José María Araúz de Robles

| Député aux Cortes républicaines IIIe législature de la Seconde République espagnole (d) Circonscription de Grenade (d) Communion traditionaliste | |
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(à 79 ans) |
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Homme politique, avocat, avocat d'État |
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José María Araúz de Robles Estremera (Molina de Aragón, 1898 – Maison forte de la Vega de Arias, près de Tierzo, 1977) est un juriste, homme politique, romancier, essayiste, journaliste et homme d’affaires espagnol.
Issu d’une éminente famille du Haut-Tage, Araúz de Robles suivit une formation en droit et occupa divers emplois de juriste dans le fonction publique. Dans les années 1920, il s’engagea en politique, d’abord dans une formation chrétienne-démocrate, puis dans le Parti agrarien, sous la bannière duquel il se présenta une première fois devant l’électeur, mais sans succès. Monarchiste, profondément catholique, il se détourna de la démocratie parlementaire « inorganique » et cofonda Acción Española, organisation monarchiste alphonsiste (favorable à la montée sur le trône d’Alphonse XIII), avant de rejoindre la Comunión Tradicionalista, fraction intransigeante du carlisme. Élu député pour la circonscription de Grenade au scrutin de 1936, membre de la Junta Nacional Carlista (Comité national carliste), il conspira contre la République et, sitôt déclenchée la guerre civile, rallia le camp nationaliste et combattit aux côtés des Requetés (miliciens carlistes) dans le nord de l’Espagne, participant à la conquête de l’Aragon ainsi que de sa région natale.
Pendant la guerre civile, en 1937, Araúz de Robles publia un ouvrage théorique Plan de la Obra Nacional Corporativa, traité traditionaliste sur l’organisation corporatiste du travail et sur la représentation politique des corporations et comités professionnels dans de futures Cortes traditionalistes organiques, hors suffrage universel, mais où l’auteur montrait aussi (à l’instar de son père) une sollicitude envers les classes populaires, en accord avec la doctrine sociale de l'Église. Son projet de création d’un système syndical carliste se heurta à un réseau semblable phalangiste et échoua. Le décret d'unification qui plaçait tous les groupements politiques sous une seule et même structure marqua la fin de la collaboration de Araúz de Robles avec le régime franquiste.
Dans la décennie 1940 et suivantes, Araúz de Robles, désireux de restaurer la monarchie, louvoyait entre carlisme et alphonsisme (ce dernier incarné par Juan de Borbón, puis par son fils Juan Carlos), œuvrant en vain pour un pacte dynastique. Accusé de duplicité, désormais en porte-à-faux dans le carlisme, il s’attacha surtout à en combattre les tendances socialisantes.
Biographie
Origines familiales et jeunes années

La famille Araúz, originaire de Biscaye et comprenant des mineurs et des fondeurs, avait émigré vers la région montagneuse du Haut-Tage[1],[note 1] et s’était établie à Peralejos de las Truchas, où elle fit ériger la Casa Grande de los Araúz en 1816[2]. Certains membres de la famille rejoignirent les troupes carlistes lors des guerres carlistes au XIXe siècle[3]. Le grand-père de José María, Simón Arauz Huerta, était un éleveur de taureaux, cofondateur en 1905 de l’actuel Unión de Criadores de Toros de Lidia (littér. Union des éleveurs de taureaux de combat). Un rameau de la famille continua d’élever des taureaux jusqu’en 1931, moment où l’appellation Hermanos Arauz disparut du marché[4]. Le père de José María, Enrique Araúz Estremera, suivit une formation médicale au Colegio Molinés de Padres Escolapios à Madrid[5], puis exerça comme médecin dans son village natal, où il remplit aussi l’office de maire[6],[7]; carliste, il était sensible aux questions sociales et publia en 1895 La hija del Tío Paco o lo que pueden dos mil duros (littér. La Fille de l’oncle François, ou ce que peuvent deux mille duros)[8], livre qui, fortement influencé par José María de Pereda, s’inscrit dans la mouvance du costumbrismo[9]. À une date non spécifiée, il épousa Maria Robles Arnal, originaire de Molina de Aragón.
