Igues de Goudou - Lacarrière
| Coordonnées |
44° 39′ 41″ N, 1° 36′ 25″ E |
|---|---|
| Pays | |
| Région | |
| Département | |
| Massif | |
| Localité voisine |
| Altitude de l'entrée |
360 m |
|---|---|
| Longueur connue |
9481 m en 2003 |
| Dénivelé |
120 m |
| Type de roche | |
| Signe particulier | |
| Température |
13 °C |
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| Coordonnées |
44° 40′ 31″ N, 1° 36′ 01″ E |
|---|---|
| Pays | |
| Région | |
| Département | |
| Massif | |
| Localité voisine |
| Altitude de l'entrée |
345 m |
|---|---|
| Longueur connue |
>6000 m |
| Type de roche | |
| Signe particulier | |
| Température |
13 °C |
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Le réseau des igues de Goudou - Lacarrière aussi appelé réseau hydrogéologique de Bragoulac[1] forme un système de cavités souterraines naturelles reliées à une rivière souterraine. Il se développe sous les territoires des communes de Cœur de Causse et de Montfaucon, dans le Quercy (département du Lot, région Occitanie, France)[2].
Les deux entrées permettant d'accéder au réseau sont les igues de Goudou et de Lacarrière qui sont reliées par des siphons. Ces deux cavités ont la particularité commune d'avoir nécessité d'énormes travaux pour les rendre accessibles.
Situation
Igue de Goudou
Sur la D677, au niveau de l'igue de Lacarrière, prendre la route du Mas du Roy qui part au sud. À 1,3 kilomètre, sur le domaine de la ferme de la Conque, l'orifice de l'igue de 2m de diamètre se trouve au milieu d'un bois clairsemé.
Igue de Lacarrière
L'igue de Lacarrière s'ouvre dans un champ à 40 mètres de la route D677 reliant Gramat à Labastide-Murat dans un virage, au carrefour de la route du Mas du Roy à 400 mètres au nord-est du lieu-dit Larcher. Son ouverture au sol est cimentée et fermée par une plaque de 60 centimètres de côté[2].
Toponymie
Le nom du réseau Bragoulac est la contraction des noms d'igues de BRAmarie, GOUdou et LACarrière[1].
Igue de Goudou
Édouard-Alfred Martel, considéré comme le précurseur de la spéléologie, mentionne trois noms pour l'igue de Goudou[3],[4] :
- Lico-Lébro : termes occitans signifiant : Qui happe les lièvres au passage. Les auteurs suivants jugent ce terme trop localisé.
- Calmon : du nom de famille de son premier propriétaire. Ce nom n'est plus utilisé car il a tenté de reboucher la cavité en 1892, après la première visite de Martel.
- Goudou : du nom du village voisin de Goudou, sur le territoire de la commune de Labastide-Murat, actuellement Cœur de Causse. C'est ce nom qui est habituellement utilisé.
Igue de Lacarrière
Le nom Igue de Lacarrière provient du nom du propriétaire du champ où s'ouvre son entrée. Il a été donné par les spéléologues qui ont exploré cette cavité.
Accès et risques
Conditions d'accès
Les entrées des igues de Goudou et Lacarrière sont situées dans des propriétés privées. L'igue de Lacarrière est protégée par une trappe fermée par un cadenas. Leur accès et visite nécessitent d'obtenir l'accord de leurs propriétaires respectifs[5],[6],[7].
Risques
L'accès et le parcours dans l'igue de Goudou présente des dangers pour des personnes non formées aux techniques spéléologiques : risque de chute mortelle, notamment dans le puits d’entrée de 35 m de profondeur.
L'igue de Lacarrière présente elle aussi des dangers pour des personnes non formées aux techniques spéléologiques liés aux risques de chutes mortelles dans les puits d'entrée, à l'aspect labyrinthique des galeries d'accès à la rivière et à la montée des eaux au niveau d'une coulée de calcite de la rivière qui peut siphonner par temps de pluie. Les 24 et , une équipe de 15 plongeurs et spéléologues sont restés bloqués deux jours derrière un passage bas siphonnant. Les secours sont prévenus, mais les spéléologues sortirent avant leur intervention[8].
