Jeanne Brismée
Jeanne Albertine Brismée, également appelée Jeanne Hins, née le à Bruxelles et morte le , est une militante socialiste, connue pour être la fille de l'imprimeur de l'Internationale Désiré Brismée, l'épouse du cofondateur belge de l'Internationale et secrétaire du Conseil général belge de l’Internationale Eugène Hins, et la belle-sœur du socialiste belge César De Paepe[1],[2].
Biographie
Jeanne Brismée naît à Bruxelles le . Elle est la fille de l'imprimeur Désiré Brismée et de Jeanne Costaguja.
Elle se marie à Eugène Hins à Bruxelles le [2].
En , huit mois après leur mariage, éclatent des grèves en Europe et en Belgique. Les soldats belges tirent sur les grévistes des charbonnages de Seraing et du Borinage. Voulant éviter que davantage de sang ne coule, Eugène Hins convainc les grévistes de Seraing et du Borinage d'ignorer les provocations de l'armée et de ne pas y répondre par la violence. Le gouvernement belge voit derrière les grèves la main de l'Internationale, et décide de poursuivre certains de ses membres, dont Eugène Hins. Dès son arrestation, Jeanne, alors enceinte de six mois et gravement malade, souffrante d'une hypertrophie du cœur au point de tousser du sang, tente d'entrer en contact avec son mari en suppliant le juge d'instruction qui refuse et demeure inflexible. Une vingtaine d'avocats motivés par l'état de santé de Jeanne envoient une requête au procureur général Charles-Victor De Bavay, sans succès. Après quatre semaines d'incarcération, Eugène sort de prison et trouve Jeanne agonisante qui lui adresses ses dernières paroles : « La police m'a tuée. »[3],[4]
Sa mort fut l'objet d'émotion dans les milieux ouvriers bruxellois. Pendant ses funérailles, le , Hector Denis prononce un hommage poignant :
« Toi qui combattis pour elle, ne désespère pas pourtant, nous sommes à son œuvre ; nous fonderons cette République sociale que tu rêvais, nous la ferons aussi ferme, aussi courageuse, aussi dévouée que toi. Ton dernier mot, expression de tes douleurs, fut : « La police m’a tuée ! » Eh bien, nous le jurons sur ta dépouille encore tiède, notre République sociale, la police ne la tuera pas ! Repose donc en paix, pauvre fille du peuple, dans les cœurs qui ne battent que pour le peuple ; ta mort, sacrifice à la justice bourgeoise, nous promet l’avènement de la justice humaine. »[3]
Le journal le Peuple Belge décrit ainsi les funérailles :
« Longtemps avant l’heure du funèbre convoi, la rue des Alexiens était envahie par la foule des citoyens dont la présence devait être la protestation de la population entière contre un nouveau crime de la loi, et, autant qu’il se pouvait, la réparation civique d’un des actes les plus odieux commis par le régime actuel. Travailleurs du peuple et de la bourgeoisie, représentants de la presse, du barreau, du commerce, fonctionnaires, se confondaient là dans un même sentiment de réprobation pour le gouvernement, de pitié pour les victimes, et de deuil pour le drapeau de la liberté et du droit couvert d’une nouvelle tache sanglante. À cinq heures, de l’humble maison de l’imprimeur Brismée, père de Mme Hins, sortait le cercueil contenant la jeune mère avec l’enfant mort dans son sein. Nous renonçons à décrire l’impression qui, à ce moment, se lisait sur toutes les faces… »[3]
Notes et références
- ↑ « BRISMÉE Désiré, Jean, François. [Belgique] – Maitron » (consulté le )
- « Profil MyHeritage de Jeanne Albertine Hins (née Brismée) », sur www.myheritage.fr (consulté le )
- James Guillaume, « L’Internationale, documents et souvenirs/Tome I/II,8 », sur fr.wikisource.org (consulté le )
- ↑ Mathieu Léonard, L'émancipation des travailleurs: une histoire de la Première Internationale, la Fabrique éd, (ISBN 978-2-35872-023-6), p. 147-148
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