Jean Asen Zaccaria
| Prince d'Achaïe |
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| Prince d'Achaïe (d) |
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Princess Asenina Palaiologina (en) |
| Fratrie |
Catherine Zaccaria (en) |
Jean Asen Zaccaria (ou Asanès Zaccaria, Giovanni Asano Zaccaria ; † 1469) naît comme fils aîné de Centurione II Zaccaria et d’une princesse byzantine issue de la branche Asen de la famille impériale des Paléologues[1].
Il est proclamé prince d’Achaïe durant la grande révolte de Morée de 1453-1454 et reçoit la reconnaissance du roi de Naples, des républiques de Venise et de Gênes, du duc de Milan et des États pontificaux[2]. Sous le nom de Centurione III, selon le prénom de son père, il est considéré comme le dernier prince d’Achaïe ayant réellement exercé le pouvoir en Morée[2] ainsi que comme le premier prince d’Achaïe titulaire en exil[3],[4].
Biographie
Lutte pour la sauvegarde de la principauté d'Achaïe
En 1429, le prince Centurione est assiégé dans le château de Chalandrítsa (el) par les forces de Thomas Paléologue. Jean envoie alors un messager, Jean Balotas, à Constantin Paléologue — futur dernier empereur de l’Empire byzantin — pour lui déclarer qu’il préfère remettre Chalandritsa à Théodora Tocco, épouse de Constantin et sœur de sa propre épouse Magdalene Tocco, plutôt qu’à Thomas. Constantin refuse, estimant qu’un tel geste provoquerait des affrontements inutiles entre les frères Paléologue[5].
La même année, Centurione est contraint de remettre Chalandritsa à Thomas et de lui donner la main de sa fille, Catherine Zaccaria, dont Thomas doit hériter des terres à la mort du prince. Lors des arrangements, Centurione veille toutefois à ce que son héritier Jean conserve son titre princier, fût-ce seulement nominalement[6]. Il meurt en 1432 et les derniers vestiges du principat d’Achaïe passent alors au despotat de Morée.
La mère de Jean, une princesse issue des maisons Asen-Paléologue, est emprisonnée à Chlemoutsi, où elle vit ses derniers jours[7].
En 1446, Jean tente pour la première fois de restaurer le principat de son père, profitant de la grande invasion de la Morée par le sultan Murad II. Il semble disposer d’alliés parmi la noblesse grecque, si bien que lorsqu’un magnat byzantin se révolte contre les despotes Thomas et Démétrios, il proclame Jean prince d’Achaïe. L’insurrection échoue néanmoins et Jean, ainsi que son fils aîné, est emprisonné à Chlemoutsi par Thomas Paléologue[8]. Thomas est en effet son beau-frère, marié à Catherine Zaccaria, la sœur de Jean. La rumeur prétend que Thomas laisse mourir de faim les derniers membres de la dynastie Zaccaria, mais les prisonniers survivent malgré tout.
En 1453, Jean et son fils Antonio parviennent à s’évader de Chlemoutsi[9] après avoir convaincu leur geôlier de les libérer. Ils profitent alors d’une vaste révolte contre les despotes pour s’emparer du château d’Aetos, où ils font flotter les étendards des Zaccaria[8].
L’historien byzantin Georges Sphrantzès résume la situation en écrivant :
« En Morée, le beau-frère de Thomas, fils du prince Centurione, s’était échappé de la prison du château de Chlemoutsi, causant des troubles dans la région, alors que le Sultan se concentrait contre la Serbie »[10].
Le doge de Venise Francesco Foscari et le roi Alphonse V de Naples envoient à Jean des lettres de félicitations, le reconnaissant comme « prince Centurion III »[8]. La reconnaissance par la Couronne de Naples est particulièrement significative, car les souverains napolitains sont les suzerains théoriques de la principauté d’Achaïe depuis le traité de Viterbe conclu en 1267 entre Guillaume II de Villehardouin et Charles Ier d’Anjou.
Jean sollicite également du Sultan la reconnaissance de son titre de prince de Morée, mais Mehmed II renforce au contraire les positions des Paléologue[11].
Jean réunit alors le soutien de nombreux Latins, Grecs et Albanais, et avec cette armée composite, il assiège la ville de Patras, tenue par Thomas. Toutefois, l’invasion de la Morée par Turahan Bey l’oblige à lever le siège et à se replier vers Aetos[12].
En 1454, face aux forces réunies du despote Thomas et de ses alliés turcs, il abandonne la forteresse et se réfugie dans la position vénitienne de Modon. La ville d’Aetos capitule alors, à condition de fournir au camp victorieux mille esclaves, des armes et des bêtes de somme.
Exil
Après avoir échappé à la capture avec sa famille, Jean trouve refuge auprès des Vénitiens à Modon, où il demeure pendant près de deux ans. En 1456, il se retire auprès du roi Alphonse V de Naples. En 1457, la république de Venise, qui reconnaît sa haute valeur politique comme prince titulaire de Morée, lui accorde également une pension annuelle, à condition qu’il continue de résider à Modon ou en tout autre lieu où sa présence pourrait servir les intérêts de Venise.
