International Visual Theatre
| Surnom | IVT |
|---|---|
| Type | Théâtre, Centre de formation, Maison d'éditions |
| Lieu | Pigalle[1], Paris |
| Inauguration | 9 décembre 1981[2] |
| Nb. de salles | Salle Alfredo Corrado |
| Capacité | 185 |
| Statut juridique | Association loi de 1901[2] |
| Tutelle | Ville de Paris, Direction régionale des Affaires culturelles d'Île-de-France, Région Île-de-France, Délégation générale à la langue française et aux langues de France |
| Direction | Emmanuelle Laborit, Jennifer Lesage-David |
| Site web | www.ivt.fr/ |
IVT - International Visual Theatre est un lieu culturel de la culture sourde, cofondé par Jean Grémion et Alfredo Corrado à Paris en 1977. Il est constitué de trois pôles : un théâtre, un centre de formation et une maison d'édition, liés dans une mission commune de transmission et de diffusion de la langue des signes française (LSF) et de sa culture. L’articulation du théâtre avec l’enseignement de la LSF permet de valoriser les différents registres de langue, d’avoir un matériau de travail et une pédagogie unique. Avec le Tyst Teater (sv) en Suède, le National Theatre of the Deaf aux États-Unis et le Teater Manu (no) en Norvège, IVT est en France un lieu de diffusion et de création du théâtre en langue des signes, et de spectacles visuels et corporels.
Histoire d'IVT
Les débuts (1977-1980)
En 1976, l’artiste sourd américain Alfredo Corrado, assistant du marionnettiste américain Robert Anton, se rend en France pour travailler dans le cadre du festival du Théâtre universitaire de Nancy. Il est l'invité de Jean Grémion, metteur en scène français, engagé dans une recherche sur le théâtre non verbal[3] et co organisateur du Festival, avec Jack Lang et Jean-François Labouverie
Ils fondent, en 1977, l'IVT - International Visual Theatre[4],[5],[6], première compagnie de théâtre pour comédiens sourds, grâce à la collaboration franco-américaine de l'Institut international du théâtre. Ils font appel à Bill Moody, interprète anglais – ASL et fondateur du Théâtre des Sourds de Chicago, qui devient le premier interprète de l’IVT. La création de l’IVT correspond au réveil du mouvement sourd, par le biais du théâtre.
À ses débuts, IVT s'installe à la Tour du Village du Château de Vincennes, grâce à l’aide du Ministère de la Culture. Il sera la première structure à proposer en France des cours de Langue des Signes Française. IVT crée son premier spectacle : « [ ] » , sur une communauté à la recherche de sa propre culture. Sa deuxième création « ] [ », racontera l'ouverture de la communauté sourde afin de partager l'expression de sa culture avec les autres[7]. La troisième création « 1X80 » retrace visuellement l'histoire de la communauté sourde[8].
La même année, et sous la dénomination de Centre Socio Culturel des Sourds, IVT met en place des ateliers de recherche théâtrale pour adultes sourds ainsi que des formations aux techniques de communication pour professeurs et orthophonistes. Ralph Robbins est à l’origine des ateliers théâtre. Comédien entendant et assistant à la mise en scène, il s’est inspiré pour ces ateliers de son expérience théâtrale aux États-Unis. Dans ces ateliers, se formeront Laurent Valo, Claire Garguier (actuelle présidente d’IVT), Sophie Marchand et Emmanuelle Laborit.
À partir de 1978, IVT crée des ateliers d'initiation à la LSF, à la culture sourde et à son expression théâtrale (Suisse, Belgique) et des ateliers de pratique artistique pour comédiens sourds et entendants (Baltimore, Munich, Amsterdam). De leur côté, les formateurs sourds d'IVT animent des ateliers de LSF en France.
L'expansion (1981-1991)
Après le départ de Jean Grémion, Alfredo Corrado assume la direction d'IVT, avec Thierry Jouno comme directeur administratif. Un programme complet d'apprentissage de la Langue des Signes est proposé. Il est élaboré par Bill Moody et les professeurs sourds, et constituera la première base écrite d'un enseignement cohérent de la LSF. En parallèle, IVT accueille un stage de Yoshi Oida. Cinq spectacles seront créés par la compagnie IVT durant cette décennie : EDNOM, LMS, Au Bout du Couloir, d'après Kafka, Album, d'après un livre d'Hervé Guibert, et Exercices de Signes d'après Raymond Queneau. Ce sont des créations originales, écrites par Didier Flory, en collaboration avec Alfredo Corrado qui assure la mise en scène. L’Avare est monté en 1987. C’est la première adaptation d’un texte classique, donc la transposition de ce texte écrit en français vers la langue des signes. L’Avare est la première présentation de la culture française auprès de la communauté sourde. C'est le fondement et les valeurs d’IVT. Sous l'impulsion de Thierry Jouno, IVT invite d'autres compagnies à collaborer dans de véritables échanges culturels.
