Ibn al-Khatib

Ibn al-Khatib
Buste d'Ibn al-Khatib, dans le village d'Iznajar, en Andalousie
Fonction
Vizir
Biographie
Naissance
Décès
Activités
Autres informations
Maîtres
Abu l-Barakat, Ibn Juzayy (en)
Œuvres principales
Al-Iḥāṭah fī Akhbār Gharnāṭah (d)
Plaque commémorative.

Lissane Eddine Ibn al-Khatib (en arabe : لسان الدين بن الخطيب), né le à Loja et mort assassiné en 1374 à Fès, est un poète, écrivain, historien, philosophe, médecin et homme politique grenadin.

Il fut vizir des sultans Yusuf Ier et Mohammed V de Grenade. Certains de ses poèmes ornent les murs de l'Alhambra de Grenade.

Biographie

Ibn al-Khatib naît le à Loja, près de Grenade, au sein d'une famille arabe d'origine yéménite[1]. Sa famille acquiert une grande influence sociale, une richesse considérable et de vastes propriétés foncières. Son grand-père, Saïd, était cadi, général de cavalerie, et son père, Abdallah, était écrivain et gouverneur de Grenade. Son éducation est dirigée par les plus grands érudits de son temps en théologie, droit, philosophie, mathématiques et médecine, avec une excellence particulière en histoire et en sciences politiques. Dès sa jeunesse, il connaît de graves revers car son père, Abdallah, est tombé en disgrâce auprès du sultan Mohammed IV.

Règne de Yusuf Ier

Un événement marque sa vie, la bataille du Río Salado, le , où les troupes du sultan Yusuf Ier subissent une lourde défaite et où le père et le frère aîné d'Ibn al-Khatib trouvent la mort. Sous le règne de Yusuf Ier, il gravit les échelons, passant d'apprenti à la chancellerie à secrétaire particulier, accompagnant le monarque lors de ses voyages à travers les territoires orientaux, notamment à Almería, où il écrit l'ouvrage « Apparition de l'image rêvée, voyage d'hiver et d'été »[2].

Lors d'une épidémie de peste qui a frappé la péninsule Ibérique en 1348, il est le premier à formuler le concept de contagion et recommande d'isoler les malades et de détruire leur literie. Il décrit rigoureusement le développement et la propagation d'une épidémie[3], il énonce une théorie sur la présence "d'animalcules" vecteurs de la maladie. À l'instar du magistrat Varron (116 av. J.-C.–27 av. J.-C.) et du vétérinaire Végèce (décès vers 450 apr. J.-C.), il décrit la contagiosité de la maladie et recommande d'isoler les malades et de détruire leur linge. Il est le premier à avoir décrit avec rigueur et précision le développement et la propagation d'une épidémie. À ce titre, il est considéré comme le père de l'épidémiologie moderne[4].

La mort de son maître Ibn al-Yayyab en 1349, alors que cette épidémie de peste noire est à son apogée, et la disgrâce du hadjib Ridwan permettent à Ibn al-Khatib de gravir les échelons de la hiérarchie politique et d'accéder aux fonctions de chef du secrétariat royal, de ministre et de commandant militaire. Selon Ibn al-Khatib lui-même : « À la mort de mon maître Ibn al-Yayyab, Yusuf Ier me nomma vizir, doubla mon salaire et me confia également le commandement général de l'armée. ». Il fait la connaissance d'Ibn Khaldoun avec qui il se lie d'amitié.

Le , le sultan Yusuf Ier est assassiné et, bien que le puissant hadjib Ridwan est rétabli dans ses fonctions, Ibn al-Khatib conserve tous ses postes après la proclamation de Mohammed V[2]. Ce qui lui vaut le surnom de « Dhû l-wizaratayn », « l'homme aux deux vizirats ».

Règne de Mohammed V

Bien qu'Ibn al-Khatib a amassé une grande fortune grâce à ses diverses fonctions, un coup d'État mené par Ismaïl, oncle du sultan, a lieu à la fin du mois d'. Le monarque s'enfuit à Guadix, le hadjib Ridwan est assassiné, et Ibn al-Khatib est emprisonné et tous ses biens confisqués. Grâce aux efforts de son ami Ibn Marzuq, secrétaire du sultan mérinide Abou Salim, il est libéré et, au lieu de partager l'exil avec le souverain déchu, il s'exile en Afrique du Nord et s'installe à Salé.

