Ivan IV (opéra)
| Genre | opéra |
|---|---|
| Musique | Georges Bizet |
| Livret |
François-Hippolyte Leroy Henri Trianon |
| Langue originale |
français |
| Dates de composition |
1862-1865 |
| Création |
1943 (version chant-piano) théâtre des Capucines, Paris |
Versions successives
Ivan Ⅳ est un opéra en cinq actes de Georges Bizet, sur un livret de François-Hippolyte Leroy et Henri Trianon achevé en 1865 et créé de façon posthume en 1943.
Composition et création
En 1855, Edmond Crosnier, administrateur général de l'Opéra de Paris, offre au compositeur Charles Gounod un livret de François-Hippolyte Leroy et Henri Trianon sur le tsar russe Ivan IV dit « le Terrible »[1]. Bien qu'employant des clichés dramatiques qui mènent à des situations généralement improbables au lieu de favoriser la caractérisation musicale dans la lignée de l'école d'Eugène Scribe[2], celui-ci séduit Gounod qui se met aussitôt au travail avec enthousiasme. Des annonces sont faites dans la presse prévoyant que les répétitions commenceront en novembre de la même année[réf. nécessaire]. Achevé vers 1857-1858, Ivan IV le Terrible n'est finalement pas représenté en raison de la situation politique. À la suite de la tentative d'assassinat de Napoléon III en 1858, le nouveau directeur de l'Opéra, Alphonse Royer, juge en effet plus prudent de déprogrammer une œuvre au sujet régicide[1]. Gounod réutilisera certains passages dans d'autres œuvres, telles que La Reine de Saba, Mireille ou encore Faust (1859) pour son Chœur des soldats. La partition sera vendue aux enchères en 1963 et détruite peu après[3].

C'est vers 1862 que Georges Bizet commence à travailler sur ce même livret. Prix de Rome, il n'a encore fait représenter qu'une opérette, Le Docteur Miracle, sous la houlette de Jacques Offenbach, son opéra bouffe Don Procopio n'ayant pas trouvé preneur. La commande par Léon Carvalho, directeur du Théâtre-Lyrique, des Pêcheurs de perles, créé le , vient interrompre la composition[1]. Annoncée en dans Le Figaro puis en octobre dans La Revue et Gazette musicale, elle est achevée dans la propriété paternelle du Vésinet l'année suivante et envoyée à la copie. Constatant que le Théâtre-Lyrique ne l'a toujours pas acceptée, Bizet propose de l'offrir à l'Opéra de Paris, mais il ne reçoit aucune réponse, Émile Perrin jugeant le compositeur encore trop inexpérimenté malgré le succès des Pêcheurs[1].
Winton Dean, musicologue et biographe de Bizet, propose une chronologie alternative selon laquelle le manuscrit nous étant parvenu serait une version antérieure d'Ivan Ⅳ délaissée par le compositeur, et non celle qu'il voulait composer pour être jouée à l'automne 1865. Cette théorie impliquerait que Georges Bizet a composé Ivan le Terrible de fin 1862 à début 1863 pour une représentation cette année-là au festival de Bade, qu'il avait visité auparavant avec Hector Berlioz, Gounod et Ernest Reyer. Winton Dean soutient également qu'Ivan Ⅳ date d'avant Les Pêcheurs de perles, que Bizet composera en 1863 : Dean s'appuie pour cela sur certains passages musicaux qui témoignent selon lui d'une écriture scénique moins expérimentée, ainsi que sur la réutilisation de plusieurs passages d'Ivan Ⅳ dans Les Pêcheurs de perles[4].
Alors qu'elle était réputée perdue voire détruite, la partition manuscrite est découverte en 1929 à la mort de l'avocat Émile Straus, second mari de Geneviève Halévy (1849-1926), fille du compositeur Fromental Halévy et veuve de Bizet, dans l'appartement qu'ils occupaient rue de Miromesnil. Composée de plusieurs cahiers non reliés mais intégralement orchestrée à l'exception des deux derniers numéros, elle est remise par l'exécuteur testamentaire des époux Straus au directeur du Conservatoire, Henri Rabaud, lequel la confie à la Bibliothèque nationale[1]. Elle est ainsi présentée en 1938 à l'Opéra de Paris lors de l'Exposition Georges Bizet, organisée pour le centenaire de la naissance du compositeur[5].