En 1983, face à la demande, sera créé le premier poste de formateur en Langue des Signes à temps complet. Il est confié à Jean-Claude Poulain. Les premiers stages de communication non verbale et de grammaire sont mis en place. IVT crée un stage pour les enfants et adolescents sourds qui n'ont aucune langue : ce stage est souvent la seule ouverture pour certains parents ou professionnels qui n'arrivent pas à communiquer avec ces enfants. L'Université Paris VIII demande à IVT des professeurs sourds de Langue des Signes ; ils vont enseigner les premières U.V. de LSF créées en France, dans le cadre du diplôme de Langues Étrangères Appliquées. Chaque année, plus de 100 stages sont organisés, en plus des cours du soir et des ateliers hebdomadaires.
L'équipe d'IVT envisage de développer des supports pédagogiques pour accompagner la demande de formation. En 1983, après deux ans de recherche linguistique, La Langue des Signes est le premier recueil édité en Europe francophone sur la LSF et l'histoire de la communauté sourde. Suivra, en 1986, le second volume : Les Signes en main.
Sur les routes (1992-2003)
Pour des raisons de sécurité, IVT ne peut plus accueillir le public dans la Tour du Village du Château de Vincennes, à partir de 1993. Sous la direction de Jean-François La Bouverie, les équipes se retrouvent éparpillées sur le territoire : l'administration reste à Vincennes, l'équipe de formateurs s'installe d’abord à Alfortville en 1994, puis dans le quartier de la Bastille à Paris, la compagnie continue son activité artistique en itinérance (créations de spectacles et ateliers de pratique amateur).
IVT se fait connaître du grand public, en 1992, grâce à la pièce Les enfants du silence de Mark Medoff, avec Emmanuelle Laborit dans le rôle principal. Elle sera la première comédienne sourde à recevoir le Molière de la révélation théâtrale. IVT présentera plusieurs spectacles aux Rencontres d'été de la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon ainsi qu'au Festival d'Avignon : Les Pierres d'après Gertrude Stein, mis en scène par Thierry Roisin en 1989[9] et repris à Avignon en 1990[10], Vole mon dragon de Hervé Guibert mis en scène par Stanislas Nordey en 1994[11], Antigone d'après Sophocle mis en scène par Thierry Roisin en 1995[12].
IVT se consacre à l'adaptation théâtrale du français en langue des signes française, à partir de textes classiques et contemporains de la littérature internationale : Alfred de Musset, Samuel Beckett, Georg Büchner, William Shakespeare, Molière, Nathalie Sarraute, Charles Perrault, Homère…
L’institution (2004-2013)
Jean-François La Bouverie et Emmanuelle Laborit cherchaient un lieu unique pour les différentes activités. La Ville de Paris achète en 2004 le Théâtre 347, ancien Théâtre du Grand-Guignol, pour y installer IVT. L'administration et la formation se retrouvent sur le même site. Après trois ans de travaux, l’actuel théâtre en 2007 est ouvert ; K. lear mis en scène par Marie Montegani y est créé [4],[13], et l'IVT attire durant l'année plus de 10000 spectateurs. Il fête les 30 ans d’IVT et fait face à de nouveaux défis : l’accueil du public, l’ouverture d’un nouveau théâtre à Paris, le regroupement des activités de création théâtrale, d’enseignement et d’édition.
Emmanuelle Laborit est la première directrice d'IVT qui dispose en même temps d'une compagnie et d'un lieu[14]. Elle construit une programmation marquée par la réunion entre théâtre bilingue (présence sur scène de la LSF et du français) et théâtre visuel, dans un souci de pluridisciplinarité. Dans un laboratoire de recherche, créé alors, Emmanuelle Laborit souhaite théoriser et appliquer la rencontre entre la LSF et différentes disciplines artistiques. De ces recherches naissent des spectacles comme Inouï Music-Hall (chansigne) et Entre Chien et Loup (marionnette signante) en 2007. Elle nomme deux directeurs adjoints : Philippe Galant (responsable du centre de formation, de la maison d’édition et de la recherche linguistique) ; et Stéphane Judé (pour gérer les travaux d’installation à la cité Chaptal). Le documentaire Avec nos yeux réalisé par Marion Aldighieri retrace cette période. En 2010, Emmanuelle Laborit crée sa première mise en scène Héritages de Bertrand Leclair[15]. En 2014, elle coécrit avec Pierre-Yves Chapalain Une sacrée Boucherie, mise en scène par Philippe Carbonneaux, dans lequel elle joue le rôle de Solène. En 2015, elle coécrit, avec Praline Gay-Para, une version inédite de Blanche-Neige et met en scène La Reine Mère.
