Horațiu Potra

Horațiu Potra
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Horațiu Potra, né en 1970 à Mediaș (Transylvanie, RS de Roumanie), est un mercenaire franco-roumain. Après un passage par la Légion étrangère de 1992 à 1997, il propose ses services de mercenaire dans divers pays d'Afrique dès la fin des années 1990. Il est actif en particulier en Sierra Leone, en République centrafricaine et au Congo-Kinshasa et est surnommé le « Prigojine roumain ».

Il joue également un rôle dans la politique en Roumanie, d'abord en fondant son parti puis en soutenant le candidat Călin Georgescu à partir de 2024. Soupçonné d'avoir aidé ce dernier dans un complot pour prendre le pouvoir par la force, il est recherché par la justice roumaine et fuit le pays en 2025.

Tout au long de ses années en activité, il est impliqué dans de nombreux scandales et affaires judiciaires, concernant notamment de la fraude fiscale, du blanchiment d'argent et des menaces.

Biographie

Jeunesse et études

Horațiu Potra naît en 1970 à Mediaș, commune roumaine de Transylvanie, alors en république socialiste de Roumanie[1].

En 1988, sous le régime communiste, il est admis à la faculté d’électrotechnique de Timișoara (polytechnique)[2]. Pendant la révolution de décembre 1989, il participe aux événements de Timisoara dès le premier jour, à la manifestation devant le Conseil régional le . Le , il est présent au passage du Giroc dans la zone des blindés bloqués[pas clair]. Du 22 au , dans sa ville natale de Médias, il est à la mairie pour assurer la sécurité et l'ordre[3].

Il abandonne les études en 1992 pour s'enrôler dans la Légion étrangère française, où il reste jusqu'en 1997[4].

En 2009, il est diplômé de la faculté de droit Simion Barnutiu de Sibiu[2]. Il y obtient en 2011 une maîtrise en lutte contre le terrorisme et gestion du crime[5].

Mercenariat en Afrique

Horațiu Potra devient, à la fin des années 1990, chef de la sécurité personnelle de l'émir du Qatar Hamad ben Khalifa Al Thani[6]. En 2002-2003, il est instructeur de la garde présidentielle du président Ange-Félix Patassé en République centrafricaine[1] où il se lie avec les Tchadiens Mahamat Garfa et Mahamat Abbo Sileck, le Centrafricain Abdoulaye Miskine et le Congolais Jean-Pierre Bemba. Il intervient sous le pseudonyme « Lieutenant Henry »[1]. Fait prisonnier par les hommes de François Bozizé, il réussit à s'échapper et est évacué par l'armée française[7].

Le mercenaire fonde ensuite une société de sécurité privée, RALF-ROLE (Românii care au Activat în Legiunea Franceză - Roumanie Légion étrangère)[4] et se lance dans le commerce de diamant entre la Sierra Leone, Bruxelles, Anvers et Tel Aviv[8].

En 2009, il accueille le rebelle tchadien Mahamat Abbo Sileck dans un camp d'entrainement en Roumanie[9].

Début 2012, il négocie avec le Tchadien Baba Laddé pour renverser François Bozizé et Idriss Déby. Le , alors qu'il dirige la sécurité de la mine de manganèse de Tambao dans le nord du Burkina Faso, son employé Iulian Gherguț est enlevé et conduit dans le nord du Mali[10], enlèvement revendiqué par le groupe Al-Mourabitoune de Mokhtar Belmokhtar[11]. Les deux hommes travaillaient dans les mines du milliardaire roumain Frank Timiș. Iulian Gherguț est libéré en et rapatrié en Roumanie[12]. Entre fin 2016 et début 2017, il forme la garde présidentielle du président centrafricain Faustin Archange Touadéra[réf. nécessaire].