Géologie et spéléogénèse
L'igue de Goudou se développe dans les calcaires du Callovien qui font partie du jurassique supérieur. Ils sont visibles au niveau de la Galerie Martel et de la Rivière de la Toussaint[4].
Le puits d'entrée est un ancien conduit de transfert vertical des eaux qui débouche actuellement en surface. L'éboulis provient en grande partie de roches exogènes jetées dans l'igue. La Galerie Martel qui fait suite a été creusée en régime noyé. Elle présente des concrétions de calcite récente. Elle est semi active par percolation des eaux. Le creusement de son chenal de voûte, qui se dirige vers la Galerie des Marchands et la Galerie Sauvage est postérieur à la formation de cette galerie[4].
Le système actif de la Rivière de la Toussaint s'est formé suite aux orogenèses Oligocène et Miocène. Dans un premier temps, sa partie la plus haute a été creusée par des eaux provenant des parties supérieures des galeries précédentes. Ces eaux se dirigeaient vers le Siphon Fossile et la Galerie des Tuiles. Dans un deuxième temps, elles ont été captées en bas de la Salle Louis XIV-XVII et le méandre You Spit In Gliss. Enfin, un régime vadose de surcreusement s'est mis en place et se poursuit actuellement[4].
Hydrologie

Les eaux drainées par le système des igues de Goudou et Lacarrière s'écoulent dans les calcaires karstifiables du causse de Gramat, limités à leur base par les marnes imperméables du Toarcien. Les eaux sont dirigées vers les résurgences de l'Ouysse qui appartient au bassin de la Dordogne. En amont de ce système, s'ouvre la perte de Bramarie. Le , l'hydrogéologue André Tarrisse a fait procéder dans cette perte, en période de crue (130 l/s), à l'injection de 18 kg de fluorescéine. Le colorant a mis 3 jours pour réapparaître à Saint-Sauveur et Fontbelle. Rien n'a été détecté à Cabouy qui draine les eaux plus au nord, principalement celles de la rivière des Vitarelles. L'étude des sédiments très différents des résurgences montrent aussi que ceux de Cabouy correspondent bien à ceux du système Goudou - Lacarrière. Le bassin versant drainé par Goudou est estimé à 15 km2, celui de Lacarrière est estimé à 25 km2 [4].
Légende locale
Martel rapporte une légende locale sur l'igue de Goudou en ces termes[3] :
« le bâton d'un berger perdu à Calmon serait ressorti à 12 ou 13 kilomètres au sud de là, à Font-Polemie, non loin du Lot, entre Saint-Martin et Cours ; voulant par la même voie expédier un mouton à sa mère, le berger lui-même tomba au gouffre et son chapeau ressortit à la fontaine ! Nous n'avons pas fini de raconter cette universelle histoire ! »
Description
Igue de Goudou
Du puits d'entrée à la rivière
L'igue de Goudou s'ouvre par un puits de 36 m de profondeur (depuis 1998) et 2 m de diamètre. Il est suivi d'un éboulis de 40 m de longueur avec une pente de 45°[4].
La Galerie Martel s'ouvre en bas du puits et se développe sur deux cents mètres vers le nord-ouest. Elle présente des concrétions récentes datant de moins d'un million d'années et nommées par E. A. Martel : La baïonnette, le Pas de Padirac, la Cloche et les gours. Elle est semi-active par écoulement d'eaux de percolation et un ruisseau se perd dans le déversoir à la base du puits dans le bas de l'éboulis[4].
La galerie étroite et concrétionnée des Marchands, longue de 75 m, débute à la base de l'éboulis d'entrée, au dessus du déversoir. Un ressaut de 4 m de hauteur mène à des gours semi-actif et se termine par une barrière de calcite : la Barrière Daniel[4].
