Jacqueline Pery d'Alincourt

| Naissance | |
|---|---|
| Décès |
(à 89 ans) 17e arrondissement de Paris |
| Nom de naissance |
Jacqueline Jeanne Marie de La Rochebrochard |
| Nationalité | |
| Activité |
| Conflit | |
|---|---|
| Lieu de détention |
Ravensbrück (- |
| Distinctions |
Jacqueline Péry d'Alincourt, née Jacqueline-Jeanne-Marie Brochard de La Rochebrochard, le à Prissé-La Charrière (Deux-Sèvres) et morte le à Paris 17e, est, alias Violaine, une résistante française[1].
Biographie
Aînée d'une famille nombreuse, Jacqueline de La Rochebrochard achève des études secondaires à Poitiers et s'oriente vers la psychologie quand, à 19 ans, elle se fiance à Joseph de Lorne d'Alincourt, élève-officier à l'École d'artillerie de Poitiers. Son mariage, prévu pour dans son village natal, est célébré à la hâte les 29 et , le tout juste diplômé sous-lieutenant d'artillerie, né le à Luzy-sur-Marne, devant être mobilisé immédiatement à Toul, au régiment du DCA.
Sans nouvelles de son époux, Jacqueline d'Alincourt décide de rejoindre l'Est où elle réussit à retrouver sa caserne et s'établit chez ses beaux-parents lors de la déclaration de guerre, le jeune couple s'étant retrouvé de temps en temps pendant la drôle de guerre puis très vite séparé à cause de l'Occupation; fin , elle apprend qu'il est emmené rapidement de Saint-Dizier (où la sentinelle les autorise à passer quelques minutes ensemble) à Chaumont où elle ne pourra que brièvement lui frôler les mains pour la dernière fois à travers la grille du collège d'où tous les prisonniers de guerre partiront dès le lendemain vers l'Allemagne.
Résistance
C'est la lettre d'un oncle prisonnier de guerre dans le même camp qui apprend à la famille de La Rochebrochard la mort, survenue le 23 mars1941 - d'une méningite foudroyante - de son époux, à Nuremberg (Oflag XIII B). La jeune veuve de guerre, âgée de 21 ans, décide alors de s'installer à Paris où elle trouve un emploi d'enseignante dans une classe élémentaire du Collège du Sacré-Cœur de la rue Saint-Dominique. Au printemps 1942, elle est présentée, par son amie et colocataire, Claire Chevrillon - à un certain Gautier (elle apprendra beaucoup plus tard qu'il s'agissait en fait de Jean Ayral[2]), chef régional du Bureau des opérations aériennes (BOA) en France occupée. Le , ce dernier la charge en tant qu'agent P 2 - agent permanent indemnisé - de coder les messages radio destinés à permettre les parachutages au BCRA de Londres.
C'est à la demande de Daniel Cordier (à qui Jean Moulin rentré de Londres en a donné l'ordre de déménager de Lyon à Paris la direction des services de la Délégation gaulliste en zone Nord de Paris et qui a besoin d'agents-courriers supplémentaires[3]) qu'Ayral lui transfère, fin mars - début avril 1943, Jacqueline d'Alincourt[4]. Laquelle intègre le secrétariat de l'équipe de Germain (Hugues Limonti), subordonné direct de Cordier, en tant que courrier. C'est désormais Violaine[5] qui est chargée d'organiser la vie matérielle des agents secrets en provenance de Londres afin de leur procurer immédiatement hébergement, faux papiers, couverture professionnelle ainsi que des tickets de rationnement[2]. Elle fait partie de la dizaine d'agents chargés d'organiser les liaisons avec les réseaux et la Délégation générale et doit également prendre en charge les pilotes alliés afin d'assurer leur évasion en leur fournissant des boîtes aux lettres pour collecter les courriers clandestins venus de toute la France.
Après de nombreuses transactions immobilières réussies en urgence, c'est celle effectuée à l'intention du lieutenant-colonel Pierre Marchal, alias Morinaud[6] qui vaut à la comtesse d'Alincourt d'être dénoncée et arrêtée dans une souricière tendue par la Gestapo, à son domicile du rez-de-chaussée du 86 rue de Grenelle : au soir du , interrogée, menottée, menacée et torturée sans trêve pendant cinq jours et quatre nuits au n°11 de la rue des Saussaies, puis, ayant refusé de parler, elle est mise au secret pendant six mois dans la cellule n°131 du second étage du centre pénitentiaire de Fresnes.
Déportation
Après un regroupement au fort de Romainville à la fin du mois de , Jacqueline de Lorne d'Alincourt est déportée depuis la gare de Pantin vers Fürstenberg en Allemagne par le transport du en tant que numéro 35243 sous un triangle rouge et c'est à pied qu'elle prend le chemin du camp de Ravensbrück où elle rejoint son amie, Geneviève de Gaulle qui devient sa compagne de paillasse et avec laquelle elle se lie avec Germaine Tillion, Marie-José Chombard de Lauwe, Paulette Charpentier, Germaine Lhuillier-de Courson, Yvonne Crépon-de La Rochefoucauld, Violette Rougier-Lecoq, Charlotte Delbo, Marie-Claude Vaillant-Couturier, Anne-Marie Bauer, Suzanne Hiltermann, Maisie Renault, Renée Mirande-Laval, Anise Postel-Vinay, Micheline Maurel, Margaret Buber-Neumann, Noëlle Vincensini, Denise Vernay, Odette Fabius, et Mère Marie Skobtsova et tant d'autres.
