denisovans », Science, vol. 389, no 6767,‎ , p. 1320–1324 (DOI 10.1126/science.ado9202, lire en ligne)
  7. Amélie Vialet et Florent Détroit, Les conférences du Musée de l'Homme, Les premiers Hommes de Corée au cœur de l'Asie orientale et insulaire (2/3), voir la vidéo en ligne, 2016.
  8. Jean-Jacques Bahain et al., Contribution des méthodes ESR et ESR/U-Th à la datation de quelques gisements pléistocènes de Chine, in L'Anthropologie, vol.121, n° 3, 2017, p.215–233, doi:10.1016/j.anthro.2017.06.001
  9. Hua Tu, Xiaobo Feng, Lan Luo et Zhongping Lai, « The oldest in situ Homo erectus crania in eastern Asia: The Yunxian site dates to ~1.77 Ma », Science Advances, vol. 12, no 8,‎ , eady2270 (DOI 10.1126/sciadv.ady2270, lire en ligne, consulté le )
  10. (en) Chris Stringer, « The status of Homo heidelbergensis (Schoetensack 1908) », Evolutionary Anthropology: Issues, News, and Reviews, vol. 21, no 3,‎ , p. 101–107 (ISSN 1060-1538, PMID 22718477, DOI 10.1002/evan.21311, lire en ligne [archive])
  11. Tianyuan Li, Age and Living Environment of Yunxian Man, lire en ligne

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

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