José Maria et sa fratrie furent élevés dans une atmosphère profondément catholique. Orphelin de père dès 1905[5], il séjourna à Madrid pour y suivre un enseignement secondaire au Colegio de San Juan Bautista (nom actuel : Salesianos de Estrecho), d’obédience salésienne[10]. Il entreprit ensuite des études de droit à l’université centrale de Madrid et obtint son diplôme en 1919[11],[12]. En 1921, il fut nommé avocat de l’État (abogado del estado)[11]. Enrôlé dans l’armée, il réussit à reduire sa durée de service comme soldat de cuota[13] et servit dans le Regimiento Inmemorial del Rey pendant la campagne du Rif[12], où il fut témoin en 1921 de la débâcle d’Anoual. À son retour en métropole, il contracta mariage avec Mercedes López Ramiro, avec qui il eut cinq fils : Fernando, José Maria, Jesús, Javier et Santiago[14]. Javier devint le mari d’Ana Dávila[15], fille de l’homme politique phalangiste Sancho Dávila y Fernández. Santiago Araúz de Robles López, avocat de profession et chasseur de vocation[16], acquit un renom (outre pour ses contributions juridiques)[17] comme auteur de romans et d’essais tournant autour de la vie rurale[18], veine habituelle chez les écrivains carlistes[19]. Le frère de José María, Carlos Araúz de Robles Estremera, lui aussi avocat, se fit connaître comme auteur de multiples travaux dans le domaine du droit, de la légistique et des lettres, y compris d’essais, de poésies et de romans[20], également dans le genre costumbrista[21]. Le cousin maternel, Romualdo de Toledo y Robles, occupa dans les premiers temps du franquisme un poste de longue durée dans la haute fonction publique au sein du ministère de l’Éducation.
Débuts en politique
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Tout au long des années 1920, Araúz de Robles remplit des fonctions juridiques, à Huesca, Séville, Ávila et Madrid[12], ainsi qu’à la mairie de Molina de Aragón[22]. En 1922, il cofonda le Parti social populaire, de tendance chrétienne-démocrate, ancêtre du parti Démocratie chrétienne (DC), et devint membre de sa section de défense nationale[12],[23]. Au milieu de la décennie 1920, il publia quelques courts récits : Don Bernardo « el Idumeo » (1922), ¡Si tu supieras! (1923) et Estrella errante (1920), écrits dans un style relevant du versant baroque du costumbrismo[11], toutefois c’est à un livre de souvenirs de guerre, intitulé Por el Camino de Annual. Apuntes y comentarios de un soldado de Africa (1924, sur la débâcle espagnole d’Anoual de , dans le Maroc espagnol), qu’il dut sa popularité. En 1928, il organisa des cérémonies locales d’hommage aux soldats originaires de Molina tombés dans la guerre du Rif, auxquelles assista le roi Alphonse XIII[24], et parraina la construction d’un monument à Mont Aroui, au Maroc[22]. Vers la fin des années 1920, Araúz de Robles était l’un des cofondateurs de l’Asociación Católica de Padres de Familia, dont il fut désigné secrétaire au début de la décennie 1930[25]. Dans la période d’instabilité politique que fut le gouvernement de Dámaso Berenguer, Araúz de Robles plaidait, lors de plusieurs réunions publiques, en faveur de la monarchie et fustigeait les projets républicains, y compris ceux d’inspiration conservatrice[26]. Il offrit un soutien financier aux familles de ceux ayant péri dans le coup d’État avorté de Jaca de [27]. Il milita pour la construction de la ligne de chemin de fer La Roda – Tarazona, qui, devant franchir le massif de Moncayo, bénéficierait à sa région natale de Molina[25].

Pendant les premiers jours de la République, proclamée en , Araúz rallia le Parti agrarien[28], sous l’étiquette duquel il se présenta (sans succès) aux élections de 1931 en représentation de la province de Guadalajara[25]. Vers la fin de 1931, il cofonda l’organisation monarchiste alphonsiste Acción Española, et créa, tôt l’année suivante, le journal homonyme de ce mouvement[29]. Ne cessant d’être attentif aux questions sociales, Araúz contribua à mettre sur pied en 1932 le Premier Congrès de la Pensée sociale populaire[12],[30]. Dans les années 1931-1932, il prit part à plusieurs rassemblements monarchistes, de large éventail, souvent conjointement avec les dirigeants traditionalistes[25]. Attiré par la fraction intransigeante du carlisme, il se rapprocha de la Comunión Tradicionalista[12],[note 2]. Dans les mois de 1933-34, Araúz participa à une série de réunions publiques et de conférences carlistes[25], adoptant parfois un ton révolutionnaire[note 3]. En 1934, il rompit formellement avec les agrariens, faisant valoir, dans une missive à leur chef, José Martínez de Velasco, que les partis politiques et la démocratie inorganique n’étaient plus adaptés aux besoins de l’Espagne[25].
