Islam chiite en Arabie saoudite

Islam chiite en Arabie saoudite
Description de cette image, également commentée ci-après
Fête populaire de fin de ramadan dans le gouvernorat de Qatif

Populations importantes par région
Ach-Charqiya 25-40% de la population de la province
Najran 700 000
Hedjaz 31 000 Nakhawilas ainsi que quelques branches de certaines tribus
Population totale 10 à 15% de la population native d'Arabie Saoudite (2022)
Autres
Langues arabe (Bahrani, hijazi, arabe standard moderne, arabe du golfe)
Religions Islam chiite majoritairement chiisme duodécimain avec des minorités zaydites et ismaéliennes
Ethnies liées Bahranis, Arabes, Afro-Saoudiens

Les chiites d'Arabie Saoudite sont des Saoudiens d'obédience chiite, certaines sources estiment que la population chiite en Arabie saoudite représenterait environ 10 à 15 % des quelque 20 millions d'habitants du pays[1],[2],[3], ce qui représenterait 1,75 million de personnes[4]. Toutefois leur nombre est incertain et pourrait être plus important, le gouvernement saoudien ne réalisant pas de recensement officiel sur la religion ou l'appartenance ethnique de ses citoyens[5].

Les chiites d'Arabie saoudite sont regroupés en trois communautés principales : les chiites duodécimains, les chiites ismaéliens et les chiites zaydites. La communauté chiite duodécimaine se répartit entre plusieurs groupes géographiquement séparés. Les Bahranis (Arabe : بُحارنة, lit. 'Buharnah' ou اِلبحارنه, lit. 'il baharneh'), constituent le groupe duodécimain le plus important, ils sont principalement concentrés dans la province orientale du pays, en particulier dans les gouvernorats de Qatif et celui de Al-Ahsa. On retrouve également une communauté chiite duodécimaine implantée dans le Hedjaz ainsi qu'à Médine, où la communauté duodécimaine est connue sous le nom de Nakhawila et compte 31 000 membres[6]. Dans le reste du Hedjaz, la communauté chiite duodécimaine se répartit en trois tribus partiellement chiites : les Banu Husayn (Al Hussaini), les Harb et les Juhaynah. L'Islam chiite ismaélien est quant à lui présent dans la région méridionale du Najran, au sein de la tribu Yam traditionnellement ismaélienne soulaymanienne, ce courant regroupe environ 700 000 fidèles[7]. Enfin le chiisme zaïdite est présent dans les provinces limitrophes du nord du Yémen et regroupe environ 20 000 fidèles[7].

Les chiites d'Arabie saoudite sont confrontés à de nombreux défis institutionnels et à des discriminations persistantes qui ouvrent parfois sur des révoltes et des conflits armés. Les adeptes du wahhabisme qui dominent les institutions religieuses, les tribunaux et l'éducation du royaume[8] les considèrent souvent comme des hérétiques.

Histoire

Les chiites du territoire actuel de l'Arabie Saoudite ont des origines variées qui dépendent de leurs régions et en partie du courant chiite qu'ils professent. L'Islam chiite est apparu pendant la première fitna (656-661). Le schisme entre duodécimains et ismaélites a eu lieu en 765 avec la mort du sixième imam Jafar as Sadiq. Selon les Ismaéliens, c'est Ismâ`il bin Jafar, son fils ainé qui fut désigné par son père pour lui succéder mais les duodécimains ne reconnaissent pas son autorité et pensent que le successeur d'as Sadiq n'est pas Isma'il mais Moussa al Kazim[9]. Les communautés chiites se sont alors formées à partir du schisme dans diverses régions du monde musulman notamment en Arabie, où des foyers chiites majeurs ont pu se maintenir grâce au soutien de dynasties chiites historiquement implantées dans la région, et grâce au maintien d'une identité religieuse forte favorisée par le tribalisme, la présence de lieux saints du chiisme et l'isolement relatif de certaines de ces communautés.

Ismaéliens

La communauté ismaélienne d'Arabie Saoudite a pu se maintenir et se développer sous le Califat fatimide lequel était également chiite ismaélien grâce à la protection du califat et des réseaux de missionnaires, cette communauté autrefois importante a disparu de la majeure partie des territoires d'Arabie historiquement contrôlés par les fatimides mais elle s'est maintenue dans la province de Najran.

