Ivoire (sculpture)

Dans le domaine de l'histoire de l'art, des collectionneurs d'art et de la sculpture, on appelle « ivoires » les sculptures ou petits objets réalisés en ivoire ou matériaux assimilés. L'ivoire est de moins en moins utilisé car son commerce contribue à menacer les espèces qui le produisent. Les sculptures anciennes sont néanmoins toujours collectionnées.
Histoire
Depuis l'Antiquité, l'ivoire est travaillé par les grecs et les romains, dans le bassin méditerranéen et en Europe, ainsi qu'en Asie. À cette époque, c'est l'ivoire d'éléphant qui est le plus utilisé.
L'Antiquité tardive (IVe-VIe siècle) est une période charnière dans tous les domaines et la production d'objets en ivoire. L'ivoire est alors considéré comme un produit exotique de luxe que l'on fait venir d'Afrique ou d'Inde. La production d'ivoirerie connaît alors un essor sans précédent. Dans l'empire byzantin, il est utilisé pour représenter des empereurs tel l'ivoire Barberini ou des impératrices ou des scènes religieuses comme pour le triptyque Harbaville et la chaire de l'évêque Maximien[1]. La production d'ivoire, très importante dans le premier art byzantin s'arrête assez brusquement entre le VIIe siècle et le Xe siècle, pour plusieurs raisons, notamment la crise iconoclaste et l'arrivée de l’Islam, qui prend le contrôle du commerce de l'ivoire. Il faut attendre le milieu du Xe siècle et Constantin VII Porphyrogénète (913-959) pour voir renaître une production d'objets d'ivoire. Elle sera pourtant de courte durée, puisqu'aucun ivoire ne sera plus produit dans le monde byzantin après le milieu du XIe siècle.
En Occident, La période carolingienne apporte vers l'an 800 un nouvel épanouissement à la sculpture de l'ivoire notamment pour orner les reliures des manuscrits. L'on peut ainsi mentionner les miniatures du groupe Ada qui ornait les couvertures d'évangiles. Vers l'an 1000, on voit apparaître les ivoires anglais (miniatures de Winchester). Ils sont également présents dans les ouvrages exécutés en Espagne du Nord. L'Espagne du Sud sous domination islamique produit de nombreux coffrets et étuis ornés de décors floraux et animaliers. Le coffre de la cathédrale de Pampelune est ainsi daté de 1005. En Sicile où les civilisations chrétiennes et musulmanes s'entremêlent, les pièces siculo-arabes, pyxides et coffrets sont exécutés à Palerme[2]. L'ivoire était notamment privilégié pour la fabrication d'olifants richement sculptés tel que celui qui apparaît dans la chanson de Roland.
Entre 1890 et 1910, la mise à disposition de défenses d'éléphant à la suite de la colonisation du Congo par le roi Léopold II de Belgique, la sculpture sur ivoire connaît un renouveau en Belgique. Á travers des salons coloniaux et des expositions internationales, l'administration de l'État indépendant du Congo promeut ces œuvres dans son discours colonial visant à favoriser les débouchés économiques de la nouvelle colonie[3].
Types d'ivoires
L'ivoire utilisé par les sculpteurs ou utilisé pour les touches de piano provenait généralement de la défense d'éléphant ou de mammouth, ayant l'inconvénient de posséder en leur sein une cavité pulpaire réduisant la surface de taille possible, mais d'autres matériaux ont été utilisés, dont :
- les dents de morse, de cachalot, de phacochère, d'hippopotame, de sanglier ou d'autres espèces,
- le casque osseux (il ne s'agit en fait pas véritablement d'ivoire) qui orne la tête de l'oiseau Rhinoplax vigil. Cet oiseau indonésien aujourd'hui menacé de disparition a fourni une sorte d'ivoire (nommé Hornbill ivory pour les anglophones). Ce pseudo-ivoire a été utilisé depuis le XIVe siècle en Asie, puis exporté vers l'Europe pour la joaillerie au XIXe siècle et jusqu'au début du XXe siècle où l'espèce était presque éteinte à cause de la chasse qu'on lui donnait[4],[5].
