Infiltrations de Palestiniens

Palestiniens de la bande de Gaza prisonniers des soldats israéliens à la frontière, 1954.

Les infiltrations de Palestiniens sont, de 1949 à 1956, des entrées clandestines de réfugiés palestiniens en Israël pour des raisons économiques, sociales ou militaires. Ces Palestiniens, ayant fui ou ayant été expulsés de Palestine, qui tentent de franchir la frontière israélienne sont réprimés par la police frontalière israélienne. Entre 2700 et 5000 Palestiniens sont tués par Israël, la plupart sans armes et sans intentions belliqueuses[1]. Elle permet le retour clandestin de dizaines de milliers de réfugiés[2]. La guérilla des fedayins palestiniens a lieu au même moment.

Politique israélienne

La politique israélienne pour empêcher le retour des réfugiés palestiniens est conçue par David Ben Gourion et Yossef Weiz et adoptée en conseil des ministres en [3]. Il autorise notamment le tir à vue et le piégeage des lignes de cessez-le-feu. Des contrôles d'identité surprise sont conduits sur les routes, couvre-feu et ratissage de villages entiers[2].

En décembre de la même année, l'assemblée générale des Nations unies adopte la résolution 194, selon laquelle « les réfugiés qui souhaitent rentrer dans leur foyer et vivre en paix avec leurs voisins doivent y être autorisés au plus tôt, et des réparations doivent être versées pour les propriétés de ceux qui choisissent de ne pas rentrer et pour la perte ou les dégâts aux biens d'après les principes du droit international[3][4]. » Malgré les pressions de la communauté internationale, dont le président Harry Truman, pour le retour des réfugiés, Israël en refuse le principe[4] et a toujours maintenu cette position, adoptant une législation empêchant ce retour et toute revendication palestinienne sur les terres et les biens dont ils avaient été spoliés[3],[4] comme la loi sur la propriété des absents.

En 1950, le ministère des Affaires étrangères israélien publie un livret argumentant contre le retour des réfugiés palestiniens. Il déclare que tout retour créerait un problème de minorité nationale, qui a été pratiquement éliminé par la guerre[5].

Israël adopta plusieurs lois déclarant illégales les entrées clandestines de Palestiniens sur son territoire[6], dont la loi sur la prévention des infiltrations d' rétroactive au avec des peines de prison allant de 5 ans à la perpétuité. Elle instaure des tribunaux spéciaux qui ont le droit de « s'écarter des règles habituelles » en matière de preuves[7],[8].

Le commandant de la 6e brigade, Yitzhak Pundak (en), a témoigné :« un jour, je fus convoqué sur le front central. Dans le bureau du major général Zvi Ayalon, et en présence de l'officier de renseignement Binyamin Gibli (en), on m'a ordonné de faire liquider chaque infiltré que nos troupes rencontreraient et, par mesure de dissuasion, de laisser les corps sur place , en guise d'avertissement. [...] Quand je demandais pourquoi il n'y avait pas d'ordre écrit, le général et l'officier de renseignement soulignèrent qu'ils parlaient au nom du chef d'état-major. Petit à petit les chemins se sont remplis de corps pourrissant. [...] La puanteur atteignait nos avant-postes, et les soldats commencèrent à souffrir de maux de tête, vertiges, nausées et difficultés respiratoires[9],[10] » (cf Tirer et pleurer).

Les infiltrations ont aussi servi de prétexte à l'expulsion de plusieurs milliers de Bédouins du Néguev en , que Tel-Aviv qualifia d'infiltrés pour se justifier face aux critiques internationales[11] (17 000 selon l’Encyclopédie de la Question palestinienne, en plus de 20 000 Palestiniens[2]).