Le Conservateur du département de la musique, Guillaume de Van, en fait donner une audition dans sa version piano-chant au théâtre des Capucines à l'hiver 1943[1] mais le projet d'une version orchestrale est abandonné en raison de la Libération. C'est au château de Mühringen, près de Tübingen en Allemagne, qu'elle a finalement lieu en 1946[1], le manuscrit microfilmé par les Nazis durant l'Occupation étant entré en possession des éditions Schott[6]. Le livret est traduit en allemand et les deux derniers numéros orchestrés par le musicologue Ernst Hartmann[1].
Les éditions Choudens, éditeurs historiques des principales œuvres de Bizet, en revendiquent immédiatement le droit de publication et confient la révision à Henri Büsser qui, au lieu de suivre le manuscrit, décide d'établir sa propre version ramenant notamment l'action de cinq à quatre actes en effectuant de nombreuses coupures[7]. L'œuvre, rebaptisée Ivan IV en raison d'un opéra homonyme de Raoul Gunsbourg créé en en 1910 et également propriété des éditions Choudens, est créée au Grand-Théâtre de Bordeaux le [8],[1], puis reprise en décembre à Paris pour deux représentations à l'Opéra-Comique. L'œuvre est ensuite jouée à Cologne en et à Berne en .
En 1975, une nouvelle version est mise au point par la BBC, à l'occasion du centenaire de la mort de Bizet. Plus fidèle à la partition d'origine par la restitution de nombreux extraits écartés mais comprenant toujours certains ajouts de Büsser[6], elle est donnée à Manchester et retransmise à la radio en octobre, Bryden Thomson dirigeant une distribution principalement anglaise : John Noble dans le rôle-titre, Jeanette Scovotti et John Brecknock dans les rôles de Marie et Igor[9].
En 1987, le chef d'orchestre Howard Williams publie une édition complète de l'œuvre basée sur la partition originale, sans les ajouts de Büsser, mais en orchestrant lui-même les passages laissés inachevés par Bizet. Cette nouvelle version, désormais adoptée par Choudens, est donnée sous sa direction en concert au Corum de Montpellier le avec Philippe Rouillon et Michèle Lagrange. Un enregistrement scénique est réalisé en avec Ludovic Tézier et Inva Mula sous la direction de Michael Schønwandt et publié par Naïve Records. Elle est ensuite créée à Saint-Pétersbourg en , avant de gagner le Staatstheater de Meiningen en , sous la direction de Philippe Bach avec Tomasz Wija dans le rôle-titre, Alex Kim, Mercedes Arcuri et Paul Gay.
Résumé de l'action
Acte I
Dans le Caucase.
Des femmes puisent de l'eau à une source. Un inconnu égaré arrive devant elles et leur demande de l'aider. Marie, fille de Temrouk, propose de lui montrer le chemin. Mais un deuxième inconnu, qui s'avère n'être autre que le tsar Ivan le Terrible, arrive sur scène et sort avec le jeune inconnu. Tout à coup, des soldats russes font irruption et ordonnent à Temrouk de leur remettre sa fille. Le roi refuse, mais lorsqu'un officier menace d'assassiner les enfants du village, Marie décide de partir avec eux. Igor, le frère de Marie, arrive alors que les Circassiens déplorent leur sort ; apprenant le rapt de sa sœur, il jure de tuer les ravisseurs. Temrouk décrète que le vengeur sera tiré au sort ; Igor est choisi.
Acte II
Un banquet au Kremlin.
Assis autour d'un banquet, des boyards célèbrent la victoire d'Ivan le Terrible sur les Tartares. Des condamnés à mort passent devant eux, demandant leur grâce, mais en vain. Ivan félicité Yorloff d'avoir démasqué un complot qu'on préparait contre lui, et demande au jeune Bulgare de lui chanter un air de sa patrie. Le tsar lui répond ensuite avec un chant de guerre, puis explique à sa cour qu'il recherche la plus belle femme de la contrée pour en faire son épouse. Yorloff se montre confiant que sa propre fille sera choisie. Un groupe de demoiselles voilées, appelées par le tsar, fait son entrée. Marie est parmi elles, et quand Ivan leur demande de retirer leurs voiles, celle-ci n'obéit pas. Finalement contrainte d'obtempérer, elle est remarquée par le tsar, qui lui demande sa main à première vue ; mais Marie refuse. C'est alors que la sœur d'Ivan, Olga, passe dans une procession religieuse. Marie fait sa connaissance et se place sous son égide.
Acte III
La cour du Kremlin
Ivan a finalement obtenu la main de Marie. Le peuple célèbre leur mariage en chantant. À mesure que le cortège approche, on reconnaît Igor, qui suit la trace de Marie, et Temrouk, son père le roi, qui l'accompagne. Yorloff se sent déshonoré car le tsar n'a pas demandé la main de sa fille. Il révèle à Igor qu'il a lui aussi un grief contre Ivan, et tous les trois décident d'assassiner le tsar la nuit-même.
