Incendie de l'usine Triangle Shirtwaist

Incendie de l'usine Triangle Shirtwaist
Image illustrative de l’article Incendie de l'usine Triangle Shirtwaist

Type Incendie
Pays Drapeau des États-Unis États-Unis
Coordonnées 40° 43′ 48″ nord, 73° 59′ 43″ ouest
Date
Bilan
Blessés 71
Morts 146

L’incendie de l'usine Triangle Shirtwaist le à New York est l'une des catastrophes industrielles les plus meurtrières de l'histoire de la ville. Le bilan fait état de 146 morts et 71 blessés, principalement de jeunes immigrantes italiennes et juives.

Contexte et bâtiment

Max Blanck et Isaac Harris, propriétaires de la Triangle Waist Company.

La Triangle Shirtwaist Company est la plus importante fabrique de chemises pour femmes de New York[1]. Elle produit entre dix et onze mille chemises par semaine[2].

La compagnie occupe les trois derniers étages du Asch Building, haut de neuf étages en plus du rez-de-chaussée. Situé à l'angle de Greene Street et de Washington Place[1], donnant sur le Washington Square Park[3], sa construction est achevée en 1901[4]. Ce bâtiment est géré par Max Blanck et Isaac Harris, qui possèdent d'autres fabriques dans la ville[5].

Chaque étage consiste en un vaste et unique volume avec une importante hauteur sous plafond ; les postes de travail sont donc très rapprochés, la législation exigeant un certain volume d'air par employé et non une surface. Les postes de travail sont disposés le long de tables de bois, équipées de machine à coudre, qui forment de longues rangées à travers l'étage, ne laissant ainsi que d'étroits passages pour circuler[6],[1]. La disposition des postes de travail oblige également les travailleurs et travailleuses qui veulent quitter la fabrique à passer devant leur contremaître, qui les fouille à leur sortie[1],[2]. Les travailleuses sont suivies aux toilettes pour vérifier qu'elles ne volent pas de matériel[5].

L'immeuble dispose de deux escaliers intérieurs, d'un escalier de secours extérieur et de deux ascenseurs[1],[2]. Le premier escalier va du rez-de-chaussée au toit ; il mesure moins de trois pieds de large et il est particulièrement raide[1]. Le second escalier part du rez-de-chaussée pour atteindre le neuvième étage, sans accès au toit[1].

Les portes donnant sur ces escaliers du côté de Washington Place sont fermées par les gérants dans la journée pour éviter les vols et limiter les pauses des employés[7],[8],[2]. La sortie des travailleurs se fait uniquement du côté de Greene Street[2].

Un troisième escalier est en fait un escalier de secours situé sur l'extérieur du bâtiment, et il ne part que du premier étage vers les étages supérieurs[1]. Cet escalier présente des problèmes de conception et d'installation, identifiés mais jamais corrigés par l'architecte du bâtiment[5]. Ainsi, les portes donnant sur l'escalier de secours s'ouvrent sur l'extérieur, ce qui obstrue les passerelles utilisées par les victimes en cas d'évacuation[1]. Le dispositif est également rouillé et fragile[2],[1].

Les manquements en matière de sécurité contre les incendies sont déjà connus, ce qui conduit les gérants Harris et Blanck à payer d'importantes traites d'assurances[5]. Le responsable civil des sapeurs-pompiers de New-York déclare quelques mois avant l'incendie de 1911 que la fabrique est un véritable piège si un feu venait à s'y déclarer[1].

Déroulement

Photo en noir et blanc, prise depuis l'intérieur d'un bâtiment en direction de l'extérieur. A travers la fenêtre, on voit un morceau d'échelle en métal et une passerelle métallique, toutes deux déformées par la chaleur de l'incendie et inutilisables.
L'escalier de secours extérieur après l'incendie.