Carliste contre la Seconde République

Araúz de Robles devint bientôt une figure montante du carlisme[33]. Il remporta l’élection de 1933 sous la bannière carliste, pour la circonscription de Grenade[25], et sortit vainqueur du scrutin de 1936 (à nouveau en représentation de Grenade), à l’issue duquel il fut nommé secrétaire du groupe carliste (minoritaire) au parlement[34], mais son mandat lui fut retiré au motif d’irrégularités[35],[36].
Comme membre de la Junta Nacional Carlista (Comité national carliste), il conspira contre la République[12],[25] et assista, immédiatement après l’assassinat de Calvo Sotelo, aux réunions qui se tenaient dans La Ferme, le domicile à Saint-Jean-de-Luz de la vicomtesse de La Gironde, militante monarchiste légitimiste française, qu’à l’aube du soulèvement du 18 juillet 1936 celle-ci mettait à disposition du prétendant don Xavier de Bourbon-Parme dans le but de favoriser une insurrection[37]. Sitôt la Guerre civile engagée, Araúz de Robles s’en alla rejoindre la Junta Carlista de Guerra basée à Burgos[25], dont il prit la tête de la section Guildes et Corporations[38],[39],[40], sorte de ministère carliste du Travail se vouant à mettre en place une structure syndicale apte à faire concurrence au système phalangiste[41]. Araúz de Robles fut l’un des architectes de l’expédition des Requetés aragonais, qui permit à ceux-ci de s’emparer de Molina de Aragón début , et contribua plus tard à constituer le bataillon Requeté local, appelé Tercio de María de Molina[42]. Vers la fin de l’été 1936, Araúz de Robles s’employa à faire admettre le syndicat catholique Confederación Española de Sindicatos Obreros (littér. Confédération espagnole de syndicats ouvriers, acronyme CESO) par la Junta de Defensa Nacional, alors basée à Burgos[43]. Comme ce gouvernement franquiste provisoire avait interdit toute activité syndicale[44], les carlistes s’ingénièrent à contourner cette interdiction par la création en de l’Obra Nacional Corporativa[45], tentative d’édifier leur propre structure, avec à sa tête Araúz de Robles, qui s’efforçait d’en défendre l’intégrité face aux syndicats CONS phalangistes[46]. À cette époque, Araúz de Robles émergeait comme le « théoricien en chef du corporatisme » dans la sphère traditionaliste[47].

En 1937, Araúz de Robles publia ses ouvrages théoriques Plan de la Obra Nacional Corporativa (ONC)[48] et Corporativismo gremial[49], où il esquisse les règles d’une future organisation du travail. Plan de la Obra Nacional Corporativa est un traité traditionaliste portant non seulement sur le travail, mais aussi sur la représentation politique des corporations et comités professionnels dans de futures Cortes traditionnelles organiques, sans recours au suffrage universel[37]. Sa vision s’appuyait sur la doctrine sociale de l'Église catholique, telle qu’exposée en Espagne par Severino Aznar Embid, et explicitait des idées déjà ébauchées auparavant dans un de ses pamphlets antérieurs intitulé La nueva politica: ideas sobre el futuro de España (1929). Ces ouvrages proposaient de désamorcer les conflits sociaux par une représentation politique des travailleurs, par la maîtrise des salaires, par un système de retraite, par des assurances contre le chômage et la maladie, par des comités d’arbitrage, par des coopératives, par des lois contre la spéculation, etc. et visaient à établir un État régulé, tout en repoussant les structures du syndicalisme et en critiquant vivement le fascisme[50]. Ses écrits allaient aider Araúz de Robles à mettre en place dans toute la zone nationale un réseau d’agences de l’ONC, qui entra aussitôt en rivalité avec un réseau semblable monté par la Phalange sous le nom de Centrales Nacional-Sindicalistas[37]. Certains analystes catégorisent la théorie d’Araúz de Robles comme un amalgame de christianisme social et d’organicisme politique[51],[52], tandis que d’autres le rangent dans le corporatisme[53]. En 1959, lors du rassemblement de Montejurra, Charles-Hugues (Carlos Hugo en espagnol), futur dirigeant du Parti Carliste au début des années 1970, allait s’autoriser des thèses d’Araúz de Robles pour lancer sa campagne visant à orienter le carlisme vers le socialisme autogestionnaire[51].
