János Kádár
| János Kádár | |
János Kádár en 1977. | |
| Fonctions | |
|---|---|
| Premier secrétaire du Parti socialiste ouvrier hongrois | |
| – (31 ans, 7 mois et 3 jours) |
|
| Prédécesseur | Ernő Gerő (premier secrétaire du Parti des travailleurs hongrois) |
| Successeur | Károly Grósz |
| Président du Conseil des ministres de Hongrie | |
| – (3 ans, 9 mois et 17 jours) |
|
| Président | István Dobi |
| Prédécesseur | Ferenc Münnich |
| Successeur | Gyula Kállai |
| – (1 an, 2 mois et 24 jours) |
|
| Président | István Dobi |
| Prédécesseur | Imre Nagy |
| Successeur | Ferenc Münnich |
| Biographie | |
| Nom de naissance | Giovanni Czermanik |
| Date de naissance | |
| Lieu de naissance | Fiume |
| Date de décès | (à 77 ans) |
| Lieu de décès | Budapest |
| Nationalité | hongroise |
| Parti politique | Parti socialiste ouvrier hongrois |
| Conjoint | Mária Tamáska (1912-1992) |
|
|
|
![]() |
![]() |
János Kádár /ˈjaːnoʃ ˈkaːdaːr/, (né Giovanni Czermanik, puis appelé János Csermanek) est un homme d'État hongrois né à Fiume (aujourd'hui Rijeka) le et mort à Budapest le . Il est de 1956 à 1988 le principal dirigeant de la République populaire de Hongrie.
Ouvrier métallurgiste, il rejoint au début des années 1930 le Parti communiste bulgare clandestin. Il est à diverses reprises incarcéré par la police du régime Horthy, puis appartient à la résistance pendant la Seconde guerre mondiale. Arrêté par la Gestapo en 1944, il réussit à s'échapper. Il occupe diverses fonctions au sein du nouveau régime communiste jusqu'à son arrestation en 1951, pendant la vague de purges staliniennes qui frappe toute l'Europe de l'Est. Il est libéré en 1954 et nommé, en , premier secrétaire du parti, tandis que le réformiste Imre Nagy prend la direction du gouvernement. Après l'intervention soviétique de 1956, qu'il soutient, il est placé à la tête du gouvernement[1].
János Kádár encourage une certaine libéralisation du modèle communiste hongrois : amnistie pour les condamnés de l’insurrection de 1956, assouplissement de la censure, autorisation des voyages à l’étranger et légalisation des relations homosexuelles. Il engage ensuite, en 1968, une réforme du système économique. Le régime qui en résulte est parfois appelé, de manière ironique, « socialisme du goulash », et la Hongrie est surnommée « la baraque la plus gaie » du bloc socialiste[2].
Biographie
Un fidèle militant communiste
Enfant naturel né en 1912, il est placé par sa mère, une domestique qui n'est pas en mesure de s'occuper de lui, dans une famille paysanne de Kapoly. Elle le récupère en 1918 et s’installe à Budapest[3].
À l’issue de ses études primaires, Kádár entre en apprentissage dans une école technique dont il sort en 1929 comme réparateur de machines à écrire. La crise économique lui coûte rapidement son emploi et ses conditions d’existence, de même que celles de sa mère, sont précaires[3].
Il s’inscrit au mouvement de jeunesse du syndicat des travailleurs de l’acier dès l’âge de 17 ans et participe dans ce contexte à la grande manifestation du [3].
Il adhère au mouvement communiste clandestin en 1931, ce qui lui vaut de subir des poursuites et des arrestations. Emprisonné jusqu'en 1937, il rencontre en prison le futur dirigeant de la Hongrie communiste, Mátyás Rákosi[3].
Il choisit à sa libération d’entrer au Parti social-démocrate, seul parti de gauche autorisé sous le régime de l’amiral Horthy[3].