Duodécimains

Dans la province orientale, le chiisme a bénéficié d'une implantation précoce dès la première fitna grâce à l'implantation de tribus chiites[10] dans la région et en raison de ses liens commerciaux et de sa proximité avec les sanctuaires chiites d'Irak, les habitants semblent avoir initialement adhéré au chiisme ismaélien sous l'état Qarmate mais après son effondrement la population a été progressivement convertie au chiisme duodécimain par plusieurs dynasties successives les Uyunides, les Usfurides et enfin les Jarwanides et elle est restée sous le contrôle de pouvoirs chiites jusqu'au XVe siècle favorisant le développement du chiisme. Après l'effondrement des Jarwanides en 1417 la région est contrôlée par la dynastie sunnite des Jabrides, une partie de la population s'est alors convertie à l'Islam sunnite, toutefois le chiisme duodécimain a pu se maintenir grâce au relatif isolement des sociétés oasiennes qui leur a permis de maintenir leurs institutions religieuses locales et grâce à leurs échanges commerciaux et intellectuels avec d'autres régions chiites. La conquête ottomane de la région Bahrani en 1551 ne semble pas avoir provoqué de changements majeurs, le califat ottoman sunnite continua de s'appuyer sur les élites locales comme dans la plupart des vilayets de l'empire sans bouleverser la répartition confessionnelle en dépit de politiques discriminatoires ponctuelles.

La communauté duodécimaine Hedjazi s'est maintenue autour des sanctuaires chiites comme le cimetière al baqi où sont enterrés plusieurs imams, les Nakhawila habitent la région médinoise.

Zaydites

L'Islam chiite zaydite était à ses débuts fortement implanté dans la péninsule arabique en particulier dans le Hedjaz qui est considéré comme l'un des berceaux de l'Islam Chiite, quatre des imams chiites y ont passé une grande partie de leur vie : Ḥasan ben Ali , ʿAli Zayn al-ʿĀbedin , Moḥammad al-Bāqer et Jaʿfar al-Ṣādeq et ils ont été enterrés sur place dans le cimetière d'al Baqi. Cela fait du Hedjaz un lieu de pélerinage d'importance pour les chiites. La population chiite du Hedjaz est issue de groupes indigènes qui remontent aux premiers temps du chiisme et qui ont été renforcés grâce au pélerinage et à l'installation de chiites étrangers ainsi que d'Afro-arabes. Plusieurs dynasties du Hedjaz étaient chiites zaydites et même descendantes (alides) de l'imam Zaydite formant des communautés chiites importantes notamment à Médine. La plupart des tribus se sont converties à l'Islam sunnite à la fin de la période Mamelouke et au début de la période ottomane et parmi les chiites seules les tribus chiites duodécimaines ont partiellement résisté[10]. Un autre foyer important était la région historique de bahrain majoritairement chiite sous les Qarmates mais le zaydisme y a rapidement disparu après l'effondrement de la dynastie. Cependant le zaydisme n'a pas totalement disparu de la péninsule arabique et s'est maintenu dans le nord du Yémen et dans les provinces limitrophes d'Arabie Saoudite qui constituent un autre centre majeur du chiisme zaydite, l'Imamat Zaydite fondé en 897 a dominé la vie religieuse de la région sous des degrés de souveraineté et d'autonomie divers jusqu'en 1962[11].

Conquête et annexion par l'Arabie Saoudite

Les différents États saoudiens successifs qui ont existé à partir de 1744 étaient initialement centrés sur le plateau central du Nedjd lequel est entièrement musulman sunnite, à mesure que ces États se sont agrandis, ils ont très rapidement intégré des communautés chiites dans leurs frontières. Les régions frontalières chiites comme l'Irak étaient également fréquemment attaquées lors de razzias. Les États saoudiens, dès l'émirat de Diriyah, se sont rapidement heurtés aux chiites pour des raisons religieuses. En effet les wahhabites sont globalement hostiles aux chiites et Muhammad Ibn Abdul-Wahhab estimait que les chiites étaient des Rafida (réfractaires) [12],[13] une appellation sectaire que ses disciples ont continué d'utiliser. Des conflits théologiques existaient autour de diverses pratiques chiites comme le Tawassoul ou la pratique de construire des mosquées sur des tombes, une pratique qu'il considérait comme non islamique.

En 1801, l'alliance saoudienne-wahhabite mena un jihad (ou du moins un qital, c'est-à-dire une guerre) contre la ville sainte chiite de Karbala. Là les wahhabites mirent à sac la ville, selon le chroniqueur wahhabite ʿUthman bin ʿAbdullah bin Bishr :  « Les musulmans [les wahhabites se désignaient eux-mêmes comme musulmans, ne considérant pas les chiites comme tels] escaladèrent les murailles, entrèrent dans la ville et massacrèrent la majorité de ses habitants dans les marchés et dans leurs maisons. Ils détruisirent le dôme qui recouvrait la tombe d'Husayn ibn Ali et s'emparèrent de tout ce qu'ils trouvèrent à l'intérieur et ses alentours : la grille entourant le tombeau, incrustée d'émeraudes, de rubis et d'autres pierres précieuses, ainsi que divers biens, armes, vêtements, tapis, or, argent et de précieux exemplaires du Coran. »

La ville d' Al-Hasa, principal bastion chiite de l'actuelle Arabie saoudite, fut conquise par les forces saoudiennes en 1913[14]. Le traitement initial infligé aux chiites fut sévère : les chefs religieux furent contraints de promettre de « cesser la célébration de leurs fêtes religieuses, de fermer leurs lieux de culte et d'interrompre les pèlerinages vers les lieux saints d'Irak ». Les oulémas wahhabites « ordonnèrent également la démolition de nombreuses mosquées chiites » et prirent en charge « l'enseignement et la prédication dans les mosquées restantes afin de convertir la population »[15].

