Isabelle du Brésil
| Isabelle (pt) Isabel | ||
La princesse impériale Isabelle du Brésil. | ||
| Titre | ||
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| Prétendante au trône du Brésil | ||
| – (29 ans, 11 mois et 9 jours) |
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| Prédécesseur | Pierre II | |
| Successeur | Pierre-Henri d'Orléans-Bragance (branche de Vassouras) Pierre d'Orléans-Bragance (branche de Petropolis) |
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| Régente du Brésil | ||
| – (1 an, 1 mois et 23 jours) |
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| Président du Conseil | João Alfredo Correia de Oliveira Afonso Celso de Assis Figueiredo |
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| Prédécesseur | Pierre II (empereur du Brésil) | |
| Successeur | Pierre II (empereur du Brésil) | |
| – (1 an, 6 mois et 21 jours) |
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| Président du Conseil | Luís Alves de Lima e Silva | |
| Prédécesseur | Pierre II (empereur du Brésil) | |
| Successeur | Pierre II (empereur du Brésil) | |
| – (10 mois et 6 jours) |
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| Président du Conseil | José Maria da Silva Paranhos | |
| Prédécesseur | Pierre II (empereur du Brésil) | |
| Successeur | Pierre II (empereur du Brésil) | |
| Princesse impériale du Brésil | ||
| – (39 ans, 10 mois et 5 jours) |
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| Prédécesseur | Pierre-Alphonse du Brésil | |
| Successeur | Pierre d'Orléans-Bragance (de jure) | |
| – (1 an, 1 mois et 8 jours) |
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| Prédécesseur | Alphonse du Brésil | |
| Successeur | Pierre-Alphonse du Brésil | |
| Biographie | ||
| Titre complet | Princesse du Brésil Princesse impériale Comtesse d’Eu |
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| Dynastie | Maison de Bragance | |
| Nom de naissance | Isabel Cristina Leopoldina Augusta Micaela Gabriela Rafaela Gonzaga de Bourbon e Bragança | |
| Date de naissance | ||
| Lieu de naissance | Palais de Saint-Christophe, Rio de Janeiro (Brésil) | |
| Date de décès | (à 75 ans) | |
| Lieu de décès | Eu (France) | |
| Sépulture | Cathédrale de Petrópolis | |
| Père | Pierre II | |
| Mère | Thérèse-Christine de Bourbon-Siciles | |
| Conjoint | Gaston d’Orléans, comte d’Eu |
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| Enfants | Luísa de Orléans e Bragança Pierre d'Orléans-Bragance Louis d'Orléans-Bragance Antoine d'Orléans-Bragance |
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| Religion | Catholicisme | |
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| Régents du Brésil Prétendants au trône du Brésil |
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Isabelle du Brésil (en portugais, Isabel do Brasil), née à Rio de Janeiro, au Brésil, le et morte au château d'Eu, en France, le a été princesse héritière du Brésil, régente de l’Empire à trois reprises (en 1871-1872, 1876-1877 puis 1887-1888) puis prétendante au trône après la chute de la monarchie.
Libérale, la princesse Isabelle soutient fermement les partisans de l’abolition de l’esclavage et appuie ainsi le combat de nombreux jeunes politiciens et artistes. Or, à l’époque, une grande partie des abolitionnistes sont liés au mouvement républicain. D’autre part, avec sa cassette personnelle, la princesse impériale soutient l’artisanat des anciens esclaves et appuie également le quilombo de Leblon, qui cultive les camélias blancs, symboles de l’abolitionnisme.
En 1887, elle assume pour la troisième fois de sa vie la régence et décide très vite d’en terminer avec le régime esclavagiste. Cependant, sa volonté d’abolition soulève une forte opposition de la part des grands propriétaires terriens (les « fazendeiros ») et les relations de la princesse avec son cabinet ministériel conservateur (et notamment le ministre Cotegipe) se tendent. La princesse profite finalement d’une émeute urbaine pour renvoyer ses ministres et nommer un nouveau cabinet ayant à sa tête son conseiller, João Alfredo : la route vers la liberté est dès lors assurée pour les esclaves de l’Empire.
