Jacques Dujarié

Jacques Dujarié
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(à 70 ans)
Le Mans
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Ordre religieux

Jacques-François Dujarié (, Rennes-en-Grenouille[1] - 1838) est un prêtre diocésain qui fut le fondateur de plusieurs congrégations à l'époque où l'Église de France se relevait de ses ruines, après la Révolution française. Ces fondations s’inscrivent dans un mouvement plus large de renaissance religieuse en France, marqué par la création de nombreux instituts et congrégations[2].

Biographie

Origines et enfance (1767–1787)

Naissance et milieu familial

Jacques-François Dujarié naît le à Rennes-en-Grenouille. Il est le premier enfant de Jacques Dujarié, laboureur et propriétaire terrien[2], et de Françoise Leroux, issue d’une famille de paysans aisés et pieux[2]. La famille Dujarié, bien que modeste, jouit d’une certaine aisance grâce à la possession de terres et de domaines, notamment le Breil et les Fontaines, hérités de la famille Leroux[2]. Le grand-oncle maternel, l’abbé Defais, joue un rôle important dans la vie de Jacques-François Dujarié, tant par son soutien matériel que par son influence spirituelle[2].

Contexte géographique et social

La région, marquée par une forte tradition chrétienne et une population rurale attachée à ses coutumes, est alors en pleine mutation. Les paroisses de Sainte-Marie-du-Bois et de Rennes-en-Grenouilles, où vivent les Dujarié, sont des foyers de piété et de résistance face aux bouleversements politiques et religieux de la fin du XVIIIe siècle. Le jeune Jacques-François grandit dans un environnement familial et paroissial profondément marqué par la foi, la stabilité des foyers, et une certaine méfiance envers les innovations extérieures[2].

Éducation et vocation

Dès son plus jeune âge, Jacques-François Dujarié montre une inclination marquée pour la vie religieuse. Il est encouragé dans cette voie par le curé de Sainte-Marie-du-Bois, M. Guérin de la Roussardière, homme de foi et de caractère, qui refuse plus tard de prêter serment à la Constitution civile du clergé et est déporté[2]. Le jeune garçon fréquente d’abord le collège de Lassay, puis le petit séminaire de Domfront, établissement dirigé par les Eudistes, où il développe une dévotion particulière au Sacré-Cœur[2]. Ses études se poursuivent au séminaire des Sulpiciens à Angers, alors l’un des meilleurs de France. Il y est remarqué pour sa piété et sa simplicité[3].

Ordonnation et débuts du ministère (1787–1802)

La chapellenie de Sainte-Croix

En 1787, Jacques-François Dujarié est nommé titulaire de la chapellenie de Sainte-Croix de Longlée-Renault, près d’Asnières-sur-Vègre, grâce à l’appui de son grand-oncle, l’abbé Defais[2]. Cette nomination, qui lui assure un revenu modeste, est officialisée lors d’une cérémonie solennelle au château de Moulinvieux, en présence du marquis de Scépeaux et de plusieurs dignitaires locaux. Cette période marque son entrée officielle dans le clergé, bien qu’il ne soit pas encore prêtre[2].

La Révolution et la clandestinité

La Révolution française éclate alors que Dujarié achève sa formation. Les paroisses, couvents et monastères, qui jouaient alors un rôle central dans l’éducation et les soins, furent fermés et leurs biens confisqués[2]. Lorsque les autorités révolutionnaires imposèrent la Constitution civile aux membres du clergé, le séminaire fut supprimé et Jacques-François Dujarié dut rentrer dans sa famille. Jacques Dujarié père est maire de Sainte-Marie-du-Bois en 1792[2] parce qu’il était un notable local respecté, capable de maintenir l’ordre sans excès révolutionnaire. Sa modération et son statut de propriétaire terrien lui ont permis de protéger, dans une certaine mesure, les prêtres réfractaires et les fidèles, y compris son propre fils[2]. En 1793, les municipalités sont renouvelées et le maire de Sainte-Marie-du-Bois devient Oger qui avec l'ex-curé constitutionnel Pitel furent maltraités et pillés par les Chouans, le [4].

Refusant de prêter serment à la Constitution civile, il se cache d’abord à Lassay, puis à Chantenay, où il exerce le métier de tisserand pour subsister. Pendant cette période, il reste en contact avec des prêtres insermentés, aidant à organiser des messes clandestines et à soutenir les fidèles. Son grand-oncle, l’abbé Defais, est déporté pour avoir refusé le serment, et Dujarié gère ses affaires en son absence[2].