Les autorités saoudiennes ont agi conformément aux souhaits wahhabites d'éliminer les « vestiges de la religiosité chiite » à Médine et dans ses environs. En 1926, le mausolée d'Al-Baqi', qui abritait les tombeaux de la famille de Mahomet et de ses compagnons, ainsi que des deuxième, quatrième, cinquième et sixième imams chiites, fut détruit par Ibn Saoud. Le contexte global de la sédentarisation des tribus et de leur installation dans des villes a également fragilisé certaines communautés chiites.

Période contemporaine

La situation des chiites d'Arabie Saoudite est restée similaire après la création de l'Arabie Saoudite moderne en 1932. Les chiites n'ont pas véritablement connu d'améliorations notables et demeurent écartés des postes de pouvoirs, ils ont subi des attaques ponctuelles contre leur patrimoine comme en 1975, lorsque le tombeau d'un imam chiite (Ismaïl ibn Ja'far al-Sadiq) aurait également été détruit [16],[17] et un an plus tard, un palmier centenaire, dont la légende racontait qu'il avait été planté sous la direction de Mahomet et visité par des pèlerins chiites et sunnites depuis des générations, fut abattu sur ordre d'un cheikh wahhabite de haut rang[16],[18]. Ces destructions de patrimoine ne se limitent pas seulement aux chiites mais elles sont liées à une politique plus globale de l'État visant à purifier l'Islam dans une interprétation salafiste.

La condition des chiites d'Atabie saoudite s'est encore dégradée avec la révolution islamique iranienne de 1979 qui renversa le Shah d'Iran, remplaçant une monarchie pro-occidentale par une république islamique théocratique anti-occidentale ce qui a suscité une méfiance de l'Arabie saoudite envers sa communauté chiite en raison de ses rivalités géopolitiques avec l'Iran. En effet l'Iran est plus peuplé que l'Arabie saoudite et ses frontières sont relativement proches des champs pétrolifères de cette dernière, où vivent traditionnellement la plupart des chiites d'ethnie Bahrani ce qui peut alimenter des tensions religieuses. D'autant que les religieux iraniens sont désireux d'exporter leur Révolution et sont idéologiquement opposés à la fois aux gouvernements monarchiques ainsi qu'à tout État allié à l'Occident[8]. Après la révolution islamique des tracts, des émissions de radio et des cassettes audio en provenance d'Iran ciblaient les Bahranis et les autres chiites et dénonçaient la corruption et l'hypocrisie du gouvernement saoudien pour inciter les chiites à la révolte[8]. En novembre de la même année, les chiites ont commémoré l'Achoura (illégalement) pour la première fois depuis de nombreuses années. En février suivant, des manifestations ont eu lieu à l'occasion du premier anniversaire du retour de l'ayatollah Khomeini en Iran. Les autorités saoudiennes ont réagi par une politique de représsion et de séduction en arrêtant des militants mais en promettant également davantage d'écoles, d'hôpitaux et d'infrastructures pour la région chiite[19].

En 1987, à la suite de la mort de plus de 300 personnes lors d'une manifestation de pèlerins iraniens à La Mecque pendant le Hajj, Khomeiny « dénonça la maison des Saoud comme étant assassine et appela tous les chiites fidèles du Royaume à se soulever et à la renverser », inquiétant encore davantage les autorités saoudiennes[20]. Après des attentats à la bombe contre des oléoducs en 1988, le gouvernement saoudien accusa des chiites de sabotage et exécuta plusieurs membres de la communauté. En guise de punition collective, des restrictions furent imposées à leurs libertés et ils furent davantage marginalisés économiquement. Les oulémas wahhabites reçurent le feu vert pour cautionner les violences contre les chiites. Des fatwas furent émises par le plus haut dignitaire religieux du pays, Abdul-Aziz ibn Baz, dénonçant les chiites comme des apostats de l'islam. [22]

Après la première guerre du Golfe de 1991, qui a affaibli l'ennemi iranien et démontré la force de l'allié saoudien, les États-Unis, « un dégel notable s'est opéré dans les relations entre les deux pays » permettant une amélioration de la condition des chiites d'Arabie-Saoudite. En 1993, le gouvernement saoudien annonça une amnistie générale qui permit la libération de plusieurs dirigeants chiites emprisonnés ou leur retour d'exil. Des centaines de jeunes chiites se virent proposer un emploi dans les secteurs public et privé[23]. L'imam anti-chiite de la mosquée du Prophète à Médine fut même destitué après avoir attaqué le chiisme lors d'un sermon du vendredi en présence du président iranien Akbar Hashemi Rafsanjani[23].

