Jeanne Laurent

Jeanne Laurent
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Biographie
Naissance
Décès
Nom de naissance
Marie Jeanne Laurent
Nationalité
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Jusqu'en
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A travaillé pour
Ministère de l'Éducation nationale (à partir du )
Membre de
Distinctions

Jeanne Laurent, née le à Cast et morte le à Garches, est une haute fonctionnaire, archiviste paléographe, résistante et autrice française.

Elle est entre autres considérée comme l'initiatrice de la politique de décentralisation théâtrale sous la Quatrième République.

Biographie

Fille d'agriculteurs catholique bretons, Marie Jeanne Laurent fait ses études à partir de à l'Université catholique d'Angers dont elle sort licenciée en lettres classiques[1]. En , elle rejoint Paris où fait ses études à l'École nationale des chartes, elle y acquiert une « discipline très sévère » et y soutient une thèse sur la quévaise en Basse-Bretagne en 1930[2].

En 1930, elle devient rédactrice auxiliaire au ministère de l'Éducation nationale et en 1931, elle entre à la Commission nationale des monuments historiques[3]. Jeanne Laurent devient ensuite sous-chef du bureau de la Musique, des Spectacles et de la Radiodiffusion en juillet 1939 puis sous-chef de bureau à la direction générale des Beaux-Arts en 1941[1].

Sous l'Occupation, elle fréquente l'association Jeune France, mise en place par Pierre Schaeffer et Emmanuel Mounier qui fut une véritable préfiguration d'un ministère de la Culture à venir, et rêvé par Jean Zay avant guerre avec des financements du régime de Vichy pendant un an et demi, de à , le temps que le pouvoir ne s'aperçoive que ses propres objectifs ne sont pas suivis. S'y trouvent également Paul Flamand, André Clavé, Jean Vilar, Jean Bazaine et Alfred Manessier.

Elle participe à la Résistance sous la forme d'une Resistenz, en utilisant son pouvoir de délivrance de laissez-passer, ce qui lui vaut d'être médaillée de la Résistance en 1947[1].

Elle est nommée en 1946 sous-directrice des Spectacles et de la Musique à la Direction Générale des Arts et Lettres au ministère de l'Éducation nationale par Jacques Jaujard. À ce poste pendant six ans, elle développe une politique de décentralisation théâtrale, désirant accroître la diffusion du théâtre en province, et le populariser[4].

En tant que « mère de la décentralisation » selon l'expression de Colette Godard, elle crée les premiers centres dramatiques nationaux : en 1946 à Colmar, le centre dramatique de l'Est, avec Roland Piétri pour une saison, puis, avec André Clavé de 1947 à fin 1952, et, à Saint-Étienne, la Comédie de Saint-Étienne avec Jean Dasté en 1947, qui avait déjà créé son propre centre à Grenoble, en [5]. Elle participe, la même année, à la fondation du festival d'Avignon. Suivront les centres dramatiques nationaux du Grenier de Toulouse (1948), du centre dramatique de l'Ouest (1949) et de la comédie de Provence (1952). En 1951, elle propose à Jean Vilar de lancer la renaissance du Théâtre national populaire. Elle met également en place un concours des jeunes compagnies et une subvention à la première pièce, afin d'encourager de nouveaux talents.

Sans plan établi, elle profite des circonstances et de son réseau d'amitié et de connaissances (Jean Vilar, Jean Dasté, André Clavé, etc.) pour implanter le théâtre hors de Paris, et s'appuie sur les talents qui émergent en région, plutôt que de nommer des comédiens en province depuis Paris. Ainsi, elle encourage les villes alsaciennes à protester contre la perte de financement des théâtres de la région, du fait de la fin de la tutelle allemande, ce qui mène à la constitution du CDN de l'Est[6]. Les autres centres dramatiques nationaux reposent également tous sur une troupe régionale existante (le Grenier à Toulouse, la troupe de Dasté à Saint-Étienne, le théâtre de Baty à Aix-en-Provence, etc.). Elle contribue à la mise en place d'une animation au château de Kerjean[7].

Isolée au sein du secrétariat d'État des Beaux-Arts, et critiquée par la presse et les directeurs de théâtre parisiens, elle est mutée à l'arrivée d'Antoine Pinay en , au Service universitaire des relations avec l'étranger et l'Outre-Mer, intégré rapidement au ministère de la Coopération. Malgré cette mise à l'écart, qui a suscité de nombreuses protestations et interrogations, elle continue de contribuer par écrit à la réflexion pour une action théâtrale de l'État, et publie deux essais, La République et les Beaux-Arts (1955) et Arts et pouvoirs en France de 1793 à 1981. Histoire d'une démission artistique (1982).

Elle prend sa retraite d'administrateur hors classe en 1967. Elle meurt le [8] à Garches.

Ses papiers personnels sont conservés au département des Arts du spectacle de la Bibliothèque nationale de France.

Distinctions

Publications

  • La République et les Beaux-Arts, Paris, Julliard, 1955, 226 p.
  • Préface à Ces femmes de théâtre, de Rosamond Gilder, trad. Brigitte Chabrol, Olivier Perrin, 1967 [éd. originale américaine, Enter the actress : the first women in the theatre, The Riverside Press, 1931]
  • Un monde rural en Bretagne au XVe siècle, la quévaise, Paris, Éditions de l’EHESS, 1972, 442 p.
  • Bretagne et Bretons, Paris, Arthaud, 1974, 151-[68] p.
  • Arts et pouvoirs en France de 1793 à 1981. Histoire d'une démission artistique, Saint-Étienne, CIEREC, 1982, 184 p.
  • À propos de l'École des beaux-arts, Paris, École nationale supérieure des Beaux-Arts, 1987, 175 p.

