Incident du chasseur d'ouragans NOAA42

Incident du chasseur d'ouragans NOAA42
N42RF, le Lockheed WP-3D Hurricane Hunter impliqué dans l'incident, ici à la MacDill Air Force Base en mai 2010.
N42RF, le Lockheed WP-3D Hurricane Hunter impliqué dans l'incident, ici à la MacDill Air Force Base en mai 2010.
Caractéristiques de l'accident
Date
TypeIncendie moteur en vol, atterrissage d'urgence
CausesConditions météorologiques extrêmes (ouragan), défaillance d'un capteur à l'intérieur du moteur
SitePrés de la Barbade, dans l'océan Atlantique
Coordonnées 14° 31′ 24″ nord, 54° 37′ 59″ ouest
Caractéristiques de l'appareil
Type d'appareilLockheed WP-3D Orion
CompagnieNational Oceanic and Atmospheric Administration
No  d'identificationN42RF
Lieu d'origineAéroport international Grantley-Adams, la Barbade
Lieu de destinationAéroport international Grantley-Adams, la Barbade
Passagers0
Équipage16
Bilan
Morts0
Survivants16 (tous)

Géolocalisation sur la carte : océan Atlantique
(Voir situation sur carte : océan Atlantique)
Incident du chasseur d'ouragans NOAA42

L'incident du chasseur d'ouragans NOAA42 est survenue le , lorsqu'un Lockheed WP-3D Orion exploité par la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) a subi un incendie au niveau d'un de ses moteurs, alors qu'il traversait le mur de l'œil de l'ouragan Hugo. Les seize membres d'équipage ont réussi à éteindre l'incendie et à rentrer sains et saufs à la Barbade.

Équipage

L'équipage était composé de[1] :

  • Commandant de bord Lowell Genzlinger
  • Pilote Gerry McKim
  • Directeur de vol Jeff Masters
  • Ingénieur de vol Steve Wade
  • Navigateur Sean White
  • Opérateur radio Tom Nunn
  • Les ingénieurs systèmes Al Goldstein et Terry Schricker
  • Neil Rain, technicien radar
  • Scientifique principal Frank Marks
  • Peter Dodge, scientifique spécialisé dans le radar météorologique
  • Bob Burpee, scientifique spécialiste des radars météorologiques Doppler
  • Pete Black, scientifique spécialisé dans l'interaction air-mer
  • Hugh Willoughby, scientifique spécialiste des catasondes
  • Jim McFadden, observateur
  • Janice Griffith, journaliste au Barbados Sun

Contexte

Après l'ouragan surprise de 1943, le National Hurricane Center américain a initié des missions de reconnaissance régulières au cœur des ouragans, connues sous le nom de « chasseurs d'ouragans »[2]. L'objectif de ces missions est de recueillir des données relatives à l'ouragan (telles que la vitesse des vents et sa position) afin de mieux prédire son déplacement et son intensité pour sauver des vies. Avant 1989, un seul avion s'était écrasé dans l'Atlantique lors d'un vol de reconnaissance : Snowcloud Five en 1955, qui a pénétré dans l'ouragan Janet à 210 mètres d'altitude et s'est écrasé dans le mur de l'œil, entraînant la mort de ses 11 passagers (bien qu'il y ait eu plusieurs autres accidents dans le Pacifique Ouest)[3].

Déroulement des faits

Prise de vue panoramique, montrant le mur de l'œil de l'ouragan Hugo.

Entre le 15 et le , plusieurs avions de l'U.S. Air Force (USAF) et de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) ont pénétré l'œil de l'ouragan Hugo à 76 reprises, documentant ainsi la position du centre de la tempête environ toutes les deux heures[4].

Parmi ces différents avions figurait un WP-3D Orion entretenu par la NOAA et surnommé « Kermit » (immatriculation N42RF)[5],[6]. Il a été déployé à la Barbade avec un autre WP-3D Orion dans le cadre d'une expérience de recherche coordonnée par la Division de recherche sur les ouragans (en). L'objectif de cette mission, appelée expérience d'énergétique des ouragans, était de recueillir le maximum de données relatives à l'ouragan et pour la recherche en modélisation des cyclones tropicaux[7],[8].

Avant de pénétrer dans l'ouragan, le radar ventral de l'avion tomba en panne[9]. L'intensité de la tempête augmenta alors jusqu'à atteindre la catégorie 5, avec des vents soufflant jusqu'à 322 km/h. Le vol NOAA42 descendit de 10 000 pieds (3 048 m) à seulement 1 500 pieds (457 m) au-dessus de l'océan et pénétra dans le mur de l'œil de l'ouragan. Immédiatement, il fut secoué par des vents violents, ce qui le fit s'incliner successivement à gauche et à droite, et piquer brusquement du nez, obligeant l'équipage à utiliser le palonnier pour garder le contrôle de l'appareil.

Le WP-3d Orion assurant le vol N0AA42, lorsque son moteur n°3 (au premier plan) est tombé en panne.

Ces vents violents engendrèrent des forces g énormes, atteignant +5,8 g et -3,7 g, soit bien supérieures à celles pour lesquelles l'avion avait été conçu. Des objets mal arrimés furent projetés dans la cabine[10],[1]. Les vents violents ont également endommagé l'appareil, le système de dégivrage du moteur n°4 se détachant. Peu après, le moteur n°3 a pris feu, provoquant une perte rapide d'altitude[1].