En 2003, la conjoncture politique changea à nouveau et une série de « Dialogues nationaux » furent lancés, réunissant des chiites (ainsi que des soufis, des réformateurs libéraux et des femmes exerçant des professions libérales), au grand dam des puristes wahhabites[24]. Fin 2003, « 450 universitaires, hommes d’affaires, écrivains et femmes chiites » présentèrent une pétition au prince héritier Abdallah, réclamant davantage de droits, notamment celui de pouvoir être jugés par leurs propres tribunaux religieux, les tribunaux sunnites ne reconnaissant pas les témoignages chiites[25].

En 2006, des religieux wahhabites saoudiens plus radicaux faisaient circuler une pétition appelant à une intensification de la violence sectaire contre les chiites, tandis que l'establishment religieux officiel les exhortait à renoncer volontairement à leurs croyances « fallacieuses » et à embrasser « le droit chemin » de l'islam, plutôt que d'être tués, expulsés ou convertis par la violence[26].

Structure communautaire, autorité politique et religieuse

Selon le chercheur Vali Nasr, dans l’Arabie saoudite contemporaine, les dirigeants sunnites limitent la participation politique des chiites aux « notables ». Ces notables tirent profit de leurs liens avec le pouvoir et, en retour, sont censés contrôler leur communauté. Pourtant une grande partie de l’activité politique se déroule en dehors de ce cadre. Depuis 1979, des centaines de chiites saoudiens ont été emprisonnés, exécutés et exilés[26].

Opposition

Selon Ondrej Beranek de l'université de Brandeis, l'opposition chiite en Arabie saoudite a « connu différentes phases de développement ». Les chiites saoudiens ont trouvé dans l'ayatollah Khomeini et la révolution iranienne une « inspiration politique », et l'opposition s'est localement organisée autour de plusieurs partis politiques et organisations comme le Harakat al-risaliyin al-tala'i' (littéralement « le Mouvement des missionnaires d'avant-garde ») qui a constitué une « source idéologique importante ». Ce mouvement a été établi en 1968 non pas en Iran mais dans la ville irakienne de Karbala sous l'égide du marja' al-taqlid (autorité religieuse) Sayyid Muhammad Mahdi al-Shirazi[26]. D'autres organisations incluent Munazzamat al-thawra 'l-islamiyya (Organisation de la révolution islamique), créée après l'Intifada de 1979 au Qatif. Elle a progressivement abandonné la violence et s'est ouverte aux négociations avec l'état, changeant de nom pour devenir al-Haraka al-islahiyya (Mouvement de réforme)[26].

En réponse à ce changement, le roi Fahd rencontra plusieurs partisans d'al-Saffar et, en , un accord fut signé. Fahd promit d'œuvrer à l'amélioration des conditions de vie des chiites en Arabie saoudite, ordonnant notamment la suppression des termes dénigrants les concernant dans les manuels scolaires, la suppression de certaines autres formes de discrimination explicite, l'autorisation du retour en Arabie saoudite de nombreux exilés chiites, et d'autres mesures[27]. En retour, al-Haraka 'l-islahiyya a été dissoute et ses membres ont formellement convenu de se dissocier des groupes et mouvements étrangers[28].

En 2009, le principal porte-parole et représentant du mouvement chiite saoudien dans sa forme la plus modérée était le cheikh Hassan al-Saffar (né en 1958). Al-Saffar représente l'une des rares voix à appeler publiquement à une action modérée et pragmatique, à la tolérance et à la réconciliation entre chiites et sunnites, ainsi qu'à un système politique fondé sur la société civile, des élections libres et la liberté d'expression[26].

À l'autre extrémité du spectre politique chiite se trouve le Hezbollah saoudien, également appelé Hezbollah Al-Hejaz . Fondé en 1987, il prône le renversement de la monarchie saoudienne. En 1988 et 1989, le Hezbollah saoudien a mené plusieurs attaques contre des infrastructures pétrolières et a également assassiné des diplomates saoudiens à Ankara, Bangkok et Karachi. Il aurait également été impliqué dans l'attentat des tours de Khobar en 1996, qui a coûté la vie à des dizaines de soldats américains. Certains de ses membres ont été entraînés en Iran. Le groupe utiliserait également des camps d'entraînement iraniens dans la vallée de la Bekka, au Liban. Le Hezbollah du Hedjaz s'est rendu tristement célèbre tout au long des années 1980 et 1990 pour avoir assassiné des policiers et des militaires saoudiens, des prédicateurs wahhabites, des membres du ministère de l'Intérieur et des services de renseignement, et pour avoir mené des attaques ciblées contre les installations d'Aramco et les forces navales saoudiennes. À la fin des années 1990, l'insurrection cessa brutalement lorsque le gouvernement saoudien, exaspéré par les carnages et les défaites répétées de ses forces, s'engagea dans de véritables réformes. Ces réformes furent négociées avec des érudits chiites irakiens de l'organisation al-Badr[26].

Outre ces deux factions, il existe également des groupes plus petits de traditionalistes qui considèrent le régime saoudien avec suspicion et n'ont pas l'intention de participer à des pourparlers de réconciliation[26].

