Iouri Lioubimov
| Nom de naissance | Любимов, Юрий Петрович Lioubimov, Iouri Petrovitch |
|---|---|
| Naissance |
Iaroslavl (République russe) |
| Décès |
(à 97 ans) Moscou (Russie) |
| Activité principale | Metteur en scène de théâtre, acteur |
| Style | |
| Activités annexes | professeur d'art dramatique |
| Années d'activité | 1935-2014 |
Iouri Petrovitch Lioubimov (en russe : Юрий Петрович Любимов) (né le à Iaroslavl, en Russie et mort à Moscou le [1]) est un acteur et metteur en scène soviétique puis russe, fondateur du Théâtre de la Taganka[2],[3].
Biographie
Le grand-père de Iouri Lioubimov est un koulak qui fuit à Moscou pour échapper à une arrestation lors de la collectivisation des terres. Le père de Lioubimov, Piotr Zakharovitch, est un marchand, qui travaille pour une société écossaise, et sa mère, Anna Alexandrovna, une institutrice mi-russe, mi-tsigane. Il a un frère aine, David. Ses parents s'installent à Moscou en 1922 et les deux sont arrêtés.
De 1934 à 1936, il est de la troupe du second Théâtre d'art de Mikhaïl Tchekhov. En 1936, le Théâtre d'art ferme ses portes et Lioubimov poursuit sa formation à l'Institut d'art dramatique Boris-Chtchoukine, dont il sort diplômé en 1939. Au cours des années 1930, il fait également la rencontre du célèbre metteur en scène d'avant-garde Vsevolod Meyerhold. Il travaille pour l'Ensemble Chanson et Danse, où il rencontre et se lie d'amitié avec Dmitri Chostakovitch, Nikolaï Erdman et de nombreux autres artistes et intellectuels de son temps.
Après avoir servi dans l'armée soviétique pendant la Seconde Guerre mondiale, Lioubimov rejoint le Théâtre Vakhtangov, fondé par Evgueny Vakhtangov. En 1952, il reçoit le prix Staline.
Lioubimov commence à enseigner en 1963 et fonde le Théâtre Taganka l'année suivante. Sous Lioubimov, le théâtre devient très populaire à Moscou, et compte dans sa troupe les acteurs Vladimir Vyssotski et Alla Demidova. En 1971, Hamlet de William Shakespeare devient une des productions-phares de ce théâtre. Longtemps un classique underground soviétique, le roman Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov est mise en scène en 1977, dans une adaptation de Lioubimov. Après la première, la Pravda l'attaque dans un article intitulé Spectacle de magie noire au Taganka. Mais la pièce reste cependant à l'affiche[4]. Les autorités interdisent à trois reprises sa pièce sur la vie de Fiodor Kouzkine basée sur la nouvelle de Boris Mojaïev de 1966, qui critique vivement la collectivisation de l'agriculture sous Staline[4]. Dans les années 1980, après la mort de Vyssotski, les tensions autour du théâtre s'exacerbent. Les autorités envisagèrent d'interdire purement et simplement le spectacle Vladimir Vysotsky, dédiée à la mémoire de l'artiste, mais une rencontre personnelle entre Lioubimov et le secrétaire général du Comité central du PCUS, Youri Andropov, permet de le sauver. Toutefois, un double cordon de milice entoure le théâtre ; on n'y accède que sur invitation écrite[4]. En 1982, la troupe de Lioubimov prépare Boris Godounov. La répétition générale publique se déroule dans l'enthousiasme générale, puis, la représentation est interdite et aucune démarche entreprise par Lioubimov ne pourra faire revenir les autorités sur leur décision. Après cela, il part à Milan et y met en scène `Lulu d'Alban Berg, remportant le prix de la meilleure production d'opéra de l'année. Pourtant, pas un mot ne sera écrit à ce sujet dans son pays[4].