Acte IV
Une pièce près de la chambre nuptiale.
Marie pense à son sort : elle est tombée amoureuse d'Ivan. Celui-ci vient alors la chercher pour la conduire à la barque nuptiale sur la Volga. Yorloff assure le tsar qu'il surveillera les lieux contre tout assassin, mais, dès qu'Ivan est parti, il admet Igor dans la pièce. Quand Marie revient, elle aperçoit son frère et se jette dans ses bras ; mais elle est horrifiée lorsqu'elle entend qu'il est venu assassiner le tsar. Igor, se sentant trahi par sa sœur, hésite à la poignarder, quand Marie rappelle à son frère le devoir de protection que leur mère a placé sur lui. Ému, il la pardonne et décide de renoncer à sa vengeance. Cependant Yorloff, qui souhaite assassiner le tsar pour obtenir le pouvoir absolu, dénonce ses complices à Ivan, sans mentionner son implication dans le complot. Jaloux de Marie, qui a été choisie par le tsar à la place de sa fille, il l'accuse elle aussi, malgré son innocence. Convaincu de la culpabilité de Marie et d'Igor, le tsar fait irruption dans la pièce avec Yorloff pour les condamner à mort. Mais, déchiré entre amour et honneur, il hésite à condamner sa nouvelle femme. Tout à coup, un officier entre dans la pièce pour annoncer que le Kremlin est en feu et que des ennemis menacent de pénétrer à l'intérieur. Ivan se décide à condamner à mort Igor et Marie avant de s'évanouir.
Acte V
Premier tableau – Les murs du Kremlin.
Temrouk est désespéré : Igor et Marie, ses enfants, ont été condamnés à mort. Ivan est revenu à lui dans un donjon dans lequel Yorloff l'a fait jeter après l'avoir déclaré fou. Il comprend qu'Igor et Marie sont innocents et que Yorloff est son véritable ennemi. Il réussit à s'échapper du donjon et trouve Temrouk accompagné de courtisans prêts à le soutenir dans sa cause. Alors qu'ils se dirigent tous vers le palais impérial, ils entendent la cloche chargée d'annoncer la mort du tsar.
Deuxième tableau – Une salle du Kremlin.
Yorloff se proclame régent, déclarant que le tsar a perdu la raison. Il a obtenu le pouvoir et se félicite désormais des courtisans qui réclament la mort d'Igor et de Marie. Il est sur le point de les exaucer quand Ivan fait irruption dans la salle, dévoile le complot de Yorloff et le condamne à mort. Le tsar pardonne à Temrouk ses intentions d'assassinat et fait exécuter Yorloff pour haute trahison. Ivan retrouve sa bien-aimée Marie et les courtisans chantent leur louange.
Distribution
| Rôle | Tessiture | Bordeaux, 12 octobre 1951 (éd. Büsser)[1] Adolphe Lebot (dir.) |
|---|---|---|
| Ivan IV, tsar de Russie | basse | Pierre Nougaro |
| Marie, fille de Temrouk | soprano | Georgette Camart |
| Igor, frère de Marie | ténor | Mirō Skala |
| Temrouk, prince de Circassie | basse | Michel Taverne |
| Yorloff, un boyard | baryton-basse | Charles Soix |
| Un jeune Bulgare | mezzo-soprano ou ténor | René Coulon |
| Olga, sœur d'Ivan | mezzo-soprano | Marthe Couste |
| Un officier russe | ténor | Paul Grosjean |
| Un Circassien | basse | Raymond Romanin |
| Femmes circassiennes, soldats russes, boyards, courtisans (chœur) | ||
Numéros musicaux
- Acte I
- 1. Introduction « Puisons mes sœurs, l’eau des fontaines »
- 2. Scène et morceau d'ensemble « Mon père ! qu'avez-vous »
- 3. Final « Victoire ! Victoire ! »
- Acte II
- 4. Scène, chœur et récit « Sonnez, éclatantes fanfares ! »
- 5. Sérénade « Ouvre ton cœur à l’amour qui m’enflamme »
- 6. Récit et chant du cosak « Eh ! c'est un chant de femmes »
- 7. Final « Boyards, j’ai fait fouiller la plaine et la montagne »
- Acte III