Restrictions légales et persécutions

Le gouvernement saoudien a souvent été considéré comme un oppresseur actif des chiites [29] en raison de son financement de l'idéologie wahhabite qui dénonce la foi chiite comme une croyance hérétique[30].

En 1988, des fatwas émises par le plus haut dignitaire religieux du pays, Abdul-Aziz ibn Baz, dénonçaient les chiites comme des apostats [31]. Abdul-Rahman al-Jibrin, membre du Conseil supérieur des oulémas, autorisait le meurtre de chiites en 1994[31]. Selon Vali Nasr, cette position était encore réitérée dans la littérature religieuse wahhabite jusqu'en 2002. En 2007, al-Jibrin écrivait que les chiites « sont les ennemis les plus acharnés des musulmans, qui doivent se méfier de leurs complots »[31].

Selon un rapport de Human Rights Watch de 2009, les citoyens chiites d’Arabie saoudite « sont victimes d’une discrimination systématique en matière de religion, d’éducation, de justice et d’emploi »[32].

Selon Vali Nasr, l'Arabie saoudite ne compte aucun ministre, maire ou chef de police chiite, contrairement à d'autres pays abritant d'importantes populations chiites (comme l'Irak, le Yémen et le Liban ). Les chiites sont exclus des postes clés au sein des forces armées et des services de sécurité, et aucune des trois cents écoles de filles chiites de la province orientale n'est dirigée par une directrice chiite.

Le chroniqueur pakistanais Mohammad Taqi a écrit que « le régime saoudien est également parfaitement conscient qu’en dernière analyse, les griefs des chiites découlent de la privation socio-économique, résultant elle-même de la répression religieuse et de la marginalisation politique qui s’apparentent à l’apartheid »[33].

Lors de son audition devant le Caucus des droits de l'homme du Congrès américain, Ali al-Ahmed, directeur de l' Institut des affaires du Golfe, a déclaré :  « L'Arabie Saoudite est un exemple frappant d'apartheid religieux. Les institutions religieuses qui vont des dignitaires religieux gouvernementaux aux juges en passant par les religieux et tous les médias d'instruction religieuse sont réduits à l'interprétation wahhabite de l'Islam, à laquelle adhère moins de 40% de la population. Le gouvernement saoudien a communautarisé l'Islam par son monopole de la pensée et des pratiques religieuses. L'Islam de rite wahhabite est imposé et en vigueur chez tous les Saoudiens sans distinctions d'orientation religieuse. Le culte wahhabite ne tolère aucun autre groupe religieux ou croyance idéologique, qu'il soit musulman ou non. Les symboles religieux musulmans, chrétiens, juifs ou d'autres croyants sont tous interdits. L'ambassade saudienne à Washington est une illustration actuelle d'apartheid religieux. Pendant ses 50 années d'activité, il n'y a pas eu un seul diplomate musulman qui ne soit pas sunnite à l'ambassade. La branche de l'université Mohamed Ben Saoud à Fairfax (état de Virginie) ensigne à ses étudiants que l'Islam chiite est un complot juif. » En , au village d'al-Dalwah dans la province orientale du gouvernorat d'al-Ahsa, trois hommes armés masqués non identifiés ont ouvert le feu sur un centre religieux husseiniya, ou chiite, tuant huit personnes et en blessant des dizaines[34].

Alors que des milieux citoyens saoudiens accusaient les Kharijites d'être responsables de l'attaque, affirmant qu'ils cherchaient à déclencher une guerre civile, quelques articles de la presse saoudienne soutenaient que l'attaque « n'était pas un événement isolé », et qu'il existait une incitation à la haine anti-chiite au sein du royaume de la part « des autorités religieuses, des prédicateurs et même des professeurs d'université – et que cette incitation était en pleine expansion »[35]. Le gouvernement et les autorités religieuses saoudiennes, ainsi que les médias nationaux, n'ont fait aucun commentaire sur l'attaque.

En , l'Arabie saoudite a exécuté le cheikh Nimr, un religieux chiite de premier plan qui avait appelé à des manifestations pro-démocratie, ainsi que quarante-sept autres personnes condamnées par le Tribunal pénal spécialisé pour des faits de terrorisme[36].

