Jeanne Dugas
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Jeanne Dugas ( - ) est une femme de la minorité des Acadiens dont sa vie illustre l’histoire du peuple des Acadiens dans les Maritimes canadiennes[1]. Elle offre un portrait réaliste des expériences et des points de vue partagés par les femmes acadiennes au XVIIIe siècle durant une période charnière de l’histoire acadienne au Canada et est aujourd'hui reconnue par le gouvernement canadien comme une personnalité historique importante pour la nation[2].
Biographie
Début de sa vie
Née le à Louisbourg[3] de Joseph Dugas, constructeur de bateaux et navigateur et de Marguerite Richard. Durant l’épidémie de la variole de 1732 à 1733[4], elle perd 3 sœurs et son père. Son frère Joseph était un marchand et corsaire resté fidèle à la France. Sa mère, à la suite de la mort de son père, prend en charge le foyer et les affaires de son mari. Elle épouse par la suite Philippe-Charles de Saint-Étienne de la Tour en 1736. En 1738, la famille s’installe à Grand-Pré. La mère de Dugas meurt ainsi en 1746[1]. En 1752, Jeanne Dugas, épouse Pierre Bois, qui meurt en 1809.
Vie d'adulte en pleine période de déportation des Acadiens
À la fin de la guerre de succession d’Autriche, l’ile Royale, devenue l’Île du Cap-Breton, est restituée à la France. Cependant, à partir de 1755, les Acadiens de la Nouvelle-Écosse refusent de prêter un serment d’allégeance inconditionnel à la Couronne britannique, qui a repris le territoire à la France. Face à ce refus de la part de la population locale, elle est rassemblée et embarquée sur des bateaux en partance pour les différentes colonies britanniques afin d'être dispersée, dans le but de déraciner cette population et de lui enlever toute forme de tradition et de culture. C'est ce que les historiens vont appeler le « Grand Dérangement », ou la « Déportation des Acadiens ». Au moment du début de cette déportation, Jeanne Dugas et sa famille vivent à l’Île‑Royale, qui est encore un territoire français. Cependant, en 1758, Louisbourg tombe aux mains des Britanniques et les Acadiens de l’Île-Royale sont aussi menacés[2]. Jeanne Dugas et sa famille fuient alors l'Île en 1758 pour échapper à la déportation mise en place par les Anglais. Jeanne Dugas et son mari vivent ensemble à Port-Toulouse, puis s’installent à Restigouche en 1760 à la suite des menaces anglaises, avant de déménager à Nepisiguit en 1761, toujours dans la même région d’Acadie. Toujours la même année, le couple est fait prisonnier par les Britanniques et est conduit au Fort Cumberland, près de Halifax[5].
Fin de sa vie après sa libération
Jeanne Dugas et Philippe-Charles de Saint-Étienne de la Tour sont cependant libérés le , après la guerre; ils décident de s’installer à Arichat en Nouvelle-Ecosse. Ils s’installent ensuite près de la ville actuelle de New Richmond et peu après prennent leurs quartiers définitivement à Chéticamp en Nouvelle-Écosse, où ils participent à la fondation de la ville. Dans ce village, Jeanne Dugas est sage-femme, et soigne également les malades[6]. Elle participe également à la garde de la mémoire de la ville, en contribuant à l’essor de sa communauté durant les années d’établissement des Acadiens à l’île du Cap-Breton.
En 1809, son mari décède. Lors de la visite de l’évêque Joseph-Octave Plessis à Chéticamp en 1812, Dugas lui raconte qu’elle a été contrainte de déménager quinze fois au cours de sa vie à cause des menaces qui pèsent sur elle et sa famille. Elle devient à partir de ce moment le symbole de toute un peuple, victime de déportations successives et de déracinement. Elle est inhumée à Chéticamp le , à l’âge de 86 ans[1].
Reconnaissance posthume
Jeanne Dugas, après sa mort, devient un symbole des Acadiens du XVIIIe et du début du XIXe pendant une période noire de la population des Acadien à savoir le Grand Dérangement (la Déportation). Son histoire dépeint la déportation comme un phénomène plus long et plus complexe et met en lumière les liens entre les Acadiens d’Acadie, de l’Île‑Royale, de l’Île-Saint-Jean, de Restigouche et le long du golfe du Saint-Laurent. Ses nombreux déplacements relient des endroits éloignés les uns des autres qui, ensemble, jouent un rôle important dans l’histoire acadienne[2]et de l'exploit accomplit par Jeanne Dugas et la population des acadiens dans la préservation de leurs racines et de leurs cultures face aux menaces et aux exactions des colons britannique.
En 2019, Cassie Deveaux Cohoon publie un roman historique nommé Jeanne Dugas of Acadia. Une pièce de théâtre a également été écrite sur sa vie[7]
En 2015, une plaque commémorative bilingue en bronze[2] a également été créée, afin de lui rendre hommage à Chéticamp.
En 2014, Jeanne Dugas a été reconnue comme Personne Historique Nationale par le gouvernement canadien[2],[8].
Références
- « Jeanne Dugas », sur Sentier Acadie historique (consulté le )
- Gouvernement du Canada Agence Parcs Canada, « Personnage historique national de Jeanne Dugas (1731-1817) », sur parcs.canada.ca, (consulté le )
- ↑ Susan Young de Biagi, Louisbourg: experience the history, Formac Pub. Co., Ltd, (ISBN 978-0-88780-905-7)
- ↑ (en-CA) « La variole en Nouvelle-France et au Canada », sur The French-Canadian Genealogist (consulté le )
- ↑ « Personnage historique national de Jeanne Dugas », sur www.pc.gc.ca (consulté le )
- ↑ Denis Savard, « Racines acadiennes - Jeanne Dugas élevée au rang de personnage historique », sur Acadie Nouvelle, (consulté le )
- ↑ (fr-CA) « Jeanne Dugas d'Acadie » (consulté le )
- ↑ Sylvie Mousseau, « Jeanne Dugas, une vraie héroïne de la Déportation », sur Acadie Nouvelle, (consulté le )
Bibliographie
- Cohoon, C. D. (2019). Jeanne Dugas d’Acadie. La Grande Marée.
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