Ja nus hons pris ne dira sa raison
« Ja nus hons pris » (souvent transmis avec des variantes graphiques : « Ja nuns hons pris », « Ja nus homs pris ») est une chanson en ancien français attribuée à Richard Iᵉʳ d’Angleterre, dite plainte du captif, composée durant sa détention au retour de la troisième croisade. Le poème existe aussi en version occitane et déploie une rhétorique d’adresse directe aux barons et proches du roi pour hâter le paiement de sa rançon ; il s’agit d’une pièce politique plus qu’une « chanson de croisade » au sens strict. L’édition critique et la traduction proposées par l’Université de Warwick situent avec vraisemblance la composition au printemps 1193[1].
La tradition musicologique a parfois rangé « Ja nus hons pris » parmi les rotrouenges, forme médiévale caractérisée par un retour de motif ou de refrain dans la strophe ; le CNRTL rappelle d’ailleurs que « la Rotrouenge du captif de Richard Iᵉʳ » a été assimilée à ce genre en raison du retour régulier de la rime en -pris. La définition du terme demeure cependant fluctuante selon les auteurs, ce qui explique la diversité des analyses métriques et rythmiques modernes[2].
Parmi les très rares pièces attribuées avec certitude à Richard Iᵉʳ, « Ja nus hons pris » est la seule à nous être parvenue avec sa mélodie, transmise par plusieurs chansonniers de trouvères ; l’autre texte royal connu, « Dalfin, je·us voill deresnier », n’est conservé que textuellement. Cette situation explique la fortune moderne de la plainte, que les ensembles spécialisés restituent selon des options rythmiques diverses[3].
Contexte historique
Au retour de Terre sainte, Richard Iᵉʳ est capturé près de Vienne par Léopold V d’Autriche (), remis ensuite à l’empereur Henri VI et détenu en Allemagne jusqu’à sa libération en [4]. Les notices de référence (Britannica) détaillent cette séquence et rappellent que l’emprisonnement à Trifels est attesté en 1193, sur fond de tractations financières considérables pour la rançon. Ces données constituent l’arrière-plan immédiat de la chanson, dont l’ethos est celui d’un souverain réclamant loyalisme et secours[5].
S’appuyant sur des indices internes (appel aux seigneurs du Perche et à Guillaume de Cayeux, allusions aux troubles en Normandie et aux Marches), l’édition commentée et la biographie de John Gillingham convergent pour dater la pièce du printemps 1193, moment où Richard est transféré et gardé à Trifels, période documentée par les sources impériales. Cette datation est aujourd’hui l’hypothèse majoritaire[6].
Transmission du texte et de la musique
Le poème et sa mélodie nous sont parvenus par la tradition manuscrite des chansonniers de trouvères. La pièce figure notamment dans le Chansonnier Cangé (BnF, Français 846), où l’inventaire folioté signale « Ja nuns hons pris ne dira sa raison » au fol. 62, et dans le Chansonnier de l’Arsenal (Bibliothèque de l’Arsenal, ms 5198), connu par des reproductions phototypiques et un manifeste IIIF consultable via Biblissima. Ces témoins expliquent la coexistence de variantes textuelles et l’existence d’une version en langue d’oc, que l’édition de Warwick discute en détail[7],[8],[9],[6].
Réception et légende
Dès le XIIIᵉ siècle, la légende de Blondel — fixée par les Récits d’un ménestrel de Reims — imagina qu’un ménestrel identifia le lieu de captivité de Richard en échangeant un refrain avec lui sous les fenêtres du château. Les historiens rappellent que ce conte est tardif et sans base contemporaine solide, mais il nourrira durablement l’imaginaire, jusqu’à l’opéra Richard Cœur-de-lion de Grétry (1784) et de nombreuses réécritures ultérieures[10].
Texte et traduction
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Ja nuls hom pres (en langue d'oc) : |
Ja nuls hom pres (en langue d'oïl) : |
Traduction en français moderne : |
Notes et références
- ↑ « RS 1891 », sur warwick.ac.uk (consulté le )
- ↑ « ROTROUENGE : Définition de ROTROUENGE », sur www.cnrtl.fr (consulté le )
- ↑ (en-US) Xavier Fresquet, « Richard the Lionheart: A Monarch’s Melody », sur MnemoMed (consulté le )
- ↑ Jean Flori, Richard Cœur de Lion, Le roi-chevalier, Paris, Payot, Biographie Payot, , 599 p. (ISBN 9782228892728), p. 183 et 203
- ↑ (en) « Richard I | Biography, Achievements, Crusade, Facts, & Death | Britannica », sur www.britannica.com, (consulté le )
- « RS 1891 », sur warwick.ac.uk (consulté le )
- ↑ « Paris. Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, Français 846 | Biblissima », sur portail.biblissima.fr (consulté le )
- ↑ « Paris. Bibliothèque de l'Arsenal, Ms-5198 réserve | IIIF Collections of Manuscripts and Rare Books », sur iiif.biblissima.fr (consulté le )
- ↑ Le Chansonnier de l'Arsenal (trouvères du XIIe-XIIIe siècle) : reproduction phototypique du manuscrit 5198 de la Bibliothèque de l'Arsenal / transcription du texte musical en notation moderne par Pierre Aubry,... ; introduction et notices par A. Jeanroy, 1909-1913 (lire en ligne)
- ↑ (en) « Récits d’un ménestrel de Reims | 13th-century romance | Britannica », sur www.britannica.com (consulté le )
- Victor Pierre Laurens, Le Tyrtée du Moyen âge : Histoire de Bertrand de Born, vicomte d'Hautefort, Paris, 1875, p. 241-243. [lire en ligne]
Liens externes
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