Il retourne au Parti des communistes de Hongrie pendant la Seconde guerre mondiale et doit de nouveau entrer dans la clandestinité pour échapper à la répression[3]. Il monte dans la hiérarchie du parti et fait preuve d’un talent certain d’organisateur.
En 1943, il est membre du Comité central qui rédige le programme du parti qui s’intitule désormais le parti de la paix. Il défend une stratégie de front populaire et soutient que la paix doit être l’objectif du parti, sans que l’on se soucie de la provenance idéologique de ceux qui le rejoignent[3].
La Gestapo l'arrête en 1944, mais il réussit à s'échapper[1].
Un instrument de la répression soviétique
En 1945, Kádár est un des espoirs du parti hongrois et occupe des postes de haute responsabilité : membre du bureau politique, secrétaire général adjoint, ministre de l’Intérieur, chef de la police secrète AVH (1948-1951[3]).
La rupture entre Tito et Staline conduit à une vague de purges au sein des régimes staliniens à l’encontre des communistes "déviants". Son camarade et ami, László Rajk, qui l'avait précédé au ministère de l'Intérieur, en est l'une des plus notables victimes[4]. Actif durant la politique de répression, il aurait assisté personnellement à certains interrogatoires[5]. Victime d’une purge, suspecté de titisme, il est lui-même emprisonné à cause de sa participation au comité central de 1943 et de sa décision de dissolution (1951-1953).
Libéré en 1954 par Imre Nagy, Premier ministre d’un courant réformateur, il est nommé, le , premier secrétaire du parti et dénonce les fautes commises dans le passé[1]. Pendant l’insurrection de Budapest d', Kádár est d’abord favorable aux insurgés. Dans un célèbre discours à la radio, il fait l'éloge des événements, qualifiés de « soulèvement glorieux de notre peuple contre le régime de Rákosi ». Cependant, le pouvoir est dépassé par les événements. Tandis que Nagy prend le parti des insurgés, Kádár s'effraie de l'ampleur de la révolte[1]. Il annonce début novembre avoir constitué un « gouvernement ouvrier et paysan » qui sollicite l'aide de l'armée soviétique pour rétablir l'ordre[1], ce dont il se justifiera bien plus tard en disant avoir voulu éviter la guerre civile. Le slogan qu'il utilise est « Qui n'est pas contre nous est avec nous ». L'ambassadeur soviétique à Budapest, Iouri Andropov, téléguide l'opération. La répression fait environ 2 500 morts. Imre Nagy et son ministre de la Défense, Pál Maléter, seront exécutés[6].
Un dirigeant réformateur
Il dirige de 1956 à 1988 le parti, reconstitué sous le nom de Parti socialiste ouvrier hongrois (premier secrétaire et membre du praesidium de 1956 à 1985, secrétaire général en 1985). Il renonce en 1958 à la direction du gouvernement mais retrouve cette fonction dès 1961[1]. S'il ne remet pas en cause la dictature du parti unique et le suivi de la politique étrangère soviétique (il participe à l'occupation de la Tchécoslovaquie en 1968), il s'emploie à libéraliser le pays dans la limite du régime socialiste : ainsi, il promulgue en 1962 une amnistie pour les condamnés de l'insurrection de 1956, atténue la répression anti-religieuse, diminue la censure et tolère une dissidence politique[7].
La Hongrie ne suit pas Moscou dans tous les domaines comme le montre sa volonté à l'adhésion au Fonds monétaire international et la prise de contact avec la République fédérale d'Allemagne en 1967[8]. Les passeports sont délivrés avec beaucoup de liberté et l’homosexualité dépénalisée en 1961[9]. D'anciens dissidents reviennent en Hongrie et reçoivent des responsabilités importantes : le gouverneur de la banque centrale, nommé à la fin des années 1970, avait passé 15 ans en Australie. Kádár refuse d'appliquer une politique antisémite comme dans d'autres pays de l'est, malgré l'antisémitisme de la société révélé par le « procès Rajk » tenu par son prédécesseur Mátyás Rákosi quelques années auparavant[10],[11]. La Hongrie devient même un laboratoire pour Moscou, qui souhaite voit jusqu'où la libéralisation est possible sans menacer la stabilité du régime[3].