Manifestations en Arabie saoudite de 2011-2012

Dans le contexte du Printemps arabe, la province orientale d'Arabie saoudite, seule province à majorité chiite, s'est soulevée contre le régime saoudien entre 2011 et 2012. Les manifestants chiites ont été violemment réprimés et leur situation ne s'est pas améliorée. Ces manifestations ont marqué un tournant dans les relations entre la minorité chiite saoudienne et le régime, car elles ont conduit à la radicalisation des deux camps[37]. Ces protestations se sont déroulées dans une région où des États rivaux instrumentalisent le sectarisme pour étendre leur influence. Le sectarisme se caractérise par un soutien si fort apporté par certains individus ou organisations à un groupe religieux ou politique qu'il peut engendrer des troubles pour d'autres groupes[38]. De fait, une guerre par procuration s'est installée entre l'Iran et l'Arabie saoudite dans la région du Golfe[39],[40],[41]. Ces deux pays aspirent à une hégémonie régionale fondée sur le récit de leur héritage civilisationnel respectif, celui des Perses et celui des Arabes[42]. Cependant, la violente confrontation sectaire entre chiites et sunnites en Arabie saoudite est récente. Pendant longtemps, la politique dominante a été celle d'un compromis raisonnable entre les différentes confessions et religions. Après la révolution iranienne de 1979, la conception chiite de la tutelle du juriste islamique s'est imposée en Iran, en opposition à la conception quiétiste du chiisme . Cela signifie que la religion a joué un rôle prépondérant dans la politique iranienne. En réaction, les sunnites ont eu tendance à durcir leur propre interprétation de l'islam. En Arabie saoudite, cela s'est traduit par un salafisme radical[8].

L’Arabie saoudite et l’Iran ont instrumentalisé les discours sectaires pour asseoir leur hégémonie régionale, mais leur pratique reste plus nuancée. Du côté iranien, la défense des minorités chiites se traduit concrètement par l’abandon de leur message révolutionnaire universaliste . Du côté saoudien, le recours à une rhétorique sunnite radicale renforce les radicaux sunnites. L’alliance du régime saoudien avec des pays occidentaux comme les États-Unis en fait une cible privilégiée pour ces groupes radicaux. Le régime saoudien instrumentalise la distinction entre sunnites et chiites pour souligner les différences religieuses et culturelles de l’Iran par rapport aux autres pays du Golfe[8]. En réalité, la confrontation entre l’Iran et l’Arabie saoudite résulte principalement de facteurs politiques et d’ambitions régionales. Le sectarisme y contribue, sans toutefois en être la cause[40].

Dans ce contexte de sectarisme lié à la concurrence régionale, des manifestations ont eu lieu dans la région de Qatif, à l'est de l'Arabie saoudite, une région majoritairement chiite. Riche en pétrole, la région comptait de nombreux employés de la compagnie pétrolière nationale saoudienne, Saudi Aramco, habitués à organiser des manifestations pour la défense de leurs droits[37]. Les protestations ont éclaté à la suite de plusieurs événements déclencheurs, dont l'immolation par le feu d'un homme dans la ville de Samtah, au sud-ouest du pays. Les chiites de l'est de l'Arabie saoudite ont organisé des manifestations après avoir eu connaissance de protestations chiites à Bahreïn pendant ls printemps arabes et en réaction à l'emprisonnement de chiites saoudiens pour leur implication présumée, mais controversée, dans l'attentat des tours de Khobar en 1996. Les protestations se sont ensuite propagées grâce à la mobilisation des jeunes, en particulier sur les réseaux sociaux, mais sont restées cantonnées à la province orientale, majoritairement chiite, de l'Arabie saoudite[43].

Troubles au Qatif (2017-2020)

Depuis [44],[45],[46],[47]

[réf. à confirmer][48] en réponse aux manifestations anti-gouvernementales dans le gouvernorat du Qatif, la ville majoritairement chiite d'Al-Awamiyah a été mise en état de siège par l'armée saoudienne. Les habitants n'étaient autorisés ni à y entrer ni à en partir, et l'armée fit feu sur les habitations de manière indiscriminée avec des frappes aériennes, des tirs de mortiers[49] accompagnés de tirs de snipers[50],[51]. Des dizaines de civils chiites ont été blessés parmi lesquels un enfant de trois ans, quelques habitants ont également été tués. Le gouvernement saoudien affirme combattre des terroristes à al-Awamiyah.

Des habitants ont également signalé que des soldats tiraient sur des maisons, des voitures et sur tous ceux qui se trouvaient dans les rues[52].

Pendant la répression, le gouvernement saoudien, a démoli de nombreux sites religieux et historiques ainsi que de nombreuses maisons à Qatif[53].

Le 26 Juillet 2017, les autorités saoudiennes ont commencé à refuser de donner des soins d'urgence aux civils blessés et ont également refusé de fournir d'aide humanitaire aux citoyen piégés à Awamiyah[54].

En , il a été rapporté que le gouvernement saoudien avait démoli 488 bâtiments à Awamiyah. Cette démolition faisait suite au siège de la ville par le gouvernement saoudien, qui continuait de tenter d'empêcher les citoyens de la ville d'obtenir leurs droits[55].

Le président du Conseil du Coran et deux cousins de Nimr al-Nimr, qui a été exécuté, ont également été tués par les forces de sécurité saoudiennes à Qatif en 2017[56].

Interdictions des pratiques religieuses

Le gouvernement saoudien a refusé d'accorder aux enseignants et aux élèves chiites une exemption scolaire pour participer aux activités du jour d'Achoura, l'une des fêtes religieuses les plus importantes pour les chiites qui commémore le martyre du petit-fils de Mahomet, Hussein ben Ali, aux mains du deuxième calife omeyyade sunnite, Yazid. En 2009, lors des commémorations d'Achoura, des chefs religieux et communautaires chiites ont été arrêtés alors qu'ils protestaient contre le gouvernement et scandaient des slogans contre les wahhabites.