Ayant aboli l’esclavage en signant la Loi d'or en 1888, elle reçoit le surnom d’« Isabelle la Rédemptrice ». Par son mariage avec le prince Gaston d'Orléans, comte d'Eu, petit-fils du roi des Français, elle donne naissance à la Maison d'Orléans-Bragance.
Jeunesse et famille
Premières années et éducation

Deuxième enfant de l’empereur Pierre II, la princesse Isabelle naît en 1846 au palais de Saint-Christophe. Elle est l’aînée des enfants survivants de l’empereur Pierre II (1825-1891) et de son épouse, l’impératrice Thérèse-Christine de Bourbon-Siciles (1822-1889), elle-même fille du roi François Ier des Deux-Siciles (1777-1830).
Le , elle est baptisée dans la chapelle impériale par l'évêque-comte d'Iraja et son nom lui est donné en l’honneur de sa grand-mère maternelle, Marie-Isabelle d’Espagne (1789-1848), reine des Deux-Siciles.
Peu de temps après, le frère de la princesse, dom Alphonse (1845-1847), meurt et Isabelle devient princesse impériale et héritière du Brésil. La même année naît la princesse Léopoldine de Bragance (1847-1871) qui va être l’amie et la compagne de jeu de sa sœur. En 1848, Isabelle perd son statut d’héritière avec la naissance de son second frère, dom Pierre-Alphonse (1848-1850), mais elle le retrouve rapidement puisque l’enfant meurt à l’âge d'un an et demi.
Afin de préparer la princesse Isabelle à son rôle d’héritière du trône, Pierre II lui fait donner une éducation soignée. Sur les conseils de sa sœur, la princesse de Joinville, l’empereur nomme ainsi, en 1855, la comtesse de Barral, épouse d’un noble français, comme préceptrice de ses filles.
Comme le lui demande la constitution brésilienne, la princesse Isabelle prête serment, le jour de ses 14 ans, de « maintenir la religion catholique apostolique romaine, d’observer la constitution politique de la nation brésilienne et d’obéir aux lois et à l’empereur ».
Mariage et descendance
La principale préoccupation de l’empereur et de sa famille consiste à trouver des maris honorables pour les princesses Isabelle et Léopoldine. Avec l’aide de la princesse de Joinville, Pierre II choisit finalement comme gendres les princes Gaston d’Orléans (1842-1922) et Auguste de Saxe-Cobourg-Kohary (1845-1907), tous deux petits-enfants du roi des Français Louis-Philippe Ier et neveux de sa sœur. Les deux jeunes gens arrivent ensemble au Brésil en 1864 : Gaston, pour épouser Léopoldine et Auguste, pour s’unir à Isabelle. Cependant, les deux princesses prennent la liberté de choisir chacune leur époux et Isabelle s’unit au prince Gaston d'Orléans, comte d'Eu, petit-fils du roi des Français. Les deux jeunes gens vont ainsi engendrer une nouvelle dynastie : les Orléans-Bragance.

Le , la princesse impériale épouse Gaston, à Rio de Janeiro. De cette union naissent quatre enfants :
- la princesse Louise Victoire de Orléans e Bragança (1874-1874) ;
- le prince Pedro de Alcântara Luís Filipe Maria Gastão Miguel Gabriel Rafael Gonzaga de Orléans e Bragança (1875-1940), prince du Grão-Para (1875-1891) puis prince impérial (1891-1908), qui épouse en 1908 la comtesse tchèque Elisabeth Dobrzensky de Dobrzenicz (1875-1951). Ce sont les grands-parents du prétendant orléaniste au trône de France, Henri d’Orléans (1933-2019), comte de Paris. Au Brésil, Pierre d’Alcantara est également le fondateur de la branche de Petropolis de la maison d'Orléans-Bragance ;
- le prince Luís Maria Filipe Pedro de Alcântara Gastão Miguel Rafael Gonzaga de Orléans e Bragança (1878-1920), prince impérial (1908), qui s’unit à Marie-Pie de Bourbon-Siciles (1878-1973). Au Brésil, ce sont les ancêtres de la branche de Vassouras de la maison d'Orléans-Bragance ;
- le prince Antônio Gastão Filipe Francisco de Assis Maria Miguel Gabriel Rafael Gonzaga de Orléans e Bragança (1881-1918), sans alliance.
