Horses (jeu vidéo)

Horses
Logo du jeu.

Développeur
Santa Ragione
Andrea Lucco Borlera
Éditeur
Santa Ragione

Date de sortie
INT : 2 décembre 2025
Genre
Mode de jeu
Plate-forme
Langue
Moteur

Ventes
18 000 ()[1]
Site web

Horses (litt. « Chevaux ») est un jeu vidéo d'aventure et d'horreur créé par le studio indépendant italien Santa Ragione et l'artiste Andrea Lucco Borlera. Il sort le sur Windows.

Dans un environnement incongru et aux graphismes grotesques, le joueur interprète un employé dans une ferme d'élevage de « chevaux », lesquels sont en réalité des êtres humains nus et portant un masque de cheval. Par le biais de cette présentation, l'œuvre traite des thèmes du puritanisme, des violences sexuelles, des dynamiques de pouvoir et de la maltraitance infantile.

La sortie du jeu est particulièrement remarquée du fait de son bannissement des boutiques en ligne Steam et Epic Games Store, les plus importantes du marché de la vente de jeux pour ordinateur. La controverse suscitée par cette censure lui fait réaliser de meilleures ventes sur des sites concurrents.

Horses reçoit dans l'ensemble des critiques mitigées. Si les journalistes ne relèvent pas de contenu polémique dans le jeu, dont ils trouvent en général l'exécution des thèmes peu mémorable, la plupart s'étonnent en revanche des proportions prises par la censure de son contenu, qu'ils estiment abusive.

Trame

Le joueur incarne Anselmo, un Italien de vingt ans envoyé par ses parents travailler pour l'été dans une ferme isolée[2]. Le domaine comporte une maison, un paddock, un jardin où poussent des légumes, un champ de maïs et un cimetière[3]. L'exploitation n'élève non pas des chevaux normaux, mais des êtres humains nus et portant un masque de cheval. Au milieu du travail typique de l'exploitation d'une ferme, Anselmo doit parfois se livrer à des tâches propres à l'élevage de ce bétail étrange[4],[3].

L'histoire révèle peu à peu que l'éleveur, un homme qui a souffert de son éducation dans un milieu réprimant les questions sexuelles et valorisant l'abstinence comme un moyen de se rapprocher du divin, a développé pour échapper à ces carcans mentaux et physiques le besoin psychosexuel de contrôler la vie sexuelle d'autres personnes, auxquelles il impose la même chasteté[2]. Il voit en le personnage incarné par le joueur l'héritier de ses valeurs[3].

Système de jeu

L'intrigue dure près de trois heures[4].

La direction artistique se rapproche des films d'art et d'essai muets du cinéma italien, avec le bruit de fond d'une caméra en train de tourner, des intertitres, des plans rapprochés sur les bouches des personnages lorsqu'ils parlent ou mâchent quelque chose, des modèles 3D de personnages repoussants, et des coupes laissant place à des images de la vie réelle[5],[4].

Les graphismes sont volontairement simples et grossiers, ce qui permet d'atténuer la portée émotionnelle d'images fortes, comme les blessures d'un des « chevaux » fouettés par l'éleveur. La poitrine et les organes génitaux de ces humains sont floutés[5],[4],[2].

Développement

En 2023, l'entreprise Valve, qui gère la boutique en ligne Steam, se livre à une évaluation du prototype du jeu et le juge non apte à être vendu sur sa plateforme[4]. D'après les développeurs de Santa Ragione, cette version de travail de Horses était alors très inachevée et ne reflétait pas le produit final, publié deux ans plus tard ; Valve aurait cependant refusé de leur accorder une seconde évaluation[6].

