Jean-André Périchon-Bey

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(à 69 ans) |
| Nom de naissance |
Jean-André Périchon |
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| Conjoint |
Henriette Thouart (d) (à partir de ) |
| Enfant |
Pierre Gabriel Saïd Périchon (d) |
| Membre de |
Société des sciences naturelles, archéologiques et historiques de la Creuse (d) () Société Gay-Lussac et des Congrès de l’Arbre et de l’Eau (d) () Société archéologique et historique du Limousin () |
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Jean-André Périchon-Bey, né le à Bessines-sur-Gartempe et mort le dans la même ville, est un ingénieur français et collectionneur d’objets égyptiens antiques. Sa collection a donné naissance au département des antiquités égyptiennes du Musée des Beaux-Arts de Limoges.
Biographie
Famille
Jean-André Périchon est le fils unique de Pierre François Périchon et Geneviève Clément. Il naît dans une famille de propriétaires terriens aisés, implantés en Haute-Vienne depuis le XVIIIe siècle[1].
Formation et début de carrière
En , à l’âge de 16 ans, il intègre l’école des arts et métiers d’Angers. Il reçoit alors un enseignement axé sur les sciences (géométrie, algèbre et mécanique) dans le but de devenir ingénieur.
Après son service militaire, Périchon s’installe à Paris en chez son oncle et commence sa carrière en tant que contremaître au sein de la Société J. F. Cail & Cie[2]. Il travaille pour cette société jusqu’en .
Carrière en Égypte
En , il est affecté en Égypte et commence à travailler comme ingénieur dans les sucreries de la Daïra Sanieh. Il est rapidement promu « ingénieur-directeur »[3] de la sucrerie de Rodah en , puis de celle de Mattaï en .
Sa carrière en Égypte lui vaut de nombreux titres honorifiques. Le plus prestigieux est celui de « Bey » qu’il reçoit en du khédive Abbas II Hilmi[4].
Entre et , il effectue plusieurs allers-retours en France afin de rendre visite à sa famille en Haute-Vienne. En , alors qu’il est de retour à Bessines-sur-Gartempe, il épouse Henriette Thouart ( - ) le . Cette dernière l’accompagne en Égypte et ont ensemble un fils : Pierre Gabriel Saïd Périchon ( - ).
Fin de vie
En , Périchon-Bey quitte définitivement l’Égypte pour s’installer à Bessines-sur-Gartempe (Haute-Vienne) où il fait construire une demeure, la « Villa Rodah », par l’architecte Louis Joly.
À son retour, il dresse un inventaire des objets qu’il a amassés en Égypte. Afin de les mettre en valeur, il organise des visites de sa collection qu’il expose dans une pièce dédiée de la « Villa Rodah ».
En parallèle, il participe à la vie scientifique de sa région. Il organise des fouilles archéologiques pour mettre en pratique ce qu’il a appris et vu en Égypte et publie dans des revues savantes comme Dolmen Club dont il devient le vice-président entre et .
Jean-André Périchon-Bey meurt le . Il est enterré au cimetière de Bessines-sur-Gartempe.
Égyptomanie
Fouilles en Moyenne-Égypte
Jean-André et Henriette Périchon-Bey organisent plusieurs fouilles en Moyenne-Égypte, région où vit le couple[5]. Ils fouillent les sites archéologiques de Meir, de Tounah el-Gebel et probablement ceux d’Assiout et d’Achmounien[6]. L’implication du couple et leurs découvertes sont mentionnées par Marleen de Meyer, égyptologue belge : « M. Perrichon [sic] a travaillé 5 jours avec 10h de sa fatigue et 30 hommes de Meir où il couchait avec sa femme avec la permission de l’inspecteur ; a trouvé 12 barques et 2 petites 4 charrues – travaillé aussi à Touna »[7].