Le , Jacqueline d'Alincourt est remise à la Croix-Rouge suédoise et donc sauvée in extremis à Lübeck puis à la frontière danoise dès le lendemain. Elle retrouve enfin, le avec ses compagnes survivantes, la liberté à Copenhague sur le ferry-boat en partance pour Malmö... tout en parvenant à rapporter le manuscrit de l'opérette Le Verfügbar aux Enfers...
Après la guerre
Mariée le à Pierre Péry (1912-1966) - dont elle a deux filles, Violaine et Marie-Claire (1947-1974) - rescapé de Buchenwald[7], Jacqueline Péry d'Alincourt ne cesse de témoigner de son engagement dans la Résistance et de son expérience concentrationnaire dans les lycées et collèges ainsi que dans les universités américaines où elle est régulièrement invitée.
Commandeur de la Légion d'Honneur, Grand-croix de l'ordre national du Mérite, Jacqueline Péry d'Alincourt est titulaire de la Croix de guerre 1935-1945 avec palme de bronze et de la Médaille de la Résistance française. La dernière présidente de l'Amicale des réseaux action de la France combattante s'éteint à son domicile de la rue Pierre-Demours et est inhumée le dans son village natal des Deux-Sèvres où les honneurs militaires lui sont rendus. Une messe d'hommage réunissant sa famille et ses amis est organisée le en la cathédrale Saint-Louis des Invalides à Paris[8].
Distinctions
Commandeure de la Légion d'honneur par décret du [9].
Grand-croix de l'ordre national du Mérite par décret du (remise le par Geneviève de Gaulle-Anthonioz)[9].
Croix de guerre -, palme de bronze
Médaille de la Résistance française avec rosette (décret du )[10]
Croix du combattant volontaire de la Résistance (1983)[11]
Médaille de la déportation pour faits de Résistance (1951)[11]
Hommage
Exposition
Elle fait partie des 16 femmes dont le parcours est présenté dans le cadre de l'exposition temporaire « Déportées à Ravensbrück, 1942-1945 » organisée par les Archives nationales (site de Pierrefitte-sur-Seine) du au [12].
Notes et références
- ↑ « Jacqueline Jeanne Marie de la Rochebrochard épouse de Lorne d’Alincourt / Péry - Les Français Libres », sur www.francaislibres.net (consulté le )
- Dominique Missika, Résistantes, 1940-1944, Gallimard, (ISBN 978-2-07-294029-3), p. 58-59.
- ↑ Daniel Cordier, Rétro-chaos - Mémoires, Gallimard, Paris, 2025, pp. 136-137.
- ↑ Daniel Cordier, Rétro-chaos - Mémoires, op. cit., pp. 126.
- ↑ Béatrice Gurrey, « Martha Desrumaux, figure du Front populaire, syndicaliste, résistante et féministe », Le Monde, 28 août 2021, p. 18-19 [lire en ligne].
- ↑ « Pierre Auguste Marchal alias Paul Morinaud - Les Français Libres », sur www.francaislibres.net (consulté le )
- ↑ « Pierre Jean Péry - Les Français Libres », sur www.francaislibres.net (consulté le )
- ↑ « PERY D'ALINCOURT | Mémoire Vive de la Résistance », (consulté le )
- Liste unique des décorés, « La Rochebrochard Jacqueline Jeanne Marie », sur archives.legiondhonneur.fr (consulté le )
- ↑ Ordre de la Libération, « Médaille de la Résistance française avec rosette - fiche Jacqueline LORNE D'ALINCOURT (DE) » (consulté le )
- Archives nationales, « Guerre de 1939-1945. Archives de Jacqueline Péry d'Alincourt - Copies de billets du temps de guerre – Retour de Ravensbrück – Témoignages et publications – Reconnaissance des services et distinctions honorifiques – Amitiés liées à la Résistance et à la déportation – Documentation - cote 72AJ/3641 » (consulté le )
- ↑ Archives nationales, « Expositions » (consulté le ).
Voir aussi
Bibliographie
- François Berriot, Témoignages sur la Résistance et la Déportation. Autour de Jacqueline Pery d'Alincourt, L'Harmattan, 2008.
- Claire Chevrillon, Une Résistance ordinaire, éditions du Félin, 1999.
- Daniel Cordier, Alias Caracalla, Gallimard, 2009.
- Lynne Olson: The sisterhood of Ravensbrück : how an intrepid band of frenchwomen resisted the Nazis in Hitler's all-female concentration camp, Melbourne ; London ; Minneapolis : Scribe, 2025, (ISBN 978-1-917189-11-8)
Articles connexes
Liens externes
- « Survivre à Ravensbrück Témoignage de Jacqueline Péry d'Alincourt* », sur larochebrochard.free.fr (consulté le ).
- « FRAN_IR_059800 - Salle de lecture virtuelle », sur www.siv.archives-nationales.culture.gouv.fr (consulté le ).
- « Jacqueline Pery d'Alincourt », sur Fondation de la Résistance (consulté le ).
- [vidéo] Ministère de l'Intérieur, « Exposition "Paroles de résistants (1942-1944)" - Témoignage de Jacqueline Péry d'Alincourt », sur YouTube, .
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