Ighrem Amazdar

Ighrem Amazdar
ⵉⴳⵀⵔⴻⵎ ⴰⵎⴰⵣⴷⴰⵔ
إغريم أمازدار
Ighrem Amazdar
Cour supreme d'appel d'ighram amazdar
Administration
Pays Drapeau du Maroc Maroc
Région Draa-Tafilalet
Province Tinghir
Démographie
Population 17 707 hab. (2014)
Géographie
Coordonnées 31° 17′ 30″ nord, 5° 30′ 32″ ouest
Altitude 1,665 m
Divers
capitale politique et judiciaire de la confédération des Ait Atta
Localisation
Géolocalisation sur la carte : Maroc
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Ighrem Amazdar
Liens
Site web [Ighram Amazdar]

Ighrem Amazdar (en tifinagh: ⵉⵖⵔⵎ ⴰⵎⴰⵣⴷⴰⵔ),(en Arabe:إغريم أمازدار) , est un Ksar historique situé dans le Djebel Saghro. Il a fonctionné historiquement comme la capitale, politique et judiciaire de la grande confédération tribale des Ait Atta, et constituait un territoire sacré, inviolable et protégé par la coutume: aucun meurtre ni acte violent n’y était permis[1].

Géographie

Localisation et Topographie

Ighrem Amazdar est situé dans la partie nord de la chaîne du Saghro et occupe une position stratégique dans le sud-est marocain. Ighram Amazdar situé dans une cuvette naturelle entourée de montagnes, Ighrem Amazdar constitue un point bas et central, propice à l’implantation d’un qsar et d’un système de stockage collectif sécurisé, tout en étant facilement accessible pour les différentes tribus de la confédération Ait Atta [2]

Principales villes limitrophes

Principales villes limitrophes autour d'Ighram Amazdar
Nord-Ouest : Boumalne-Dadès Nord : Tinghir Nord-Est : Taghzoute n'Ait Atta
Ouest : Kelaat-M'Gouna

Est : Erfoud
Sud-Ouest : Nkob Sud : Tazarine Sud-Est : Alnif

Étymologie

À l’origine, le terme « Ighrem » signifie « grenier collectif » en langue amazigh, et « Amazdar » indique sa situation dans la partie la plus basse du massif, d’où la traduction: « le grenier collectif inférieur » [3],[4]. Ce nom reflète directement sa fonction initiale servir de dépôt et de protection des biens des familles et clans Ait Atta pendant les périodes de transhumance, garantissant la sécurité des récoltes et des ressources essentielles pour la survie des populations pastorales [5],[6].

Histoire

De dépôt collectif à capitale politique et siège de la Cour suprême d'une confédération

Ighrem Amazdar a vu le jour en réponse au besoin des tribus montagnardes Ait Atta de préserver et administrer conjointement leurs ressources durant les saisons de transhumance estivale. D'après Larbi Mezinne, l'établissement d'Ighrem Amazdar est étroitement associé aux crises économiques des XIVe et XVe siècles. Ces crises ont incité les communautés de montagne à se structurer afin de pallier la diminution du commerce caravanier et la rareté des produits alimentaires provenant des plaines[7]. Dans ce cadre, Ighrem Amazdar fonctionnait à l'origine comme un entrepôt collectif et un centre de stockage sécurisé. Les terres agricoles y étaient divisées en sections appelées taggurt, chaque parcelle étant confiée à un gardien nommé arssam, ou irssamen[5],[8]. Pour rendre les terres cultivables et assurer l’approvisionnement, les familles ont construit des khattaras, canaux souterrains d’irrigation, stabilisant ainsi le site et permettant une gestion durable des ressources[9].

Ces gardiens des possessions laissées à Ighrem Amazdar lors de la transhumance, ont progressivement formé un groupe stable de familles résidant dans le qsar. Ce groupe, qui avait pour mission première de sécuriser les produits et les possessions des tribus Ait Atta, a progressivement évolué pour donner naissance aux Ait Aissa, le clan habitant Ighrem Amazdar. Ainsi, les Ait Aisa ont pris en charge les responsabilités de la surveillance et de la gestion des ressources communes, tout en jouant un rôle crucial dans l'organisation politique et judiciaire de la confédération Ait Atta. Ils sont devenus les principaux dirigeants de la Cour suprême et de l'application du droit coutumier [10],[11],[12].Leur conseil est devenu le centre décisionnel pour les litiges de la confédération, transformant la fonction initiale de gardiennage en autorité politique et judiciaire suprême [10],[11],[12].