En 1459, il perd cette pension vénitienne lorsqu’il s’installe chez leur ennemi et dans la patrie de ses ancêtres, Gênes. Là, le doge lui remet une lettre de recommandation à l’attention du pape Pie II pour obtenir son soutien. Jean reçoit alors de la république de Gênes la reconnaissance officielle de son titre de prince d’Achaïe en exil et offre un précieux reliquaire familial, la « croix des Zaccaria », qui contiendrait des fragments de la Vraie Croix attribués à saint Jean l’Évangéliste[13]. Ce reliquaire demeure de nos jours dans le trésor de la cathédrale métropolitaine Saint-Laurent de Gênes et est considéré comme l’une des reliques les plus importantes de la cité.
Le , le pape reçoit une autre lettre, envoyée par le duc de Milan Francesco Sforza, qui recommande également de soutenir Jean, « considérant les grands troubles et adversités qu’il a subis de la part des Turcs comme des Grecs »[14].
En , Jean se rend à Rome, où il est accueilli à la cour pontificale de Paul II, qui lui accorde une pension mensuelle de vingt florins en tant que prince d’Achaïe, pension qu’il reçoit jusqu’à sa mort en 1469[15],[16],[17].
Famille
Jean épouse une femme nommée Magdalena. Sphrantzès indique que l’épouse de Jean est une sœur de Théodora Tocco, épouse de Constantin XI Paléologue, qualifiant ainsi les deux hommes de « beaux-frères » ; Madeleine appartient donc à la maison Tocco et est une fille de Léonard II Tocco[18]. Elle est également attestée dans une lettre adressée à son mari par le roi de Naples Alphonse V d’Aragon. Elle y est désignée comme « la très majestueuse dame Madeleine Asènina Zaccaria » (ayant adopté les noms familiaux de son époux) et elle y reçoit aussi la reconnaissance de son titre de princesse d’Achaïe[19].
Ensemble, ils ont au moins trois enfants :
- Antonio[20]. Il est emprisonné avec ses parents dans la forteresse de Chlemoutsi et s’en échappe en 1453. Il participe à la révolte menée par son père, puis le suit en exil.
- Angelo[20].
- Une fille, au nom inconnu. Elle est donnée en mariage au seigneur de Chlemoutsi, qui accepte en échange de libérer Jean de prison et rejoint ensuite l’insurrection menée par ce dernier[21].
Bibliographie
- Antoine Bon, La Morée franque : Recherches historiques, topographiques et archéologiques sur la principauté d’Achaïe (1205-1430), Paris, Éditions E. de Boccard,
- (it) Paolo Cherubini, « Greci e Questione nelle Lettere di un Cardinale del Quattrocento », Eoa Kai Esperia, vol. 3, (DOI 10.12681/eoaesperia.42)
- (it) Walter Haberstumpf, Dinastie europee nel Mediterraneo orientale, Turin, Scriptorium,
- (en) Bernard Hamilton, Crusaders, Cathars and the Holy Places, Routledge,
- Jean Longnon, L'empire Latin de Constantinople et la Principauté de Morée, Paris, Payot,
- (en) William Miller, The Latins in the Levant: A History of Frankish Greece (1204–1566), John Murray, (OCLC 563022439)
- (en) Kenneth Setton, A History of the Crusades, The Fourteenth And Fifteenth Centuries, The University of Wisconsin Press,
- (en) Ugo Stornaiolo et Stefano Silva, Achaean Disputes: Eight Centuries of Succession Conflicts for the Title of Prince of Achaea, Covington, LA & Boerne, TX, USA: Libertas Press, (ISBN 1600200052)
- (de) Erich Trapp, Rainer Walther, Hans-Veit Beyer et Katja Sturm-Schnabl, 6490. Zαχαρίας Κεντυρίων, vol. 3, Vienna, Verlag der Österreichischen Akademie der Wissenschaften, coll. « Prosopographisches Lexikon der Palaiologenzeit »,
- (en) Peter Topping, « The Morea, 1364–1460 », dans A History of the Crusades, Volume III: The Fourteenth and Fifteenth Centuries, University of Wisconsin Press, (ISBN 0-299-06670-3), p. 141-166
- (en) Timothy Venning, A Chronology of the Byzantine Empire,
Notes et références
- ↑ Mihail Dimitri Sturdza, Grandes familles de Grèce, d’Albanie et de Constantinople, , p. 373
- Haberstumpf 1995, p. 240.
- ↑ Trapp et al. 1978, p. 6492.
- ↑ Miller 1908, p. 675.
- ↑ (el) Georgios Sphrantzès, Short History, Kanakis, , 113, 115
- ↑ Stephanos Thomopoulos, History of the City of Patras, From the Ancient Times Until 1821, Achaean Publications (ISBN 960-7960-09-2), p. 47
- ↑ Laonikos Chalkokondyles, The Histories, Harvard University Press, , 401 p.
- Setton 1975, p. 165.
- ↑ Venning 2006, p. 728.
- ↑ (el) Γεώργιος Σφραντζής, Βραχύ Χρονικό, Κανάκη, , 217 p.
- ↑ Chalkokondyles 2014, p. 502.
- ↑ (el) Costas Biri, Αρβανίτες, οι Δωριείς του Νεώτερου Ελληνισμού, Μέλισσα, , p. 128–129
- ↑ Hamilton 2018.
- ↑ Cherubini 1997, p. 200.
- ↑ Trapp et al. 1978.
- ↑ Topping 1975, p. 165.
- ↑ Miller 1908, p. 429–430.
- ↑ (el) Georgios Sphrantzès, Short History, Kanakis, , p. 113
- ↑ Archivio storico per le province napoletane, , p. 834
- Stornaiolo et Silva 2024, p. 62.
- ↑ Chalkokondyles 2014, p. 215.
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