Jahm Ibn Safwân

Jahm ibn Safwan
Naissance
C. 696 ou 697 ap. J.-C. (76 AH)
Samarcande, Califat omeyyade de Damas, actuel Ouzbékistan
Décès
C. 745 ap. J.-C. (127 AH), à l'âge de 49-50 ans
Merv, Califat abbasside, actuel Turkménistan, Khorassan
Idées remarquables
Fondateur du jahmisme
Œuvres principales
Influencé par
A influencé
Ḍirār ibn ʻAmr, Bishr al-Marisi

Jahm bin Safwan (arabe : جَهْم بن صَفْوان, translittéré : Jahm bin Ṣafwān) était un théologien islamique de l'époque omeyyade, dont le nom est à l'origine de l'appellation du courant du « jahmisme » .

Au cours de sa vie, il s'est attaché au chef rebelle Al-Harith ibn Surayj (en), un dissident au Khorassan. Il a été exécuté en 745 par Salm ibn Ahwaz.

Les informations historiques fiables sur Jahm sont rares et proviennent de sources postérieures qui lui sont hostiles, venant surtout de ses détracteurs hanbalites (atharites).

Biographie

Jahm ibn Safwan serait né à Samarcande (actuel Ouzbékistan) vers la fin du VIIe siècle. Les sources divergent sur ses origines : certaines le présentent comme d'ascendance perse, tandis que d'autres le décrivent comme un client non perse de la tribu des Banu Rāseb. Il s'établit ensuite au Khorassan, notamment à Merv (actuel Turkménistan), où il suivit l'enseignement de Al-Ja'd ibn Dirham.

Al-Ja'd ibn Dirham, qui fut le précepteur du dernier calife omeyyade Marwan II, était considéré par ses adversaires comme un Dahrī (matérialiste) et un Zindīq (hérétique) en raison de ses positions théologiques jugées hérétiques. Les traditions rapportent qu'il fut le premier à soutenir qu'Allah ne parle pas directement et que, par conséquent, le Coran serait créé (contrairement à l'orthodoxie qui affirme son incréation). On lui attribue également le rejet de l'idée selon laquelle Abraham (Ibrahim) aurait été l'ami privilégié de Dieu et Moïse (Moussa) son interlocuteur direct.

Le nom de Jahm ibn Ṣafwān fut ensuite associé, peut-être de manière abusive, au courant théologique appelé le jahmisme.

Par ailleurs, Jahm participa activement à la révolte menée par Al-Harith ibn Surayj (en) contre le gouverneur omeyyade Nasr ibn Sayyar, auprès duquel il servait comme assistant. Il trouva la mort en 746 lors de la première tentative de prise de Merv. Bien que cette insurrection ait échoué, elle contribua à affaiblir durablement l'autorité omeyyade et facilita indirectement la réussite de la révolution abbasside.

Doctrine

Il est difficile de déterminer avec précision le contenu réel des doctrines de Jahm ibn Safwan, car les informations à son sujet proviennent surtout d'ouvrages polémiques rédigés longtemps après sa mort et dont la fiabilité reste discutée. D'après ces sources, Jahm admettait seulement certains attributs divins, tels que la création, la puissance et l'action, tout en refusant d'en attribuer d'autres à Dieu, notamment la parole. Ainsi, il rejetait l'idée d’un Coran éternel, estimant que Dieu ne peut être qualifié de « locuteur » au sens propre.

Jahm défendait également une forme radicale de déterminisme. Selon cette conception, les actes humains ne sont attribués à l'homme que de façon figurée, tout comme on dit que le soleil « se couche ». Pour lui, cette manière de parler relève simplement de l'usage du langage, car en réalité toute action procède uniquement de Dieu.

Les conceptions de Jahm sur Dieu et sur les attributs divins furent ensuite utilisées par ses adversaires pour critiquer les mu'tazilites, souvent qualifiés de « jahmites ». Les mu'tazilites soutenaient eux aussi que le Coran avait été créé, une position considérée par certains comme proche de celle attribuée à Jahm.

Aucun écrit de Jahm n'a été conservé. Ses idées nous sont donc connues uniquement à travers les textes d'autres savants musulmans, ainsi que par les recherches de quelques spécialistes modernes qui se sont intéressés à sa pensée.

Critiques

Contemporains

Muqatil ibn Sulayman, un commentateur classique du Coran que les musulmans sunnites oppose doctrinalement à Jahm, était un contemporain de Jahm très critique envers ce dernier. Entre eux, un débat théologique et politique intense se déroula dans la mosquée de Marw, concernant les attributs divins et à deux figures politiques affiliées respectivement aux deux hommes. Chacun d'eux finit par écrire un ouvrage tentant de réfuter l'autre, et Muqatil utilisa ses liens politiques pour faire expulser Jahm de Balkh, le faisant envoyer à Termez. Muqatil fonda un mouvement rival de la Jahmiyya appelé Muqatiliyya. Les musulmans sunnites se sont souvent identifiés comme occupant une position intermédiaire entre les deux extrêmes – la négation des attributs divins (taʿṭīl (en)) et leur anthropomorphisme (tashbīh (en)). Muqatil lui-même fut critiqué par des érudits de son époque comme Abu Hanifa et Makki ibn Ibrahim, le maître d'al-Bukhari.

Abu Hanifa (m. 150 H) critiqua également sévèrement Jahm ainsi que la Muqatiliyya opposée. En particulier, Abu Hanifa alla jusqu'à déclarer Jahm comme un incroyant.

Érudits ultérieurs

Un théologien nommé Uthman bin Sa'id ad-Darimi (m. 280 H), à ne pas confondre avec l'auteur du Sunan ad-Darimi, rédigea également des réfutations des doctrines de Jahm et écrivit une grande réfutation d'un éminent jahmite, influencé par Jahm ibn Safwan, nommé Bishr al-Marisi, le déclarant kafir (incroyant). Comme Muqatil, Uthman bin Sa'id fut lui-même critiqué pour avoir adopté une position extrême opposée à celle de Jahm, faisant de lui un mujassim (anthropomorphiste). L'érudit sunnite en hadith et ascète al-Hakim al-Tirmidhi (m. ~280 H) écrivit une réponse à ses vues.

De nombreux savants du hadith ont écrit des réfutations des doctrines de Jahm bin Ṣafwān, notamment le savant sunnite Ahmad ibn Hanbal (mort en 241 H) et certains de ses élèves, comme al-Bukhari (mort en 256 H) et Abu Dawud as-Sijistani (mort en 275 H). Al-Bukhari adopta les enseignements du traditionniste et théologien Ibn Kullab aux côtés d'al-Karabisi en matière de croyance, qui a également rejeté les jahmites. Plus tard, les théologiens sunnites du Kalâm continuèrent à le critiquer, en particulier Abu Hasan al-Ashari (mort en 324 H) et Abu Mansur al-Maturidi (mort en 333 H), et il continua à être mentionné dans les travaux d'hérésiologie ash'arite et maturidite ultérieurs.

Liens externes

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