En , en même temps que le studio Santa Ragione annonce par le biais d'une bande-annonce la sortie à venir de Horses, datée une semaine plus tard, l'entreprise admet que le jeu ne sera pas disponible sur Steam, pourtant la plateforme la plus importante du marché de la vente de jeux pour ordinateur. Quelques jours plus tard, c'est une autre plateforme importante, Epic Games Store, qui annonce ne pas commercialiser Horses. Dans les heures suivant la sortie du jeu, le site de ventes Humble Store le retire à son tour, avant de le remettre à disposition un jour plus tard[4],[7].

D'après Pietro Righi Riva, cofondateur de Santa Ragione et l'un des développeurs de Horses, le manque à gagner dû à la perte de ces plateformes de vente compromet la viabilité financière du jeu et risque fortement de précipiter la fermeture du studio, même si un budget a été mis de côté pour assurer des mises à jour du jeu pendant six mois[6].

Thèmes

Le caractère d'horreur psychologique de l'œuvre réside dans l'incongruité de devoir, en tant que joueur, se livrer à un labeur trivial dans un environnement effroyable, et sans disposer des clés de compréhension pour analyser cette étrangeté. Sans exposer le joueur à des éléments explicites de gore ou de violence, le jeu évoque les thèmes de la violence et des dynamiques de pouvoir[4], ainsi que les dégâts psychologiques pour soi-même et pour la société que peut causer un mode de vie puritain[2].

Accueil

Réception critique

Plusieurs médias de la presse généraliste ou vidéoludique s'étonnent de la tournure des évènements et de la censure du contenu d'Horses. Pour la journaliste Alyssa Mercante de The Guardian par exemple, le débat autour de la sortie du jeu est plus intéressant que son contenu-même[4]. Pour Kenneth Shepard de Kotaku, le jeu est « remarquablement non remarquable » et ne contiendrait en réalité aucun des éléments polémiques cités par Steam et Epic Games Store pour ne pas le commercialiser. Il estime que le contenu de type sexuel n'est pas « particulièrement gratuit » et qu'il s'insère raisonnablement dans la direction esthétique de l'œuvre ; il trouve d'ailleurs le jeu peu mémorable ou puissant, et s'étonne qu'il ait été censuré alors que son contenu n'est pas plus frappant selon lui qu'un film réalisé par Ari Aster ou bien un film d'horreur produit par la compagnie A24[2]. La critique Megan Farokhmanesh du magazine Wired partage également l'avis que le jeu n'est pas « à la hauteur » de la polémique déclenchée[8].

Chris Person d'Aftermath, qui voit en Horses de nombreux points communs en beaucoup moins complexe avec Salò ou les 120 Journées de Sodome (1975), reproche aux entreprises Valve et Epic de ne pas mieux expliquer la raison de leur censure, regrette leur mainmise oligopolistique sur le marché des jeux pour ordinateur qui peut faire et défaire la viabilité financière d'un studio de développement de jeux, et estime que « si Horses représente la limite entre les jeux qui peuvent être vendus ou non sur des plateformes de vente, alors nous sommes dans de beaux draps et tous ceux qui ont pris part à cette décision devraient en être profondément embarrassés »[5].

Ventes

La controverse liée au bannissement du jeu sur plusieurs sites contribue à améliorer ses ventes sur les plateformes restantes, principalement les boutiques itch.io et GOG.com, qui le listent parmi les titres les plus populaires du moment[4],[7]. En deux semaines, le jeu s'écoule à 18 000 exemplaires[9].

Distinctions

À l'Independent Games Festival 2026, Horses fait partie des finalistes pour le Grand prix Seumas-McNally et il remporte le prix Nuovo, qui distingue les jeux renversant les conventions du medium[10].

Postérité

Deux semaines après la sortie du jeu, le studio Santa Ragione annonce cesser ses opérations. Les bénéfices tirés de la vente du jeu leur permettent de payer les royalties envers l'auteur Andrea Lucco Borlera et de rembourser les prêts contractés pour finir le jeu, mais les développeurs se tournent désormais vers la recherche de travail, ailleurs et séparément[9].

Notes et références

Liens externes

  • icône décorative Portail du jeu vidéo