Ordonnation secrète

Après le 9 Thermidor (), la situation se détend légèrement. Dujarié est envoyé par Mgr Paillé, administrateur du diocèse du Mans, auprès de l’abbé Joseph Jacquet de la Haye à Ruillé-sur-Loir, pour y achever sa préparation au sacerdoce[2]. Il est ordonné prêtre clandestinement à Paris le à une époque où la Terreur frappe encore, dans des conditions périlleuses. Dès lors, il exerce son ministère dans la clandestinité, célébrant les sacrements et soutenant les fidèles dans un contexte de persécution et de résistance. Sa première messe fut célébrée en pleine nuit, dans une grange aux alentours de Ruillé-sur-Loir[5].

Pendant toute la période révolutionnaire, il exerça son ministère dans la clandestinité, desservant les catholiques du nord-ouest de la France, notamment dans les campagnes autour de Ruillé-sur-Loir, dans l'ancienne province du Maine[6]. Pour échapper aux persécutions, il travailla comme tisserand et se fit passer pour un colporteur de limonade afin de circuler librement et porter secours aux fidèles[5].

Facade Sud
Église Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Ruillé-sur-Loir

Ministère à Ruillé-sur-Loir

À partir de 1795, Dujarié s’installe à Ruillé-sur-Loir, où il devient vicaire puis curé. Il y développe une action pastorale intense, visant à restaurer la pratique religieuse après les années de terreur[2]. Après le Concordat de 1801, l’abbé Jacques-François Dujarié fut nommé curé de l’église Saint-Pierre de Ruillé-sur-Loir le [7]. Il s’investit sans compter pour reconstruire la paroisse, mais fut profondément marqué par la précarité de l’Église et de l’éducation, en particulier dans le quartier défavorisé de Ruillé-sur-Loir, surnommé « les Hauteurs »

Sœurs de la Providence

En 1806, Jacques-François Dujarié rassembla deux jeunes femmes de la région pour qu’elles enseignent aux filles et soignent les malades[6]. Il leur fit édifier la Petite Maison de la Providence, demeure avec une chapelle pour accueillir son œuvre naissante. Sans attendre, elles y ouvrirent une école, un dispensaire et organisèrent des visites régulières aux malades[3]. Leur action s’étendit rapidement aux paroisses voisines, concrétisant ainsi le projet de Jacques-François Dujarié. Face à leur nombre croissant, il les envoya se former à la vie religieuse et aux soins auprès d'Anne de La Girouardière, fondatrice de la communauté des Filles du Sacré-Cœur de Marie.

Leur communauté s’étant considérablement développée, elles entreprirent en la construction d’un établissement plus vaste en périphérie de la ville, la Grande Maison de la Providence. Officiellement reconnues comme congrégation religieuse en 1831 sous le nom de Sœurs de la Providence[8], elles adoptèrent pour devise : « Deus providebit » (« Dieu pourvoira »).

Frères de Saint-Joseph

Soutenu par Johann Michael Josef von Pidoll, évêque du Mans, Jacques-François Dujarié fonda en 1820 les Frères de Saint-Joseph, destinés à l’éducation des garçons des campagnes[6]. Ces religieux, partageant les mêmes idéaux de renouveau éducatif et ecclésial, devaient initialement mutualiser leurs moyens avec les Sœurs de la Providence. Mais ces dernières s’y opposèrent et écartèrent Jacques-François Dujarié de leur congrégation.

Il accueillit les premiers frères au presbytère de Ruillé, avant que ne soit construit le Grand Saint-Joseph en 1824. Dès 1835, les Frères de Saint-Joseph géraient une soixantaine d’écoles dans le Nord-ouest de la France, bien qu’ils ne fussent pas encore officiellement constitués en communauté religieuse. Jacques-François Dujarié souhaitait aussi qu’ils assistent les curés dans leurs tâches, notamment comme sacristains.

Affaibli par la maladie, il confia la direction des Frères à l’abbé Basile Moreau[8], qui avait déjà animé des retraites pour eux. En , Jean-Baptiste Bouvier, évêque du Mans, présida une cérémonie au Grand Saint-Joseph, où Jacques-François Dujarié présenta Basile Moreau comme leur nouveau supérieur.