Mohammed V parvient à reconquérir le trône de Grenade en 1362 et, malgré les réticences du sultan et d'Ibn al-Khatib quant à son retour d'exil, décide de lui maintenir sa confiance en raison de ses grandes qualités d'homme politique et de diplomate. Lassé des intrigues de palais et même des accusations de trahison portées contre lui, y compris par son propre disciple Ibn Zamrak, Ibn al-Khatib décide de quitter le royaume sous prétexte de protéger les frontières occidentales et se réfugie en Afrique du Nord, il réside successivement à Ceuta, Tlemcen et Fès. Ibn al-Khatib envoi une lettre à Mohammed V pour lui expliquer les raisons de sa fuite, ce qui provoque la fureur du monarque, notamment en raison des manœuvres d'intimidation d'Ibn Zamrak et d'al-Nubahi[2].

En 1374, suite aux agissements des cours de Grenade et de Fès, Ibn al-Khatib est arrêté pour zandaqa (« hérésie ») et emprisonné à Fès. Condamné à une peine de prison, ainsi qu'à la destruction de tous ses livres. Grenade envoie des sicaires dans sa cellule, où il est torturé et étranglé à mort à l'automne de la même année, à l'âge de soixante et un ans. Son ami Ibn Khaldoun raconte qu'après son assassinat, il est enterré au cimetière de Bab Mahrouk, puis, le lendemain, son corps est exhumé et brûlé, puis exposé pendant deux jours avant d'être réinhumé. En raison de cette mort atroce, il est surnommé « du al-mitatayn », « celui des deux morts »[2].

Liste de ses travaux

  • L'apparition d'un fantôme lors d'un voyage d'hiver et d'été (خطرة الطيف في رحلة الشتاء والصيف) : description d'un voyage de 21 jours de Grenade à Almería avec Yusuf Ier, sultan de Grenade, composée en distiques rimés
  • La mesure du choix dans les conditions des lieux et des bâtiments (معيار الاختيار في ذكر المعاهد والديار) : une maqâma dans laquelle Ibn al-Khatib décrit 34 villes andalouses, dont Malaga, Grenade et Ronda, en les comparant aux villes marocaines Tanger, Meknès, Fès et Sebta, qu'il a visitées pendant son exil au Maroc
  • Secouer le sac pour se divertir à l'étranger (نفاضة الجراب في علالة الاغتراب) : un recueil de poésie de louange, d'écrits sur l'histoire et la géographie et un récit personnel sur son voyage du Haut Atlas à Al-Andalus
  • La vision Badr dans l’État nassirien (Al-Lamhat al-Badriya fi al-Dawla al-Nasri y'a), éd. Traduction arabe et latine. M. Casiri, Biblioteca arabico-hispana escurialensis, II, Madrid 1770
  • Recueil sur Grenade (en 5 volumes) – Al'Ihatat fi 'Akhbar Ghurnata (arabe)
  • Muqni'at al-Sā'il 'an al-Maraḍ al-Hā'il (مقنعة السائل عن المرض الهائل), un traité sur la peste noire et la contagion, collection Zaydani à la Biblioteca del Real Monasterio de El Escorial, MS arabe 1785
  • Les récits des rêves des rois de l'Islam par les érudits
  • Biographies, dates et liensAwsaf an-Naas fi al-Tawarikh wa'l-Salaat (arabe)
  • Un commis après le déplacement du peuple (Politique de Grenade et du Maroc) – Kanasat al-Dukan baad Intaqal as-Sakan
  • Kitab a'mal al-a'lam fi man buyi'a qabl al-ihtilam (Actes des Grands : Sur ceux qui sont montés sur le trône avant d'avoir atteint la maturité)
  • Sélection calibrée dans les instituts de l'esprit
  • Points de vue de Sanseddin Ben Khatib sur le Maroc et l'Andalousie
  • Malaga et Sala
  • Le chef-d'œuvre du Livre et la pureté des élus
  • Magie et poésie
  • Le Livre de Rehana et la douleur du Créateur
  • Définition du jardin de l'amour de Sharif
  • Un message politique

Notes et références

  1. Janine Sourdel, Dominique Sourdel, Dictionnaire historique de l'islam, p.370
  2. (es) « Ibn al-Jatib | Real Academia de la Historia », sur dbe.rah.es,
  3. (es) Campos Antonio, Ibn al-Jatib. Pandemia y confinamiento en la Granada de 1348, Actualidad Médica, (lire en ligne), chap. 809
  4. François Clément, « À propos de la Muqnicat al-sā’il d’Ibn al-Ḫaṭīb sur la peste à Grenade en 1348-1349 », dans Épidémies, épizooties : Des représentations anciennes aux approches actuelles, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », (ISBN 978-2-7535-8506-5, lire en ligne), p. 43–56

Voir aussi

Liens externes

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