Carliste contre Franco

Lors de la réunion des hauts dirigeants carlistes dans la localité portugaise d’Ínsua en , Araúz de Robles paraissait indécis quant à la stratégie à suivre face à la menace d’une prochaine unification des groupements politiques dans l’Espagne franquiste[54],[55], et était davantage préoccupé par l’unité du camp traditionaliste[56]. En compagnie de Lamamié de Clairac, il eut une entrevue à Villarreal de Álava avec le chef phalangiste Manuel Hedilla, où tous s’accordèrent à dire que si l’unification devait avoir lieu, ce ne serait qu’à leurs seules conditions, ou pas du tout[57],[58]. Araúz de Robles faisait partie de la fraction carliste intermédiaire, ni résolument opposée ni apportant expressément son soutien au décret d'unification, finalement signé le [59],[60], encore qu’il ait bientôt adopté une position dissidente, ce qui lui valut d’être expulsé en du nouveau parti unitaire Falange Española Tradicionalista (FET y de las JONS)[61],[note 4]. Au lendemain de l’adoption du décret, l’activité d’Araúz de Robles, comme celle des autres dirigeants carlistes, s’en retrouva désorganisée et marginalisée, mais il maintint toujours au sein de la Comunión Tradicionalista un courant enclin à se rallier globalement au prétendant Juan de Bourbon, courant qui se heurta à de fortes résistances[37]. De même, son projet de mettre en place des syndicats carlistes échoua. En dépit des efforts déployés par Araúz de Robles pour éviter que la CESO ne se fasse absorber par les centrales phalangistes[62], la CESO fut finalement intégrée dans le Syndicat vertical franquiste[63] et Araúz de Robles évincé des structures intégrées du travail[64]. Considéré personnellement comme peu favorable au régime par l’état-major de Franco[65], il s’enrôla dans les Requetés et prit part à la campagne de Biscaye de mars à [51], avant de finalement se retirer pour de bon des structures politiques et militaires franquistes.

Au début de la décennie 1940, Araúz de Robles, déterminé à restaurer la monarchie, louvoyait entre carlistes et alphonsistes. En , il signa, aux côtés de Manuel Fal Conde et de plusieurs autres dirigeants carlistes[66], une lettre à Franco, lui demandant que les éléments fascistoïdes du régime soient remplacés par des schémas traditionalistes[67]. La réaction du pouvoir fut de l’écrouer pendant un mois à la prison de la Dirección General de Seguridad[12]. Plus tard la même année, il conféra avec les alphonsistes à propos de leurs intentions concernant le franquisme et apporta son appui à un manifeste que devait publier leur prétendant don Juan, et qui visait à dissocier celui-ci de Franco. C’est en vain cependant, sa position étant minoritaire, qu’il prôna une action plus hardie[68]. En 1944, il appuya de vagues projets pour un coup d’État monarchiste conjoint contre Franco[69]. En 1946, en compagnie du comte Rodezno, il visita don Juan à Estoril et le sonda sur son consentement à un éventuel accord dynastique entre lui et le prétendant carliste don Javier[70]. En , Araúz de Robles organisa et chaperonna une seconde visite à Estoril d’un groupe nourri de carlistes de premier plan — que les carlistes intransigeants allaient affubler du sobriquet « los estorilos » —, visite qui prit l’allure d’une cérémonie solennelle, où don Juan, coiffé d’un berret rouge carliste, déclara accepter les idées politiques du carlisme, et prononça à la fin du déjeuner une allocution qu’il clôtura par « Vive l’Espagne ! Vive le Requeté ! Vive la Tradition ! »[37]. Formellement, cette mission n’enfreignait pas les règles de la régence carliste, mais confinait de fait à une déloyauté envers don Javier. En , un certain nombre de carlistes navarrais, emmenés par la famille Baleztena de Pampelune, le jugeaient d’ores et déjà déloyal et s’opposaient à sa nomination à la direction de comités exécutifs carlistes[71]. En 1957, conjointement avec Luis Arellano, il se mit en quête d’adhésions carlistes aux desseins juanistes[note 5] et devait émerger comme l’un des architectes de cette initiative[73]. Les deux frères d’Araúz de Robles, José Maria et Carlos, finirent par rejoindre l’importante fraction des carlistes qui reconnurent don Juan pour le prétendant carliste légitime[74],[75],[76]. Cependant, Carlos Hugo, fils de don Javier, et la Communion traditionaliste qualifièrent l’événement de « farce »[37]. La déclaration faite à l’occasion du rassemblement d’Estoril de 1957 allait sceller officiellement sa rupture avec le carlisme majoritaire. Il fut exclu de la Communion traditionaliste[28] et dut affronter l’ire de la foule javiériste lors du rassemblement carliste de Montejurra l’année suivante[77]. En , Manuel Fal Conde adressa une lettre à Araúz de Robles pour le blâmer de sa décision de reconnaître don Juan comme roi carliste. Don Juan pour sa part, après avoir maintenu pendant deux ans sa feinte vocation carliste, allant jusqu’à mettre sur pied un pèlerinage carliste de masse à Lourdes où il arbora à nouveau le béret rouge, finit par mettre un terme à cette manigance[37].