En 2009, un groupe de chiites se rendant à La Mecque pour accomplir le hajj (l'un des cinq piliers de l'islam) a été arrêté par la police religieuse saoudienne pour avoir participé à une manifestation contre le gouvernement saoudien[34]. Un pèlerin de quinze ans a été blessé par balle à la poitrine et un assaillant inconnu a poignardé un cheikh chiite dans le dos en criant : « Tuez le chiite réfractaire ! » [34]

À Médine

Les pèlerins chiites se rendent à Jannat al-Baqi principalement pour visiter la tombe de Fatima et des Ahl al-Bayt, enterrés dans le cimetière de Jannat al-Baqi. Ils ne visitent pas les tombes des autres Compagnons de l'islam en raison de l'hostilité dont ils font l'objet. Les chiites, certains sunnites et les ismaéliens Dawoodi Bohra prient généralement près des tombes des Ahl al-Bayt, mais selon la croyance sunnite traditionnelle, cet acte est considéré comme du shirk (polythéisme ou idolâtrie), car les pratiques telles que la prière près des tombes des Ahl al-Bayt à Jannat al-Baqi sont interdites.

Fin 2011, un Australien a été inculpé pour non-respect de la loi et blasphème, et condamné à 500 coups de fouet et à deux ans de prison ; cette dernière peine a été réduite par la suite[57]. Toujours fin 2011, un éminent religieux chiite canadien, Oussama al-Attar, a été arrêté pour des raisons inconnues, probablement en raison de ses critiques de la réponse du royaume aux soulèvements au Yémen et à Bahreïn[58]. Il a été libéré le jour même, déclarant que son arrestation était totalement injustifiée[59].

Discrimination dans l'éducation

La plupart de l'enseignement en Arabie saoudite repose sur les préceptes religieux wahhabites. Le gouvernement a restreint les prénoms que les chiites peuvent donner à leurs enfants afin de les dissuader d'afficher leur identité. Les manuels scolaires saoudiens sont hostiles au chiisme, le qualifiant souvent d'hérésie le considérant même comme pire que toute autre religion.

Discrimination à l'emploi

La discrimination est également très présente sur le marché du travail saoudien. Les chiites n'ont pas le droit d'enseigner les matières religieuses, qui représentent environ la moitié des cours dans l'enseignement secondaire. Ils ne peuvent pas non plus devenir directeurs d'école. Certains chiites sont devenus professeurs d'université, mais sont souvent victimes de harcèlement de la part des étudiants et du corps professoral. Les chiites ne peuvent pas témoigner devant les tribunaux, car des sources sunnites saoudiennes invoquent la pratique chiite de la taqiyya, qui autorise le mensonge lorsqu'on craint ou risque d'être gravement persécuté. Les chiites ne peuvent pas non plus être juges dans les tribunaux ordinaires et sont interdits d'admission dans les académies militaires [34], ainsi que d'accès aux postes gouvernementaux ou de sécurité de haut niveau, y compris celui de pilote chez Saudi Airlines.

La communauté Ismaélienne

La minorité ismaélienne soulaymanienne, bien plus petite, se distingue des chiites duodécimains. On estime à 700 000 le nombre de ses membres vivant dans la région méridionale de Najran, à la frontière du Yémen[7]. Ils sont également victimes de ce que Human Rights Watch qualifie de « discrimination officielle », notamment en matière d’emploi public, de pratiques religieuses et de système judiciaire[60]. Un point majeur de désaccord entre les Ismaéliens de Najran et le gouvernement saoudien demeure la construction d'une clôture physique à la frontière yéménite-saoudienne, à laquelle s'opposent les tribus locales[61].

Troubles

En 1997, le directeur du ministère des Affaires islamiques ouvrit un bureau à Najran afin de propager la doctrine wahhabite auprès des Ismaéliens locaux. Le cheikh Ali Khursan, dignitaire saoudien, déclara les Ismaéliens infidèles car, selon lui, « ils ne suivent pas la Sunna et ne croient pas à l'intégralité du Coran », affirmant : « Nous ne mangeons pas leur nourriture, nous ne contractons pas de mariages mixtes avec eux, nous ne devons pas prier pour leurs morts ni autoriser leur inhumation dans nos cimetières. » [62] La même année, le prince Mish'al, gouverneur, ordonna à la police d'empêcher les Ismaéliens de prier pendant l'Aïd el-Fitr, la fête islamique qui suit le Ramadan. « Les campagnes anti-ismaéliennes ont entraîné de nombreuses arrestations et des flagellations. » [62]

En , en réaction à une campagne d'Amnesty International dénonçant le manque de liberté religieuse en Arabie saoudite, les chiites Ismaéliens de Najran ont commémoré publiquement l'Achoura pour la première fois depuis de nombreuses années. Peu après, la police religieuse saoudienne a pris d'assaut une importante mosquée ismaélienne, saisi de nombreux textes religieux et arrêté trois religieux. Les Ismaéliens locaux, souvent armés, ont riposté en tirant sur les forces de sécurité, en incendiant certains de leurs véhicules et en tuant des dizaines d'entre eux. Environ 40 policiers et membres des forces de sécurité (tous non ismaéliens) ont été tués et de nombreux autres blessés. Des renforts de l'armée saoudienne ont ratissé la zone et procédé à de nombreuses arrestations[62],[60].