Les pilotes sont ensuite parvenus à éteindre l'incendie. Ils ont repris le contrôle à une altitude de 790 pieds (241 m) à 17 h 28 UTC. Le NOAA42 est alors entré dans l'œil, une zone plus calme située au centre de l'ouragan[8]. Afin d'éviter de surcharger les trois moteurs restants, les pilotes ont survolé le centre d'Hugo pendant une heure, à l'intérieur de l'œil d'un diamètre de 14 km, tout en amorçant une ascension progressive. Du carburant a également été largué du fuselage inférieur du WP-3D Orion pour pouvoir l'alléger et lui permettre de voler à plus haute altitude[8],[1].

L'équipage a décidé de sortir du mur de l'œil à 6 000 pieds (1 829 m), où les vents sont moins violents. L'avion a grimpé jusqu'à une altitude de 7 200 pieds (2 195 m), avant de quitter l'œil d'Hugo par la zone nord-est du mur de l'œil et d'atterrir en toute sécurité à l'aéroport international Grantley-Adams de la Barbade, sans autre incident particulier[9],[1].

Enquête

L'enquête, menée par la NOAA, a révélé que le capteur du régulateur de débit de carburant du moteur n°3 n'a pas été en mesure de contrôler correctement le débit de carburant alimentant ce dernier, entraînant une suralimentation du moteur en carburant et un incendie. Les enquêteurs ont également conclu que les violentes turbulences rencontrées par le NOAA 42 n'ont pas contribué à cet incendie[9].

L'enquête a également mis en évidence la présence de mésovortex, qui sont de petites zones de tourbillons et caractérisées par des vents extrêmement violents, dans le mur de l'œil d'Hugo (un phénomène météorologique inconnu à cette époque pour un ouragan). Les chercheurs ignoraient la présence de ces méso-tourbillon, car le radar ventral de l'avion était tombé en panne avant leur entrée dans le mur de l'œil, ce qui les a empêché de recevoir les données concernant les conditions météorologiques, qui évoluaient rapidement à ce moment-là ; de ce fait, le NOAA42 a foncé directement dans l'un d'eux[9].

De plus, l'enquête a révélé que l'avion était entré dans le mur de l'œil à une altitude de seulement 1 500 pieds (457 m), soit 3 500 pieds (1 067 m) plus bas que ce qui est recommandé pour la traversée d'un ouragan de la taille et de l'intensité d'Hugo[11].

Conséquences

Les données recueillies par le NOAA 42 sur l'ouragan ont permis d'améliorer la communication des prévisions météorologiques et la prédiction de la trajectoire et de l'intensité d'un ouragan[9]. Cela a ensuite permis de documenter plus de 30 ouragans survenue par la suite.

De plus, plusieurs modifications ont été apportées aux vols de reconnaissance à l'intérieur des ouragans : tous les aéronefs doivent désormais pénétrer dans le mur de l'œil de l'ouragan à une altitude minimale de 5 000 pieds (1 524 m) et les équipages doivent examiner en détail chaque aspect de la mission avant de s'y engager[9].

Médias

L'accident a fait l'objet d'un épisode dans la série télévisée Air Crash nommé « Au cœur de la tempête » (saison 13 - épisode 6),[9]. Shelly Price et Stephanie Hubka, de la série de podcasts Take to the Sky épisode 85: NOAA 42 Hurricane Hunters, parlent de l'incident du vol NOAA 42[12].

Références

  1. (en) Atlantic Oceanographic and Meteorological Laboratory, « 25th Anniversary of a 'hairy hop' into Hurricane Hugo », NOAA (consulté le ).
  2. ↑ (en) Lew Fincher et Bill Read, « The 1943 "Surprise" Hurricane », NOAA (version du sur Internet Archive).
  3. ↑ (en) Bill Murray, « 1955: Hurricane Janet and the Hurricane Hunters » [archive du ], The Alabama Weather Blog, (consulté le ).
  4. ↑ (en) Miles B. Lawrence, National Hurricane Center, Hurricane Hugo Preliminary Report, Miami, Floride, National Weather Service, (lire en ligne [archive du ]).
  5. ↑ (en) Katherine Kornei, « The Wildest Ride on a Hurricane Hunter Aircraft », EOS, (consulté le ).
  6. ↑ (en) « NOAA Aircraft: Image 4 » [archive du ], NOAA Celebrates 200 Years of Science, Service, and Stewardship, National Oceanic and Atmospheric Administration, (consulté le ).
  7. ↑ Sylvain Delage, « Qui sont ces chasseurs d’ouragans qui risquent leur vie en volant au cœur des pires tempêtes? », Ouest-France,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  8. (en) Frank D. Marks, Peter G. Black, Michael T. Montgomery et Robert W. Burpee, « Structure of the Eye and Eyewall of Hurricane Hugo (1989) », Monthly Weather Review, Boston, Massachusetts, American Meteorological Society, vol. 136, no 4,‎ , p. 1237–1259 (DOI 10.1175/2007MWR2073.1, Bibcode 2008MWRv..136.1237M, hdl 10945/36915 Accès libre, S2CID 52062413).
  9. (en) « Into the Eye of the Storm », Air Crash Investigation, (consulté le ).
  10. ↑ (en) « Hunting Hugo Part 1 », sur wunderground.com (consulté le ).
  11. ↑ (en) « 6 of the Most Harrowing Flights in Hurricane Hunter History », sur weather.com, The Weather Channel, (consulté le ).
  12. ↑ (en) « Episode 85: NOAA 42 Hurricane Hunters », sur Take to the Sky: The Air Disaster Podcast, (consulté le ).

Liens externes

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