Louvoiement entre alphonsisme et juanisme

En 1957, Araúz de Robles cofonda la Junta Nacional de la Comunion Tradicionalista, conçue comme l’organes officiel du carlisme majoritaire. Placé à la présidence de ce comité, il coordina la mise en place de ses structures locales, dont les plus importantes étaient celles de Valence, d’Aragon, de Navarre et de Nouvelle-Castille[78]. Il tint aussi sur les fonts baptismaux le groupe de pression monarchiste Amigos de Maeztu, auquel furent donnés les dehors d’un cercle littéraire[79]. Il contribua à Siempre, périodique intellectuel traditionaliste, à l’allégeance dynastique mal définie[80], dont il devint le vice-président[81] et membre du conseil de direction[82]. Ses relations avec don Juan s’étaient refroidies : Araúz de Robles était désappointé par la reculade du prétendant sur son positionnement traditionaliste affiché, tandis que don Juan était déçu par l’échec d’Araúz de Robles dans sa tentative de rallier à son camp l’ensemble des carlistes[25]. Néanmoins, il demeura membre du Conseil de la Couronne[83] et du Conseil privé juanistes[84], toutefois sans officier comme le secretaire politique de don Juan[84],[85]. Dans sa fonction de conseiller du prétendant, il s’opposa fermement à la tendance démocratique, et en 1961, après que le Bulletin du secrétariat du Conseil privé (Boletín de la Secretaría del Consejo Privado) eut plaidé pour une monarchie parlementaire, organisée autour de partis politiques, Araúz de Robles réagit par une épître au chef du Conseil, José María Pemán, pour lui manifester son dépit[86]. Il affichait du reste la même position dans le débat public ; ainsi, quand le journal ABC publia en une un billet de la main de Rafael Calvo, où celui-ci pointait la possibilité de coexistence du libéralisme et du catholicisme[87], Araúz de Robles rejeta cette thèse[88]. Au milieu des années 1960, Araúz de Robles répudia son anti-franquisme et insistait désormais sur une stratégie de collaboration avec le régime, se plaçant par là légèrement en porte-à-faux avec l’approche plus circonspecte que préconisaient Pemán et d’autres figures juanistes[89].
Comme il était apparu entre-temps que Franco délaisserait don Juan et désignerait à sa place son fils Juan Carlos comme futur roi d’Espagne, la plupart des juanistes étaient plongés dans le désarroi. Araúz de Robles se conforma alors à la ligne officielle et réorienta son positionnement en faveur du jeune prince. Lorsqu’en 1966, le quotidien ABC lança un appel à ce que don Juan occupe le trône[90], le numéro fut retiré de la circulation[91]. Deux jours après, le journal publiait le texte d’Araúz de Robles[92], où il reniait son allégeance carliste[93], arguant, en des termes couverts, que don Juan serait l’otage de la politique de partis, alors que Juan Carlos serait le roi de tous les Espagnols. Il appella à voter « oui » au référendum sur la Loi organique de l'État[94], laquelle pourtant n'apportait pas, au-delà de la vague formulation de 1947, de réponse limpide à la question de la succession au trône[95]. À la fin de la décennie 1960, Araúz de Robles tenta de s’approcher de Juan Carlos et se trouvait présent au baptême du fils de celui-ci, don Felipe, en 1968[96].