Après ce passage étroit, débute la Galerie Sauvage, longue de 150 m, large et haute de plafond. Une arrivée d'eau sort de la paroi droite et forme des coulées stalagmitiques qui plongent dans une fosse au niveau du Passage Con équipé d'une main courante (corde de progression de sécurité). Un surcreusement profond et étroit entaille le milieu de cette galerie. Une colonne stalagmitique et un puits à contourner permettent d'arriver par un ressaut de 5 m à la rivière de la Toussaint au lieu nommé l'Embarcadère. Cette rivière constitue le point bas du réseau[4].
La Rivière de la Toussaint
Depuis l'Embarcadère, la Rivière Amont est longue de 379 m jusqu'au Siphon Amont. Une voûte mouillante précède la cascade de 4 m de hauteur. La galerie devient alors un canyon aux eaux turbulentes jusqu'à la cascade de 6 m. La rivière devient calme et une plage de galets précède le premier siphon. Trois siphons se succèdent sur 350 m environ avec une orientation sud-sud-est. Dans le troisième siphon, la galerie plongeante à 45° devient impénétrable à −17 m[4].
La Rivière Aval est longue de 659 m jusqu'au Siphon Aval. Elle est large de 2 m en moyenne avec une direction générale est-ouest avec des changements de direction à angles droits. À 225 m de l'Embarcadère, juste avant d'arriver à la plage sablonneuse du Bivouac, débarque à droite l' Affluent des Cascades; des gros blocs dans l'eau signalent ensuite la base du puits de la galerie You Spit In Gliss. Enfin, après deux virages successifs, arrive l' Affluent Max Linder. Après 140 m, une petite cascade de 1,5 m précède le Siphon Aval[4]. Le dénivelé entre le siphon aval et la résurgence de Saint-Sauveur (altitude 112 mètres[9]) est d'environ 140 m[10].
Les galeries fossiles
D'anciennes galeries dites fossiles ont été parcourues par les eaux avant que la rivière ne s'enfonce suite à un abaissement du niveau de base. Au niveau de l'embarcadère, une escalade de 12 m permet d'atteindre ce niveau supérieur. Une galerie se trouve à la verticale de la Rivière de la Toussaint . Elle présente des regards sur la rivière et débouche sur la Salle Louis XIV-XVII. Ce carrefour donne accès : à la Rivière de la Toussaint, à la Galerie des Tuiles (longue de 1 km), au Réseau des Casses-Dudules, à la Galerie des Griffades et à la Galerie des Lacs[4].
Igue de Lacarrière
L'igue de la carrière débute par une sept puits successifs relativement étroits menant à la profondeur de 85 m. Ils sont équipés d'amarrage fixe scellées dans la roche[11]. Une fiche d'équipement a été publiée en page 126 du bulletin n°11 du CDS46[8].
Un conduit fossile, le réseau du Magma traverse les salles du Chaos et de l’Étoile, séparées par un laminoir (passage bas), Il mène à la première rivière baptisée la Bienvenue. Ce petit ruisseau, d'un débit de 3 à 5 litres par seconde dans un conduit d'un mètre de large et de 4 de haut, se jette dans une autre rivière plus importante, la Tamise (2 à 3 m en largeur et en hauteur). Cette dernière, après un rétrécissement en hauteur formé d'une coulée de calcite se jette à son tour, à la cote −111 m dans la Rivière Noire qui collecte les eaux du réseau. L'amont de la Rivière Noire remonte vers les siphons de jonction avec l'igue de Goudou. Le nom de cette rivière provient le la couleur noirâtre des parois en hauteur. A l'aval, elle rencontre un très long affluent, en rive droite et en hauteur, de de vaste dimensions, nommé Le Chemin des Dames, qui remonte à la cote −88 m. Puis ensuite en rive gauche l'Affluent Dufinot pénétrable jusqu'à la cote −108 m. La Rivière Noire bute 100 m plus loin sur le Siphon Aval, plongé par Michel Verlhac, suivi sur plus de 500 m par la Galerie de l'Espérance explorée jusqu'à la cote −126 m[12],[8].