La restructuration (2014 à 2025)
En 2014, Emmanuelle Laborit s’associe à Jennifer Lesage-David. Elles écrivent un projet culturel et artistique triennal, pour la période de 2015 à 2017. Ce projet s’appuie sur l'ouverture, le partage et la transmission de la Langue des Signes Française dans ses dimensions artistiques et culturelles.
Une convention tripartite est signée avec la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC – Île de France) et la Ville de Paris.
En , IVT a fêté ses 40 ans[1]. Emmanuelle Laborit - Jennifer Lesage-David s'orientent vers la transmission de ces 40 années d’expérience, au profit d’une nouvelle génération d’artistes : ouverture aux compagnies émergentes, à de nouveaux publics, à des disciplines diverses, aux compagnies émergentes, à des résidences et des coproductions. De jeunes compagnies se créent dans la lignée d’IVT. Elles travaillent afin que les spectacles s’adressent aussi bien aux sourds qu’aux entendants. Avec cette dynamique de travail, une nouvelle identité visuelle est créée : nouveau logo et nouvelle charte graphique.
IVT accueille chaque saison une quinzaine de spectacles, une dizaine de soirées thématiques (projections, conférences, rencontres…) et plusieurs résidences de création, produit et accompagne des créations originales dites « bilingues » (en français et en LSF), des résidence et des coproductions. La rencontre entre les deux langues amène aux questions : comment se font-elles écho? Comment se croisent-elles ou s’éloignent-elles ? Et comment ce croisement apporte un appui dramaturgique, une dimension poétique ou un rythme singulier ?
La ligne artistique mêle langue des signes et champs artistiques divers (théâtre, danse, marionnette, arts du mime et du geste, cirque…), afin d’élargir et de nourrir la création « bilingue ». La culture sourde est une culture du visuel, portée par le regard. IVT vise à faire prendre conscience au plus grand nombre que la langue des signes est une richesse. Pour les sourds, comme pour les entendants, elle est la porte d’entrée vers une autre culture, une autre vision du monde.
À partir de 2018, la direction veut faire d’IVT un « centre de ressource », en partage ses ressources avec l’Institut National de l'Audiovisuel (INA).
Activités pédagogiques
IVT est spécialisé dans l’apprentissage de la LSF, certifié Qualiopi[16]. La formation en LSF correspond au référentiel européen des formations en langue ; elle prépare les stagiaires à obtenir le DCL – Diplôme de Compétence en Langue[16]. Le centre de formation propose chaque année une vingtaine de formations et accueille près de 1 000 stagiaires[17]. En 2015, IVT crée quatre modules de formation en langue des signes, à destination des personnes sourdes ou signantes de très bon niveau. La direction crée ensuite un nouveau programme, le Master Class[18]. Les enseignements sont dispensés par des spécialistes sourds, venus de toute la France ; ils forment des stagiaires pour les aider à développer des activités en rapport avec la LSF et la culture sourde. Les formations d’IVT s’adressent aux néophytes et aux personnes signantes. Dans chaque cursus, l’enseignement vise à préserver la langue et à mettre en valeur sa singularité.
IVT édite et diffuse depuis 40 ans des ouvrages de référence pour la langue des signes et la culture sourde[19]. Un catalogue d’une quarantaine d’ouvrages est en cours sur leur site internet. Il compte notamment cinq dictionnaires bilingues. Les ouvrages peuvent être commandés en ligne ou achetés sur place, les soirs de spectacle[19].
Activités culturelles
IVT est une des références de la culture sourde dans le paysage culturel, dans plusieurs axes : la participation de Jennifer Lesage-David dans des projets d’envergure, la réalisation de contenus pour l’exposition L’Histoire silencieuse des Sourds au Panthéon, (sous le commissariat scientifique de Yann Cantin, docteur en Histoire à l’EHESS), ou encore, l’accompagnement culturel et linguistique du réalisateur David Hourrègue pour la saison 5 de la série Skam-France, produite par France Télévisions.