Peu après leur mariage, Isabelle et Gaston partent en lune de miel à Pétropolis puis ils gagnent l’Europe pour qu’Isabelle soit présentée à son beau-père, le duc de Nemours.

Une fois revenus au Brésil, Gaston demande à l’empereur la permission de s’engager dans la guerre que livre alors le Brésil contre son voisin, le Paraguay. Le prince reçoit alors du souverain la dignité de maréchal de l'armée. Puis, dans la phase finale du conflit, le comte d’Eu assume le commandement des troupes brésiliennes, ce qui est source de préoccupations pour la princesse Isabelle mais surtout d’opposition dans certains cercles brésiliens dans la mesure où le prince Gaston ne prend pas toujours des décisions militaires très sages.
Une fois la guerre terminée, Isabelle et Gaston réalisent un nouveau voyage en Europe pour rendre visite à la princesse Léopoldine, alors malade. Mais celle-ci meurt du typhus le et le couple rentre au Brésil. La même année, dom Pierre II se rend à son tour en Europe et Isabelle doit assumer la régence à l’âge de 24 ans. C’est durant cette période qu’est signée la « Loi du Ventre libre », qui donne la liberté aux enfants d’esclaves nés après 1871.
Mais, à cette époque, c’est moins le statut des esclaves que l’absence d’héritier dans la famille impériale qui préoccupe Isabelle et son époux. Il faut en effet attendre 1874 pour que la princesse tombe enceinte mais l’enfant dont elle accouche est mort-né. C’est finalement le , après 11 ans de mariage, que naît l’héritier tant attendu de la princesse Isabelle, Pierre d’Alcantara d’Orléans-Bragance, titré prince de Grão-Para. Deux autres garçons vont suivre.
En tant que princesse impériale, Isabelle obtient de droit un siège au Sénat lorsqu'elle atteint l'âge de 25 ans[1], devenant la première femme sénatrice de l'histoire du Brésil[2].
Régente du Brésil
Première régence

Malgré son affection pour ses filles, Pierre II ne croit pas qu'Isabelle, devenue princesse héritière, soit capable d'assurer correctement les fonctions impériales. Il pense au contraire que son successeur doit être de sexe masculin pour que la monarchie puisse être viable[3]. Il considère de plus en plus que le système impérial lui est lié de façon inextricable et qu'il ne peut lui survivre[4]. Isabelle et sa sœur reçoivent une éducation exceptionnelle[5] mais l'empereur ne les prépare pas du tout à diriger la nation. Il exclut ainsi Isabelle de toute participation aux réunions et décisions gouvernementales[6].

L'absence d'héritier mâle permettant d'envisager une nouvelle direction de la nation diminue également les perspectives à long terme de la monarchie brésilienne. L'empereur aime sa fille Isabelle, mais il estime qu'une femme au pouvoir est impossible au Brésil. Il considère la mort de ses deux fils comme un signe que l'Empire est destiné à être supplanté[7]. La résistance à accepter une femme à la tête de l'État est également partagée par l’establishment politique[8]. Même si la constitution permet une succession féminine au trône, le Brésil est encore très traditionnel et envisage seulement un successeur mâle comme chef d'État[4].
En 1871, Pierre II et son épouse partent en voyage en Europe[9],[3]. Il y a longtemps que l'empereur souhaite voyager à l'étranger. Quand on lui apprend que sa fille cadette, Léopoldine, est morte à 23 ans, à Vienne, de la fièvre typhoïde, le , il a enfin une raison majeure de s'aventurer hors de l'Empire[9],[5],[6].
Avec le départ de l’empereur, Isabelle est propulsé sur le devant de la scène. Elle prête officiellement serment sur la constitution, devant le parlement, et devient régente de l’Empire à partir du .