Archives

Fonds

Films

  • Georges Groult, Un public de  : 1946 -1968 Les années fondatrices de la décentralisation du théâtre, INA, 2006
  • Daniel Cling, Une aventure théâtrale - 30 ans de décentralisation, TS productions, Union des Artistes, 2017[11]

Notes et références

  1. Laurent Fleury, Le TNP de Vilar: Une expérience de démocratisation de la culture, Presses universitaires de Rennes, (ISBN 978-2-7535-3948-8, lire en ligne)
  2. Jeanne Laurent, « La quevaise. Contribution à l’histoire du regime des terres en Basse-Bretagne. », sur Positions de thèses de l'École nationale des chartes (consulté le )
  3. « l'Ouest en mémoire - Jeanne Laurent - Ina.fr », sur fresques.ina.fr (consulté le )
  4. Josyane Savigneau, Chantal Bigot, Monique Nemer et Valérie Cadet, Femmes mémorables, Groupe Robert Laffont, (ISBN 978-2-38292-523-2, lire en ligne)
  5. Pierre-Aimé Touchard, 1903-1987, Revue d’histoire du Théâtre 1990 – 1-2, no 165/166, p 25
  6. Interview de Jeanne Laurent, dans Un public de 14 juillet (1946–1968). Les années fondatrices de la décentralisation du théâtre, INA, 2006
  7. J.-M. Abgrall, Bulletin de la Société archéologique du Finistère no 119, Société archéologique du Finistère, Quimper, 1990, (ISSN 0249-6763)
  8. Fiche autorité de la BnF
  9. « Laurent, Jeanne », sur univ-brest.fr via Internet Archive (consulté le ).
  10. (en) « Bibliothèque Yves le Gallo catalog », sur univ-brest.fr (consulté le ).
  11. « snes.edu/Une-aventure-theatral… »(Archive.orgWikiwixGoogle • Que faire ?).

Annexes

Articles connexes

Bibliographie

  • Marion Denizot, Jeanne Laurent. Une fondatrice du service public pour la culture (1946–1952), Comité d'histoire du ministère de la culture, 2005 (ISBN 2-11-094280-0) (BNF 40043156)
  • Marion Denizot-Foulquier, Jeanne Laurent, le théâtre et les arts, préf. Robert Abirached, avant-propos Bernard Le Nail, textes de Jean Bazaine, Maurice Estève, Hubert Gignoux, Ariane Mnouchkine, Catherine de Seynes-Bazaine, 1997 (ISBN 2-910568-01-6)
  • Denis Gontard, La Décentralisation théâtrale, Sedes, 1972, 542 pages.
  • Véronique Chabrol, Jeune France, une expérience de recherche et de décentralisation culturelle ( / ), université Paris-III, 1974
  • Hubert Gignoux, Histoire d'une famille théâtrale, ANRAT / L'Aire théâtrale, 1984, 443 pages,
  • Pierre-Aimé Touchard, 1903-1987, Revue d’histoire du Théâtre 1990 – 1-2, no 165/166, avec des textes de Pierre-Aimé Touchard, Francis Raison, Françoise et André Burgaud, Étienne Bauer, Jean Gouin, Jeanne Laurent, Jean-Pierre Miquel, Loïc Volard, Paul Flamand, André Gintzburger, Antoine Vitez sur de multiples sujets dont Emmanuel Mounier et la revue Esprit, la Maison des Lettres, la Comédie-Française, l’ORTF, le Conservatoire de Paris, le Théâtre d’Orléans (CADO), et avec des illustrations de Francine Galliard-Risler évoquant P.A.T. ;
  • Robert Abirached (sous la direction de), La décentralisation théâtrale, Tome 1, Le premier âge 1945-1958, Actes Sud Papier, 1992. Voir aussi le tome 2, la chronologie établie par Danièle Robin : L'État et le théâtre 1944-1968, pp.207-222.
  • Marc Fumaroli, L’État culturel. Une religion moderne, éd. augmentée, Librairie générale française, coll. « Le Livre de poche / Biblio essais » (ISSN 0294-104X), Paris, 1992 (1re éd. 1991), 410 p. (ISBN 2-253-06081-X)
  • Francine Galliard-Risler, André Clavé, début d’un parcours théâtral, texte et illustrations de FGR, in Revue d’histoire du Théâtre, 1995 – 2, no 186, p. 155-181.
  • Pascale Goetschel, Renouveau et décentralisation du théâtre (1945–1981), Presses universitaires de France, Paris, 2004, 496 p. (ISBN 2130537383)
  • Emmanuelle Loyer, Le Théâtre citoyen de Jean Vilar. Une utopie d’après-guerre, Presses universitaires de France, Paris, 1997, 261 p. (ISBN 2130482953)
  • Francine Galliard-Risler, André Clavé : Théâtre et Résistance – Utopies et Réalités, A.A.A.C., Paris, 1998 – Ouvrage collectif écrit et dirigé par Francine Galliard-Risler, avec de nombreuses évocations de Jeanne Laurent – Préface de Jean-Noël Jeanneney - Épilogue de Pierre Schaeffer ;
  • Jean-Pierre Rioux (dirigé par) La Vie culturelle sous Vichy, Éditions Complexe, coll. « Questions Au 20e Siècle », 1999, contribution de Véronique Chabrol sur Jeune France : L'ambition de Jeune France
  • Compte-rendu de la conférence de Marion Denizot, lors des Rencontres de la maison Jean-Vilar,
  • Présentation du livre de Marion Denizot sur le site du ministère de la Culture et de la Communication

Liens externes

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