Relations avec les égyptologues
Le couple entretient d’étroites relations avec de nombreux égyptologues et amateurs de l’Égypte antique. Gaston Maspero est une figure bien connue de Jean-André Périchon-Bey, puisqu’il est directeur du Service de conservation des antiquités de l’Égypte entre et , puis du Service des antiquités égyptiennes entre et . En effet, il est sollicité pour l’obtention des autorisations de fouilles[8]. Leur relation ne se limite pas à des aspects administratifs, puisque Gaston Maspero aurait rédigé l’inventaire de la collection du couple et aurait appuyé la présentation de la carte d’Égypte réalisée par Jean-André Périchon-Bey devant l’Académie des Inscriptions et des Belles-Lettres en 1889[9]. Ils sont aussi proches de l’égyptologue Gustave Lefebvre, inspecteur des Antiquités égyptiennes pour la Moyenne Égypte à Assiout à partir de [5].
- Quatre parties de la carte élémentaire de l'Égypte par Jean-André Périchon-Bey.
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Le couple Périchon-Bey accueille également à la Villa Rodah des archéologues, des égyptologues et des voyageurs ; ainsi, ils reçoivent Hippolyte Boussac, chargé par Gaston Maspero de dessiner des monuments[10]. Ses relations avec des archéologues et des égyptologues auraient contribué à la constitution de la collection par des avis consultatifs ou des échanges sur l’intérêt scientifique de la collection[11].
Le couple Périchon joue un rôle important et reconnu par leurs contemporains[12] dans l'accueil et le soutien aux égyptologues français en Moyenne-Égypte, principalement en les logeant et en les mettant en relation avec des figures scientifiques de premier plan telles que Urbain Bouriant[11]. Périchon fournit ainsi à Jean Clédat des informations et objets de sa collection facilitant ses travaux dans la région[13]. Il est probable que Jean Clédat ait également été hébergé chez les Périchon.
Ils hébergent également Hippolyte Boussac et maintiennent avec lui des liens cordiaux après la fin de sa mission : Boussac leur offre plus tard des reproductions d'une de ses aquarelles réalisées d'après la tombe thébaine d'Inéni. Certaines seraient toujours exposées à la Villa Rodah[14].
Actions patrimoniales
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Périchon est animé d’une conscience patrimoniale illustrée dans son intervention, à deux reprises, en faveur du sauvetage de monuments antiques égyptiens mis en danger par des travaux ou des pillages. Le premier monument est une stèle en calcaire du début du Ier siècle av. J.-C., découverte à proximité d'une voie de chemin de fer, non loin d'Achmounien[15]. Le second est une statue de Ramsès II, également mise au jour à Achmounien et mesurant près de cinq mètres de hauteur, que des marchands d'antiquités auraient décapitée si Périchon n'était pas intervenu[16].
Périchon s’assure ensuite que les monuments sauvés rejoignent le musée du Caire, soit en faisant directement don du monument sauvé dans le cas de la stèle[16], soit en interpellant les autorités responsables dans le cas de la statue. Gaston Maspero mentionne plus tard ces actions sur le ton de l'éloge, et Périchon tire de celles-ci une forme de fierté[17]. Cet attachement à leur protection explique probablement la rareté, dans sa collection personnelle, de monuments et chefs-d'œuvre de l'antiquité égyptienne.
Collection d'antiquités égyptiennes
Composition
La collection d’antiquités égyptiennes de Périchon compte environ 4 000 objets[18]. Elle comprend en grande partie des objets en fritte et des figurines en terre cuite de la Basse Époque et de l’époque romaine[19]. Dans une moindre mesure, elle est aussi composée d’antiquités de la période de Nagada, de maquettes de la Première Période intermédiaire et du Moyen Empire, ainsi que de masques et faïences du Nouvel Empire[19]. Ces pièces tardives n’intéressent alors que très peu les collectionneurs du fait de leur éloignement des canons classiques grecs, romains et égyptiens[20]. Selon Hélène Bouillon, conservatrice du patrimoine et docteure en égyptologie, cet intérêt marqué de Jean-André Périchon pour les arts du feu pourrait être dû à son ancrage limousin, Limoges étant réputée « capitale des arts du feu »[20]. L’ensemble de la collection est présenté dans une pièce dédiée de la Villa Rodah[21].