Avec le temps, Ighrem Amazdar a intégré plusieurs autres clans Ait Atta qui y ont installé leurs familles et contribué à la gestion des terres, certains en creusant leurs propres khattaras et en subdivisant leurs terres en taggurt . La centralisation graduelle a transformé Ighrem Amazdar en centre politique et judiciaire de la confédération, abritant le conseil de la confédération et la résidence du leader suprême (Amghar n-Ufilla) élu chaque année selon un système tournant et électif [13],[14].

La position stratégique du site dans un bassin entouré de montagnes assurait la sécurité des biens et des personnes; aucune violence n’était tolérée dans l’enceinte du qsar, ce qui consolidait sa fonction de centre neutre et sacré (hurm) pour l’ensemble des tribus Ait Atta[15]. Certaines zones autour du qsar, comme le Tafrawt n-Ait Atta, étaient considérées comme des lieux de trêve et d’asile, renforçant le rôle d’Ighrem Amazdar comme centre d’autorité et de médiation[16].

Ainsi, ce site a évolué d’un simple dépôt collectif de biens à un véritable centre de cohésion sociale, politique et judiciaire, incarnant à la fois la sécurité matérielle, le pouvoir central et l’autorité suprême de la confédération Ait Atta qui se sont établi en super tribu indépendante qui fonctionner et ressembler à un état indépendant . Cette structuration autour des Ait Aissa et la centralisation des décisions à Ighrem Amazdar ont été des facteurs clés dans la réussite de l’expansion et du contrôle territorial de la confédération, en offrant un cadre stable pour la coordination des clans, la gestion des ressources et la résolution des conflits. La continuité de cette fonction se reflète dans la structuration juridique et coutumière du qsar, qui a assuré la permanence des institutions et de l’organisation sociale dans une région historiquement dominée par la transhumance et les relations segmentaires entre tribus [17],[18],[19].

Ighram Amazdar et le pouvoir central

Administration

Actes juridiques rédigés par les notables en pays Ait Atta: mariages, divorces, donations de biens, renonciations à des droits, partages successoraux

Ighram Amazdar constitue le centre administratif et politique supreme de la confédération tribale des Aït Atta. Il concentre des fonctions politiques, judiciaires, économiques et religieuses, formant un véritable pôle de gouvernance au sein des terres Attawi[20]. Le pouvoir politique est structuré autour d’une assemblée tribale représentant les différentes fractions de la confédération, notamment le système dit des «cinq cinquièmes». Cette assemblée se réunit annuellement, traditionnellement avant la transhumance estivale, afin de délibérer sur les affaires communes, d’assurer la cohésion tribale et de maintenir les coutumes[21].

À la tête de cette organisation se trouve un chef suprême, appelé Amghar n-ufella[N 1], élu pour une durée d’un an. Il exerce des fonctions à la fois politiques et judiciaires, assurant la direction de la confédération, la médiation des conflits et l’application du droit coutumier[22].

Ighram Amazdar abrite la juridiction suprême des Aït Atta, servant de cour d’appel et de centre d’arbitrage inter-tribal. Le droit appliqué repose sur le ʿurf (coutume), garantissant un cadre normatif reconnu par l’ensemble des groupes[23]. Le site est considéré comme un espace sacré, où toute violence est interdite. Le port d’armes y est proscrit et les décisions judiciaires ne peuvent être contestées[24].

En cas de crime grave, comme un homicide commis dans l’enceinte, des sanctions strictes sont appliquées, incluant des amendes importantes (notamment une compensation en bétail), des délais de réparation et l’exil hors du territoire tribal[25].La structure administrative repose sur un système segmentaire. La population d’Ighram Amazdar est divisée en plusieurs sous-sections lignagères, notamment les Aït Aissa, Aït Wahlim et Aït Yazza, elles-mêmes subdivisées en unités appelées tiguṛṛa. Ces unités correspondent à la fois à des groupes de parenté et à des entités territoriales[10].