Elle approuve alors la politique du chef de gouvernement, le conservateur José Maria da Silva Paranhos, vicomte de Rio Branco, dont le principal objectif est de faire adopter une loi pour libérer immédiatement tous les enfants nés de femmes esclaves[10]. Le projet de loi controversé est présenté à la Chambre des députés en mai et « doit faire face à une opposition déterminée, qui reçoit le soutien d'environ un tiers des députés et qui cherche à dresser l'opinion publique contre la loi »[11]. Le projet est finalement promulgué en septembre et est connu sous le nom « Loi du ventre libre »[11]. Cette victoire de Rio Branco ébranle cependant sérieusement la stabilité politique de l'Empire. La loi « scinde le parti conservateurs en deux, une faction du parti soutenant la réforme tandis que l'autre connue sous le nom des escravocratas (« esclavocrates ») se lance dans une opposition violente », formant une nouvelle génération d'ultra-conservateurs[12].
En 1870, peu de Brésiliens s'opposent à l'esclavage et moins nombreux encore sont ceux qui osent prendre ouvertement position contre lui. Isabelle est l'une des rares à le faire[13],[14] et elle considère l'esclavage comme « une honte nationale »[15]. La famille impériale ne possède d'ailleurs pas d'esclave[14]. En 1823, les esclaves formaient 29 % de la population brésilienne, mais ce chiffre tombe à 15,2 % en 1872[3]. Cependant, l'abolition de l'esclavage est un sujet délicat au Brésil. Presque tout le monde, du plus riche au plus pauvre, a ses esclaves[5],[16]. Le gouvernement veut pourtant mettre fin à l'esclavage progressivement[17],[6] afin d'atténuer l'impact de l'abolition sur l'économie nationale[18]. Il feint ainsi d'ignorer les dommages croissants que causent à son image et à celle de la monarchie son soutien à l'abolition[19].
La régence prend officiellement fin le , lors du retour de l’empereur dans la capitale.
Seconde régence

En , l’empereur part une nouvelle fois en voyage à l'étranger, cette fois à destination des États-Unis. Isabelle assume une nouvelle fois la régence. Alliée aux libéraux, et favorable aux réformes progressistes déjà initiées par son père, Isabelle est confrontée à plusieurs oppositions. L'armée, qui avait gagné en influence après avoir participé à la guerre de la Triple Alliance (-) contre le Paraguay, devient de plus en plus insatisfaite du régime impérial. Beaucoup de militaires n'étaient pas non plus satisfaits de la manière dont le recrutement de troupes a été effectué pour participer à l'effort de guerre, l'armée ne comptant que 18 000 hommes en 1865[20].
Les idées républicaines commencent à se répandre, alimentées par une classe moyenne montante et des officiers de l'armée[21]. Le premier journal républicain paraît le [22],[23]. Les républicains s'inspirent fortement des écrits d'Auguste Comte, pour qui la science joue un rôle essentiel pour comprendre les phénomènes qui ont lieu dans le monde[24]. La sécheresse extrême qui frappe le Nordeste à la fin des années 1870, avec près de 300 000 morts, est également mal gérée par le gouvernement[25].
Cette seconde période de régence dure plus d’une année, en raison de l’absence prolongée de l’empereur. Il traverse l'Atlantique et visite le Danemark, la Suède, la Finlande, la Russie, l'Empire ottoman, la Grèce, la Terre sainte, l'Égypte, l'Italie, l'Autriche-Hongrie, l'Allemagne, la France, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, la Suisse et le Portugal[3],[26]. Il retourne enfin au Brésil le [6].
Troisième régence

À la fin des années 1880, la santé de l'empereur s'aggrave considérablement[3] et ses médecins lui conseillent d'aller se faire soigner en Europe[27]. Pierre II quitte donc le Brésil le tandis que sa fille Isabelle assure de nouveau la régence[27].
Le ont lieu les derniers votes concernant l’abolition de l’esclavage. Certaine de sa victoire, la régente gagne Petropolis pour y signer la « Loi d'or » (« Lei Áurea ») qui met fin à l’esclavage au Brésil. Isabelle utilise alors un stylo plume d’or spécialement confectionné pour l’occasion (et qui est encore conservé aujourd’hui). Le , pour la récompenser de cette action, le pape Léon XIII envoie à la princesse la Rose d’or mais, au Brésil, tout le monde n’est pas aussi satisfait de l’abolition. Le baron de Cotegipe ne s’y trompe d’ailleurs pas lorsqu’il déclare à la princesse : « Votre Altesse a libéré une race, mais elle a perdu le trône ».
