Inégalité de Hölder

Otto Hölder, entre 1883 et 1885

En analyse, l’inégalité de Hölder, ainsi nommée en l'honneur de Otto Hölder, est une inégalité fondamentale relative aux espaces de fonctions Lp, comme les espaces de suites ℓp. C'est une généralisation de l'inégalité de Cauchy-Schwarz. Il existe une formulation de l'inégalité utilisée en mathématiques discrètes.

Énoncé

Soient

  • un espace mesuré,
  • (la valeur étant permise) vérifiant la « relation de conjugaison »
  • et .

Alors, le produit appartient à et sa norme est majorée naturellement :

L'inégalité ne fonctionne pas sinon (se référer à la page wiki en anglais).

Plus généralement[1], pour et défini par

,

si et alors et .

De plus, lorsque et sont finis, il y a égalité si et seulement si et sont colinéaires presque partout (p.p.), c'est-à-dire s’il existe et non simultanément nuls tels que p.p.

Démonstration

Pour démontrer ce théorème, on peut utiliser un corollaire de l'inégalité de Jensen ou l'inégalité de Young[2].

Exemples

Inégalité de Cauchy-Schwarz

L'inégalité de Cauchy-Schwarz pour les espaces de Hilbert est le cas particulier où dans l'inégalité de Hölder.

Dimension finie

Lorsqu'on applique l'inégalité de Hölder à l’ensemble muni de la mesure de dénombrement, on obtient, pour avec et pour tous vecteurs (ou de ), l'inégalité

Cette inégalité peut aussi être démontrée en exprimant les conditions d'optimalité d'un problème de minimisation d'une fonction linéaire sur la boule unité pour la norme  : voir la section Inégalités de Hölder.

Suites

L’inégalité précédente se généralise (en prenant, cette fois, ) aux suites (ou aux séries selon le point de vue) : si sont respectivement dans les espaces de suites , alors la suite « produit terme à terme » est dans .

Cas extrémal

Soient avec , un espace mesuré, de tribu et de mesure , et .

  • Si , alors
  • Si et si tout élément de la tribu tel que contient un élément de tel que (ce qui est vrai dès que est -finie[3]), alors

Remarques sur le cas

  • Même avec l'hypothèse additionnelle de l'énoncé, la borne supérieure n'est pas atteinte en général. Par exemple si est la suite de définie par : , alors pour toute suite non-nulle de norme inférieure ou égale à dans ,
  • Si est de mesure infinie mais ne contient aucun de mesure finie non-nulle (l'exemple le plus simple étant celui où le seul qui soit strictement inclus dans est ∅) et si est la fonction indicatrice de , alors la borne supérieure associée est nulle, tandis que .

Applications

  • L’inégalité de Hölder fournit immédiatement une relation importante entre les espaces Lp associés à une mesure finie de masse totale M :
    (Cette propriété peut également se déduire directement de l'inégalité de Jensen.)
  • Elle intervient aussi comme argument permettant de montrer l’inégalité de Minkowski, qui est l'inégalité triangulaire pour la norme de Lp si p ≥ 1.
  • Le cas extrémal permet d’établir que le dual topologique de Lp est Lq (avec 1/p + 1/q = 1) si 1 < p < +∞[5], et aussi si p = 1 quand la mesure est σ-finie.

Généralisation

L’inégalité de Hölder avec 1/p + 1/q = 1/r se généralise immédiatement à n fonctions, par récurrence :

Soient 0 < r, p1, …, pn ≤ +∞ tels que

et n fonctions fk ∈ Lpk(S). Alors, le produit des fk appartient à et

De plus, lorsque tous les sont finis, il y a égalité si et seulement si les |fk|pk sont colinéaires p.p.

Notes et références

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Hölder's inequality » (voir la liste des auteurs).
  1. ↑ Si , ║ ║s n'est pas une norme en général, mais cela n'intervient pas dans la démonstration.
  2. ↑ Voir par exemple (pour la seconde méthode) Bernard Maurey, « Intégration et Probabilités (M43050), cours 15 », sur université Paris VII - Diderot, ou (pour les deux) cet exercice corrigé sur Wikiversité.
  3. ↑ Comme la mesure de dénombrement sur un ensemble au plus dénombrable ou la mesure de Lebesgue sur .
  4. ↑ Maurey 2010.
  5. ↑ (en) N. L. Carothers, A Short Course on Banach Space Theory, CUP, , 184 p. (ISBN 978-0-521-60372-0, lire en ligne), p. 120, remarque : « Curieusement, la propriété que chaque élément de Lp* atteint sa norme est équivalente au fait que Lp est réflexif, sans avoir en fait rien besoin de savoir sur l'espace dual Lp*  ! ».

Bibliographie

  • Haïm Brezis, Analyse fonctionnelle : théorie et applications [détail des éditions]
  • Walter Rudin, Analyse réelle et complexe [détail des éditions]
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