Chaque tigurra dispose de terres agricoles et de droits d’irrigation, encadrés par des règles collectives strictes. L’organisation locale repose sur des responsables chargés de la gestion des ressources et du respect des normes communautaires[8].

L’économie locale est fondée sur une gestion collective des ressources, notamment agricoles et hydrauliques. L’irrigation est assurée par des systèmes de galeries (khettara) et par un système de répartition appelé swifa, qui attribue à chaque exploitation une durée d’accès à l’eau proportionnelle à sa taille[26]. Un responsable spécifique, chargé de la répartition de l’eau, veille à l’équité du système, dans lequel la charge de travail est proportionnelle à l’utilisation des ressources[27].

Rôle religieux et social

L’administration d’Ighram Amazdar est étroitement liée à des lignages religieux, notamment ceux des descendants de Sidi ‘Abdallah ben Hsain. Ces groupes jouent un rôle de médiation dans les conflits et contribuent à la légitimation de l’ordre politique[28].La présence de ces autorités religieuses, ainsi que l’existence de lieux sacrés et de pratiques de dons, renforce l’articulation entre pouvoir politique, organisation sociale et structures religieuses au sein de la confédération[29].

Notes et références

Notes

  1. Ce titre signifie littéralement en Tmazight « Chef suprême ».

Références

  1. Hart 1981, p. 25-26
  2. Hart 1981, p. 20-22
  3. Hart 1981, p. 20-21
  4. Hart 1984, p. 20
  5. Mezzine 1987, p. 217
  6. Stitou 2023, p. 3-4
  7. Mezzine 1987, p. 199
  8. Hart 1981, p. 22
  9. Hart 1984, p. 22-23
  10. Hart 1981, p. 22-23
  11. Mezzine 1987, p. 339
  12. Stitou 2023, p. 6
  13. Hart 1984, p. 21
  14. Stitou 2023, p. 4
  15. Hart 1984, p. 20-21
  16. Hart 1984, p. 25,26
  17. Mezzine 1987, p. 357
  18. Stitou 2023, p. 6-7
  19. Hart 1984, p. 35
  20. Hart 1981, p. 20–21, 29
  21. Hart 1981, p. 20–21
  22. Hart 1981, p. 21-22
  23. Hart 1981, p. 20–22
  24. Hart 1981, p. 23
  25. Hart 1981, p. 25
  26. Hart 1981, p. 20,26
  27. Hart 1981, p. 22,26
  28. Hart 1981, p. 20,25,26
  29. Hart 1981, p. 23-26

Bibliographie

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Source Primaire

  • (ar) Georges Spillman, أيت عطا الصحراء وتهدئة أفلان درا,, Institut Royal de la Culture Amazighe (IRCAM),‎ (ISBN 978-9954-439-85-2, lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Source secondaires

  • David Hart, The Ait 'Atta of Southern Morocco Daily Life & Recent History, United Kingdom, Middle East & North African Studies Press, (ISBN 9780906599150, lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) David M. Hart, Tribe and Society in Rural Morocco, London, Routledge, (ISBN 9780714650166, lire en ligne)
  • (en) David M. Hart, Dadda 'Atta And His Forty Grandsons: The Socio-political Organization Of The Ait Atta Of Southern Morocco, Avalon Publishing, (ISBN 978-0-906559-06-2). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Abdellah Stitou, Magistrats et patrimoine judicaire au sud du Maroc Cour suprême d'«Ighrem Amazdar>> à titre d'exemple, (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Larbi Mezzine, Le Tafilalt, Contribution à l'histoire du Maroc aux XVIIe et XVIIIe siècles, NAJAH EL JADIDA, (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Jamaine M. Abidogun, Toyin Falola, The Palgrave Handbook of African Education and Indigenous Knowledge, Springer International Publishing, (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Voir aussi

Articles connexes

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