Pendant son séjour à Milan, l'empereur reste deux semaines entre la vie et la mort et reçoit les derniers sacrements[28],[3],[6]. Alors qu'il est en convalescence, sur son lit d'hôpital, on l'informe, le , que l'esclavage est aboli au Brésil. D'une voix faible et les larmes aux yeux, il dit : « Quel grand peuple ! Quel grand peuple ! »[29],[6],[3]. Il retourne au Brésil et débarque à Rio de Janeiro le [30],[5]. « Le pays tout entier l'accueille avec un enthousiasme jamais vu auparavant. De la capitale, des provinces, de partout, arrivent preuves d'affection et de vénération[31] ». Les signes de dévotion exprimés par les Brésiliens au retour de l'empereur et de l'impératrice montrent à quel point la monarchie semble bénéficier d'un soutien inébranlable[32] et être au sommet de sa popularité[30],[33],[6].

Les prédictions d'une récession économique et d'une poussée du chômage provoquées par l'abolition s'avèrent fausses[34]. Néanmoins, la fin de l'esclavage est le dernier coup porté à l'idée de neutralité de la couronne, et cela se traduit par un soutien explicite au républicanisme de la part des ultra-conservateurs[35], eux-mêmes soutenus par de riches et puissants producteurs de café qui exercent un grand pouvoir politique, économique et social dans le pays[36],[37],[38].
Pour limiter la poussée républicaine, le gouvernement utilise les crédits engendrés par la prospérité économique pour soutenir la croissance d'autres secteurs. Il accorde des prêts massifs à des taux d'intérêt avantageux aux propriétaires de plantations, délivre généreusement des titres et honneurs aux personnalités politiques influentes mécontentes[39]. Le gouvernement commence aussi à s'attaquer indirectement au problème d'agitation dans l'armée en revitalisant une Garde nationale moribonde qui n'existait presque plus que sur le papier[40].
Les mesures prises par le gouvernement alarment les civils républicains et les militaires positivistes. Les républicains se rendent compte que ces mesures nuisent à leurs objectifs, ce qui les pousse à aller de l’avant[41]. La réorganisation de la Garde nationale commence en et la création d'une nouvelle force rivale pousse les officiers dissidents à envisager des mesures désespérées[42]. Pour les deux groupes, c’est le moment où jamais de renverser la monarchie[43]. Alors que la majorité des Brésiliens n’a aucune envie de changer de forme de gouvernement[44], les républicains commencent à faire pression sur les agents positivistes pour détrôner Pierre II[45].
Les dernières années
Chute de l’Empire
Un peu moins d’un an après l’abolition de l’esclavage, la monarchie brésilienne s’écroule. Inspirés par les radicaux positivistes et appuyés par les fazendeiros, les militaires déposent le cabinet du vicomte de Ouro Preto et installent une dictature républicaine dans le pays.
Les positivistes organisent le coup d'État républicain le [46],[47],[48],[49]. Le maréchal Deodoro da Fonseca mène le coup d'État militaire qui met fin à la monarchie brésilienne, et dépose l’empereur[50]. Les quelques personnes qui assistent aux événements ne se rendent même pas compte qu'il s'agit d'une révolution[51],[52]. L'historien Lídia Besouchet note que, « [r]arement une révolution ne s'est déroulée de façon aussi calme »[53]. Tout au long du coup d'état, Pierre II ne montre aucune émotion, comme s'il n'était pas concerné par son issue[54]. Il rejette toutes les suggestions avancées par les hommes politiques et les chefs militaires pour réprimer la rébellion[55],[56],[57]. L'empereur et sa famille partent en exil le [58]. Une importante réaction monarchiste se produit mais elle est réprimée avec force par les républicains[59] et ni Pierre II, ni sa fille ne soutiennent réellement la restauration[60]. Tenu à l'écart du coup d’État et constatant l'acceptation passive de la situation par l’empereur, la classe politique approuve le remplacement de la monarchie par une république. Elle ne sait pas que l’objectif des organisateurs du coup d’État est la création d'une dictature plutôt que d'une république présidentielle ou parlementaire[61].