Araúz de Robles ne sut toutefois pénétrer jusque dans le cercle intime du prince, peut-être parce qu’il demeurait un ferme opposant à la démocratie. Dans les dernières années du franquisme, il s’en prenait aux « associations politiques », dont l’autorisation était alors amplement débattue et près de se matérialiser[97], dans des lettres adressées tant aux journaux de la presse courante[98] qu’aux revues spécialisées[99]. Il se faisait aussi un devoir d’empêcher la mainmise socialiste sur le carlisme[100], notamment en créant une association Requeté combattante concurrente[note 6] et une organisation politique carliste concurrente, d’abord sous l’appellation de Hermandad de Maestrazgo[102], puis sous le nom de Comunión Tradicionalista[103]. À la mort de Manuel Fal Conde en , Araúz de Robles louangea dans sa nécrologie les vertus du chef traditionaliste[104], mais la nécrologie faisait étrangement référence à l’éloge du carlisme qu’aurait prononcé Karl Marx ; la citation cependant était controuvée[105].
Contrairement à son frère Carlos, Araúz de Robles lui-même n’avait jamais adhéré à l’Union nationale espagnole[106]. Dans l’une de ses dernières déclarations publiques, datée d’ et intitulée « Un mensaje sin respuesta » (littér. Un message sans réponse), Araúz de Robles réaffirma sa méfiance envers la démocratie, système qui ne permettrait pas la réalisation authentique de la souveraineté sociale ni ne garantirait une expression de l’identité populaire — écho lointain et probablement mélancolique de sa vision syndicale des années 1930[107].
Éleveur de taureaux
En 1945, Arauz de Robles fit l’acquisition d’un cheptel de taureaux de combat appartenant à une entreprise d’élevage locale, auparavant propriété du modeste torero Mariano García de Lora[108]. Il s’appliqua à améliorer ce fonds de cheptel par de nouveaux procréateurs, éleva ses propres sementales (taureaux géniteurs) et fit immatriculer en 1947 sa propre marque taurine (hierro)[109]. Cette même année, ses taureaux (dont le premier en date reçut le nom d’Asustado[110]) commencèrent à faire leur apparition dans les arènes, plus particulièrement dans celle de Las Ventas à Madrid[108]. Dans la décennie 1940, Arauz de Robles mit toute son énergie à développer son négoce, en collaboration avec des fermiers locaux de renom, et acquit 60 à 70 vaches sur les foirails de la région[111]. Il se spécialisa dans les novillos[108] et sut se faire une notoriété avec son Choricero (1951)[110]. Il s’engagea dans des voies inhabituelles en croisant différents lignages, aboutissant à des résultats non reproductibles et quelque peu imprévisibles chez ses bêtes. Dans les années 1950, il acheta une nouvelle ferme au cœur de la Sierra Morena andalouse, d’abord à des usages auxiliaires.
Son lignage devint une marque bien ancrée sur le marché du toro bravo dans l’Espagne des années 1950 et au début des années 1960. Dans la décennie suivante, Araúz de Robles retourna à l’élevage conventionnel des taureaux de combat, et sa ferme d’élevage figurait parmi la trentaine de fermes qui servaient de points de référence dans les études scientifiques[112],[113]. Il participa également à des événements très en vogue tels que les fêtes de San Fermín à Pampelune. En 1978, la ferme d’élevage fut reprise par son fils Francisco Javier Arauz de Robles López, qui modifia la marque au fer en 1978[114] et transféra plus tard la ferme vers la province andalouse de Jaén[115]. Assez active dans ses débuts[116], la ferme a ralenti ses activités dans les années 2010[117], les propriétaires signalant un nombre de difficultés, dont la concurrence que lui faisait la race de taureaux Domecq[110]. Une supposée baisse de qualité[118] a incité certaines organisations[119] à bouder la lignée Araúz de Robles[120], en dépit de la campagne de publicité du propriétaire[121]. Le lignage continue néanmoins à être répertorié sur la liste officielle de l’Unión de Criadores de Toros de Lidia (littér. Union des éleveurs de taureaux de combat, sigle UCTL)[114]. Santiago Araúz de Robles López, qui s’est lancé dans l’élevage de chevaux à Baños de la Encina, a examiné les courses de taureaux sous l’angle des sciences sociales et conclut :
« Dans la danse symbolique, le taureau a son contraire : le torero, qui représente le bien […]. Il apparaît comme le bien en soi, indemne de tout mal. Le public évacue tous ses maux à travers le taureau — mauvaise santé, déboires sexuels, oppression — et grâce au torero, qui fait figure d’ange messager[122]. »
Publications
- Estrella errante, Madrid, Biblioteca Patria, coll. « Obras Premiadas », , 132 p.
