Ivoire de Romain
L’ivoire de Romain est un ivoire sculpté en bas-relief provenant de l’Empire byzantin. Le panneau mesure 24,6 cm (au point le plus élevé) sur 15,5 cm, pour une épaisseur de 1,2 cm[1]. Le panneau est conservé au Cabinet des médailles (BNF), à Paris.
Une identification incertaine
Les inscriptions identifient les figures de l’empereur Romain et de son épouse Eudocie, bénis par le Christ. Or, deux couples impériaux portent ces noms, et les chercheurs ne s’accordent pas sur l’identification précise de la scène. L’œuvre est d’abord interprétée comme représentant Romain IV Diogène et est donc datée entre 1068 et 1071. Des découvertes de reliefs sculptés analogues au XXe siècle conduisent toutefois plusieurs chercheurs à y voir une représentation plus ancienne de Romain II et de son épouse Berthe-Eudocie de Provence, fille d'Hugues d'Arles, ce qui déplace la datation vers une période comprise entre 945 et 949[2]. C'est actuellement cette datation qui est retenue par le Cabinet des Médailles[3].
Romain IV et Eudocie Makrembolitissa
Jusqu’en 1926, le panneau est généralement interprété comme représentant le couronnement et/ou le mariage de Romain IV Diogène et d’Eudocie Makrembolitissa. Cette lecture repose principalement sur l’inscription figurant au-dessus de la tête d’Eudocie, qui porte la mention « Basilis Rhomaion ». Le titre basilis (ou basilissa) est couramment utilisé par les femmes exerçant la régence pour leurs fils mineurs, situation qui correspond à celle d’Eudocie Makrembolitissa au moment de son mariage avec Romain IV. Sur les monnaies, ce terme est également employé par deux autres femmes qui accèdent au trône comme souveraines uniques ou comme régentes. L’image de cette double couronne est aussi reprise sur des sceaux et sur le monnayage impérial afin de promouvoir le pouvoir d’Eudocie et de légitimer Romain IV comme empereur[2].
Iconographie et style
La recherche contemporaine tend à considérer que l’œuvre représente le couronnement de l’empereur junior Romain II et de son épouse enfant Berthe, fille du roi Hugues d’Italie, renommée « Eudocie » à son arrivée à la cour. Partant du principe que « les empereurs sont toujours représentés plus ou moins tels qu’ils apparaissent réellement », les chercheurs soulignent que le Romain figuré sur l’ivoire est imberbe, ce qui correspondrait davantage à Romain II, âgé d’environ six ans lors de son couronnement à Pâques 945. À l’inverse, Romain IV aurait alors près de trente ans et porterait une barbe fournie. La figure d’Eudocie présente également des traits jugés « enfantins »[4].
Le costume du couple va dans le même sens : Romain porte un loros, tandis qu’Eudocie est vêtue d’une chlamyde, ce qui indique un rang inférieur à celui de l’impératrice régnante Hélène. Il est donc souvent admis qu’il s’agit du seul portrait impérial conservé où le Christ couronne un coempereur et son épouse[1].
Une partie de la recherche rapproche le style de cet ivoire d’autres œuvres de l’art byzantin datées avec davantage de certitude du Xe siècle. Une plaque d’ivoire commandée dans le cadre d’un poème épistolaire par Sigebert de Minden, évêque de Minden (1022–1036), appartient à cet ensemble. Anthony Cutler affirme que, « si la partie centrale du triptyque est parvenue en Occident avant la mort de Sigebert de Minden en 1036, il s’ensuit que l'ivoire ne peut avoir été réalisé dans la seconde moitié du XIe siècle »[5]. Cette hypothèse concorde avec d’autres analyses selon lesquelles le métal et la stéatite sont privilégiés à l’ivoire comme support artistique au XIe siècle[6]. Aucun autre exemple conservé ne montre l’épouse d’un prince héritier ni un coempereur sans la présence de l’empereur régnant[2].
D’autres chercheurs estiment toutefois que l’ivoire présente des affinités stylistiques plus marquées avec des œuvres datées de la seconde moitié du XIe siècle, telles que le Triptyque Harbaville et au moins deux autres triptyques byzantins. Ils soulignent que la sculpture du Xe siècle se caractérise généralement par un relief plus plat et un moindre recours au creusement profond que ce que l’on observe sur l'ivoire de Romain. Les types de visages et d’autres détails stylistiques sont également rapprochés de productions de la fin du XIe siècle[2].
La découverte, en 1936, d’un solidus d’or de Romain II renforce cependant l’hypothèse selon laquelle celui-ci est l’empereur représenté : la monnaie montre en effet que Romain II cherche à imiter le portrait de son père, Constantin VII. L'ivoire serait alors conçu comme une imitation du propre relief en ivoire de Constantin VII, qui le représente lui aussi couronné par le Christ[7].
Jusqu'à la Révolution française, cette plaque est insérée dans la reliure d'un évangéliaire, appartenant au trésor de la Cathédrale Saint-Jean de Besançon[3].
Notes et références
- Maria Parani, « The Romanos Ιvory and the New Tokalı Kilise: Imperial Costume as a Tool for Dating Byzantine Art », Cahiers Archéologiques, (consulté le ), p. 15–28
- Ioli Kalavrezou-Maxeiner, « Eudokia Makrembolitissa and the Romanos Ivory », Dumbarton Oaks Papers, vol. 31, , p. 305–325 (ISSN 0070-7546, lire en ligne)
- « plaque, "le Christ couronnant Romanos et Eudoxie" (inv.55.300) », BNF - Médailles et antiques (consulté le )
- ↑ Cutler, A. (1995). « [https://es.scribd.com/document/234854328/Cutler-a-the-Date-and-Significance-of-the-Romanos-Ivory The date and significance of the Romanos ivory] », dans C. Moss ; K. Kiefer (dir.), Byzantine East, Latin West: Art-Historical Studies in Honor of Kurt Weitzmann, Princeton, p. 605–610.
- ↑ Anthony Cutler, « A Byzantine Triptych in Medieval Germany and Its Modern Recovery », Gesta, vol. 37-1, , p. 3–12 (ISSN 0016-920X, DOI 10.2307/767208, lire en ligne
)
- ↑ Robin Cormack, Byzantine Art, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-108447-8)
- ↑ (en) « Royall Tyler to Mildred Barnes Bliss, August 16, 1936 », Dumbarton Oaks (consulté le )
Sources
- « plaque, "le Christ couronnant Romanos et Eudoxie" (inv.55.300) », BNF - Médailles et antiques (consulté le )
- (en) Kalavrezou-Maxeiner, Ioli, « Eudokia Makrembolitissa and the Romanos Ivory », Dumbarton Oaks Papers, vol. 31, , p. 305-25
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