Historique des explorations
Igue de Goudou
Première visite par Martel et rebouchage
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Édouard-Alfred Martel indique que son collaborateur Raymond Pons a failli se tuer en essayant de descendre dans l'igue de goudou en 1891. Martel décrit sa première exploration du dans ses ouvrages La France Ignorée et Les Abîmes. Il descend le puits d'entrée de 30 mètres, et atteint la profondeur de 60 m. Sur le dernier talus, il trouve le chien du propriétaire des lieux, encore vivant après cinq semaines passées dans le gouffre. Il le fait remonter dans un sac. Il est émerveillé par une galerie superbe, de 20 mètres de haut sur 10 de large, architecturale et grandiose comme celle de la Fontaine à Padirac. Cette partie fossile ou coule un ruisseau temporaire sera nommée Galerie Martel en son honneur. Il topograghie 220 mètres dans la cavité et note la présence de belles concrétions qu'il nomme la baïonnette et la cloche en référence à leurs formes. Selon lui, ce gouffre mériterait d'être aménagé pour le tourisme. Il hésite sur la direction où se dirigent les eaux : vers les sources de l'Ouysse (13 à 16 km au nord) et vers le Célé (16 à 17 km au sud)[3].
Au mois d', Pons, voulant redescendre dans l'igue de Goudou pour y faire des photographies, a la surprise de voir l'entrée bouchée. Le propriétaire, M. Calmon, avait complètement comblé le puits d'entrée de 2 mètres de diamètre et 30 de profondeur en y jetant des tombereaux de pierres[3].
Travaux de déblaiements
Au printemps 1926, messieurs Lacan, Meulet et Soleillet entreprennent de déblayer le puits d'entrée, mais abandonnent à 13 mètres de profondeur[4].
Le Groupe Spéléologique du Quercy (GSQ), dirigé par Géo Marchand, descend dans l'igue le . Suite au tassement des matériaux de comblement, le fond du puits se trouve à 20 mètres sous la surface. Les spéléologues perçoivent un courant d'air encourageant. Ils reviennent quatre fois durant l'été et entassent les pierres derrières des boisages coincés sur le côté du puits. Mais ils sont surpris et effrayés par un début d'éboulement s'écoulant en trémie dans la galerie Martel. Les spéléologues réalisent treize autres séances risquées. Une utilisation d'explosifs se révèle inefficace. Une équipe de visiteur indélicat ruina le travail précédent en détruisant les boisages sous un prétexte douteux de sécurité. Fin , Géo Marchand et son fils reviennent à Goudou et découvrent le fond du puits totalement bouché et le boisage disparu[4].
À partir du , Géo Marchand et ses amis reprennent les travaux en venant de Paris, aidés et soutenus par les familles Vanel et Buffet, propriétaires des lieux. Ils découvrent un espace libre entre l'éboulis et la paroi par lequel ils font passer les 200 m3 de pierres réduites en petits morceaux. Au bout de 29 séances, le ils décoincent un gros bloc qui disparaît avec fracas dans le vide. Les explorateurs se glissent alors dans le passage étroit et atteignent la Galerie Martel, 72 ans après sa visite de 1892. Ils y remarquent les pas, encore marqués dans l'argile, de leur illustre prédécesseur. Le , tout l'éboulis, soit 200 m3, est cassé à la masse en petites pierres envoyées vers le bas. Le puits est à nouveau entièrement dégagé[4].
Découverte de la rivière de la Toussaint
Géo Marchand et ses fils réalisent une petite escalade au dessus du déversoir des eaux de la Galerie Martel. Un passage leur donne accès à une galerie concrétionnée baptisée Galerie des Marchands présentant un escalier de gours et mais fermée par une barrière stalagmitique. Le , avec Philippe Renault, ils font visiter la "Galerie Martel" à Raymond Buffet le propriétaire des lieux. Daniel Marchand ouvre au burin et marteau une chatière dans la barrière de calcite et entendent le grondement de l'eau. Ils parcourent la Galerie Sauvage et arrivent à la Rivière de la Toussaint et au lieu baptisé l'Embarcadère. les 28 et , cette équipe explore en canot la rivière jusqu'au siphon aval. Géo décrit cette exploration dans son livre La Stalactite nue[4].