Le matin du , la princesse Isabelle et sa famille sont donc contraints de quitter secrètement le Brésil. Mais, avant de partir et pour répondre à la prophétie de Cotegipe, la princesse déclare : « si j’avais eu mille trônes, j’aurais donné mille trônes pour libérer les esclaves du Brésil » (« Mil tronos eu tivesse, mil tronos eu daria para libertar os escravos do Brasil »). La République est proclamée dès le lendemain.
Impératrice en exil

L’impératrice Thérèse-Christine meurt quelques jours après l’arrivée de la famille impériale en Europe[3],[5] et la princesse Isabelle et sa famille déménagent en Normandie pendant que l’empereur reste à Paris[62],[3]. Ses dernières années sont solitaires et mélancoliques ; il vit dans des hôtels modestes, sans argent, écrit dans son journal son souhait d’être autorisé à rentrer au Brésil[5],[6],[63]. Un jour, Pierre II fait un long trajet en voiture découverte le long de la Seine alors qu’il fait très froid. Le soir, il se sent mal après son retour à l’hôtel[64],[3]. La maladie se transforme en pneumonie dans les jours suivants[64],[65].
Le , l’empereur Pierre II meurt à Paris et sa fille devient, de jure et pour les monarchistes brésiliens, l’impératrice « Isabelle Ire ».
Le fils aîné et héritier d’Isabelle, le prince Pedro de Alcântara, se marie le , contre l’avis de sa mère, avec la comtesse tchèque Élisabeth Dobrzensky de Dobrzenicz (1875-1951), fille du comte Jean-Wenceslas Dobrzensky de Dobrzenicz et de son épouse la comtesse Élisabeth Kottulinsky de Kottulin. Devenue de jure impératrice du Brésil, Isabelle considère cette union comme morganatique, écartant les enfants du couple de la succession impériale brésilienne.

La prétention à l'héritage impérial est donc revendiquée par le frère cadet du prince Pedro de Alcântara, Luiz de Orléans e Bragança (1878-1920), qui reçoit le titre de courtoisie de prince du Grão Pará, ainsi qu’à sa descendance, plus tard surnommée « branche de Vassouras ».
Arguant que la constitution de 1824 n'imposait aucune obligation pour les dynastes d'épouser des personnes issues de familles régnantes ou anciennement régnantes, et qu'une telle modification des lois dynastiques et de l'ordre successoral outrepassait les prérogatives de la princesse impériale et devait nécessairement être ratifiée par le peuple brésilien ou ses représentants élus, les héritiers du prince Pedro de Alcântara ne cesseront cependant pas de prétendre à la couronne impériale et donneront naissance à la branche de Petropolis.
Fin de vie
Malgré la douleur de l’exil, la prétendante mène une vie tranquille avec son époux, ses enfants et ses petits-enfants, dans le château familial d’Eu, en Normandie. Elle fait alors de sa maison une ambassade informelle du Brésil et y reçoit les Brésiliens de passage.
Touchée par la mort de deux de ses enfants et par la maladie, la princesse passe les dernières années de sa vie avec d’importantes difficultés de locomotion. Elle a cependant la joie d’apprendre, en 1920, l’abrogation par le président Epitácio Pessoa de la loi d'exil touchant sa famille. Elle meurt sans avoir pu revoir le Brésil mais y est quand même inhumée puisque ses restes rentrent au Brésil le , et sont conduits au Mausolée Impérial de la cathédrale de Petrópolis le .
Titres et décorations
Titres
- - : Son Altesse la princesse Isabel de Bourbon e Bragança ;
- - : Son Altesse Impériale la princesse impériale ;
- - : Son Altesse la princesse Isabel de Bourbon e Bragança ;
- - : Son Altesse Impériale la princesse impériale de Brésil ;
- - : Son Altesse Impériale la princesse impériale, comtesse d'Eu.