Le jour de l'incendie, environ cinq cents employés sont présents sur le site[7]. Le feu se déclare à 16 h 30 le samedi après-midi, peu avant la fin de la journée de travail[1], au septième étage[9]. Il a vraisemblablement été déclenché par une cigarette jetée au sol ou par une allumette mal éteinte[9],[1]. Il se propage facilement grâce aux débris de coton, de dentelles et d'autres garnitures trainant au sol[9]. Il s'étend par les fenêtres aux deux étages supérieurs[1]. L'incendie met vingt minutes à se propager dans toute la fabrique[1].

Le propriétaire des lieux s'en était tenu au minimum obligatoire en matière de normes incendie[9]. La fabrique n'est pas équipée de gicleur au plafond, et ne dispose que de seaux qui ne contiennent que très peu d'eau et dont certains sont même vides[9],[6]. Pendant l'incendie, des employés remplissent des seaux à partir d'un seul évier et l'un d'entre eux constate que le tuyau à incendie est cassé et moisi[1]. La pression de l'eau est également faible[6]. Des boîtes obstruent les évacuations, et les postes de travail sont très rapprochés, sur des tables de travail en bois qui forment des travées dont la longueur entrave la fuite des employés[6].

Photo en noir et blanc : l'intérieur d'un immeuble en pierre est endommagé ; le sol est recouvert d'une épaisse couche de cendres, et il ne reste du mobilier que des parties métalliques tordues des machines à coudre. Les fenêtres ne semblent plus avoir de vitres.
Deux bancs, restes de l'intérieur du neuvième étage de la fabrique après l'incendie.

Les employés du septième étage parviennent à s'enfuir par les escaliers, et ceux du neuvième rejoignent le toit, mais ceux du huitième sont piégés[7]. Lors de l'incendie, les ascenseurs s'arrêtent de fonctionner après trois allers-retours, et l'escalier de secours s'effondre[10],[2]. Les portes d'entrée s'ouvrent uniquement dans un sens, vers l'intérieur de la fabrique, et sont fermées à clé, bloquant les victimes dans leur fuite.

Les pompiers mettent une minute à arriver sur les lieux[1]. Cependant, leurs échelles n'atteignent que le cinquième étage de l'immeuble[7],[6] et la portée des lances à eau ne permet pas non plus d'atteindre les étages en feu[11]. Ils atteignent le septième étage par l'intérieur du bâtiment, sans pouvoir aller plus loin[1].

Les personnes prises au piège, parfois enflammées, sautent par les fenêtres, tentant d'atterir sur des filets, des matelas et des couvertures qui se déchirent sous le nombre de personnes[7],[5]. Certaines personnes passent à travers la surface du trottoir dans leur chute. Certaines personnes s'échappent du toit grâce à des échelles tendues depuis les immeubles adjacents, comme Harris et Blanck, les gérants de la fabrique[5].

Le feu est éteint trente minutes après son départ[2]. La structure de l'immeuble n'est pas endommagée, mais tout le matériel à l'intérieur de la fabrique est détruit[1].

Bilan et conséquences

Victimes

L'incendie cause la mort de 146 personnes, 123 travailleuses et 23 travailleurs, et provoque 71 blessés. Les victimes sont décédées par asphyxie, brûlées vives ou par défenestration. Parmi les victimes, on dénombre 62 personnes décédées par défenestration et une dizaine d'autres mortes lors de l'effondrement des escaliers de secours extérieurs. Une trentaine de personnes sont également retrouvées mortes dans les cages d'ascenseurs, et plus d'une quarantaine de corps sont retrouvés amassés contre les portes fermées du neuvième étage[1].

La plupart des victimes sont des immigrantes originaires du Sud de l’Italie ou d'ascendance juive européenne, âgées d'entre 14 et 23 ans[7],[10].

Les corps des victimes sont emmenés à Charity Pier pour identification par des proches[12]. Elles sont enterrées dans seize cimetières différents[13]. Six victimes demeurent non identifiées jusqu'en 2011[10],[13]. Leurs restes reposent dans une sépulture commémorative au cimetière des Evergreens[13].