Cette même année, Basile Moreau avait créé un groupe de « prêtres auxiliaires » dans le diocèse. En novembre, il transféra les Frères de Saint-Joseph à Notre-Dame de Bel-Air, au Mans. Après des travaux d’agrandissement au printemps 1837, il y installa également les prêtres auxiliaires, donnant ainsi naissance à la Congrégation de Sainte-Croix[9], qui unissait frères et prêtres.

Mort

Il développe le service des soins aux malades et de l'enseignement des enfants pendant vingt ans, mais il est victime d'une attaque cardiaque à l'âge de 67 ans, et laisse la direction de ses œuvres au père Basile Moreau. Les frères de Saint-Joseph forment alors le noyau de la future congrégation de Sainte-Croix qui essaimera aux États-Unis et ailleurs. Les frères de Saint-Joseph ont déjà soixante maisons en 1835. En , Dujarié se retira dans la maison mère des Frères au Mans.

Il y décéda le [8] , laissant derrière lui deux communautés destinées à devenir trois congrégations : les Sœurs de la Providence de Ruillé-sur-Loir, les Sœurs de la Providence de Saint Mary-of-the-Woods (Indiana) et les Frères de la Congrégation de Sainte-Croix. Il fut d’abord enterré dans le cimetière des Frères. Cependant, à la demande des Sœurs, ses restes furent transférés à leur maison mère de Ruillé-sur-Loir le .

Bibliographie

  • Collectif, Jacques Dujarié 1767 - 1838 Fondateur des Frères de Saint-Joseph et des Sœurs de la Providence, Montréal, Les Frères de Sainte Croix.
  • Tony Catta, Le Père Dujarié (1767-1838) : curé de Ruillé-sur-Loir, chanoine honoraire du Mans, fondateur des communautés des Soeurs de la Providence et des Frères de Saint-Joseph, maintenant Frères de Sainte-Croix, 1 vol. (XVII-336 p.), 1960.
  • Vanier, Philéas, Recueil documentaire. Le chanoine Dujarié, 1767-1838, fondateur des Sœurs de la Providence de Ruillé-sur-Loir et des Frères de Saint-Joseph, Montréal, Fides, 1948.
  • Moreau, Basile, Lettres circulaires, Montréal, Fides, 1941.
  • Alric, J.-F., Histoire de la Congrégation des Sœurs de la Providence de Ruillé-sur-Loir, Paris, 1948.

Liens externes

Sources

  • (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Jacques-François Dujarié » (voir la liste des auteurs).
  • Les principales sources sur la vie de Jacques Dujarié proviennent des archives paroissiales, diocésaines, et des ouvrages de Philéas Vanier, Basile Moreau, et des historiens locaux. Ses lettres, les chroniques des Frères de Saint-Joseph, et les témoignages de ses contemporains permettent de reconstituer son parcours et son influence.

Références

  1. Et non Sainte-Marie-du-Bois.
  2. Tony Catta, Le Père Dujarié (1767-1838) : curé de Ruillé-sur-Loir, chanoine honoraire du Mans, fondateur des communautés des Soeurs de la Providence et des Frères de Saint-Joseph, maintenant Frères de Sainte-Croix, 1 vol. (XVII-336 p.), 1960.
  3. Tony Catta, Le Père Dujarié (1767-1838), Fondateur des Sœurs de la Providence de Ruillé-sur-Loir et des Frères de Saint-Joseph Maintenant Frères de Sainte-Croix.
  4. « Jacques Dujarié », dans Alphonse-Victor Angot et Ferdinand Gaugain, Dictionnaire historique, topographique et biographique de la Mayenne, Laval, A. Goupil, 1900-1910 [détail des éditions] (BNF 34106789, présentation en ligne)
  5. (en) Marco Clark, « A Legacy of Faith, Courage and Service", Holy Cross Institute », .
  6. (en) Lucha Ramey, « Holy Cross Celebrates the Life of Fr. Jacques-François Dujarié », .
  7. (en) « Father Jacques Dujarié », sur Congregation of Holy Cross, US Province.
  8. (en) « Rev. Jacques Dujarié », sur Congregation of Holy Cross, Rome, Italy.
  9. (en) « Notre-Dame-de-Sainte-Croix », sur Sanctuaire Basile Moreau (consulté le ).
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