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Outils d'ivoirier. -
Tour d'ivoirier Musée de la céramique et de l'ivoire de Commercy. -

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Triptyque Harbaville, musée du Louvre, Paris. -
Olifant de Saint-Orens, XIe siècle, musée des Amériques, Auch. -
Le Christ bénissant l'empereur Constantin VII, v. 945. Moscou, Musée Pouchkine. -
Salière afro-portugaise XVIe siècle, style Edo d’Owo. Paris, Musée du quai Branly. -
Commerce de l'ivoire en Afrique orientale dans les années 1880. Photographie possible des frères Zangakis. -
La Fortune, Charles Samuel, 1894, Musée royal d'Art et Histoire de Bruxelles. -
Le Sphinx mystérieux, Charles Van der Stappen, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique.
Impacts sur la biodiversité
Le commerce (légal ou non) de l'ivoire a encouragé un trafic international, et une chasse et un braconnage qui ont décimé les populations d'éléphants et de rhinocéros.
Notes et références
- ↑ L'histoire de l'art, Bruxelles, Erasme,
- ↑ Eugen von Philippovich, « Du Moyen Âge au XXe siècle », sur Encyclopédia Universalis (consulté le )
- ↑ Sébastien Clerbois, « Or blanc : sculpture en ivoire, Congo et discours colonial sous le règne de Léopold II (1885-1909) », sur mollat.com, (consulté le )
- ↑ (en) Page consacrée à l'ivoire aviaire produit par le Rhinoplax Vigil
- ↑ (en) Article sur les différentes sortes d'ivoire,dont celui produit à partir du casque de l'oiseau Rhinoplax Vigil
Voir aussi
Bibliographie
- Louis Eloi Bergeron (Louis-Georges-Isaac Salivet), Manuel du Tourneur ouvrage dans lequel on enseigne aux amateurs la manière d'exécuter sur le tour [...] précédé de notions élémentaires sur la connoissance des bois, la menuiserie, la forge [...], Paris, Hamelin-Bergeron, 1816.
- Histoire générale des arts appliqués à l'industrie du ve à la fin du XVIIIe siècle, 1896 (codir. et collab.), Tome 1, Ivoires.
- Alphonse-Jules Wauters, La sculpture en ivoire et les ivoiriers flamands, in « Le Congo illustré », Volume III, fascicule 24, 2 décembre 1894 : pages 185-187 et Volume III, fascicule 26, 30 décembre 1894 : pages 203-206.
- Anthony Cutler, Late Antique and Byzantine ivory carving, Aldershot, Ashgate Variorum, 1998.
- (en) Ivories, a history and guide de Charles Platten Woodhouse, éditeur David & Charles, 1976.
- (en) Ivories d'Alfred Maskell, éditeur Methuen and Co., 1905.
- (en) Ivories, Ancient and Mediaeval (1875), de William Maskell, réimpression Kessinger Publishing, LLC, 2009, (ISBN 1104871238 et 9781104871239).
- (en) The catalogue of ivories from Hasanlu, Iran d'Oscar White Muscarella, Éditeur UPenn, Museum of Archaeology, 1980, (ISBN 0934718334 et 9780934718332).
- (en) Catalogue of the Byzantine and early mediaeval antiquities in the Dumbarton Oaks Collection, Dumbarton Oaks, volume 3, Ivories and Steaties de Kurt Weitzmann, éd. Dumbarton Oaks, 1972, (ISBN 088402038X et 9780884020387).
- (en) Catalogue of the Fejérváry ivories, in the museum of Joseph Mayer ..., preceded by an essay on antique ivories de Frenencz Aurelius Pulszky, Joseph Mayer, éditeur David Marples, 1856.
Articles connexes
- Ivoire, dent, Ivoire végétal,
- Ivoire Barberini, chaire de l'évêque Maximien, Vénus de Lespugue,
- Ivoirerie tardo-antique
- Art de la dynastie macédonienne
- Diptyque impérial
- Boule de Canton
- Éléphant, rhinocéros, morse, cachalot, phacochère, hippopotame,
- Espèces menacées, conservation de la nature, biodiversité.
Liens externes
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