Deuil

400 000 personnes assistent à la procession en hommage aux victimes[10].

Procès

Max Blanck et Isaac Harris sont inculpés pour homicide involontaire coupable le . Ils sont finalement acquittés, leur avocat arguant qu'ils ignoraient que les portes de la fabrique étaient fermées pendant les heures de travail[14]. Ils sont cependant reconnus coupables de wrongful death claim (mort par négligence) lors de leur procès civil, pour 23 victimes. Ils sont condamnés à verser 75 $ par personne décédée lors de l'incendie, tandis qu'ils sont remboursés de 445 $ par victime par leur assurance[15],[1].

Évolution des normes de sécurité

L'immeuble en 2007.

L'onde de choc sociale occasionnée par la catastrophe a suscité directement ou indirectement l'émergence de la plus grande œuvre législative à caractère social de l'histoire new-yorkaise et américaine en général, s'agissant notamment de l'amélioration des normes de sécurité dans les usines[16].

Cet incendie est à l'origine de la volonté de disposer de moyens pour faire face aux incendies, tels que la présence d'escaliers de secours encagés dans de la maçonnerie, ou l’installation de gicleurs (ou sprinkleurs)[9].

Mémoire

Stèle en mémoire des victimes au cimetière des Evergreens.

L'Asch Building est désormais un bâtiment lié à l'université de New York, et désigné en tant que National Historic Landmark[17].

Notes et références

  1. (en) Arthur F. McEoy, « The Triangle Shirtwaist Factory Fire of 1911: Social Change, Industrial Accidents, and the Evolution of Common-Sense Causality », Law & Social Inquiry, Cambridge University Press, vol. 20, no 2,‎ , p. 621-651 (lire en ligne)
  2. (en) John M. Hoenig, « The Triangle Fire of 1911 », History Magazine,‎
  3. ↑ « L’incendie de la ‘Triangle Shirtwaist’ et la Journée internationale de la femme : cent ans après », sur ilo.org, (consulté le ).
  4. ↑ « Cornell University - ILR School - The Triangle Factory Fire », sur trianglefire.ilr.cornell.edu (consulté le )
  5. (en) Tony R. Sanchez, « The Triangle Fire: A Simulation-based Lesson », The Social Studies, vol. 97, no 2,‎ , p. 62–68 (ISSN 0037-7996 et 2152-405X, DOI 10.3200/TSSS.97.2.62-68, lire en ligne, consulté le )
  6. (en) « Cornell University - ILR School - The Triangle Factory Fire », sur trianglefire.ilr.cornell.edu (consulté le )
  7. (en) « Triangle Shirtwaist Fire », sur Jewish Women's Archive (consulté le )
  8. ↑ (en) « The Triangle Shirtwaist Factory Fire », sur The New York Public Library (consulté le )
  9. Association générale des hygiénistes et techniciens municipaux Auteur du texte, La Technique sanitaire et municipale : hygiène, services techniques, travaux publics : journal de l'Association générale des ingénieurs, architectes et hygiénistes municipaux de France, Algérie-Tunisie, Belgique, Suisse et Grand-Duché de Luxembourg, Berger-Levrault, (lire en ligne)
  10. (en-US) « Triangle Shirtwaist Fire Marks a Sad Centennial » [archive du ], sur onlinejournal.com (consulté le )
  11. ↑ « Cornell University - ILR School - The Triangle Factory Fire », sur trianglefire.ilr.cornell.edu (consulté le )
  12. ↑ Leon Stein et William Greider, The triangle fire, Cornell University Press, (ISBN 978-0-8014-8714-9), p. 100
  13. (en) « 100 Years Later, the Roll of the Dead in a Factory Fire Is Complete (Published 2011) », The New York Times,‎ (lire en ligne, consulté le )
  14. ↑ (en) Kevin Volk, « A Brief Examination of the Difficulties in Finding Justice for the Victims of the Triangle Factory Fire, 1911 » Accès libre [PDF]
  15. ↑ (en-US) « Opinion | No, history was not unfair to the Triangle Shirtwaist factory owners », The Washington Post,‎ (ISSN 0190-8286, lire en ligne, consulté le )
  16. ↑ L'Usine Nouvelle, « Triangle, l’incendie qui a changé l’Amérique - Economie », usinenouvelle.com/,‎ (lire en ligne, consulté le )
  17. ↑ « Programme TV aujourd'hui : films, séries, documentaires, émissions », sur ARTE (consulté le )