Géo crée le club de spéléologie local ELSM (Équipe Spéléologique de Labastide-Murat) pour coordonner les actions d'exploration sur la période 1965 - 1979. Le , ils explorent l'amont de la Rivière de la Toussaint jusqu'à la grande cascade. En 1966, la topographie complète est levée en quinze séances par Jean Lesur, Daniel Marchand et Philippe Renault. Les tentatives de franchissement du siphon aval sont des échecs. En août et , lors d'une prospection de surface, l'ELSM repère une petite igue près de Larcher, mais le malaise d'un équipier les empêchera de poursuivre, cette entrée sera ouverte par d'autres plus tard : ce sera l'igue de Lacarrière qui donnera accès sur la rivière de la Toussaint en aval des siphon de l'igue de Goudou. De 1970 à 1973, le club Terre & Eau organise trois camps d'été pour tenter de progresser dans les galeries colmatées par l'argile, 17 mètres au dessus du siphon aval. En 1976, ce club équipe la rivière avec des fils clairs (fils de fer) pour progresser sans utiliser des canots dans la rivière[4].
Découverte des affluents et des parties fossiles
En 1971, Jean Lesur et le SCP (Spéléo Club de Périgueux) explorent et topographient dans des conditions particulièrement difficiles l’Affluent Max Linder, La progression s'effectuant à genou ou en position égyptienne avec de longues parties sans pouvoir tourner la tête.
Le , lors d'un stage de formation FFS, un spéléologue du ST Arroman est victime d'un accident, il est évacué par le Spéléo-Secours de la Dordogne[4].
Du au , Les membres de Terre & Eau escaladent dans la partie aval de la Rivière de la Toussaint un affluent qui sera le départ pour la découverte des autres parties du réseau. En 1979, un grand plan incliné les mène à la Salle Louis XIV - XVII, le Siphon Fossile et la Galerie des Tuiles. En 1980, ils découvrent le Réseau des Casses Dudules et la Galerie des Lacs. Du 1er au , ils refont l'ensemble de la topographie de l'igue de Goudou[13] afin d'en établir une vue en coupe[14]. En 1986, ils explorent et topographient l'Affluent des Cascades et la Galerie des Griffades. En 1989, avec la collaboration de l'hydrogéologue André Tarisse, ils injectent sans succès de la fluorescéine pour prouver que la Rivière de la Toussaint est un affluent de la Rivière Noire de l'igue de Lacarrière. Des escalades et travaux de désobstruction les confortent dans l'idée qu'il n'est pas possible de passer par dessus le siphon aval[4]. Cependant, la Galerie des Vraies/Fausses Tuiles qui démarre après le premier siphon S1 se dirige vers la Galerie des tuiles, sans continuité actuellement avec cette dernière[13].
Igue de Lacarrière
L'igue de Lacarrière avait déjà été repérée par Géo Marchand en 1966. Il la décrit dans l'anecdote de la boite aux lettres de son livre La Stalactite Nue[10]. Dans une lettre adressée à Jean Taisne, Jean Lesur écrit le à propos de l'igue de Lacarrière : « Nous avons trouvé une igue (-10 m, avec courant d'air assez fort) à moins d'un kilomètre du siphon aval de Goudou ; orifice dangereux suivi d'une salle et d'une diaclase très étroite où la perspective du travail ne nous a pas emballés... ». Jacques Bert fait remarquer en 1979 dans le bulletin du club Terre et Eau qu'un courant d'air sensible et intermittent se manifeste à l'entrée et que l'igue de Goudou, La perte de la Conque, le trou des 4 Chemins, la source du Tourou et l'igue de Lacarrière sont à peu près alignées sur une ligne qui se dirige au nord-nord-ouest[8].