Constitution
Les fouilles sont la principale source d’acquisition de Jean-André et Henriette Périchon-Bey[6], mais le couple achète aussi à des habitants, qui découvrent des objets dans leurs champs[22]. La proximité de Périchon avec des historiens et archéologues a très certainement facilité la constitution de cet ensemble : la collection compte remarquablement peu de contrefaçons[23] et présente un intérêt scientifique fort, plus important encore que son intérêt esthétique[11]. Alors que le marché des antiquités en Égypte lui aurait permis de faire très facilement l’acquisition de chefs d’œuvre de l’art égyptien antique[24], Périchon semble avoir préféré des objets plus modestes, qu’il remet en série et documente avec minutie[25]. Il n’effectue pas d’achats auprès des antiquaires les plus connus du Caire à cette période, recevant plutôt des pièces en remerciement de l’aide qu’il a pu apporter aux scientifiques français sur place[23].
Postérité
Peu de temps avant sa mort, Jean-André Périchon-Bey cherche un moyen de rendre sa collection accessible au grand public. En , le collectionneur sollicite le maire de son village natal, Bessines-sur-Gartempe, qui refuse de l'aider en raison de l'ampleur de sa collection et du coût que représenterait sa mise en valeur[26].
En , à la mort de Périchon, sa collection est partagé entre ses deux héritiers : son fils unique Gabriel et son épouse Henriette Thouart[26]. Cette dernière est approchée en par un conservateur du musée de l’Évêché de Limoges (aujourd’hui musée des Beaux-Arts) auquel elle décide de léguer les 2000 objets dont elle a hérité[27].
Au mois de , le maire de Limoges Léon Betoulle charge Jean Delpech-Laborie, ancien élève de l’École du Louvre, d'organiser et de mettre en valeur la nouvelle collection de Périchon au musée de l'Evêché[28]. Il est nommé « conservateur adjoint de la section d'Égyptologie, salle Périchon-Bey » et publie un guide-catalogue de la salle en [29]. La majeure partie de la collection de Jean-André Périchon-Bey se trouve désormais au musée des Beaux-Arts de Limoges.
En , Jean Delpech-Laborie propose à Jean Capart, égyptologue belge, d’acquérir le reste de la collection de la famille Périchon. Seuls quelques objets rejoignent les collections des Musées royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles, parmi lesquels douze statuettes en bois du Moyen Empire[30].
L’autre moitié de la collection qui appartenait à Gabriel a été dispersée entre collections publiques et collections privées à la mort de ce dernier en . En et en , certains objets refont leur apparition lors de deux ventes aux enchères à Paris à la maison de vente Tajan[31]. Le musée des Beaux-Arts de Limoges acquiert en tout sept pièces de la collection de Périchon-Bey lors de ces deux ventes[32].
Galerie
- Antiquités égyptiennes de l'ancienne collection Périchon-Bey du musée des Beaux-Arts de Limoges.
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Vitrine présentant des antiquités égyptiennes de l'ancienne collection Périchon-Bey. -
Modèle de labour de l'ancienne collection Périchon. -
Colliers en faïence de l'ancienne collection Périchon. -
Vases en albâtre de l'ancienne collection Périchon-Bey. -
Vase en terre cuite de l'ancienne collection Périchon-Bey. -
Buste de figurine de Pallas Athéna de l'ancienne collection Périchon-Bey. -
Figurine d'Harpocrate en bronze de l'ancienne collection de Périchon-Bey. -
Enveloppe de momie de l'ancienne collection Périchon-Bey. -
Tête-plastron de femme de l'ancienne collection Périchon-Bey.
Notes et références
- ↑ Duranteau 2022, p. 18.
- ↑ Duranteau 2022, p. 30.
- ↑ Duranteau 2022, p. 54.
- ↑ Duranteau 2022, p. 62.
- Duranteau 2022, p. 108.
- Duranteau 2022, p. 108-118.
- ↑ Duranteau 2022, p. 109.
- ↑ Duranteau 2022, p. 113.
- ↑ Duranteau 2022, p. 95.
- ↑ Duranteau 2022, p. 137.
- Duranteau 2022, p. 122.
- ↑ Duranteau 2022, p. 133.
- ↑ Duranteau 2022, p. 130.
- ↑ Duranteau 2022, p. 132, 137.
- ↑ Duranteau 2022, p. 141.
- Duranteau 2022, p. 145.
- ↑ Duranteau 2022, p. 150.