- 8. Chœur et danse « Sous nos pas le sol résonne »
- 9. Marche, scène et chœur « Silence, le csar s’avance »
- 10. Duo « Citation »
- 11. Final « N’est-ce pas toi, jeune homme »
- Acte IV
- 12. Trio et chœur « Venez, souveraine adorée »
- 13. Air « Il me semble parfois que ma vie est un songe ! »
- 14. Récit « Pour la fête de nuit la Moskowa s'allume »
- 15. Scène et récit « Tiens, lis ce billet »
- 16. Récit et air « Ma vengeance va donc être enfin satisfaite »
- 17. Duo « Marie ! Igor ! »
- 18. Final « Voyez ! Ah, Mon Ivan ! »
- Acte V
- 19. Marche et récit « Qui vive »
- 20. Duo « Enfin le jour succède a l’ombre »
- 21. Scène finale « À mort, la csarine perfide ! »
Bizet a réutilisé de la musique issue d'œuvres précédentes, tout en recyclant d'autres parties d'Ivan Ⅳ dans des opéras ultérieurs[1] :
- Acte I - le duo jeune Bulgare/Marie constitue la deuxième partie du prélude de La Jolie Fille de Perth (1867) ;
- Acte I - L'air de Temrouk « Ah ! Laisse-moi ma fille » est réutilisé par Bizet Noé, opéra de son mentor et beau-père Fromental Halévy resté inachevé à la mort de celui-ci en 1862 et dont Bizet poursuit l'écriture ;
- Acte II - La sérénade du jeune Bulgare « Ouvre ton cœur » est tirée de son ôde-symphonie Vasco de Gama (1863) ;
- Acte IV - Le duo Marie/Igor est réutilisé dans Noé ;
- Acte V, scène 1 - Le duo sentinelle/officier inspirera le no 6 de la suite Jeux d'enfants, intitulé Trompette et Tambour (1871).
Discographie
- Michel Roux (Ivan), Janine Micheau (Marie), Henri Legay (Igor), Pierre Savignol (Temrouk), Michel Sénéchal ((le jeune Bulgare), choeur et orchestre national de la Radiodiffusion française, Georges Tzipine (dir.) - EMI, 1958 (éd. Büsser, extraits)
- Jean-Philippe Lafont (Ivan), Janine Micheau (Marie), Henri Legay (Igor), Bernard Cottret (Temrouk), André Mallabrera ((le jeune Bulgare), chœur lyrique et orchestre national de l'ORTF, Pierre-Michel Le Conte (dir.) - Cantus Classics, 1963 (éd. Büsser, complet)
- John Noble (Ivan), Jeanette Scovotti (Marie), John Brecknock (Igor), Richard Angas (Temrouk), Patricia Kern (le jeune Bulgare), chœur et orchestre de la BBC, Bryden Thomson (dir.) - Voce / MRF Records, 1975 (extraits)
- Ludovic Tézier (Ivan), Inva Mula (Marie), Julian Gavin (Igor), Paul Gay (Temrouk), chœur de Radio France et Orchestre national de France, Michael Schønwandt (dir.) - Naïve Records, 2002 (éd. Williams, complet)
Source
Références
- Laurent Croizier, « “Meure quiconque ici me bravera !” Ivan IV, Bizet et la Russie… », Slavica Occitania « Accords majeurs. Les échanges musicaux entre la Russie et le monde (XIXe-XXe siècles) », no 23, , p. 51-62 (DOI 10.3406/slaoc.2006.2258).
- ↑ (en) W. Dean, « Bizet's Ivan IV », op. cit.
- ↑ (en) S. Huebner,The Operas of Charles Gounod, Oxford University Press, 1990.[source insuffisante]
- ↑ (en) W. Dean, « Bizet's Ivan IV », Essays on Opera, Oxford University Press, 1990.[source insuffisante]
- ↑ « Exposition Georges Bizet, 1838-1875 : au Théâtre national de l'Opéra (à Paris) octobre-novembre 1938 / Georges Bizet », sur Catalogue collectif de France (consulté le )
- « Bizet inédit », sur Le Monde, .
- ↑ (en) Robert Baxter, « Ivan IV (Review) », sur ResearchGate, (consulté le ).
- ↑ Piotr Kamiński, Mille et un opéras, Fayard, coll. « Les Indispensables de la musique », , 1819 p. (ISBN 978-2-2136-0017-8), p. 120
- ↑ (en) Ronald Crichton, « On Radio : Ivan IV, Radio 3, October 5 », Opera, vol. 26 no 12, décembre 1975, p. 1187-88 (réimpr. du Financial Times).[source insuffisante]
Liens externes
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