Son spectacle Crime et Châtiment d'après le roman de Dostoïevski lors d'une tournée à Londres, en 1983, reçoit d'excellentes critiques et sera récompensé par le prix Evening Standard[5]. Il est le premier étranger à recevoir ce prix[4]. À Londres, Lioubimov fait plusieurs déclarations aux journalistes de The Times dans lesquelles il critique sévèrement la politique culturelle officielle soviétique, notamment en ce qui concerne le théâtre. Ces déclarations provoquent la colère des responsables de l'ambassade soviétique à Londres et ont même suscité des menaces[4]. Il affirme avoir été menacé par des représentants de l'ambassade soviétique, ce qui l'incite à demander l'aide du ministère britannique des Affaires étrangères.
Lioubimov refusa les demandes des autorités soviétiques de retourner à Moscou et met d'abord en scène l'opéra de Wagner, Tristan et Isolde, à Bologne, puis se rendit à Milan pour se faire soigner. Il reprend ensuite son travail en Italie et en Angleterre.
En , Lioubimov travaille à Stuttgart, prépare une production en Angleterre, négocie une mise en scène de Rigoletto. En , Andropov, son protecteur, décéde. En , il est démis de ses fonctions pour « absence injustifiée au travail, remplacé par Anatoly Efros au poste de directeur artistique du Théâtre Taganka.
En , dans le contexte de la perestroïka, Lioubimov revient à Moscou. Il retrouve sa citoyenneté et la direction du théâtre Taganka après cinq ans d'exil en [6].
En 1992, Lioubimov reçoit le titre d'artiste du peuple de la fédération de Russie.
Après le retour de Lioubimov, un conflit aigu éclate au sein du théâtre Taganka, suivi d'une scission. Une partie de la troupe, dirigée par Nikolaï Goubenko, se sépare et forme un nouveau théâtre, la « Communauté des acteurs de Taganka », et s'installe dans le nouveau bâtiment du Théâtre Taganka. Lioubimov, avec les acteurs et le personnel restants, créa une nouvelle troupe et poursuivit ses activités dans l'ancien bâtiment de Zemlianoy Val.
Iouri Lioubimov décède le , des suites d'une crise cardiaque. Il est enterré au cimetière Donskoï[7],[8],[9].
Distinctions
Filmographie partielle
- 1946 : Robinson Crusoé (Робинзон Крузо) d'Aliaksandr Andryewski : Vendredi
- 1948 : Mitchourine (Мичурин) de Alexandre Dovjenko : traducteur
- 1949 : Les Cosaques de Kouban (Кубанские казаки) de Ivan Pyriev : Andreï
- 1952 : Le Compositeur Glinka (Композитор Глинка) de Grigori Alexandrov : Alexandre Dargomyjski
- 1953 : Belinski (Белинский) de Grigori Kozintsev : médecin
- 1956 : Sur les planches de la scène (На подмостках сцены) de Konstantin Youdine : comte Zefirov
- 1958 : La ville allume les lumières (Город зажигает огни) de Vladimir Venguerov : Alexei Boïkov
- 1963 : Cain XVIII (Каин XVIII) de Nadejda Kocheverova : premier ministre
Film sur Iouri Lioubimov
- 1991 : Enfants de chiennes (Сукины дети) de Leonid Filatov
Notes et références
- ↑ AFP, « Mort du metteur en scène Iouri Lioubimov, géant du théâtre russe », sur DH.be,
- ↑ (en) Yuri Vyazovsky, « Obituary: Yuri Lyubimov - Russian theatre star », sur BBC,
- ↑ (en) Michael Coveney, « Yuri Lyubimov obituary », The Guardian, (lire en ligne)
- (en) « I will not work in such conditions any more... », Sage Journals, (lire en ligne)
- ↑ (en) Frank Rich, « Theater : Crime and Punishment », The New York Times, (lire en ligne)
- ↑ (en) Megan Rosenfeld, « Lyubimov's citizenship restored. Taganka Theater director returns after 5-years exile », The Washington Post, (lire en ligne)
- ↑ (en) David Belcher, « Yuri Lyubimov, Experimental Director of Russian Stage, Dies at 97 », The New York Times, (lire en ligne)
- ↑ (en) « Yuri Lyubimov », The Times, (lire en ligne)
- ↑ (en) « Russian Director Lyubimov Dies At Age 97 », sur Radio Free Europe/Radio Liberty,
Liens externes
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- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
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