IVT : une structure originale
L’équipe d’IVT est constituée de salariés sourds et d'autres entendants ; il serait impensable de travailler sans personnes sourdes, et donc sans les natifs de cette langue. La philosophie d’IVT est d’être bilingue : l’équipe doit pouvoir échanger et travailler en LSF et à l’écrit en français.IVT doit être accessible à tous, signants et non-signants.
Cette équipe montre que certains modèles organisationnels peuvent offrir aux sourds une place de citoyens à part entière. Si l’environnement étant adapté, il leur évite de devoir s’adapter et leur permet de s’épanouir comme salariés. Deux cultures travaillant ensemble sans barrière de langue, cela donne aux équipes une meilleure compréhension de la culture de l’autre, et les enrichit mutuellement.
La langue des signes est utile aux deux parties : mettre en communication le sourd avec l’entendant, mais aussi l’entendant avec le sourd. La langue des signes permet aux sourds d’être citoyens à part entière : ils ont longtemps été isolés, avec des difficultés pour accéder aux informations et aux connaissances.
Personnalités ayant marqué l’histoire d’IVT
- Levent Beskardes - comédien
- Monica Companys - comédienne
- Chantal Liennel - comédienne
- Bachir Saïfi - comédien
- Laurent Valo - comédien
- Emmanuelle Laborit - comédienne
Notes et références
- « IVT - International Visual Theatre », sur IVT (consulté le ).
- « International Visual Theatre », sur Societe (consulté le ).
- ↑ Jean Grémion 2017.
- Michel Corvin 2008.
- ↑ « International Visual Theatre : 40 ans au service d'un théâtre de l'expression », sur culture.gouv.fr
- ↑ « La création d'IVT »
, sur ivt.fr (consulté le ).
- ↑ Olivier Schetrit 2013.
- ↑ Colette Godard, « 1 X 80 au château de Vincennes. Aux portes du silence », Le Monde, (lire en ligne).
- ↑ « Les Pierres, d'après Gertrude Stein, au château de Vincennes. L'émotion du silence », Le Monde, (lire en ligne).
- ↑ « Les Pierres [notice de spectacle] », sur Bibliothèque nationale de France.
- ↑ « L'été. Festival Avignon 94. Vole mon dragon au tinel de la Chartreuse. "Quels coeurs faut-il briser ?" », Le Monde, (lire en ligne).
- ↑ Claude Liscia, Autour d’"Antigone" (recueil d'entretiens de Claude Liscia avec divers intervenants de l'International visual theatre), Vincennes, IVT éditions, , 65 p..
- ↑ « K. Lear », sur Les Archives du spectacle.
- ↑ « International Visual Theatre (IVT) : la LSF sur le devant de la scène », sur cairn.info,
- ↑ Philippe Chevilley, « Des mots et des signes. Un émouvant spectacle « bilingue » fait communier spectateurs sourds et entendants », Les Échos, (lire en ligne).
- « Formations | IVT », sur ivt.fr (consulté le )
- ↑ « IVT - International Visual Theatre | IVT », sur ivt.fr (consulté le )
- ↑ « Master Class | IVT », sur ivt.fr (consulté le )
- « Éditions | IVT », sur ivt.fr (consulté le )
Bibliographie
- (en) Andrea Benvenuto et Olivier Schetrit, « International Visual Theatre (IVT): amongst Deaf identity repair processes and emancipatory impulse », Diffractions, no 7, , p. 131-151 (lire en ligne).
- Michel Corvin, « International Visual Theatre (IVT) », dans Michel Corvin (dir.), Dictionnaire encyclopédique du théâtre à travers le monde, Paris, Bordas, (ISBN 9782047312957), p. 716-717.
- Jean Grémion, La création d'IVT : le théâtre des sourds de Paris, Paris, Centre socioculturel des sourds-Éditions IVT, , 255 p. (ISBN 978-2-904641-23-7).
- Olivier Schetrit, « L'International Visual Theatre et ses apports culturels autour de la langue des signes française. Contribution à une histoire de l'art sourd : quelques exemples contemporains », La nouvelle revue de l'adaptation et de la scolarisation, vol. 4, no 64 « Surdités, langues, cultures, identités : recherches et pratiques », , p. 203-222 (lire en ligne
).
Annexes
Articles connexes
Liens externes
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