Des dizaines d'employés ismaéliens du gouvernement ont été transférés hors de Najran[62].

Voir aussi

Références

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    « Within Saudi Arabia, official religious institutions under Wahhabi control multiplied at the same time that ulama maintained their hold on religious law courts, presided over the creation of Islamic universities and ensured that children in public schools received a heavy dose of religious instruction. »

  9. Michel Boivin, « Histoire du chiisme ismaélien », sur books.openedition.org (consulté le )
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  14. David Commins, The Wahhabi Mission and Saudi Arabia, I. B. Tauris, , p. 211
  15. David Commins, The Wahhabi Mission and Saudi Arabia, I. B. Tauris,  :

    « The Ikwan insisted that in domestic affairs their religious views should prevail, including the forced conversion of al-Hasa's Shiite population. To implement that decision, Shiite religious leaders gathered before the Wahhabi qadi and vowed to cease observance of their religious holidays, to shut down their special places of worship and to stop pilgrimages to holy sites in Iraq. ... Wahhabi ulama ordered the demolition of several Shiite mosques and took over teaching and preaching duties at the remaining mosques in order to convert the population. ... some Shiite emigrated to Bahrain and Iraq. »

  16. David Commins, The Wahhabi Mission and Saudi Arabia, I. B. Tauris, , p. 170
  17. Werner Ende, Die Welt des Islams (no 109), , « The Nakhawila, a Shiite community in Medina past and present », xxxvii/3
  18. Werner Ende, Die Welt des Islams (no 128), , « The Nakhawila, a Shiite community in Medina past and present », xxxvii/3
  19. David Commins, The Wahhabi Mission and Saudi Arabia, I. B. Tauris, , p. 171 :

    « Tehran's efforts to export the revolution through leaflets, radio broadcasts and tape cassettes castigating Al Saud for corruption and hypocrisy found a receptive audience in the Eastern Province. On 28 November, the Shia summoned the courage to break the taboo on public religious expression by holding processions to celebrate the Shia holy day of Ashura ... on 1 February, the one-year anniversary of Ayatollah Khomeini's return to Iran, violent demonstrations again erupted. Crowds attacked banks and vehicles and hoisted placards with Khomeini's picture. The government responded to the February protests with a mix of coercion and co-optation. On the one hand, leading Shiite activists were arrested. On the other, a high official from the Interior Ministry met with Shiite representatives and acknowledged that Riyadh had neglected the region's development needs. ... extend the electricity network ... more schools and hospitals and improve sewage disposal. »

  20. Robert Lacey, Inside the Kingdom: Kings, Clerics, Modernists, Terrorists, and the Struggle for Saudi Arabia, Viking, (ISBN 9780670021185, lire en ligne Inscription nécessaire), 102 :

    « In August 1987 the Iranian demonstrations on the pilgrimage escalated one further and fatal step. Excited Iranians paraded through Mecca proclaiming 'God is great! Khomeini is leader!' violating Islamic tradition by carrying knives and sticks beneath their pilgrim towels, according to Egyptian pilgrims who managed to escape the massacre that followed. A total of 275 Iranians, 85 Saudis, and 42 pilgrims of other nationalities were killed, most of them trampled to death in the pileup that resulted from the attempts by the Ministry of the Interior Special Forces to check the demonstration, which had been called by Mehdi Karrubi, Ayatollah Khomeini's personal representative in Mecca. The Saudi government refused to condemn their soldiers' actions. ... Khomeini responded with fury. He denounced the House of Saud as murderers and called on all loyal Shia in the Kingdom to rise up and overthrow them. »

  21. Werner Ende, Die Welt des Islams, , xxxvii/3, 335, « The Nakhawila, a Shiite community in Medina past and present »
  22. In the 1990s, leading Wahhabi clerics like Ibn Baz and Abd Allah ibn Jibrin reiterated the customary view that Shia were infidels[21].
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  24. David Commins, The Wahhabi Mission and Saudi Arabia, I. B. Tauris, , p. 6 :

    « ... members of Al Saud decided it might be time to trim Wahhabism's domination by holding a series of National Dialogues that included Shia, Sufis, liberal reformers, and professional women. At present, the indications are not good for true believers in Wahhabi doctrine. But as its history demonstrates, the doctrine has survived crises before. »

  25. John R. Bradley, Saudi Arabia Exposed: Inside a Kingdom in Crisis, Palgrave, (ISBN 9781403964335, lire en ligne Inscription nécessaire), 84
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Liens externes

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