Le Spéléo Club de Tours et le Magma Club de Labastide-Murat. prospectent en surface le causse de Gramat entre le siphon aval de Goudou et les résurgences. Le , ils débutent les travaux d'élargissement des puits d'entrée de l'igue de Lacarrière. C'est alors un trou dans le sol étroit et impénétrable à partir d'une petite salle 8 m sous la surface[10].
Deux mois de travaux sont nécessaires pour élargir les puits, à raison de 4 à 6 séances de travail par semaine, soit environ 600 heures. Il leur a fallu utiliser 18 kg d'explosifs, introduits dans 180 trous mines effectués au perforateur électro-pneumatique. Le , les explorateurs découvrent à 45 mètres de profondeur une vaste salle de 20 m de haut. Des galeries fossiles et un passage bas, ouvert au burin, les conduisent à une petite rivière souterraine nommée La Bienvenue qui se jette dans une rivière plus importante baptisée La Tamise. Ils sont arrêtés par une coulée de calcite qui barre le passage. À son sommet, une petite fissure de 1 cm de large laisse filtrer un courant d'air. L'eau se perd à la base dans un conduit noyé[10].
Deux jours plus tard, ils pratiquent un passage à l'explosif dans cette concrétion et poursuivent l'exploration de La Tamise qui se jette dans une autre plus étroite mais plus haute : L'Eldorado. Le franchissement d'un chaos de blocs noirs les mène à la Rivière Noire. large de 5 m et au plafond non visible. Le lendemain, ils reviennent avec des canots pour en explorer l'amont et l'aval, mais s'arrêtent à la suite de naufrages. De retour en septembre, Ils terminent l'exploration des rivières et de leurs affluents : le Chemin des Dames, le Dufinaud ainsi qu'une nouvelle galerie supposée être un conduit fossile de la Rivière Noire[10],[15].
Entre 1993 et 1994, les plongeurs Bernard Gauche et Jean-Claude Colette explorent, au cours de nombreuses expéditions, les six siphons aval de Lacarrière[8].
Jonction Goudou - Lacarrière
Le , Falda et Marteau, de la section spéléo de l'AJS Courneuve, assistés de spéléologues de l'ESLM, tentent une plongée d'une cinquantaine de mètres dans le premier siphon aval de l'igue de Goudou S1. Le , un groupement de trois clubs : ESLM, SC Popincourt et SC Périgueux échoue lors du franchissement du siphon aval. Les spéléologues tente aussi de trouver un passage au-dessus du siphon par des escalades au mât, puis avec des chevilles spits. Ils commencent alors à déblayer une galerie 17 mètres au dessus du niveau de la rivière et en aperçoive une autre à 30 m de hauteur. Ces galeries seront creusées sans succès de 1970 à 1973, par le club Terre & Eau. Le , Bugel et Verlac du SC Brive effectuent une nouvelle plongée dans le S1[4].
Les 1er et , Jean-Pierre Stéphanato et Michel Verlhac plongent le siphon amont de de la Rivière Noire de l'igue de Lacarrière et parcourent 242 m entre -18 et −23 m. Ils parviennent dans une salle exondée aux parois abruptes sans suite visible. Le , Jean-Pierre Stéphanato plonge à nouveau ce siphon dans une galerie de 3 m de large, avec une visibilité de 1,5 m. À 210 m, une cheminée débouche dans une salle exondée de 20 à 30 m de haut et 20 m de diamètre[8].
En 1994, le spéléo-plongeur François Beluche franchit le S1 de Goudou. De 1994 à 1997, six autres siphons sont franchis, mais l'équipe s'arrête dans un huitième (S8) qui se révélera être le siphon amont de l'igue de Lacarrière[16].
Le , Bernard Gauche soutenu par une équipe de quatre et parti de l'igue de Lacarrière effectue la jonction avec l'igue de Goudou en retrouvant le fil d’Ariane mis en place par les expéditions côté Goudou[17],[8].