- ¡Si tu supieras!, Madrid, Núñez Samper, , 372 p.
- Por el camino de Annual. Apuntes y comentarios de un soldado de África, Madrid, Editorial Voluntad, , 278 p.
- D. Bernardo el “Idumeo”, Madrid, Sucesores de Rivadeneyra, coll. « Escritores Contemporáneos », , 232 p.
- La nueva política. Ideas sobre el futuro de España, Madrid, Editorial Voluntad, , 179 p.
- Carta de D. José M.ª Arauz de Robles a D. Manuel Fal Conde (sans mention de date et de lieu d’édition).
- Obra Nacional Corporativa. Plan para un resurgimiento de España y del mundo, a un orden nacional y cristiano, San Sebastián, Editorial Española, , 172 p.
- Corporativismo gremial. La organización social en la nueva España. Recopilación de las conferencias radiadas por “Radio Castilla-Burgos”, desde 1 de noviembre a 31 de diciembre de 1936, Burgos, Éditeur Requeté, , 239 p.
- Industrias del mar, Burgos, Editorial Espagnole / Obra Nacional Corporativa, , 28 p., « Préface ».
Notes et références
Notes
- ↑ Certaines sources suggèrent une possible ascendance indienne, par suite de l’union d’un ancêtre basque avec une dame autochtone au Chili ou en Argentine, cf. notamment : (es) José Sanz y Díaz, « Peralejos de las Truchas (villa del antiguo Señorío de Molina) », Boletín de la Real Sociedad Geográfica, Madrid, Real Sociedad Geográfica, vol. 85, nos 10-12, , p. 663-664 (ISSN 0210-8577, lire en ligne).
- ↑ Certains auteurs indiquent début 1932 comme date de son adhésion[28], d’autres retiennent décembre 1932[31], d’autres encore s’abstiennent de spécifier la date.
- ↑ Appellant p. ex. à « un nouvel esprit […] pour aérer et purifier les sources de la vie »[32].
- ↑ D’autres auteurs affirment qu’il fut seulement suspendu, cf. Blinkhorn 2008, p. 292.
- ↑ P. ex., il recueillait des signatures pour une lettre ouverte pro-juaniste ; cette action n’était pas conçue comme ouvertement rebelle envers la régence et quelques carlistes avaient même été insidieusement conduits à croire que l’action jouissait du soutien de Manuel Fal Conde[72].
- ↑ Il fut cofondateur en 1968 de la Hermandad de Cristo Rey de Requetés Excombatientes (littér. Confrérie du Christ-Roi des anciens combattants requetés)[28],[101].
Références
- ↑ (es) Antonio Herrera Casado, « Casonas solariegas de Peralejos de las Truchas », sur Los escritos de Herrera Casado, Guadalajara, Site personnel de l’historien, .
- ↑ (es) José Sanz y Díaz, El santuario de Nuestra Señora de Ribagorda, vol. 3, Lérida, Gráficos Academia Mariana, , 43 p., p. 6 (trois tomes).
- ↑ Marcos Arauz Gómez servit comme lieutenant sous Charles Vignette, cf. Sanz y Díaz 1949, p. 36
- ↑ (es) Asociación El Toro de Madrid, « Toros, el tronco Jijón », Terralia, Madrid, Ediciones Agrotécnicas, vol. XVII, no 39, , p. 94-98 (ISSN 1138-6223).
- Sanz y Díaz 1949, p. 37.
- ↑ (es) « Monumento al Roble del Campillo », sur Alustante y Motos. Señorío de Molina, Guadalajara, Municipalité d’Alustante y Motos, .
- ↑ (es) Enrique Araúz Estremera, « El Señorío de Molina », La Alcarria Obrera, Guadalajara, Federación Local de Sociedades Obreras, (date non précisée) (lire en ligne).
- ↑ (es) Enrique Araúz Estremera, La hija del tío Paco, ó, lo que pueden dos mil duros : cuadros de costumbres..., Imprenta de El Correo Espanol, , 308 p. (lire en ligne).
