Idéologie du standard
En linguistique, l'idéologie du standard est la valorisation et la promotion d'une forme particulière de langue, forme souvent considérée comme la norme ou le modèle idéal et en dynamique linguistique, celle de l’unification.
Cette idéologie est profondément ancrée dans des notions de pouvoir, de prestige et de légitimité linguistique. On oppose parfois l'idéologie de l'authentique à l'idéologie du standard. Dans son étude, le langage est abordé généralement sous l’angle de son influence sur le comportement langagier des locuteurs.
Définition
L'idéologie du standard repose sur l'idée que certaines variétés linguistiques sont supérieures à d'autres et doivent être adoptées comme référence. La différence entre langue comme organe de la parole véhiculée par la pensée, et langage qui est une expression par signes images et parole a été faite en français par Ferdinand de Saussure dans le contexte d'une fédération de territoires de langues différentes, tout comme le contexte de parlers régionaux en Allemagne[1]. Cette définition qualifiant la langue est faite d'un point de vue qui est souvent lié à des contextes historiques et sociopolitiques où une langue standardisée est utilisée pour unifier et renforcer l'identité nationale[2] voire l'imposer (Ordonnance de Villers-Cotterêts) à toutes les régions[3]. En France on voit la « publication des premières grammaires au XVIe siècle [qui aboutit à] un purisme ...et l'interdiction de dialectes à l'école obligatoire»[4],[5]. Comme le rappelle la sociolinguiste Annette Boudreau, en France, le français standard a été promu comme langue nationale dès le XVIIe siècle, avec des institutions comme l'Académie française jouant un rôle clé dans la codification et la standardisation de la langue[6]. Selon Wim Reymisen « La variation sociale (ou diastratique) est ce phénomène qui explique que la langue change selon le milieu social auquel appartient un locuteur (sa classe sociale, son groupe professionnel, son sexe, etc.). »[7]. Pour la variation sociale, la linguistique a défini depuis 1960 les sociolectes qui reprennent les jargons [8].
Critique
Pour Michael Silverstein[6] l'idéologie du standard en linguistique est parfois critiquée pour son rôle dans la marginalisation des langues et des dialectes autochtones. En imposant une norme unique, elle peut contribuer à l'érosion des diversités linguistiques et culturelles.
Pour Annette Boudreau, cette idéologie masque souvent des rapports de pouvoir, où les groupes dominants imposent leur langue comme norme, reléguant les autres variétés à des positions subalternes et « L’idéologie du standard peut entrainer un fort sentiment d’insécurité linguistique chez des personnes qui ne détiennent pas la langue légitime ou qui pensent parler une langue non conforme à la vision qu’ils s’en font, sentiment d’illégitimité qui s’exprime, entre autres, par le fait d’avoir honte de sa langue, par une hypercorrection excessive, par une conscience paralysante et exacerbée de sa façon de parler, par la peur de prendre la parole qui conduit parfois au silence. »[6].
Pour Gaetano Berruto le fait d'être cataloguée dans les dialectes fait d'une langue un élément pour ses pratiquants une « subordination sociale ... en tant que locuteurs membres de la classe inférieure...sans conteste, du point de vue linguistique, il n’existe aucune différence essentielle entre une langue et un dialecte : les deux partagent dans une même mesure les propriétés constitutives des systèmes linguistiques. ».