Décorations dynastiques
Grand-croix puis grand maître () de l'ordre de la Croix du Sud (empire du Brésil)[66]
Grand-croix puis grand maître () de l'ordre de Pierre Ier (empire du Brésil)[66]
Grand-croix puis grand maître () de l'ordre de la Rose (empire du Brésil)[66]
Grand-croix puis grand maître () de l'ordre du Christ (empire du Brésil)[66]Grand-croix puis grand maître () de l'ordre impérial de Saint-Jacques de l'Épée (empire du Brésil)[66]
Grand-croix puis grand maître () de l'ordre de Saint-Benoît d'Aviz (empire du Brésil)[66]
Dame de l'ordre de la Reine Marie-Louise (royaume d'Espagne, )[66],[67]
Dame de l'ordre de la Croix étoilée (maison de Habsbourg-Lorraine)[66]
Grand-croix de l'ordre de Saint-Charles (empire du Mexique)[66]
Grand-croix honoraire de l'ordre royal de Sainte-Isabelle (royaume de Portugal)[66]
Références
- ↑ (pt) « Constituicão Politica do Imperio do Brazil (de 25 de Março de 1824) », sur planalto.gov.br (consulté le ).
- ↑ (pt) « A Família Imperial | Árvore Genealógica : Princesa Isabel », sur monarquia.org.br (consulté le ).
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- Barman (1999), p. 130.
- Olivieri (1999), p. 43.
- Carvalho (2007), p. 131.
- ↑ Barman (1999), p. 262.
- ↑ Barman (1999), p. 268.
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- ↑ Barman 1999, p. 235.
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- ↑ Barman 1999, p. 261.
- ↑ Carvalho (2007), p. 189.
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- ↑ Faure 2016, p. 195.
- ↑ Faure 2016, p. 205.
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- ↑ Salles 1996, p. 194.
- ↑ Barman 1999, p. 394.
- ↑ Lyra 1977c, p. 119-120.
- ↑ Carvalho (2007), p. 235.
- ↑ Lyra (v.3, 1977), pp. 156–157.
- Carvalho (2007), p. 238.
- ↑ Besouchet (1993), p. 29.
- Royal Ark
- ↑ (es) « Guia oficial de España », : « Brasil. 1855 : S.A. Da. Isabel Cristina Leopoldina, ex Princesa Imperial del Brasil, 5 Enero. », p. 228
Voir aussi
Bibliographie
- (en) Roderick J. Barman, Princess Isabel of Brazil: Gender and Power in the Nineteenth Century, 2002.
- (en) McMurtry Longo, James, Isabel Orleans-Braganza: The Brazilian Princess Who Freed the Slaves, McFarland & Co, 2007.
- (pt) Carlos A. L. Filgueiras, « A Quimica na educação da princesa Isabel » dans Quim. Nova, Vol. 27, N° 2, 2004, p. 349-355. (ISSN 0100-4042) (Lire en ligne)
- (fr) Isabelle d'Orléans, comtesse de Paris, Tout m'est bonheur (souvenirs), Éditions Robert Laffont, coll. « Vécu », Paris, 1978. 440 p.-[16] p. de pl. ; 24 cm. (ISBN 2-221-00107-9).
- (fr) Isabelle d'Orléans, comtesse de Paris, Les Chemins creux (souvenirs, suite de Tout m'est bonheur), Éditions Robert Laffont, coll. « Vécu », Paris, 1981. (ISBN 2-221-00817-0).
- (fr) Jean-Charles Volkmann, Généalogie des rois et des princes, Édition Jean-Paul Gisserot, 1998.
Articles connexes
- Pierre IV du Portugal (Pierre Ier du Brésil)
- Marie Léopoldine d'Autriche
- Pierre II du Brésil
- Thérèse-Christine de Bourbon-Siciles
- Gaston d'Orléans
- Liste de femmes monarques
Liens externes
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- Ressource relative à la musique :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- Musée impérial de Pétropolis
- (pt) Site de la maison impériale du Brésil
- (en) Site en anglais et en portugais consacré à la princesse Isabelle et à son action en faveur de l'abolition de l'esclavage
- Musée Louis-Philippe du château d'Eu (le musée conserve de nombreux objets ayant trait au comte et à la comtesse d'Eu)
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