Selon Le Grand Continent, entre 2015 et 2018, il est également engagé dans la protection des intérêts économiques chinois en Afrique. Il assure ainsi la sécurité d'infrastructures appartenant à Shandong Steel en Sierra Leone. Pour ces missions, il reçoit plus de 8 millions de dollars via des montages financiers complexes impliquant des comptes offshore dans des paradis fiscaux comme Malte ou le Panama[1].

À partir de , il intervient en République démocratique du Congo avec une centaine de ses hommes, Roumains, pour protéger la ville de Goma et plus particulièrement son aéroport[13] face à l'offensive du M23 dans la région. Des photos le montrent sur le terrain au Nord-Kivu début 2023 et il investit sur place dans une société de jeux de hasard. À Goma, plus d'un millier de ses hommes sont déployés, avec une solde conséquente d'environ 5 000 dollars par mois. Ils sont basés dans un hôtel à proximité de l'aéroport. Cependant, 288 combattants sont forcés de se rendre lorsque la ville de Goma est prise par le M23 en , les autres sont redéployés à Kisangani ou fuient vers les pays voisins[4]. C'est une lourde défaite pour le groupe de mercenaires[14] que Libération qualifie de « retentissant fiasco »[4].

En raison de ses activités de mercenaire en Afrique et de sa ressemblance physique avec le chef de guerre russe, il est surnommé « le Prigojine roumain »[4],[1]. De plus, des enquêtes de médias européens comme Turnul Sfatului et Deutsche Welle révèlent en 2023 les liens de son réseau de mercenariat avec celui du Groupe Wagner[1]. Cependant, il refuse le qualificatif de « mercenaire » et se décrit plutôt comme « instructeur »[4].

Actions politiques en Roumanie

En 2011, il est accusé de trafic de drogue et d'armes et renvoyé devant la justice roumaine. Il est acquitté pour la majorité des chefs d'accusations mais condamné pour violation de la loi sur les armes à feu, à 2 ans et 8 mois de prison[1]. La première mention de son nom en Roumanie a lieu en 2012 lorsqu'un journaliste dévoile les circuits par lesquels il blanchit de l'argent depuis la Sierra Leone, qui passent par l'Église orthodoxe roumaine[1].

En 2020, il menace le directeur de la principale société gazière roumaine, Romgaz, d'être « enlevé et emmené en forêt » s'il « oublie qui l'a placé là ». Potra est alors sous les ordres de l'homme d'affaires Frank Timiș, qui est engagé dans des négociations avec Romgaz sur l'exploitation de nouveaux gisements[1].

En s'appuyant sur son réseau paramilitaire, Horațiu Potra parvient à recruter des partisans dans toute la Roumanie, parmi lesquels de nombreux membres des forces de l'ordre (policiers, militaires et agents du renseignement)[1]. En 2022, il devient dirigeant local de l'Alianței Pentru Patrie (Alliance pour la patrie), un parti nationaliste roumain. Potra prône « une autre politique destinée aux Roumains et soutenir tout ce qui est autochtone et traditionnel », il s'oppose également au soutien à l'Ukraine[15] et tient des positions pro-russes[4].

En 2024, il est membre de l'équipe de soutien au candidat nationaliste d'extrême droite Călin Georgescu, en vue de l'élection présidentielle de décembre 2024. Le , au lendemain de l'annulation du premier tour, largement dominé par Georgescu, il est arrêté alors qu'il se rend à une manifestation de soutien à ce dernier. La police retrouve une grande quantité d'armes et de l'argent dans son véhicule et le soupçonne de vouloir mener une action insurrectionnelle[16]. Une fois arrêté, sa maison à Bucarest est perquisitionnée et plus de 900 000 euros en liquide sont découverts sous son parquet. Il parvient cependant à fuir la Roumanie pour Dubaï[4].

Le , après que la candidature de Călin Georgescu à l'élection présidentielle roumaine a été invalidée, il appelle ses partisans à l'insurrection à Budapest via un groupe WhatsApp, avant que des comptes sur les réseaux sociaux ne le relaient[4]. Le , le domicile d'Horațiu Potra est perquisitionné en Roumanie et les autorités l'accusent d'avoir détourné 7 millions d'euros[14]. Mis en cause une nouvelle fois par la justice, il reste en fuite[4].

