Jeu de Phlyax

Trois hommes dévalisant un avare dans sa maison, dans une scène d'une pièce de Phlyax peinte par Asteas (350-340 av. J.-C.).

Le jeu de Phlyax (en grec ancien φλύαξ) était une forme de théâtre burlesque qui s'est développée dans les colonies grecques de la Grande-Grèce au IVe siècle av. J.-C. C'est une sorte de tragi-comédie. Son nom dérive des phlyakes, ou « commères », du verbe φλυαρέω, « bavarder », en dialecte dorien. Sur la base des titres de pièces conservés, on a déduit que c'était une forme de burlesque mythologique, qui mélangeait les figures du panthéon grec avec les personnages et situation types de la comédie nouvelle.

On connaît les noms de 5 auteurs seulement : Rhinthon, Sciras de Tarente, Blaesus de Capi, Sopater de Paphos et Héraclide. Des pièces elles-mêmes ne survivent que des titres et quelques fragments. On pense qu'un nombre important de vases grecs d'Italie du Sud (en) représentent des scènes des jeux de Phlyax, ce qui donne naissance à de nouvelles hypothèses sur la typologie du théâtre grec antique.

Caractéristiques du genre

Un acteur de Phlyax jouant un esclave dans un calice d'un cratère sicilien par un peintre du groupe de Manfria-Lentini, vers 350–340 av. J.-C. (Musée du Louvre).

La plus ancienne description du genre se trouve dans l'épitaphe de Rhinthon, composée par Nossis de Locres :

« Passez [devant ma tombe] en riant aux éclats, avec mot gentil
Pour moi : Je suis Rhinthon de Syracuse,
Le petit rossignol des Muses ; et pourtant
C'est avec mes tragédies-farces que j'ai décroché une couronne de lierre[1]. »

Des attestations textuelles et des éléments iconographiques nous donnent une image partielle de ces parodies mythologiques et de la vie quotidienne. L'absence de texte survivant peut laisser supposer que ces pièces étaient en partie improvisées. Elles étaient jouées sur une estrade en bois surélevée avec une galerie supérieure, et les acteurs portaient des costumes grotesques et des masques similaires à ceux de la Comédie ancienne attique. Acrobaties et scènes farcesques étaient des caractéristiques majeures du phlyax.

Les phlyakes semblent avoir disparu à la fin du IIIe siècle, mais les habitants osques de Campanie ont ensuite développé une tradition de farces, de parodies et de satires, influencée par des modèles grecs tardifs, devenue populaire à Rome au IIIe siècle av. J.-C. Ce genre était connu sous le nom d'atellane du nom de la ville campanienne d'Atella. L'atellane a introduit dans la comédie latine des personnages-types qui, passaient même dans l'Antiquité, pour avoir inspiré les personnages de Plaute[2]. Bien qu'une opinion plus ancienne soutenait que la comédie attique était la seule source de la comédie romaine, il a été avancé que Rhinthon en particulier a influencé l'« Amphitryon » de Plaute[3]. Certains chercheurs voient également dans ces personnages les ancêtres lointains des figures de la Commedia dell'arte.

Les peintures sur les vases

Les vases peints dits phlyax sont la source principale d'information sur le genre. En 1967, Trendall identifie ces motifs sur 185 céramiques provenant de la Grande-Grèce, datant du Ve siècle et IVe siècle avant notre ère[4]. Les figurations de représentations théâtrales, et plus particulièrement de comédie, étant rares en dehors des productions d'Italie du Sud, on a pensé qu'elles représentaient la tradition théâtrale locale[5]. Les sujets représentent des personnages grotesques portant des masques de comédie et des accessoires de performance comique tels que des échelles, des paniers ou des objets de taille démesurée. Plusieurs vases placent les acteurs sur scène basse en bois, mais son existence réelle demeure sujette à controverse[6].

Des études plus récentes considèrent que les vases les plus anciens représentent des scènes de la Comédie ancienne attique plutôt que des pièces de phlyax[7], le genre n'émergeant réellement qu'à l'époque de Rhinthon.[8][9] Ainsi, le vase du Telèphe travesti de Wurtzbourg (cratère en cloche, H5697), identifié en 1980 comme un vase phlyax[10], est considéré par Csapo[11] et Taplin[12] comme représentant en réalité une scène des Thesmophories, suggérant que la comédie antique attique avait subsisté hors d'Athènes après la mort d'Aristophane.

Typologie des personnages

Les personnages sur les vases phlyaques se divisent dans plusieurs catégories qui correspondent aux sujets et aux thématiques spécifiques décrites sur les vases[13].

Il y a des personnages qui correspondent aux des scènes de la vie quotidienne comme les acteurs, les esclaves et leurs maîtres, les boxeurs, les voleurs, les soldats, les jeunes hétaïres ou et les vieilles femmes[14].


Notes et références

  1. Anthologie Palatine 7.414
  2. Par exemple, d'Horace, Épîtres II, 1, 170 et suivantes
  3. Z Stewart , The ‘Amphitrue’ of Plautus and Euripides ‘Bacchae’ TAPhA 89, 1958, 348–73.
  4. Trendall, Phlyax Vases, 1967.
  5. Cet argument a été avancé pour la première fois par H. Heydemann dans « Die Phlyakendarstellungen der bemalten Vasen » de 1886. Les études de la fin du XXe et du début du XXIe siècle, en particulier les travaux d'Oliver Taplin, ont mis en doute cette identification des sujets à des pièces de phlyax, les considérant plutôt comme des représentations de la comédie attique ancienne.
  6. Margarete Bieber, (The History of Greek and Roman Theater, 1961, p. 146), y voit un témoignage vraisemblable, tandis que W. Beare (The Roman Stage, 1964) insiste sur le fait qu'il s'agit d'une interprétation du peintre.
  7. Jendza 2020, p. 254.
  8. Spivey et Rasmussen 1991, p. 169.
  9. Trendall et Webster (Illustrations of Greek Drama 1971) comparent les masques comiques grecs et romains en lin peint avec leur représentation sur les vases.
  10. Kossatz-Deissmann, dans Tainia : Festschrift für Roland Hampe, 1980
  11. E. Csapo, « A Note on the Wurzburg Bell-Krater H5697», Phoenix, 40, 1986, 379–92.
  12. O. Taplin, « Classical Philology, Icongraphic Parody and Potted Aristophanes», Dioniso, 57, 1987, 95–109
  13. Trendall and Webster, Illustrations of Greek Drama, 1971, ((en)) correlated Greek and Roman painted linen comic masks with their representation on the vases.
  14. Arthur Dale Trendall 1967, p. ?.

Bibliographie

Éditions

Études

  • (en) Klaus Neiiendam, Art of Acting Antiquity: Iconographical Studies in Classical, Hellenistic and Byzantine Theatre
  • (en) Oliver Taplin, Comic Angels: And Other Approaches to Greek Drama Through Vase-Paintings.
  • (en) Arthur Dale Trendall, Phlyax Vases,
  • (en) AD Trendall et TBL Webster, Monuments Illustrating Greek Drama,
  • Alexa Piqueux, « Le corps comique sur les vases « phlyaques » et dans la comédie attique », Pallas, vol. 71,‎ (lire en ligne)
  • Alexa Piqueux, « Comédie ancienne et vases « phlyaques » : un rapport problématique », Pallas, vol. 67,‎ (lire en ligne)

Annexes

Articles connexes

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