Cependant pour Annette Boudreau « L’idéologie du dialecte qui consiste à doter le vernaculaire de valeurs supérieures à la langue de référence (autre nom de l’idéologie de l’authentique), où les traits de langues identitaires stigmatisés ou peu tolérés sont mis en scène de façon ostentatoire, peuvent être interprétées comme des réponses à l’idéologie du standard »
Langues officielles et territoires
Liste des pays ayant une langue officielle :
Voir aussi
- Eugenio Coseriu, « Les concepts de « dialecte », « niveau » et « style de langue » et le sens propre de la dialectologie Titre original : « Los conceptos de « dialecto », « nivel » y « estilo de lengua » y el sentido propio de la dialectología » Traduction : Clara Romero » (Document), LEA (Lingüística española actual), Archives Coseriu, Tübingen, Allemagne, vol. III, , p. 1-32. (lire en ligne, consulté le )
- Gaetano Berruto, Daniel Elmiger et Marinette Matthey, « Langue, dialecte, diglossie, dilalie », Langage et société, vol. 171, no 3, , p. 55–87 (ISSN 0181-4095, DOI 10.3917/ls.171.0055, lire en ligne, consulté le )
- Aleksandra D. Savenkova, Regards croisés sur la dynamique des idéologies linguistiques et des accents de la francophonie. Approche expérimentale des standards actuels du Français (Document), Paris, UNIVERSITÉ PARIS III – SORBONNE NOUVELLE Institut de linguistique et phonétique générales et appliquées, , 131 p. (lire en ligne) — Thèse sur le FLE (Français Langue Étrangère) en apprentissage du français pour les étrangers dans un cadre académique, professionnel, culturel ou touristique.
- Emanuelle Guerin, Le « français standard » : une variété située ? (Document Congrès Mondial de Linguistique Française - CMLF'08), Paris, Le laboratoire MoDyCo CNRS UMR 7114 Université Paris Nanterre, (ISBN 978-2-7598-0358-3, lire en ligne), p. 2303-2312
- (fr-CA) George, « Impact de la radio et de la télévision au Québec et Canada », sur Histoire du Québec, (consulté le ) — Influence de la radiophonie après 1914 pour la prise de conscience d'appartenir à une nation.
- Jean Lagane, « L'évolution du langage radiophonique », Communication & Langages, vol. 111, no 1, , p. 39–52 (DOI 10.3406/colan.1997.2740, lire en ligne, consulté le ) — La langue gagne en technicité et abstraction mais perd en syntaxe et abuse des acronymes
- Sven Strömqvist, Björn Breidegard et Kenneth Holmqvist, « 6. Apprentissage des langues et étude du comportement langagier en temps réel », dans Apprentissage des langues, CNRS Éditions, coll. « Hors collection », , 433–448 p. (ISBN 978-2-271-09141-3, lire en ligne) — Influence de l'usage de l'ordinateur sur le langage.
Articles connexes
- Terminologie
- sémantique
- Ethnolinguistique
- Linguistique informatique
- Psycholinguistique
- Sociolinguistique
Notes et références
- ↑ Jean-Michel Fortis, Didier Samain et Dan Savatovsk, « Histoire des théories linguistiques », sur htl.cnrs.fr, (consulté le )
- ↑ Sigrid-Arielle Azeroual, Melissa Barry, Mathilde Boudier et Claire Maligot, « Usage des langues et plurilinguisme », Hypothèses, vol. 19, no 1, , p. 255–266 (ISSN 1298-6216, DOI 10.3917/hyp.151.0255, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Lucien Febvre, Combats pour l’Histoire, Paris, Librairie Armand Colin, (lire en ligne), « Politique Royale ou Civilisation Française ? LA CONQUÊTE DU MIDI PAR LA LANGUE FRANÇAISE », p. 168
- ↑ Séverine Rebourcet, « Le français standard et la norme : l’histoire d’un « nationalisme linguistique et littéraire » à la française », Communication, lettres et sciences du langage, vol. vol. 2, no no 1, , p. 107-118 (lire en ligne)
- ↑ Gaetano Berruto, Daniel Elmiger et Marinette Matthey, « Langue, dialecte, diglossie, dilalie », Langage et société, vol. 171, no 3, , p. 55–87 (ISSN 0181-4095, DOI 10.3917/ls.171.0055, lire en ligne, consulté le )
- Annette Boudreau, « Idéologie linguistique », Langage et société, no HS1, , p. 171–174 (ISSN 0181-4095, DOI 10.3917/ls.hs01.0172, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (fr-CA) Wim Remysen (Professeur), « Le français et la variation linguistique », Usito, Université de Sherbrooke, (lire en ligne [archive], consulté le )
- ↑ Annick Englebert (Professeur Université libre de Bruxelles), « Les sociolectes », sur histolf.ulb.be, (consulté le )
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