Il est soupçonné de faire partie d'une conspiration autour de Călin Georgescu visant à prendre le pouvoir par les armes et provoquer un changement de régime dans le pays[1]. Selon Intelligence Online, ses liens avec la Russie, et notamment sa rencontre avec l'ambassadeur russe en Roumanie, accréditeraient la thèse d'une connexion avec le régime russe, bien qu'Horațiu Potra le nie[17].

Arrestation

Arrêté à Dubaï en , avec deux membres de sa famille[18], alors qu'il était entré en contact avec des diplomates russes en vue d'obtenir l'asile politique[19],[17], il fait l'objet d'une demande d'extradition par les autorités roumaines[19],[18].

Il est finalement extradé vers la Roumanie et incarcéré dans une prison de haute sécurité jusqu'en . Son incapacité à assurer la direction de son réseau paramilitaires pousse plusieurs dizaines de ses hommes à rejoindre l'organisation paramilitaire russe Africa Corps ou même les forces armées russes déployées en Ukraine[17].

Notes et références

  1. Matheo Malik, « Les hommes de Georgescu: enquête sur le changement de régime en Roumanie », sur Le Grand Continent, (consulté le )
  2. « UPT Facultatea de Electrotehnica si Electroenergetica », sur www.et.upt.ro (consulté le )
  3. « Revolutie Timisoara »
  4. Maria Malagardis, « Mercenaires en Afrique : de Goma à Bucarest, les tribulations belliqueuses d’Horatiu Potra, le «Prigojine roumain» », Libération, (consulté le )
  5. « Universite Simion Barnutiu Sibiu »
  6. (ro) Andi Topala, « Căpetenia grupării paramilitare a fost eliberată. Legionarul traficant de droguri Horaţiu Potra ar putea dispărea din România graţie Curţii de Apel Alba Iulia », Puterea,‎ (lire en ligne, consulté le )
  7. (ro) « Potra, mașinăria de război », sur ziarero.antena3.ro, .
  8. (ro) « U.M. sadu fief al traficului de muniție și mercur. românia- viktor bout, horațiu potra și muniție pentru teroriștii din sua », sur www.gazetademaine.ro, .
  9. (ro) « Fostul membru al Legiunii Franceze Horatiu Potra, retinut pentru trafic de droguri », sur Ziare.com (consulté le ).
  10. « Burkina Faso: un expatrié roumain enlevé par des hommes armés », sur rfi.fr, .
  11. (ro) « Iulian Gherguț, de negăsit. Nemțeanul ar fi avut legături cu Legiunea Străină », sur romaniatv.net, .
  12. [1]
  13. [2]
  14. Marine Leduc, « En RD-Congo, les sombres affaires de militaires roumains », sur La Croix, (consulté le )
  15. (ro) Daniel Coltuc, « Șeful mercenarilor din Congo, ales președinte la APP, fostul partid al lui Liviu Dragnea. Codrin Ștefănescu: ”Horațiu Potra e un patriot” », sur Fanatik.ro, (consulté le )
  16. Jean-Baptiste Chastand, « En Roumanie, le rôle trouble de mercenaires franco-roumains dans la campagne du candidat prorusse à la présidentielle », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le )
  17. « Afrique/Russie/Ukraine • Des paramilitaires roumains rejoignent les rangs de l'armée russe et de l'Africa Corps », sur Intelligence Online, (consulté le )
  18. (en) « Romanian mercenary leader Horațiu Potra reportedly detained in Dubai », sur Romania Insider, (consulté le )
  19. (ro) Vlad Dima, « Horațiu Potra a fost prins. Omul lui Călin Georgescu a fost reținut în Dubai. Anunțul ministrului Justiției », sur www.capital.ro (consulté le )

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