- ↑ (es) José Sanz y Díaz, « Ha muerto Carlos Arauz de Robles », Wad-al-Hayara: Revista de estudios de Guadalajara, Guadalajara, Diputación Provincial de Guadalajara : Institución Provincial de Cultura Marqués de Santillana, no 11, , p. 411-412 (ISSN 0214-7092, lire en ligne).
- ↑ (es) « (faire-part de déces de José María Arauz de Robles) », ABC, Madrid, , p. 93 (lire en ligne).
- Sanz y Díaz 1949, p. 38.
- Clemente Muñoz 2011, p. 242.
- ↑ (es) Francisco Saro Gandarillas, « Los primeros años de la Cruz Roja en Melilla », El Periódico Melillense, Melilla, .
- ↑ (es) « (faire-part de déces de José María Arauz de Robles) », ABC, Madrid, , p. 110 (lire en ligne).
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- ↑ (es) « Santiago Arauz de Robles », sur trofeocaza, Madrid, Ediciones Trofeo S. L.« Copie archivée » (archivé sur Internet Archive).
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- ↑ Mercedes Vázquez de Prada Tiffé suggère qu’Araúz de Robles eut une réaction négative contre l’apparition de Carlos Hugo à Montejurra en 1957, cf. (es) Mercedes Vázquez de Prada Tiffé, « El papel del carlismo navarro en el inicio de la fragmentación definitiva de la comunión tradicionalista (1957-1960) », Príncipe de Viana, Pampelune, Gobierno de Navarra, Institución Príncipe de Viana, no 254, , p. 401 (ISSN 0032-8472, lire en ligne).
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- ↑ Son positionnement cependant n’était pas cohérent. Quelques mois plus tard, toujours dans ABC, il appela de ses vœux ce qu’il nommait "une fin honorable au conflit dynastique" et l’unification des alphonsistes et des carlistes. L’article suscita les critiques venant aussi bien de Fal Conde que de José Solis et des autorités franquistes, qui dénonçaient une tentative de restaurer le système libéral, cf. Vázquez de Prada 2016, p. 284-285.
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- ↑ Dans sa tribune publiée par ABC, il dénonçait la « démocratie des partis » comme étant instable, erratique et encline au despotisme, cf. (es) José María Arauz de Robles, « ¿Participación o restitución? », ABC, Madrid, , p. 9 (lire en ligne).
- ↑ Dans la revue Maestrazgo, il affirmait que l’autorisation des asociaciones politicas conduirait inéluctablement au désastre, voir Caspistegui Gorasurreta 1997, p. 160
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- ↑ Cf. graphique « Ganaderías de encastes en peligro. Temporada 2013 », dans La Voz de la Afición 44 (mai 2014), p. 6, consultable sur le site eltoro.org « Copie archivée » (archivé sur Internet Archive)
- ↑ « Abonada desde su origen. No hay manera de que nos hagan caso y no la anuncien más. Otra vez, lidió en el mes de agosto una corrida infumable. Mansa y descastada, haciendo honor a su trayectoria. Ya no sabemos cómo pedirlo ¡Por favor, tened piedad! », dans Lista negra de ganaderías 2009, consultable sur le site eltoro.org « Copie archivée » (archivé sur Internet Archive)
- ↑ Cf. Asociación El Toro Madrid, service disponible sur le site eltoro.org « Copie archivée », (archivé sur Internet Archive)
- ↑ Voir pour les années de 2005 à 2014 sur le site eltoro.org « Copie archivée » (archivé sur Internet Archive)
- ↑ Cf. la vidéo disponible sur le site canalnorte.org « Copie archivée » (archivé sur Internet Archive)
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Liens externes
- Notice dans un dictionnaire ou une encyclopédie généraliste :
- La famille Araúz jusqu’au début du XXe siècle.
- La famille Araúz dans le Haut-Tage.
- Le père d’Araúz de Robles et l’obrerismo.
- Arauz par Bartyzel.
- Nécrologie.
- Araúz et le corporatisme.
- Araúz et le Plan de 1937.
- 1937 Plan de Obra.
- Araúz et Acción Española
- Araúz de Robles et la guerre du Rif.
- Casa de Arauz.
- Nécrologie de Carlos Arauz.
- Arauz sur le site Arbil.
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