Liens externes

  • Remember the Fire Triangle Coalition[1]

  • Notice dans un dictionnaire ou une encyclopédie généraliste :

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Articles connexes

Bibliographie

Notices dans des encyclopédies et manuels de références

  • (en-US) Gus Tyler, Look for the Union Label : History of the International Ladies' Garment Workers' Union, Armonk, Etat de New York, M.E. Sharpe & Routledge, , 340 p. (ISBN 9781563244094, lire en ligne), p. 86-97,

Essais

  • (en-US) John F. McClymer, The Triangle Strike and Fire, Fort Worth, Texas, Harcourt Brace College Publishers, , 210 p. (ISBN 9780155038189, lire en ligne),
  • (en-US) Suzanne Lieurance, The Triangle Shirtwaist Fire and Sweatshop Reform, Berkeley Heights, New Jersey, Enslow Pub., , 136 p. (ISBN 9780766018396, lire en ligne),
  • (en-US) Donna Getzinger, The Triangle Shirtwaist Factory Fire, Greensboro, Caroline du Nord, Morgan Reynolds Pub, , 136 p. (ISBN 9781599350998, lire en ligne)
  • (en-US) Jo Ann E. Argersinger, The Triangle Fire : A Brief History with Documents, Boston, Massachusetts, Bedford/St Martin's (réimpr. 2016) (1re éd. 2009), 164 p. (ISBN 9781319048853, lire en ligne),
  • (en-US) Katie Marsico, The Triangle Shirtwaist Factory Fire : Its Legacy of Labor Rights, New York, Marshall Cavendish Benchmark, , 120 p. (ISBN 9780761440277, lire en ligne),

Articles

  • (en-US) Arthur F. McEvoy, « The Triangle Shirtwaist Factory Fire of 1911: Social Change, Industrial Accidents, and the Evolution of Common-Sense Causality », Law & Social Inquiry, Vol. 20, No. 2,‎ , p. 621-651 (31 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire),
  • (en-US) Amy Kolen, « Fire », The Massachusetts Review, Vol. 42, No. 1,‎ , p. 13-36 (24 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire),
  • (en-US) Richard A. Greenwald, « "The Burning Building at 23 Washington Place": The Triangle Fire, Workers and Reformers in Progressive Era New York », New York History, Vol. 83, No. 1,‎ , p. 55-91 (37 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire)
  • (en-US) Daniel Sidorick, « The "Girl Army": The Philadelphia Shirtwaist Strike of 1909-1910 », Pennsylvania History: A Journal of Mid-Atlantic Studies, Vol. 71, No. 3,‎ , p. 323-369 (47 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire),
  • (en-US) Robert & Marilyn Aitken, « The Triangle Fire: Tragedy, Trial, and Triumph », Litigation, Vol. 36, No. 3,‎ , p. 53-56 (4 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire),
  • (en-US) Peter Dreier & Donald Cohen, « The Fire Last Time: Worker Safety Laws after the Triangle Shirtwaist Fire », Race, Poverty & the Environment, Vol. 18, No. 1,‎ , p. 30-33 (4 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire),
  • (en-US) Heather Pool, « The Politics of Mourning: The Triangle Fire and Political Belonging », Polity, Vol. 44, No. 2,‎ , p. 182-211 (30 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire),

Sitographie

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