En 1968, il introduit certains mécanismes du marché dans l'économie et au début des années 1980, il laisse se développer des activités économiques privées. En 1986, le Primat de Hongrie, le cardinal Lekai, est même sollicité pour devenir député, poste qu'il refusera à la suite d'un veto formel de Jean-Paul II. Pour désigner cette période de leur histoire où ils jouissaient d'une toute relative liberté, les Hongrois parlaient alors de leur pays comme de « la baraque la plus gaie du camp socialiste »[12]. Cet allègement de la collectivisation a pour conséquence une augmentation du niveau de vie, au prix néanmoins d'un fort endettement public et d'une balance commerciale déficitaire[13],[14].
En 1972, contesté à l'intérieur du Pacte de Varsovie pour ses réformes et son rapprochement avec l'Ouest, Kádár qui vient d'avoir 60 ans est le sur point de démissionner sous prétexte de demander sa retraite. Mais ni les conservateurs, ni les réformistes au sein du parti communiste n'acceptent son retrait, craignant que les Soviétiques ne se montrent pas aussi coopératifs avec son successeur[3].
Dernières années et héritage
Malade, sombrant progressivement dans la sénilité[15], il est écarté du secrétariat général du Parti socialiste ouvrier hongrois (PSOH) en par le courant réformateur, qui inspiré par l'exemple de Mikhaïl Gorbatchev souhaite pousser plus loin la libéralisation. Le Parti renonce de lui-même à son rôle dirigeant au début de l'année 1989, ce qui ouvre la voie à l'effondrement du régime. Dès le mois de , la frontière avec l'Autriche est ouverte, ce qui provoque la ruée de réfugiés est-allemands et la chute du mur de Berlin, le .
János Kádár meurt le , le jour même où la Cour suprême de Hongrie réhabilitait solennellement Imre Nagy et ses compagnons. Kádár, dans sa dernière apparition devant le Comité central le , s'était lui-même exprimé sur les évènements de 1956, concluant par : « Je suis désolé pour tous »[3].
Il a donné son nom au Kádár-kocka, modèle d'habitation standard construite massivement des années 1960 aux années 1980 dans la campagne hongroise.
Lors de sa mort, 75 % des Hongrois interrogés pour un sondage considéraient que le pays perdait avec lui l'une de ses personnalités les plus importantes. Dans une enquête de la fin des années 1990, Kádár était pour 42 % des Hongrois l'homme politique le plus sympathique du XXe siècle[3].
Selon un sondage publié fin 2006, 65 % des Hongrois jugent que Kádár a joué un rôle positif dans l'histoire du pays[16].
La tombe de Kádár dans le cimetière Kerepesi à Budapest a été profanée le . Près de la tombe se trouvait une inscription disant qu'« un assassin et un traître ne peut reposer dans un sol sacré ». La plupart des ossements de Kádár, dont son crâne, ont été volés[17]. L'urne contenant les cendres de sa femme a également disparu[18].
Notes et références
- Encyclopædia Universalis, « Biographie de JÁNOS KÁDÁR (1912-1989) », sur Encyclopædia Universalis
- ↑ « Hongrie : "La baraque la plus gaie du camp" », sur France Culture,
- Catherine Hore, « János Kádár, le bâtisseur de la « baraque la plus gaie du camp ». Les « héros du retrait » dans les mémoires et les représentations de l’Europe contemporaine. », Histoire et fictions, (lire en ligne)
- ↑ Johanna Granville (a review of A Good Comrade by Roger Gough) American Historical Review vol. 112, no. 4, (2007): 1280.
