Jambe de bois
Une jambe de bois est une prothèse en bois adaptée au genou, pour remplacer une jambe amputée. On parlait aussi de jambe de fer ou de pilon[1].
Histoire

La jambe artificielle la plus ancienne découverte jusqu'à présent provenait de Capoue, en Italie[2]. Fabriquée en bois et ornée de bronze, cette jambe date de 300 av. J.-C. et a été découverte avec le squelette d'un homme ; elle lui servait de prothèse de jambe droite[3].
Les jambes de bois rudimentaires, de petits poteaux coniques sur lesquels les amputés pouvaient poser leurs moignons, étaient utilisées depuis des siècles et restaient les substituts les plus courants[4]. On retrouve les premières mentions écrites chez Hérodote, datant d’environ 484-425 av. J.-C. relatant l'histoire d'Hégésistratus qui capturé par les Lacédémoniens s'automutile lors de l'évasion et se retrouve obligé à porter une jambe de bois. Par la suite, vers 416-417 ap. J.-C., la même histoire sera reprise par Plutarque[5],[6].
Deux capitaines célèbres portaient une jambe de bois. Le premier est François Le Clerc, un corsaire français qui traquait les galions espagnols chargés de trésors et incendiait les villages le long des côtes espagnoles. Il mourut en 1563. Le second est le Néerlandais Cornelis Jol qui avant de devenir pirate était amiral de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales. Il mourut en 1641[7].
Jambe artificielle, en tilleul et cuir, de type « Anglesey » est initialement conçue par le fabricant londonien de prothèses James Potts en 1800 et popularisé par le marquis d'Anglesey qui perdit sa jambe lors de la bataille de Waterloo en 1815[8],[9]. Malgré son caractère d'innovation majeure, la diffusion de la prothèse d'Anglesey fut limitée par son coût élevé. Avant 1830, les fabricants de prothèses sont rares. Après la mort de Potts, son modèle fut reproduit et rendu légèrement plus abordable des deux côtés de l'Atlantique, d'abord par deux de ses apprentis, Frederick Gray et William Selpho, puis par leurs imitateurs, concurrents et protégés entrepreneurs. Ce n'est toutefois qu'avec la guerre de Sécession que ces prothèses sophistiquées deviennent plus largement accessibles[4].
En 1846, l'inventeur américain B. Frank Palmer, amputé depuis l'enfance, conçoit sa propre prothèse de jambe. La prothèse Palmer était calquée sur une jambe réelle, y compris l'articulation complexe du genou réalisée grâce à l'ajout d'un ressort et un tendon artificiel. Ce modèle permettait à l'amputé de marcher plus naturellement que son prédécesseur, la jambe de bois[1],[10]. Palmer a remporté le premier prix à l'Exposition internationale de 1851 à Londres pour sa jambe artificielle[4].
En XIXe siècle, la quasi-totalité des hommes de la classe ouvrière privilégient la cuissarde avec jambe de bois à un appareillage plus complexe, car elle leur offre un appui ferme en position debout et en marche, et surtout en raison de son extrême simplicité. Ses principaux inconvénients sont les tiraillements douloureux et l’irritation du bassin causée par la ceinture abdominale, la gêne importante due à la rigidité de la jambe de bois et l’insuffisance de la base d’appui[11].
Camille Myops présente à l'exposition de 1867 une armure de cuisse très ingénieuse avec une jambe de bois, qui sera décrite dans le livre de Gurlt, publié à Berlin en 1868. La cuisse de cette prothèse est composée d'une coque très fine en bois de tilleul, présentant à son extrémité supérieure deux cavités destinées à accueillir la fesse et le périnée. Sa semelle adhère toujours parfaitement au sol sur toute sa surface augmentant ainsi la stabilité à la marche[11].
Dans la culture populaire
La jambe de bois est aussi associée à la figure du pirate dans l'imaginaire collectif principalement grâce au personnage de Long John Silver de L'Île au trésor de Robert Louis Stevenson[12].
Dans la chanson Un pied mariton, Marie-Madeleine a une jambe de bois.
Notes et références
- (en) Mark R. Pitkin, Biomechanics of Lower Limb Prosthetics, Springer Berlin Heidelberg, , 141 p. (ISBN 9783642030161, lire en ligne)
- ↑ (en) Hannah-Marie Chidwick, The Body of the Combatant in the Ancient Mediterranean, Bloomsbury Publishing, , 256 p. (ISBN 9781350240872, lire en ligne), p. 180
- ↑ (en) Harvey P. Newquist, The Human Body, Penguin Young Readers Group, , 112 p. (ISBN 9781101997147, lire en ligne), p. 48
- (en) Ryan Sweet, Prosthetic Body Parts in Nineteenth-Century Literature and Culture, Springer International Publishing, , 283 p. (ISBN 9783030785895, lire en ligne)
- ↑ Judith Nicogossian, « La prothèse de guerre : réparation du corps du soldat », Corps, , p. 225-232 (ISSN 1954-1228, lire en ligne)
- ↑ (en) Notes and Queries: a Medium of Inter-communication for Literary Men, Artists, Antiquaries, Genealogists, Etc, vol. 8, Bell, (lire en ligne), p. 417
- ↑ (en) Jamaica Rose, Christine Lampe, Michael MacLeod, The Book of Pirates, Gibbs Smith, , 227 p. (ISBN 9781423614807, lire en ligne)
- ↑ (en) « The Marquess of Anglesey's revolutionary wooden leg, one of the National Trust's finest treasures », sur Country Life,
- ↑ (en) « Artificial leg, 'Anglesey' type, 1890-1920 », sur Science Museum Group Collection
- ↑ (en) David T. Mitchell, Sharon L. Snyder, The Body and Physical Difference : Discourses of Disability, University of Michigan Press, , 299 p. (ISBN 9780472066599, lire en ligne), p. 72
- (en) Beriah André Watson, A Treatise on Amputations of the Extremities and Their Complications, P. Blakiston, son & Company, , 762 p. (lire en ligne)
- ↑ (en) Issues in Peace and Conflict Studies : Selections From CQ Researcher, SAGE Publications, , 544 p. (ISBN 9781412992916, lire en ligne), p. 434
Voir aussi
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