Le , Le club Terre & Eau de Bois-Collombes, assisté par plusieurs autres clubs, réalise la traversée entre les igues de Lacarrière à celle de Goudou par un parcours souterrain de 6 km empruntant huit siphons se répartissant sur une distance de 3 km dont 1 300 m en plongée. L'équipe de François Beluche, qui a réalisé la traversée seul, descend dans l'Igue de Lacarrière à 11 heures du matin et François ressortira environ 15 heures plus tard de l'igue de Goudou. Il a plongé le siphon amont de Lacarrière (S8 de Goudou) tandis que deux plongeurs (Pierre Laureau et Bertrand Tixier) l'attendaient, côté Goudou, à l'entrée du siphon S2 éloigné d'un kilomètre du S1[17],[18].
Notes et références
- Terre et Eau, « CR 17 Trou du Gant », TdG, no 17, , p. 12 (lire en ligne [PDF])
- Jean Taisne, Contribution à un inventaire spéléologique du Département du Lot : coordonnées et situation de plus de 1300 cavités, Labastide-Murat, Comité Départemental de Spéléologie du Lot (CDS46), , 365 p. (ISBN 2-9509260-1-0), p. 72, 80.
- Les abîmes : les eaux souterraines, les cavernes, les sources, la spéléologie : explorations souterraines effectuées de 1888 à 1893 en France, Belgique, Autriche et Grèce, Paris, Librairie Ch. Delagrave, , 578 p. (lire en ligne), chap. XIX (« Le Causse de Martel »), p. 330-332.
- Denis Arnal - club Terre & Eau, Jacques Bert, Jean-Pierre Couturié, Jean Lesur, Géo Marchand et Philippe Renault, Igue de Goudou - 100 ans d'exploration, Éditions Gap, , 127 p.
- ↑ (en) « Goudou (Igue de) », sur Grotto Map (consulté le )
- ↑ « Lacarrière (Igue de) », sur Grotto Map (consulté le )
- ↑ « Demande d'accès », sur www.terreeteau.fr (consulté le )
- CDS46, « Igue de Lacarrière... de la découverte à la traversée », Bulletin du Comité Départemental de Spéléologie du Lot (CDS46), no 11, , p. 13-22
- ↑ « Source de Saint Sauveur », sur plongeesout.com (consulté le ).
- Michel Besson, « Igue de Lacarrière », Bulletin du Comité Départemental de Spéléologie du Lot, no 6, , p. 70-72
- ↑ « Igue de Lacarière - CDS46 », sur CDS46 - Les spéléologues fédérés du Lot, (consulté le )
- ↑ B. FAURE, S.C. TOURS, MAGMA CLUB, G.S. CHARENTE, « Topographie en plan de l'igue de Lacarrière » [PDF], sur http://lecrad.free.fr (consulté le )
- Terre & Eau, ESLM, GSP-SSDF et ASTC, « Topographie en plan 2003 de l'igue de Goudou » [PDF], sur grottomap.org, (consulté le )
- ↑ Terre et Eau, « Coupe de l'Igue de Goudou », sur Grottocenter, (consulté le )
- ↑ « Plan igue de Lacarrière », sur lecrad.free, (consulté le )
- ↑ François Beluche, « Igue de Goudou » (consulté le )
- Terre & Eau - Denis Arnal, Lettre de Goudou n° 16, Bois-Colombes, , 32 p. (lire en ligne), p. 9-13
- ↑ « plongee souterraine - lacarriere recit », sur plongeesout.ffspeleo.fr (consulté le )
Voir aussi
Articles connexes
- Ouysse
- Liste des cavités naturelles les plus longues du Lot
- Liste des cavités naturelles les plus profondes du Lot
- Causse de Gramat
Bibliographie
Ouvrage collectif - Club spéléo Terre & Eau -, Igue de Goudou - 100 ans d'exploration, (présentation en ligne)
Liens externes
- Site Web du Club Terre et Eau : https://www.terreeteau.fr/
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