1949-1956 : infiltrations de réfugiés

Les tentatives de retour de réfugiés palestiniens sont estimées à 15 000 par an en 1950-1951 ; ce chiffre tombe à 5000 tentatives annuelles vers 1955[12]. Cette chute s’explique par la politique de tir à vue adoptée par Israël, et par les difficultés du voyage : de nombreux Palestiniens meurent de faim, de soif ou de chaud en voulant rejoindre leur village, particulièrement quand ils doivent traverser le désert du Néguev[12].

Les franchissements de la frontière israélienne par les réfugiés palestiniens sont considérés comme illégaux par Israël depuis sa création. La plupart essayaient de retourner dans leur village, récupérer leurs biens abandonnés lors de leur fuite ou de l'expulsion pendant le nettoyage ethnique de la Palestine et de moissoner leurs champs, de récolter les fruits de leurs vergers (boustans)[13],[14] ou d‘apporter de l‘aide à une personne âgée restée en arrière pour différentes raisons[15].

Certains souhaitaient se réinstaller. Entre 30 000 et 90 000 réfugiés palestiniens auraient pu revenir en Israël de cette manière[2],[16]. Meron Benvenisti déclare que, les infiltrés étant pour la plupart d'anciens habitants rentrant chez eux pour des raisons personnelles, économiques ou sentimentales, fait qui a été volontairement ignoré en Israël, par crainte que cela conduise à une compréhension de leurs motivations et à la justification de leurs actes[13].

Le retour de réfugiés palestiniens s'installant dans leur maison ou, si celle-ci était détruite ou occupée par des immigrants juifs, est considéré comme un problème majeur par le gouvernement israélien. Les élites sionistes craignaient qu'un retour des réfugiés annule l'effet de la Nakba, c'est-à-dire une majorité juive en Israël et des quantités de terres arabes devenues disponibles pour la colonisation juive[13]. Environ 20 000 Palestiniens et 17 000 Bédouins furent expulsés à la faveur des mesures prises en 1949 par Ben Gourion. Rien qu'en 1949, environ un millier furent tués par l'armée [2].

De 1951 à 1956, des fedayins infiltrés commettent plusieurs attaques contre des civils israéliens[17], faisant 969 morts de 1950 à 1955[18]. Le gouvernement israélien opte pour une politique de représailles, la seule selon lui susceptible d'impliquer les armées arabes dans une lutte contre la guérilla palestinienne. Il crée l'unité 101 en  ; ce commando se spécialise dans les raids au-delà des frontières. Les cibles civiles sont également visées dans un premier temps. Mais une vague de protestations après le massacre de Qibya en , où l'unité 101 tue des dizaines de civils, le gouvernement israélien exclut les cibles civiles.

De 1954 à 1956, les raids se multiplient, menant à une spirale de représailles réciproques. Malgré les massacres à Gaza et en Cisjordanie, Israël ne parvient pas à se dépêtrer d'un état de guerre aux frontières. Ce dilemme stratégique est une des raisons de l'expédition de Suez. Après 1956, des Casques bleus sont présents à Gaza et la Jordanie renforce la surveillance de sa frontière.

Voir aussi

Bibliographie

2003, pages 1-22,

Liens externes

  • loi de prévention des infiltrations (en)

Notes

  1. Benny Morris, Israel's Border Wars, 1949-1956: Arab Infiltration, Israeli Retaliation, and the Countdown to the Suez War, Clarendon Press, (ISBN 978-0-19-829262-3, lire en ligne), p. 432 :

    « The available documentation suggests that Israeli security forces and civilian guards, and their mines and booby-traps, killed somewhere between 2,700 and 5,000 Arab infiltrators during 1949-56. The evidence suggests that the vast majority of those killed were unarmed. The overwhelming majority had infiltrated for economic or social reasons. The majority of the infiltrators killed died during 1949-51; there was a drop to some 300-500 a year in 1952-4. Available statistics indicate a further drop in fatalities during 1955-6, despite the relative increase in terrorist infiltration. »