- ↑ Miklós Molnár, Histoire de la Hongrie, Hatier, 1996, p. 389.
- ↑ Johanna Granville, (Le Premier Domino) The First Domino: International Decision Making During the Hungarian Crisis of 1956, Texas A & M University Press, 2004. (ISBN 1585442984).
- ↑ Fabien Conord, Les gauches européennes au XXe siècle, Paris, Armand Colin, coll. « U », , 272 p. (ISBN 9782200272753, lire en ligne), chap. 6 (« Les gauches dans les pays du « socialisme réel » (1949-1989) »), p. 129-150
- ↑ Aniko Macher, « La Hongrie entre tutelle soviétique et intérêt national au cours des années 1960 », Relations internationales, vol. n° 148, no 4, , p. 81 (ISSN 0335-2013 et 2105-2654, DOI 10.3917/ri.148.0081, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en-US) « Hungary once held LGBTQ+ promise — then Orbán stepped in », sur POLITICO, (consulté le )
- ↑ Laurent Rucker, Staline, Israël et les Juifs, Presses universitaires de France, (ISBN 978-2-13-051165-6, lire en ligne), chap. 8 (« Le complot sioniste II : Procès à Prague »), p. 275-298
- ↑ Claude Moniquet, Histoire des juifs soviétiques, Plon (programme ReLIRE), (ISBN 978-2-85565-470-6, lire en ligne), p. 160-185
- ↑ Istvan Bart, La Hongrie et les Hongrois, Budapest, Corvina, , 192 p., p. 55
- ↑ Ferenc Fodor, « Populisme et politique énergétique en Hongrie », L'Europe en Formation, vol. n° 378, no 4, , p. 105–125 (ISSN 0014-2808, DOI 10.3917/eufor.378.0105, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Robert O. Paxton et Julie Hessler, L'Europe au XXe siècle, Paris, Tallandier, (ISBN 978-2-84734-818-7, lire en ligne), chap. 20 (« L’Europe de l’Est, 1965-1985 : le déclin du communisme »), p. 611-642
- ↑ Miklós Molnar, Histoire de la Hongrie, Hatier, 1996, p. 429.
- ↑ (en) « Communist leader's bones stolen », Reuters, 2 mai 2007.
- ↑ (en) « Hungarian leader's grave robbed », Associated Press, 4 mai 2007.
- ↑ (en) « Ex-Hungary ruler's remains stolen » in BBC News du 3 mai 2007.
Voir aussi
Bibliographie
- (en) Johanna Granville Review of Gough, A Good Comrade. János Kádár, American Historical Review vol. 112, no 4, (2007): 1280.
- (en) Johanna Granville, The First Domino: International Decision Making During the Hungarian Crisis of 1956 (Le Premier Domino), Texas A & M University Press, 2004. (ISBN 1-58544-298-4).
- (en) Johanna Granville, « Soviet Archival Documents on the Hungarian Revolution » (« Documents d'archives soviétiques sur la Hongrie »), Cold War International History Project Bulletin, no 5 (Woodrow Wilson Center for International Scholars, Washington, DC), Spring, 1995, p. 22-23, 29-34.
Liens externes
- Ressource relative à la vie publique :
- Ressource relative à la musique :
- Ressource relative à l'audiovisuel :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- Britannica
- Brockhaus
- Den Store Danske Encyklopædi
- Deutsche Biographie
- Dizionario di Storia
- Enciclopedia italiana
- Enciclopedia De Agostini
- Gran Enciclopèdia Catalana
- Hrvatska Enciklopedija
- Internetowa encyklopedia PWN
- Nationalencyklopedin
- Munzinger
- Proleksis enciklopedija
- Store norske leksikon
- Treccani
- Universalis
- Visuotinė lietuvių enciklopedija
- Portail de la politique
- Portail de la Hongrie
- Portail du communisme
- Portail de la guerre froide
.jpg)

.svg.png)