- ↑ Duranteau 2022, p. 1048.
- Daniel Lebeurrier, Ancienne collection Périchon-Bey, archéologie égyptienne, lots 1-131, à divers amateurs, archéologie égyptienne, orientale, grecque et étrusque, romaine, préhistorique et nationale, lots 132-453, vente, Paris, espace Tajan, vendredi 14 octobre 2003, Paris, Tajan, , 3.
- Duranteau 2022, p. 126.
- ↑ Duranteau 2022, p. 187-191.
- ↑ Duranteau 2022, p. 118.
- Duranteau 2022, p. 124.
- ↑ Duranteau 2022, p. 139.
- ↑ Duranteau 2022, p. 125.
- Duranteau, Lafabrié et Tallet 2023, p. 28.
- ↑ Duranteau 2022, p. 214.
- ↑ Duranteau 2022, p. 217.
- ↑ Duranteau, Lafabrié et Tallet 2023, p. 29.
- ↑ Duranteau, Lafabrié et Tallet 2023, p. 77.
- ↑ Duranteau 2022, p. 224.
- ↑ Duranteau 2022, p. 225.
Annexes
Articles connexes
Bibliographie
- « Périchon-Bey : Un limousin en Égypte », Terre d'actu, (lire en ligne
, consulté le ) - Une vie en Égypte. Périchon-Bey et sa collection (livret de visite de l'exposition), Limoges, Musée des Beaux-Arts, , 36 p. (lire en ligne)
- Jean Delpech-Laborie (préf. Jean Capart), Département des antiquités égyptiennes : guide-catalogue sommaire, salle Périchon-Bey (Mémoire de recherche approfondie en archéologie et épigraphie égyptiennes), Limoges, Musée municipal de l'Evêché, , 64 p.
- Thomas Duranteau (préf. Luc Delvaux), Canne à sucre & sarcophage : vie de Périchon-Bey, 1860-1929, un ingénieur passionné d'égyptologie, Limoges, Les Ardents éditeurs, , 254 p. (ISBN 978-2-490623-24-2).
- Thomas Duranteau, François Lafabrié et Gaëlle Tallet, Une vie en Égypte : Périchon-Bey et sa collection (Catalogue d'exposition, Limoges, Musée des Beaux-Arts, du 25 novembre 2023 au 10 mars 2024), Limoges, Musée des Beaux-Arts de Limoges, , 231 p. (ISBN 978-8-83-665626-4)
- Thomas Duranteau, « Périchon-Bey et Gay-Lussac, deux collectionneurs limousins travaillant dans les sucreries khédiviales en Égypte à la fin du XIXe siècle. », Anabases : Traditions et Réceptions de l’Antiquité, no 41, , p. 161-174 (lire en ligne
, consulté le ) - Jean-François Julien, « La première biographie de Périchon-Bey, égyptologue éclairé, natif de Bessines-sur-Gartempe », Le Populaire du Centre, (lire en ligne
, consulté le ) - Daniel Lebeurrier, Ancienne collection Périchon-Bey, archéologie égyptienne, lots 1-131, à divers amateurs, archéologie égyptienne, orientale, grecque et étrusque, romaine, préhistorique et nationale, lots 132-453 (Catalogue de vente, Paris, Espace Tajan, vendredi 14 novembre 2003), Paris, Tajan, , 81 p.
- Daniel Lebeurrier, Archéologie égyptienne, orientale, grecque et étrusque, romaine et nationale : collection Périchon-Bey (2e partie), lots 1-110, collection Chandon de Briailles (1e partie), lots 250-313, à divers amateurs, succession de Madame S. de Monaco, collection de Madame G. de Genève, lot 111-249 et lots 314-351 (Catalogue de vente du vendredi 26 mars 2004 à 14h, salle 13, Hôtel Drouot, Paris), Paris, Tajan, , 56 p.
Ressources vidéos
- [vidéo] « Les amulettes de la collection égyptienne du musée des beaux-arts » sur 7ALimoges, , 5 min (consulté le )
- [vidéo] « Une vie en Égypte. Périchon-Bey et sa collection » sur 7ALimoges, , 6 min (consulté le )
Liens externes
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