  2. « Individual Return of Tens of Thousands of Palestinian Refugees; Israel Launches "War on Infiltration" », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consulté le 15 octobre 2025.
  3. Mathew Gibney, Immigration and Asylum: From 1900 to the Present, ABC-CLIO, , 469–470 p. (ISBN 9781576077962, lire en ligne)
  4. Muhammad Muslih, The Middle East in 2015 The Impact of Regional Trends on U.S. Strategic Planning, Diane Publishing reprint. Originally published by National Defense University Press, , 104–105 p. (ISBN 9781428961005, lire en ligne)
  5. Ian S. Lustick, Israel and its Palestinian Citizens: Ethnic Privileges in the Jewish State, Cambridge University Press, (ISBN 9781107045316, DOI 10.1017/cbo9781107045316), « Zionist Theories of Peace in the Pre-state Era Legacies of Dissimulation and Israel’s Arab Minority », p. 39
  6. « The Knesset Adopts the Entry into Israel Law », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question .
  7. « The Knesset Issues the Prevention of Infiltration Law », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question.
  8. [Prevention of Infiltration (Offences and Jurisdiction) Law 1954 (5714)]
  9. One day I was summoned to the central front. In the bureau of Maj. Gen. Zvi Ayalon, and in the presence of intelligence officer Binyamin Jibli, I was ordered to liquidate every infiltrator encountered by our forces, and as deterrence to leave the body in the field, to make an example of it. ... When I asked why there was no order in writing, the general and the intelligence officer emphasized that they were speaking in the name of the chief of staff. Gradually the trails filled up with bloated bodies. ... The stench that spread through the area reached our outposts and soldiers started to suffer from headaches, dizziness, nausea and breathing difficulties
  10. Adam Raz, « Revealed: Dozens of Egyptian Commandos Are Buried Under an Israeli Tourist Attraction », Haaretz,‎ (lire en ligne)
  11. Benny Morris, The Birth of the Palestinian refugee problem, 1947-1949, Cambridge University Press, 1987 (ISBN 0-521-33028-9), p. 246.
  12. Anne Irfan, « Settler Colonialism and the Displacement/Immobility Nexus: Israeli Policy in Gaza Since 1948 », Journal of Genocide Research, vol. 28, no 2, p. 421–437. https://doi.org/10.1080/14623528.2025.2547445.
  13. Benvenisti, Meron (2000): Sacred Landscape: Buried History of the Holy Land Since 1948. Chapter 5: Uprooted and Planted « https://web.archive.org/web/20060904163907/http://www.ucpress.edu/books/pages/8205/8205.ch05.html »(Archive.orgWikiwixGoogle • Que faire ?), . University of California Press. (ISBN 0-520-21154-5)
  14. Fareed Taamallah, « The abandoned harvests of 1948: Palestinian farmers remember the Nakba », Middle East Eye, 14 mai 2020.
  15. Saleh Abdel Jawad, « Zionist Massacres: the Creation of the Palestinian Refugee Problem in the 1948 War », In E. Benvenisti, C. Gans, S. Hanafi, (directeurs de publication) Israel and the Palestinian Refugees. Beiträge zum ausländischen öffentlichen Recht und Völkerrecht, vol. 189. Springer, Berlin, Heidelberg, 2007. https://doi.org/10.1007/978-3-540-68161-8_3, p. 69.
  16. Benny Morris, Israel's Border Wars, 1949–1956, Oxford University Press, (ISBN 0-19-829262-7), p. 39
  17. « Archived copy » [archive du ] (consulté le )
  18. Martin Gilbert, The Routledge Atlas of the Arab-Israeli Conflict, Routledge, (ISBN 9780415359016, lire en ligne)

Sources

  • David V. Bartram, "Foreign Workers in Israel: History and Theory," International Migration Review, Vol. 32, no 2. (Summer, 1998), p. 303–325.
  • Benny Morris, Israel's Border Wars 1949–1956 (1993).
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